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Full text of "Recherches sur l'usage des feuilles dans les plantes : et sur quelques autres sujets relatifs à l'histoire de la vegetation"

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Marine  Biological  Laboratory  Library 

Woods  Hole,  Mass. 


Presented  ty 

Dr.   R.    P.   Bi^elow 
Oct.   22,    1954 


c  !r  =   1   <  -£.  pr  £    f-  5  2   5   2.-  f.   =■  2    ,   5   §   C/i  o   d   E   =■  Q  =  ^   P  g-5   ^   =   3   2   =-  ^-  !^   ■• 


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^or-v5         o,3^^-         [^        -i^'-o^sr'r^^S— "*  «  re-        rt)         re.  "O-^. 

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RECHERCHES 

S     U    R 

L'USAGE  DES  FEUILLES 

DANS      L  E  S 

PL  A  NT  ES> 

ET    SUR    QUELQUES    AUTRES    SUJETS    RELATIFS 
A^  L'HISTOIRE  DE  LA  VEGETATION. 

PAR 

CHARLES       BONNET, 

De  la  Societe  Royale  de  Londres  ,    de  rAcadtmic  de  rinftitiu  do 

Bokgne ,    Corrcfpondant  des  Academies  Royales  des  Sciences 

de  Faris  &  de  Montpellier. 


A     GOTTINGUE    £?    LEJDE, 

CuE2    E  L  I  B     L  U  Z  A  C,    riLS.    Iwp.-LiK 

M    D     C     C    L    I    V. 

.17  5  H. 


Ill 


©       e^^.-^-^         r>,Tj.-T.    ^e^)M'>  a.    ,r,05a>         CM)^^        8 


PREFACE, 


g^Ss!IS^g£S  InfeCles  772' ont  occupe  pendant  quel- 
!H  /  S  ^'^^^^  rtw/z/^i".  Uavdmr  avec  laqmllc 
Ik  %  f^  me  fids  livre  a  cette  Etude ,  a  fati- 

^^^3'^^^  g^^^  ^«^-y  3'^«'^  ^«  P^^'«^  qnc  fai  etc 
force  de  ?interrompre.  Prive  de  ce 
qui  avoit  fait  jus  que  s  la  mes  plus  chercs  d  slices  , 
fai  cherche  a  me  confokr  en  cbangeant  d^objet.  Je 
me  Jnis  tourne  vers  la  Phyfique  des  Plantes ,  fujet 
moins  anime  ,  nwius  fecond  en  decouvertcs ,  juais 
d'tme  iitilite  plus  gemralcment  reconnue.     La  Z^- 

^  2  ge- 


IV  P    R    E'    F     A    C    E. 

gdtation  des  Plantes  dans  d'^autrcs  matm'es  qm  la 
1\rre^  &?  pyiucipakment  dans  la  Moiiljc^  8?  C  U- 
fage  des  Fenilks  ,  ont  ete  les  preiukrs  Otjjets  de 
mes  Recherches.  On  a  pu  voir  dam  les  nouveaux 
Memoires  puhlies  par  I'Acade'mie  Royale, 
DES  Sciences  (*),  l<^s  Experiences  que  fai 
commence'es Jiir  le  premier  de  ces  Sujets.  ye  don- 
m  ici  cellcs  que  fai  tentees  fur  k  fecond.  Qtioi- 
que  les  unes  8^  les  antres  ne  foient  que  de  legeres 
ehauches  ,  /V  me  fiatte  qiielles  ne  Jeront  pas  inuti- 
les  a  rHifioire  de  la  Vegetation.  Le  goiit  de  la 
bonne  Fhyfique  eft  aiijourd'^hui  fi  repandu ,  qiiil 
fiiffit  d'indiquer  line  route  ,  pour  qiiellejoit  hientot 
tres  frequentee. 

Des  Figures  font  ahfolument  neceff aires  a  mi 
Ouvrage  de  la  natm'e  de  celui-ci.  Qjtelque  clarte 
que  faie  tdche  de  donner  a  mes  de/criptions  ,  fau- 
rois  risque  de  n''etre  pas  toujour s  entetidu  ft  favois 
ete  prive  de  cefecours.  Mr.  S  o  u  B  e  Y  R  a  n  ,  ^^/i 
joint  Ml  Efprit  Philofopbique  aux  Talcns  d^un  ex- 
cellent Dejfmateur  ,   a  deffine  toutes  les  Planches 

de 

( *  ■)  Memoires  de  Mathcmatique  S  de  Fhyfique  prefciitjs  i  FAca- 
demie  Royale  des  Sciences ,  par  divers  Savans ,  ^  its  dunsfes  Ajjem- 
hlees  y  1 7 JO. 


PREFACE.  V 

de  cet  Ouvrage ,  a  r exception  do  celle  qui  repre- 
fente  Jes  dijjercns  Arrangefnens  des  Feniiks.     Ses 

Dcjjeins ,  qnoique  parfaits  en  leur  genre  ,  aiiroicnu 

acquis  un  nouvel  eclat  ,  s'il  avoit  eu  en  'cue  d'y 
faire  admirer  Ics  Mervcilks  de  fon  Crayon.     Mais 

il  a  penfe  comme  moi ,  qii'il  fnffifbit  qiiih  fatisfis- 
Jent    an    but  de  cbaque  Experience  ,    ^  il  a  eu 

Vejpece  de  courage  d'eviter  ime  elegance  pittoresque 

plus  dijpendieuje  qi^ utile. 

La  Plane  he  qui  reprefente  les  cinq  Ordres  de 
Difirihutions  qii'on  obferve  dans  les  Feuilles,  eji  de-  la 
main  de  Mr.  Calandrini  (f)  ,  auquel  je 
dois  encore  les  remarques  8?  les  vues  qui  ont  fervi 
de  Bafe  a  mon  travail.  Je  le  prie  d'^agreer  qu'^en 
hii  en  temoignant  ici  ma  ju/Ie  reconnoiffance  ,  je 
we  pare  aupres  du  Fublic  ,  dc  ?amitie  dont  il  w'/6(?- 
nore. 

Mr.  Wandelaer  dont  k  favant  Burin 
fait  Padmiration  des  ConnoiJJeurs  dans  les  magnifi- 
ques  Tables  Anatomiques  de  Mr.   Albinus 

a 

(t)  Ci-devant  PrnfeJJeur  de  Mathematiqtm  &  de  FhUofophk  a 
Genive  ;  aujourd'hui  Cortjeilter  d'Etat ,  £?  Triforkr  Cental  de  cette 
Republique. 

*3 


VI  PRE'    F     ACE. 

a  grave  la  phis  gr  ancle  par  tic  des  Planches  decet  On- 
vrage.  Les  autres  font  de  Mr.  van  der  Schley, 
qui  a  donne  dcs  preuves  de  Jon  hahikte  dans  la 
belle  Hi/loir c  dcs  Polypes  de  J/^-.  Trembley. 
La  reputation  de  ccs  deux  Artiflcs  eft  im  fur  ga- 
rant  de  la  fuielite  a'ccc  laquelk  ih  ont  rendu  les  Des- 
feins  de  ccs  Kccherchcs. 

De.  fon  cote  le  Lihraire  a  tdche  que  ? Edition 
repondit  a  la  heante  des  Planches  ,  8?  //  pcut  fe 
flatter  d'y  avoir  renffl. 

EiNFiN  5  pour  qiiil  ne  manqudt  ricn  a  ? exe- 
cution   de   cet    Oiivrage  ,    Mr.  Allamand', 

Profefjeur  de  Matheniatiques  6?  de  Philofophie 
dans  P  Univer/ite  de  Leide  ,  fort  connn  dn  Public 
par  d'excelkntes  Productions  en  divers  genres ,  a 
bien  voulu  s^y  intercfjcr  jusqti^a  fc  charger  d'^en  re- 
voir  les  Epreuves.  Je  croirois  jnanquer  a  ceque 
je  dois  a  fes  foins  fi  je  ne  fajjurois  ici  de  ma 
parfaite  gratitude. 

Les  Deffeins  les  plus  par  fait  s  n''egalent  pas  la 
Nature  :  c'cft  elk  qii'il  faut  fur  -  tout  conftilter. 
Je  fouhaiterois  d^infpirer  ce  defir  a  mes  LeCieurs , 

a? 


P    R    E'    F     A     C    E. 


VII 


6?  de  ks  porter  a  chercher  dans  la  Campagne ,  Z^^- 
Originaux  dont  je  ne  letir  donne  que  ks  Copies, 
lis  verifieroient  ainfi  vies  Obfervations  en  fe  pro- 
menant.  Les  promenades  feroient  des  fources  d^in- 
Jiru^lions  Ji  Part  de  voir  etoit  plus  comnimi  :  il 
£ommence  a  le  devenir ,  ^  fervira  a  dijiingiur 
notre  Sieck. 

A  Geneve  le  28.  Avril , 
1753. 


TA. 


TABLE 

D      E      S 

M     E      Al     O     I     R     E     S. 

Premier     M  e  m  o  t  r  e. 

De  h  Nutrition  des  Plantes  par  lews  Feuilks. 

Pag.   I 
Second     Me' moire. 

De  la  Dircdion^  8?  du  Retournement  des  Feuilks; 
8?  h  cette  occafion  de  la  Perpendicularite  £#  du 
Kepliement  des  Tiges.  77 

T  R  o  I  s  I  e'm  e     M  e'm  O  I  r  e. 

De  r  Arrangement  des  Feuilks  fur  les  Tiges  ,  8? 

Jitr  les  Branches  ,  8^  de  celui  qi^on  obferve  dans 

quelques  autres  parties  des  Plantes.  15^ 

Qu  A  T  R  I  e'  M  E       M  e'm  O  I  R  E. 

De  cjuelques  fmgularites  des  differ entes  parties  des 
Plantes ,  6?  principakment  des  Feuilks.       191 

Cinq^uie'me     M  e'm  o  ire. 

No  uv  elks  Kccbercbcs  fur  les  Feuilks  des  Plantes,  ^c. 
Confirmation  des  Kecberches  precedentes.       221 

RE- 


<o^5«.  ^.bf^  -^ho^  ■^b<^  I®  &3  S>;  -^j^  -^.gK^  -^So^  ^>^5«» 


RECHERCHES 

S    U    R 

L'USAGE    DES    FEUILLES 

DANS     L  E  S 

P    L    A    N    T    E    S. 

PREMIER     MEMOIRE 

De  la  Nutrition  des  Plantes  par  kurs  Feuilks. 

I.  g>C^§!g3J::^gES  Feuilles,   fi  varices  dans  leurs 

!H     T       ^  formes ,   dans  leurs  nuances  ,   & 

g    J—/    1^  dans  leurs  diflributions ,  n'ont  pas 

g      ,,g   ^  ete  donnees  aux  Plantes  unique- 

*"  ''^  ment   pour  les  orner :    elles  ont 

des   ufages   plus   importans ,   &    qui    repondent 

mieux  aux  grandes  idees  que  nous  nous  formons 

dela  SAGESSE    supreme. 

Enxre  ces  ufages  3  celui  d'elever  le  Fluide 

A  nour- 


'if/:^ 


2      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

nourricier,    efl  un  des  principaux  &  des  mieux 
conflates  par  les  belles  Experiences  de  Mr.  H  a- 

LES(*). 

Mais  la  preparation  de  ce  Fluide,  I'introdu- 
€lion  de  I'Air  dans  le  corps  de  la  Plante  ,  &  la 
fuccion  des  particules  aqueufes  repandues  dans 
rAtmofphere ,  font  d''autres  fondions  qu'on  3 
attribuees  aux  Feuilles ,  fur  des  faits  qui  n'ont  pas 
ete  jufqu'ici  afTes  approfondis. 

J'  A I  fait ,  en  ce  dernier  genre ,  des  Recher- 
ches ,  dont  le  fucces  femble  nous  promettre  plus 
de  lumiere.     ]e  les  dois  principalement  a  un  en- 
tretien  que    j'eus   un  jour     fur  ce   fujet  ,    avec 
Mr.  Calandrini,  &  dans  lequel  cet  excel- 
lent  Profefleur  me   communiqua  quelques  Re- 
marques  ,  qui  quoique  fort  fimples ,  montrent  a 
quel  point  il  poisede  I'Efprit  d'obfervation. 
Voici  le  precis  de  ces  Remarques. 
II.  On  diflingue  deux  Surfaces  dans  les  Feuil- 
les des   Plantes ;  la  Surface  fuperieure ,  ou  celle 
*PL.viii.  qui  regarde  le  Ciel  *;  la  Surface  inferieure  ,  ou 
•""'';■•; ,.    celle  qui  regarde  la  Terre  *. 

Ces  deux  Surfaces  different  fenfiblement  Tu- 
ne de  Faurre  dans  prefque  tomes  les  Plantes  ter- 
reflres.  La  Surface  fuperieure  efl  ordinairement 
'PL. I.  lille  &  luflree;  fes  Nervures  *  ne  font  pas  fail- 
lantes.     La  Surface  inferieure  au  -  contraire  ,  efl 

plei- 

(*)  Statigui  des  FigHaux. 


Fia.  I .  n,n. 


DES    FEUILLES.   I  Mm,        3 

pleine  de  petites  afperites,   ou  garnies  de  Foils 
courts;  fes  Nervures  *  ont  du  relief,  &  fa  ecu-*  Fig.i. 
leur  toujours  plus  pMe  que  celle  dela  Surface  fli-    "'"" 
perieure  n'a  que  peu  ou  point  de  luftre. 

Ces  differences  affes  frappantes  ont  fans  dou- 
te  une  Fin.  L' Experience  (*)demontre  que  la 
Rofee  s'eleve  de  la  Terre.  La  Surface  inferieu- 
re  des  Feuilles  ,  auroit-elle  ete  principalement 
deftinee  a  pomper  cette  vapeur ,  &  a  la  trans- 
mettre  dans  I'interieur  de  la  Flante  ?  La  pofition 
des  Feuilles  relativement  a  la  Terre ,  &  le  tis- 
fu  de  leur  Surface  inferieure,  femblent  Tindiquer. 

En  me  faifantpart  de  cette  ingenieufe  conje- 
cture ,  Mr.  Calandrini  voulut  bien  me 
charger  du  fbin  de  la  verifier,  &  d'approfondir  ce 
fujet ;  des  occupations  plus  importantes  ne  lui  en 
laidant  pas  le  loifir. 

Pour  repondre  a  cette  invitation ,  je  propo- 
fai  a  Mr.  Calandrini  une  Experience  qui 
me  vint  alors  dans  i'Efprit ,  &  qui  lui  parut  pro- 
pre  h.  decider  la  Queftion. 

Elle  confifloit  a  pofer  fijr  la  fuperficie  de 
i'Eau  contenue  dans  des  Vafes,  plufieurs  Feuilles 
d'une  meme  efpece,de  fa^on,  queles  unes  fuflent 
humeftees  dans  leur  Surface  fuperieure,  les  au- 
tres  dans  la  Surface  oppofee. 

C'est  de  cette  Experience  que  je  fuis  par- 
ti. 

C* )  Mmeires  de  VAcademie  Royale  des  Sciences,  i73<1. 

A    2 


4        RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

ti.  Elle  fera  le  principal  fujet  de  ce  Memoire  : 
j'expoferai  dans  ceux  qui  le  fuivront ,  les  nouvel- 
ks  Recherches  auxquelles  elle  a  donne  lieu. 

III.  ToUTES  fortes  de  Vafes  de  verre  font 
propres  a  cette  Experience.  Les  plus  parfaits 
feroient  ceux  dont  Touverture  imiteroit  la  for- 
me des  Feuilles.  Mais  pour  s'en  procurer  de 
tels ,  il  faudroit  etre  a  portee  d'une  Verrerie. 
]e  me  fuis  ordinairement  fervi  de  ces  Vafes  con- 
*PL.ii.  nus  des  Curieux  fbus  le  nom  de  Poudriers  *,  & 
f'g.i.  ^  qui  reflemblent  aux  Pots  de  verre  ou  Ton  met 
des  Confitures  liquides. 

Apres  avoir  rempli  d'Eau  de  femblables  Va- 
fes ,  j'ai  pofe  fur  fa  fijperficie  une  Feuille  de  la 
♦  /.  Plante  trempee  dont  j'ai  voulu  faire  I'epreuve  *. 
Cette  Feuille  ne  s'efl  pas  d'abord  appliquee 
exadtement  a  la  fuperficie  de  TEau.  La  courbu- 
re ,  &  le  reflbrt  de  fes  principals  Fibres  ont  te- 
nu  quelques  endroits  de  fa  Surface  plus  eleves  que 
le  rede.  Mais  bientot  la  transpiration  a  fait  per- 
dre  a  ces  Fibres  de  leur  roideur  ,  &  la  Feuille 
s'efl  abaiffee  par-tout  egalement. 

I'ai  tente  d'affujettir  ies  Feuilles  furk  fuperficie 
de  I'Eau ,  en  les  chargeant  de  quelques  petits  Poids. 
Mais  les  Poids ,  quelques  legers  qu'ils  foyent,  agis- 
fent  trop ,  des  qu'ils  agiflent.  Les  Feuilles  s'enfon- 
cent  alors  dans  les  Vafes  beaucoup  plus  qu'on  ne  le 
voudroit.  11  en  eflcependant  dont  les  grofles  Ner- 
vures  font  fi  roides ,  qu'on  peut  les  charger  avec  fuc- 
ces.  J'ai 


DES    FEUILLES.    I  Mem.         5 

]' Ai  choifi  des  Feuilles  d'une  grandeur  propor- 
tionnee  a  Touverture  des  Vafes  fur  lesquels  je  les 
ai  appliquees.  On  console  aifement  que  plus  la 
Surface  qu'on  prefente  a  I'Eau  a  d'etendue,  & 
mieux  on  repond  au  but  de  PExperience. 

D'uN  autre  cote,  j'aurois  cru  m'ecarter  de ce 
but ,  fi  j'avois  laifTe  mouiller  les  bords  des  Feuil- 
les. Ces  bords  font  communs  aux  deux  Surfaces, 
&  il  efl  neceflaire  de  ne  tenir  humedees  que  les 
parties  propres  a  Tune  ou  a  Fautre  de  ces  Surfaces. 
I'ai  done  fait  enfbrte  que  les  bords  *  de  chaque  *  h,b. 
Feuillle  ont  un  peu  outrepafTe  ceux  du  Vafe. 

J' A I  ufe  de  la  meme  precaution  a  I'egard  da 
Pedicule  *.     J'ai  eu  fbin  qu'il  n'ait  jamais  ete  hu-* «. 
mefte. 

J'ai  prefere  les  Feuilles  les  plus  vertes,  les 
plus  faines,  &  les  moins  eloignees  de  leur  par- 
fait  accroiflement. 

Pour  rendre  les  Refultats  plus  decififs,  j'ai 
mis  a  la  fois  en  Experience  plufieurs  Feuilles  de 
chaque  eipece.  J'aurois  fouhaite  que  toutes  ces 
Feuilles  euilent  ete  parfaitement  egales  &  (embla- 
blables;  mais  comme  cela  etoit  impoffible,  j'ai 
eu  (bin  feulement  qu'il  n'y  ait  pas  eu  entr'elles 
de  difference  confiderable.  L'edentiel  a  ete  de 
les  tenir  toutes  egalement  hume6lees. 

Aux  Feuilles  que  j'ai  diipoiees  de  la  maniere 
que  je  viens  ded'ecrire,  j'en  ai  joint  d'autres  de 
meme  efpecej^  de  mcme  grandeurjdem  les  u- 

A  3  nes 


6       RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

lies  n'ont  pompe  I'Eau  que  par  Textremite  infc- 
rieure  de  leur  Pedicule ,  &  dont  les  autres  ont 
demeure  abfblument  privees  d'humidite.  J''ai 
donne  lieu  par  la  a  des  comparaifbns  qui  ont  ren- 
du ces  Experiences  plus  inftruclives. 

A  mefijre  que  I'Eau  s'eft  evaporee  j'en  ai  mis 
de  nouvelle.  Je  me  fuis  fervi  pour  cet  effet  d'u- 
ne  petite  feringue  ,  afin  de  n'etre  pas  oblige  d'6- 
ter  la  Feuille  de  defTus  fbn  Vafe ;  &  ce  precede 
m'a  paru  le  meilleur.  J'ai  juge  de  la  quantite  de 
cette  evaporation  (bit  en  regardant  a  travers  les 
parois  du  Vafe  ,  fbit  en  fbulevant  un  peu  un  des 
cotes  de  la  Feuille.  Dans  les  Feuilles  d'une  con- 
texture delicate  ,  j'ai  reconnu  I'evaporation  par  un 
enfoncement  qui  s'efl  fait  au  milieu  de  chaque 
Feuille. 

IV.  J'ai  mis  au  rang  des  Feuilles  pajjees  coX- 
les  qui  ont  commence  a  s'alcerer. 

Cet  etat,  comme  on  le  concoit  a  lies ,  ren- 
ferme  bien  des  degres ,  il  feroit  difficile  de  dire 
precifement  quel  eft  celui  dont  on  doit  partir. 
D'ailleurs  les  Feuilles  de  toutes  les  efpeces ,  ne 
font  pas  fiijettes  aux  memes  alterations.  Les  u- 
nes  palillent ,  les  autres  jauniflent,  de  troifiemes 
fe  couvrent  de  tkches  noires,  Toutes  ces  varietes 
fe  reuniflent  fbuvent  dans  le  meme  fujet.  Mais 
ce  font  la  des  details,  auxquels  on  ne  s'arretera 
que  lorfqu'ils  renfermeront  quelque  particularite 
remarquable. 

Ce 


DES    FEUILLES.   /.  Mm.        7 

Ce  qu'il  ya  principalement  a  obferver  ici,  eft 
de  ne  prendre  pour  terme  dans  chaque  Experien- 
ce qu'un  meme  genre  &  un  merne  degre  d'alte- 
ration.  Ainfi  en  fuppofant  que  ce  genre  fbit  ce- 
lui  ou  les  Feuilles  ont  perdu  leur  couleur  naturel- 
le,  toutes  celles  ou  ce  changement  de  couleur  fe 
manifeflera  au  meme  point ,  feront  reputees  pas- 
fees. 

1l  en  fera  de  meme,  du  degre  de  Pourritu- 
re ,  fi  on  prefere  de  prendre  pour  terme  ce  genre 
d'alteration. 

En  general,  il  ne  s'agit  point  ici  d'une  ex- 
treme precifion :  on  ne  fauroit  y  atteindre.  On 
doit  fe  contenter  des  rapports  les  plus  prochains. 

Les  bords  de  la  Feuille  n'entreront  point  en 
confideration.  Souvent  ils  fe  defsechent,  ou  chan- 
gent  de  couleur  ,  pendant  que  ie  milieu  de  la 
Feuille  demeure  tres  fain.  On  voit  Ja  raifbn  de 
cette  difference.  Les  bords  de  la  Feuille  ne  com- 
muniquent  pas  immediatement  avec  i'Eau  du  Va- 
fe.  (ill.) 

A  u  rede ,  la  Temperature  du  Cabinet  ou  j'ai 
fait  ces  Experiences,  a  ete  a  I'ordinaire,  pendant 
les  chaleurs,  de  15  a  20  degres  du  I'hermome- 
tre  de  Mr.  de  Reaumur,  -&  de  5  a  10  de- 
gres, pendant  une  partie  du  Printems  &  de  I'Au- 
tomne. 

]e  rangerai  ces  Experiences  fbus  deux  Clafles: 
k  premiere  Clafle  comprendra  Jes  Experiences 

que 


8        RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

que  j'al  faites  fur  les  Peuilles  des  Herbes:  la  fe- 
conde  Clafle  renferraera  les  Experiences  que  j'ai 
tentees  fur  les  Feuilles  des  Arbres  &  fur  celles 
des  ArbriJJeaiix. 

V.  QuATOR'i  E  Elpeces  d'/Z^rZ-^j  ont  four- 
ni  a  ces  Eflais ; 

1.  Le  Plantain,  8.  Le  Soleil, 

2.  Le  Bouillon  blanc,  9.  Le  Cboti, 

3 .  Le  Pied  de  P^eau ,  1  o.  La  McJiJJe , 

4.  La  grande  Maidve,  it.  La  Crete  de  Coq, 

5.  U  Or  tie,  12.  U  Amarante  afeuil- 

6.  Le  Haricot,  les  poitrpres, 

7.  hd.  Belk  de  Nuit ,  13.  UEpinard, 

14,  LiSi  petite  Matthe. 

Entre  ces  E{peces  j'en  ai  obferve  fix  dont 
les  Feuilles  ont  vecu  a  peu-pres  auITi  longtems, 
loit  qu'elles  aient  pompe  I'Eau  par  leur  Surface 
fuperieure ,  (bit  qu'elles  I'aient  pompe  par  leur  Sur- 
face inferieure.  Ces  Efpeces  font  le  Piedde  J^eau , 
le  Haricot,  le  Soleil,  le  Chou,  VEpinard,  hi  pe- 
tite Mauhe. 

Dans  fix  autres  Efpeces ,  le  Plantain ,  le  Bouil- 
lon blanc,  h.  grayide  Mauhe,  VOrtie  ,  la  CretG 
de  Coq ,  VAmarante  a  feuilles  pourpres,  la  Sur- 
face fiiperieure  des  Feuilles  a  paru  plus  propre  a 
recevoir  ou  k  tirer  I'humidite,  que  la  Surface  op- 
pofee. 

C'est  ce  qui  a  paru  fur -tout  dans  VOr- 

.  tie  J 


DES    FEUILLES.   I  Mim,        9 

Ue^    le  Bouillon  blanc  ,   &  V  Amarante  a  feuilles 
pourpres. 

Des  Feuilles  dCOrtie  que  je  tenois  hume6lees 
dans  leur  Surface  inferieure  ,  ont  pafle  au  bout  de 
3  femaines ,  pendant  que  de  lemblables  Feuilles , 
que  je  tenois  humeftees  dans  leur  Surface  fupe- 
rieure,  ont  vecu  environ  2  mois. 

Des  Feuilles  de  Bouillon  blanc  ^  qui  ■  pom- 
poient  I'Eau  par  leur  Surface  inferieure, n'ont  ve- 
cu que  5  a  6  jours  ,  au-lieu  que  de  femblables 
Feuilles,  qui  pompoient  I'Eau  par  leur  Surface  fii- 
perieure,  ont  vecu  plus  de  5  femaines. 

Des  Feuilles  de  V Atfiarante  a  feuilles  pour- 
pres ,  qui  etoient  pofees  fur  I'Eau  par  leur  Sur- 
face fuperieure,  ont  vecu  environ  3  mois,  tandis 
que  de  femblables  Feuilles  appliquees  fur  I'Eau  par 
la  Surface  inferieure ,  ont  pafTe  en  moins  d'une 
femaine. 

Dans  les  Feuilles  de  la  Belle  de  Nuit  ,  & 
dans  celles  de  \sl  AfeliJJe  ,]a.  Surface  inferieure  apa- 
ru  avoir  quelque  avantage  fur  la  fuperieure. 

Les  Feuilles  du  Pied  de  J^eau  ,  &  de  la  Cre- 
te de  Coq ,  qui  ont  pompe  I'Eau  par  leur  Pedicu- 
le,  fe  font  confervees  plus  longtems  que  celles 
qui  ont  ete  appliquees  fijr  I'Eau  par  Tune  ou  I'au- 
tre  de  leurs  Surfaces. 

Les  Feuilles  de  la  grmtde  Mauhe ,  de  VOr- 
tie  ,  du  Soleil^  de  la  Belle  de  Nuit  ^  de  VEpinard, 
dont  le   Fedicule  a  ete  plonge  dans  I'Eau,    ont, 

B  moins 


lo      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

jnoins  vecu  que  ceJIes  qui  ont  pompe  ce  Flui'de 
pjr  Tune  ou  Tautre  de  leurs  Surfaces. 

Les  Fcu'iWes  du  Boiii  I  Ion  hknc,  du  Plantain, 
&  de  Vjlmarante  pourpre ,  qui  ont  tire  TEau  par 
rextremite  de  leur  Pedicule ,  fe  font  maintenues 
plus  longtems  que  celles  qui  ont  pompe  ce  Flui'- 
de par  leur  Surface  inferieure. 

Je  ne  parle  point  des  Feuilles  du  Haricot^  du 
Chou  5  &  de  la  Mclijje  ,  dont  le  Pedicule  a  ete 
plonge  dans  FEau:  leur  hiftoire  trouvera  fa  pla- 
ce ailleurs.  II  me  fufBra  de  dire  ici ,  qu'elles  ont 
eu  un  avantage  qui  a  rendu  leur  etat  fort  different 
de  celui  des  autres  Feuilles  qui  ont  ete  nourries 
par  la  meme  voie. 

Une  Feuille  de  Crete  de  Coq,  qui  pompoit 
i'Eau  par  fbn  Pedicule ,  a  vecu  2  mois  &  9  jours. 
Une  Feuille  ^Ortic  mife  en  Experience  par  fa 
Surface  fuperieure,  a  vecu  2  mois.  Une  Feuil- 
le de  Melilje  qui  repofoit  fur  TEau  par  fa  Surface 
inferieure,  a  vecu  environ  4  mois  &  demi.  La 
longue  vie  de  ces  Feuilles  eft  remarquable. 

Tet^s  font  les  principaux  Refultats  des  Expe- 
riences que  j'ai  faites  fur  les  Feuilles  des  Herbes. 
Je  terminerai  cet  article  par  un  Fait  affez  curieux, 
que  les  Feuilles  du  Soleil  m'ont  off^ert ,  &  que 
j'ai  obferve  depuis  dans  celles  de  plufieurs  autres 
Efpeces  de  Plantes  Herbacees. 

On  fait  que  les  Feuilles  du  Soleil  ont  beau- 
coup  de  conliftence.     Elles  la  doivent  principale- 

ment 


DES    FEUILLES.    I  Mem,       ir 

inent  a  la  grofleur  de  leurs  Nervures.  j'avois 
mis  de  tres  grandes  Feuilles  de  cette  Efpece 
fur  des  Cloches  de  verre  pleines  d'Eau  IVois 
jours  apres  je  trouvai  ces  Feuilles  en  fi  mauvais 
etat  que  je  les  jugeai  pres  de  pajjer:  elles  a- 
voient  perdu  toute  leur  confillence  :  elles  e- 
toient  couchees  fur  Pouverture  des  Vafes  ,  com- 
me  Fauroit  ete  un  Linge  mouille;  &  leur  cou- 
leur  n'avoit  rien  conferve  de  fbn  premier  luftre. 

Quelle  fut  done  ma  furprife  le  jour  fui- 
vant ,  lorlque  je  vis  toutes  ces  Feuilles  relevees  , 
fermes,  &  d'un  beau  verd  ,  telles  ,  en  un  mot, 
que  celles  qu'on  vient  de  detacher  de  la  Plante  ? 

Je  reiterai  auffitot  I'Experience  fur  des  Feuil- 
les de  moyenne  grandeur ;  &  ce  fut  avec  le  me- 
me  fucces. 

]e  n'obfervai,  a  cet  egard ,  aucune  difference 
entre  les  Feuilles  qui  avoient  ete  pofees  fur  I'Eau 
par  leur  Surface  inferieure ,  &  celles  qui  Tavoient 
ete  par  la  Surface  fuperieure. 

Il  n'en  fut  pas  de  meme  des  Feuilles  qui  a- 
voient  pompe  I'Eau  par  I'extremite  de  leur  Pedi- 
cule  :  elles  fe  fannerent  au  bout  de  quelques 
jours,  &  peu  apres  elles jaunirent, 

L' Ex  PLICATION  de  ce  Fait  n'eft  pas  dif- 
ficile. Les  orifices  des  Vaifleaux  fevenx  font  plus 
grands  dans  le  Fedicule  qu''ils  ne  le  font  dans  Tu- 
ne ou  Pautre  Surface.  L'Eau  doit  done  s'infi- 
nuer  plus  facilement  &  plus  abondamment  duns 

B  2  Pin- 


12     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

I'interieur  de  la  Feuille ,  par  la  premiere  de  ces 
voies  que  par  la  feconde.  De-la  vient  que 
les  Feuillesdont  le  Pedicule  eft  plonge  dans  PEau  , 
ne  fe  fannent  point  pendant  les  premiers  jours. 
Mais  lorfque  les  Vailleaux  compris  dans  la  partie 
du  Pedicule  qui  demeure  humeftee ,  ont  acheve 
de  fe  remplir,  ils  s'obftruent ,  ou  s'engorgent,  & 
la  Feuille  ne  recevant  plus  de  nouveaux  fucs ,  (e 
fanne  ou  fe  defseche. 

Tout  fe  paile  difFeremment  dans  les  Feuil- 
les  qu'on  pofe  fur  I'Eau  par  Tune  ou  I'autre  Sur- 
face. La  Tranfpiration  fait  d'abord  perdre  a  ces 
Feuilles  plus  de  fucs  qu'elles  n'en  resolvent  par 
les  Pores  tres  fins  de  la  Surface  humedee.  Les 
Vaifleaux  moins  remplis  fe  reltlchent  &  fe  rident. 
Leurs  Membranes  ne  reflechiflent  plus  la  lumiere 
avec  la  meme  vivacite.  Bientot  la  Feuille  cfl  fans 
couleur  &  fans  confiflence.  Mais  PEau  s'infinuant 
peu-a-peu  dans  les  Pores  de  la  Surface  qui  lui  eft 
oppofee  ,  penetre  les-  Vaifleaux ,  &  les  remplit  en- 
iin  entierement.  Alors  la  Feuille  reprend  fbn  lu= 
fire  &  fa  confiflence  ordinaires. 

O  N  comprend  que  cette  fraicheur  ne  pent  dii- 
rer  qu'autant  que  les  Pores  abforbans  fourniflent 
de  nouveaux  fucs.  Et  comme  ces  Pores  font  ex- 
tremement  nombreux  •,  qu'iJs  ne  fauroient  etre 
tous  humeftes  a  la  fois,  a  caufe  des  inegalites  de 
la  Feuille ,  &  que  les  Vaifleaux  auxquels  ils  cor- 
refpondent,  fe  raniifient  prodigieufement ,  il  arri- 
ve 


DES    FEUILLES.  I  Mem.        13 

ve  ordinairement  que  les  Surfaces  s'obflruent  plus 
tard  que  le  Pedicule.  Je  dis  ordinairement,  par- 
ce  que  j'ai  rapporte  ci-deirus  des  exceptions  a 
cette  Regie. 

L'O  BSE  RVAT  ION  que  je  viens  de  decrire , 
me  donne  lieu  de  remarquer,  que  les  Feuilles  qui 
pompent  I'Eau  par  leur  Pedicule,  ne  perilTent  pas 
de  la  meme  maniere  que  celles  qui  ont  une  de 
leurs  Surfaces  continuellement  humeftee.  Dans 
celles-la,  le  Pedicule  fe  corrompt  &  les  Surfaces 
ie  defsechent.  Dans  celles -ci,  le  Pedicule  fe 
defs^che  ,  &  les  Surfaces  fe  corrompent.  C'efl 
ce  qui  arrive  fur -tout  dans  les  Feuilles  des  Ar- 
bres ,  toujours  moins  fpongieufes  que  celles  des 
Herbes.  Aflez  fbuvent  le  Pedicule  noircit  en  fe 
^eflechant. 

j  E  ne  dis  rien  des  Feuilles  quidemeurent  pri- 
vees  de  nourriture  (ill-)-  ^^  ^^'^  bien  qu'elles 
doivent  fe  deffecher.  Je  n'ai  pas  cru  cependant 
"devoir  prendre  ce  deffechement  pour  terme  de  la 
vie  des  Feuilles  des  Herbes,  laiilees  fans  nourri- 
ture. Leur  tiflu  lache  &  fpongieux  retient  trop 
longtems  les  fucs  dont  il  efl  imbibe.  II  m'a  done 
paru  plus  convenable  de  mettre  ces  Feuilles  ati 
rang  des  Feuilles  pajjees  (iv.),  des  qu'elles  ont 
perdu  leur  couleur  &  leur  confiflence  naturelles. 

Il  fuit  de  ces  Remarques,  que  lorfque  j'ai  dit 
ci-defTus  (iv. ),  qu'on  devoit  principalement  ob- 
ierver  de   ne  prendre  pour  terme  dans   chaque 

B  3  Ex- 


t4      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Experience ,  qu'un  meme  genre  &  un  meme 
degre  d'alteration ,  cela  doit  s'appliquer  principa- 
lement  aux  Feuilles  qui  pompent  I'Eau  par  une  de 
leurs  Surfaces.  II  arrive  cependant  quelquefois 
que  les  Feuilles  d'une  meme  Efpece,  celles  qui 
Ibnt  humeftees  duns  leur  Surface  fuperieure ,  fe 
defsechent,  tandis  que  celles  qui  le  font  dans  la 
Surface  oppofee ,  fe  corrompent.  Alors  on  eft 
force  de  renoncer  a  Punite  de  terme;  &c'eft  ici 
un  Fait  tres  remarquable,  mais  fiir  lequel  je  n'in- 
fiflerai  pas  aftuellement. 

VI  Les  Experiences  que  j'ai  tentees  fur  les 
Feuilles  des  Arbres  &  des  Arbrifjeaux  ,  embras- 
fent  feize  Efpeces; 

1. 

2. 

3.- 

4- 

5- 
6. 

7- 
8. 

9- 

D  E  toutes  ces  Efpeces  le  hiJac  &  Je  Tremble 
font  les  feules  oii  la  Surface  fuperieure  des  Feurl- 
les  ait  paru  egaler  i'inferieure  en  aptitude  a  pom- 
per  I'humidite. 

Dans    toutes  les  autres  Efpeces,  la  Surface 

in- 


Le  Lilac  ^ 

lO. 

Le  Tilieul^ 

Le  Poirie¥^' 

II. 

Le  Fenplier , 

La  Vigne  ^ 

12. 

U  ylbrkotier  ^ 

Le  Tremble^ 

13- 

Le  Noytr , 

Le  Laurier  Cerife  , 

14. 

Le  CoudrierouNoi- 

Le  Ceri/icr  ^ 

Jet  tier , 

Le  Primier^ 

I^ 

Le  Chine , 

Le  Maronnier  d^Inde, 

16. 

La  P^ne  de  Canada. 

Le  Meiirier  hlanc , 

DES    FEUILLES.  /.  i^//;«.       ly 

inferieure  I'a  emporte  fenfiblement,  a  cet  egard 
fur  la  Surface  oppofee. 

Cette  difference  entre  les  deux  Surfaces 
des  Feuilles  a  ete  tres-frappante  dans  le  Meurier 
blanc.  Je  n'ai  pu  voir  fans  furprile  que  des  Feuil- 
les  de  cet  Arbre  -qui  pompoient  I'Eau  par  leur 
Surface  fuperieure  ,  fe  Ibient  fannees  des  le  cin- 
quieme  jour  \  &  que  de  femblables  Feuilles  qui 
pompoient  I'Eau  par  leur  Surface  inferieure ,  fe 
foient  confer vees  tries,  i.yertes  pendant  pres  de  6., 

mois.  "rQrrro  r"  i^': 

L  A  f-^igne ,  le  Peuplier ,  &  le  Noyer  ,  m'ont 
encore  fourni  des  exemples  remarquables  du  peu 
de  difpofition  qu'a  la  Surface  fliperieure  des  Feuil- 
les des  Plantes  Ligneufes  a  tirer  rhumidite.  J'ai 
obferve  que  les  Feuilles  de  ces  trois  Elpeces,  qui 
ont  etc  appliquecs  fur  I'Eau  par  leur  Surface  fli- 
perieure, ont  paffeenaufTi  peu  de  terns,  ou  a-peu- 
pres ,  que  celles  qui  ont  ete  laiflees  fans  nourri- 
ture. 

Les  Feuilles  du  Poirier ,  du  Meurier  hianc ^ 
du  Maronnicr  cf  hide  ,  &  de  la  f^igne  de  Canada, 
qui  ont  tire  TEau  par  I'extremite  de  leur  Pedicu- 
le ,  ont  vecu  autant  que  chiles  qui  ont  ete  hume- 
£lees  dans  leur  Surface  fuperieure 

Les  Feuilles  de  la  Vigne  ^  du  Peuplier^  du 
Noyer  &  du  Coudricr ,  qui  ont  pompe  I'EaQ  par 
leur  Pedicule ,  ont  furvecu  a  celles  qui  I'ont  tiree 
par  leur  Surface  fuperieure. 

Au 


i6      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

A  u  refte ,  on  juge  aifement  que  les  Expe- 
riences dont  je  viens  de  donner  le  precis,  font  de 
nature  a  varier  beaucoup  quand  on  les  repete- 
ra.  Mille  circonflances  peuvent  contribuer  a  ces 
varietes- la  temperature  de  I'Air,  I'etat  aftuel  des 
Feuilles,  leur  efpece  ,  leur  age,-  leur  tiilu,  leur 
confiflence  ,  ieur  grandeur,  le  plus  ou  le  moins 
d'exa6litude  de  TObfervateur  ,  &c.  Mais  quelle 
que  ibit  Fe-ffic-ace  de  ces  differentes  circonftan- 
ees^  je  me  perfuade  cependant  qu'on  n'aura  pas 
des  Refultats  direftement  oppofes  aux  miens.  Je 
rne  fdnde  principalement  fur  ce  quViant  repete 
plufieurs  de  mes  premieres  Experiences,  les  Rd- 
fultats  n'ont  pas  varie  d'une  maniere  fenfible.  Le 
Lilac  ^  hf^igne^  \e  Meurier  blanc ,  \e  Soleilj  la 
grande  Matihe ,  le  Bouillon  blanc ,  m'en  four- 
niroient  des  exemples, 

VII.  TouTES  les  Experiences  precedentes 
ont  ete  faites  fur  des  Feuilles  qui  avoient  atteint 
leur  parfait  accroillement ,  ou  qui  n'en  etoient  pas 
eloignees.  Les  Feuilles  de  grandeur  moyenne  , 
&  flir-tout  celles  qui  font  fort  petites ,  hume6tees 
les  unes  &  les  autres  dans  leur  Surface  inferieu- 
re,  ne  fe  confervent  pas  vertes  auITi  longtems 
que  les  grandes  Feuilles  de  meme  Efpece ,  hume- 
ftees  dans  la  meme  Surface.  Des  Feuilles  de 
Vigne^  de  3  pouces  de  longueur  fur  4  pouces  de 
largeur,  mifes  en  Experience  de  cette  maniere, 
ont  vecui5Jours.  D'autres  qui  n'avoient  que  8  a  10 

lignes , 


DES   FEUILLES.  L  Mem.         17 

lignes,  &  qui  touchoient  fEau  par  leur  . Surface 
inferieure ,  ont  pa(Ie  en  5  jours. 

LeS  Feuilles  de  grandeur  moyenne,  pofees 
fiir  I'Eau  par  leur  Surface  fuperieure ,  vivent  au 
Gontraire  plus  longteras  que  les  grandes  Feuilles 
de  meme  Efpece ,  huraedees  dans  cette  Surface, 
De  grandes  Feuilles  de  J^igne  n'ont  vecu  ainfi 
que  2  ou  3  jours,  pendant  que  des  Feuilles  de 
meme  Efpece ,  mais  de  grandeur  moyenne^  ont 
vecu  environ  un  mois, 

II  en  eft  de  meme  des  Feuilles  qui  pompent 
I'Eau  par  I'extremite  de  Jeur  I*edicule.  Celles 
qui  font  parvenues  a  leur  parjfait  accroiflement, 
paflent  beaucoup  plus  vite  que  ceJles  qui  en  font 
encore  eloignees..  j'ai  verifie  ces  differentes  Ex- 
periences. U  s'agiroit  de  Jes  etendre  a  d'autres 
Efpeces.  A  prendre  ici  I'Analogie  pour  guide, 
il  y  auroit  lieu  de  penfer  qu'ilen  efl,  a  cet  egard, 
des  Feuilles  de  la  pJupart  des  Axbres  &  des  Ar- 
brifleaux  ,  comme  de  celles  de  la  J^igm.  Maig 
c'efl  une  jeflexion  a  laquelle  j'aurai  occafion  de 
-revenir. 

QuoiQ^u'iL  en  fbit ,  on  voit  par  ces  Expe- 
xiences ,  combien  il  importoit  que  je  fifle  remar- 
quer,  que  celles  donu  j'ai  donne  les  Refukats, 
(v.,  vj.  )ont  ete/aitesiurdes  Feuilles  qui  avoient 
atteint,  ou  a-peu-pres^  J'age  de  maturite.  Ceux 
.qui  auroient  repete  les  memes  Experiences  fur  de 
jeunes  Feuilles,    auroient  ete  furpris  de  trouver 

C  des 


i8      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

des  Refultats  fi  contraires  a  ceux  que  j'ai  donne 
dans  I'Article  precedent. 

VIH.  Le  tidu,  lille,  delicat  &  uniforme  des 
Feuilles  des  Fleurs,  indique  allez  qu'elles  n'ont 
pas  precifement  les  memes  fonftions  que  celles 
des  autres  Feuilles  de  la  Plante  (ii.  ).  J'ai  vou- 
lu  cependant  m'ailurer  par  une  Experience  ,  s'il 
n'y  avoit  point  entre  les  Surfaces  de  ces  premie- 
res Feuilles ,  des  differences  femblables  a  celles 
que  nous  avons  obfervees  entre  les  Surfaces  des 
dernieres  (v,  VI.). 

Dans  cette  vue,  j'ai  pofe  fur  des  Vafes  pleins 
d'Eau  (ill,  IV. ),  des  Petales  (*)  de  cette  grande 
Efpece  de  Kenonctde^  qui  porte  le  nom  de  Pi- 
'Doine.  Les  unes  ont  ete  mifes  en  Experience  par 
leur  Surface  fuperieure,  ou  par  celle  qui  regar- 
doit  I'int^rieurde  la  Fleur;  les  autres  font  ete  par 
la  Surface  oppofee.  D'autres  Petales  ont  ete 
plongees  dans  I'Eau  par  leur  extremite  inferieure. 
D'autres  enfin  ont  ete  lai(fees  fans  nourriture. 

Le  quatrieme  jour,  les  Petales  privees  de 
nourriture  etoient  entierement  fannees.  Le  neu- 
vieme ,  les  Petales  qui  etoient  humeftees  dans  leur 
Surface  fuperieure,  ainfi  que  celles  qui  I'etoient 
dans  leur  Surface  inferieure,  avoient  paffe.  Le 
quatorzieme,  il  en  fut  de  meme  des  Petales 
qui  pompoient  I'Eau  par  leur  extremite  inferieure. 

IX. 

(  *  )  Les  Botaniftes  donnent  ce  nom  aux  Feuilles  des  Fleurs. 


DES    FEUILLES.   I  Mem.       19 

IX.  QuoiQ^UE  les  Bords  des  Feuilles ,  qui 
font  humedees  dans  Tune  ou  Tautre  de  leurs  Sur- 
faces, ie  defsechent  ou  perillent  ordinairement 
avant  le  refte  de  la  Feuille,  parce  qu'ils  n'ont 
pas  une  communication  immediate  avec  I'Eau  du 
Vafe  (iv. ),  on  voit  cependant  des  Feuilles  ou 
ils  fe  confervent  tres  fains  des  femaines  &  meme 
des  mois.  C'efl  ce  que  j'ai  obferve  fijr  les  Feuil- 
les de  plufieurs  Efpeces  de  Plantes,  foit  Herba- 
cecs ,  fbit  Ligneufcs^  &  principalement  fur  celles 
du  Meurier  blanc.  Des  Feuilles  de  cet  Arbre  qui 
pompoient  I'Eau  par  leur  Surface  inferieure  de- 
puis  plus  de  5  mois,  avoient  leurs  Bords  &  leur 
Pedicule  aulTi  verds  &  audi  (ains,  que  fi  elles  eus- 
fent  ete  detachees  de  la  Plante  depuis  peu  de 
jours. 

1l  eft  done  une  etroite  communication  entre 
toutes  les  parties  de  la   Feuille.     Les   Vaifleaux 
en  s'abouchant  les  uns  avec  les  autres  ,  fe  commu- 
niquent  reciproquement  les  fucs  qu'ils  resolvent 
des  Pores  abfbrbans  les  plus  voifins.      Une  medio- 
cre attention  fufiit  pour  decouvrir  a  I'oeil  cette 
communication.     Elle  forme  fur  les  deux  cotes 
de  la  Feuille  une  Efpece  de  Rezeau  * ,  qu'on  ne  «  p^  j 
fe  lafle  point  d'admirer  ,  lorfqu'il  eft  devenu  plus  ^'s-  2- 
fenfible  par  une  longue  maceration ,  ou  que  de 
petits  Infe6l^es  ont  confume  la  lubftance  delicate 
qui  en  rempliftbit  les  mailles. 
-    Dans  les  Feuilles  dont  la  Surface  fuperieu- 

C  2  re 


20    RECHERCHES  SUR  VUSAGE 

re  n'a  que  peu  ou  point  de  Pores  abforbans, 
cette  Surface  efl  nourrie  par  Jes  Vaifleaux  qui 
partem  de  la  Surface  inferieure.  Mais  cette  cor- 
refpondance  reciproque  jufqu'ou  s'etend-elle  ? 
Les  Feuilles  fe  tranfmettent-elles  mutuellement 
les  flics  qu'eiles  ont  pompe  ? 

Les  Experiences  que  j'ai  fait  pour  m'en  in- 
flruire,  font  de  deux  Genres.  Les  unes  ont  ea 
pour  objet  les  Feuilles  y^w^p/^j".*  les  autres  ont  re- 
garde  les  Feuilles  compofees. 

*  PL.  XII.  On  nomme  Feuilles  compofees'"  ^  les  Feuilles 
^%}jj.€[m  font  formees  de  plufieurs  Fenillets'^ ,  ou  Fo- 

*  p.     Holes,    qui   tiennent   a   un  Pedicule  *  commun. 

*  PL.  Telles  font  les  Feuilles  du  Haricot  *  y  de  Vjica^ 
^pl'.^xii.  ci^  *  y  du  Rozier  *, 

♦p'l'xi  L^  Alaulve^,  la  p^igne*,  le  Coudrier,  &c. 
*pl'x  poi'^^n^  ^^^  FeuWhs  Jtmp les.  Ges  Feuilles  par- 
Fis-r.  '  tent  immediatement  de  la  Tige,  ou  des  Bran- 
Fis.  i. '  ches  5  &  n'ont  d' autres  divifions  que  les  decou^ 
*pl.l  pures  plus  *  ou  moins  *  profondes  ,  dont  leurs 
J'^L 'x.   ^rds  font  fbuvent  ornes. 

^*''g;';  Les  difFerens  Feuillets  d'une  Feuille  compo- 

fee,  ne  conflituant ,  a  proprement  parler,  qu'une 
feule  Feuillfe ,  quoique  tres  diflindts  les  uns  des 
autres ,  on  conjefture  facilement  que  les  fucs  que 
recoit  un  de  ces  Feuillets ,  pallent  bientot  aux  au- 
tres. Ce  eas  eft  peu  different  de  celui  d'une 
Feuille  fimple,  qui  fe  conferva  verte,  quoiqu'il 
fi'y  ait  cju'une  partie  de  la  Surface  q.ui  fbit  hume- 


DES    FEUILLES.   I  Mim.       2i 

tlee.  C'efl  auffi  le  rapport  de  ces  deux  eas ,  qui 
m'engage  a  parler  d'abord  des  Experiences  fur 
les  Feuilles  compofees. 

Ces  Experiences, ainfi  que  celles  fur  les  Feuil- 
les fimples  ,  pouvoient  etre  varices  d'une  infinite 
de  fa^ons.  Je  m'en  fliis  tenu  a.  ceiles  qui  fe  pre- 
fentoient  les  premieres;  &  j'ai  precede  ici  com- 
me  dans  les  Experiences  precedentes  (in.). 

J  E  me  borne  a  donner  le  Refultat  de  ces  Eflais* 
Le  detail  en  feroit  ennuyeux  &  fuperflu. 

I>EUX  Feuillets  de  Haricot  en  ont  nourri 
un  troiiieme  pendant  environ  fix  femaines  ;  6c 
ceux-la  ont  jauni  trois  femaines  avant  I'autre. 

Un  Feuillet  de  Noyer  en  a  nourri  quatre 
3  jours. 

Deux  Feuilles  de  J^igm  en  ont  nourri  trois 
pendant  pres  de  huit  jours.  Une  Feuille  de  cet- 
te  Efpece  a  vecu  dix-fept  jours  par  le  fecours  de 
deux  autres. 

Deux  Feuilles  ^ Ahricotier  qui  tiroient  Teur 
ifubflance  de  deux  autres ,  n'ont  pafle  qu'au  bout 
de  quinze  a  feize  jours.  Elles  ont  meme  flirvecu 
aux  Feuilles  d^un  Rameau  qui  pompoit  I'Eau  par 
fbn  bout  inferieur. 

Une  Feuille  ^ Ahrketier  qui  etoit  entiere- 
ment  plongee  dans  I'Eau,  en  a  entretenu  deux 
autres  pendant  dix-neuf  jours. 

I'ai  compte  la  duree  de  toutes  -ces  Feuilles, 
du  JDur  oil  elles.  out  ete  mifes  en.  Experience.    11 

C  3  au- 


22      RECHERCHE3  SUR  L'USAGE 

auroit  peut-etre  mieux  convenu  de  ne  la  compter 
que  du  jour  ou  celles  qui  etoient  privees  de  nour- 
riture,  ont  ceire  de  vivre, 

X.  Les  Pores  au  moyen  defquels  les  Feuilles 
tirent  rhumidite,  s'ctendent-ils  fur  la  Surface  ex- 
terieure  du  Pedicule?  Cette  Surface  plongee  feu- 
le  dans  I'Eau,  pompera-t-elle  afTez  d'une  nourritu- 
re,  pour  fournir  pendant  quelque  terns  a  Fentre- 
tien  de  la  Feuille? 

Dans  la  vue  de  m'en  eclaircir,  j'ai  pofe  fur 

*PL.  II.   Touverture  d'un  Poudrier  *  plein  d'Eau,  une  Pla- 

^'1  p.^'  que  "*  de  Plomb  percee  de  plufieurs  Trous  *  de  3 

*t,t,t.'^  4  lignes  de  diametre.     J'ai  introduit  dans  cha- 

*  a.     que  Trou  le  Pedicule  *  d'une  Feuille,  en  le  cou- 

dant  de  maniere  qu'il  n'y  a  eu  que  fa.  Surface  ex- 
t^rieure  d'humedee.  Son  bout  inferieur  a  ete 
ramene  a  I'entree  du  Trou ,  &  retenu  dans  cet- 

*  e.     te  pofition  par  une  Epingle  *  qui  le  traverfbit  de 

part  en  part. 

J'ai  fait  cette  Experience  fur  des  Feuilles  qui 
avoient  atteint  Vkge  de  maturite ,  ou  qui  n'en 
etoient  pas  eloignees. 

Les  Feuilles  des  Plantes  Herbacees  que  j'ai 
mifes  a  cette  epreuve ,  m'ont  paru  fe  fanner  un 
peu  plus  tard  que  celles  des  memes  Efpeces  que 
j'ai  laifTees  fans  nourriture. 

Il  n'en  a  pas  ete  de  meme  des  Feuilles  des 
Plantes  Ligneufes:  celles  qui  n'ont  ete  hume6lees 
que  dans  la  Surface  ext^rieure  du  Pedicule,  fe 
^  font 


DES    FEUILLES.  /.  Mm.      23 

ibnt  deilechees  aufTi  promptement  que  celles  des 
memes  Efpeces  qui  ont  ete  totalement  privees  de 
nourriture. 

Le  tillu  exterieur  du  Pedicule,  plus  /pongieux 
dans  les  Feuilles  des  Herbes  que  dans  celles  des 
Arbres,  eft  la  fource  de  la  difference -que  nous  ve- 
nons  d'obferver  entre  les  Feuilles  de  ces  deux 
Clafles. 

Cette  Experience  nous  donne  lieu  de  con- 
je6lurer,  que  les  Feuilles  des  Arbres  qu'on  appli- 
que par  leur  Surface  inferieure  fiir  I'ouverture  de 
Poudriers  pleins  d'Eau,  &  qui  s'y  confervent 
tres  vertes  des  mois  entiers  (vi. ),  tirent  moins 
leur  nourriture  des  Pores  places  a  Texterieur  de 
leurs  principales  Nervures,  que  de  ceux  qui  fe 
trouvent  flir  les  plus  petites  Nervures  ,  &  dans 
les  efpaces  qu'elles  laiilent  entr'elles. 

O  N  s'aflureroit  de  la  verite  de  cette  Conje6lu- 
re,  en  enduilant  d'un  Vernis  impenetrable  a  I'Eau 
ks  plus  grofles  Nervures  de  la  Surface  inferieu- 
re de  differentes  Feuilles.  On  verroit  fi  les 
Feuilles  qu'on  auroit  ainfi  enduites  ,  &  qui  au- 
roient  ete  pofees  fur  I'Eau  par  leur  Surface  infe- 
rieure ,  conferveroient  leur  fraicheur  aufTi  long- 
tems  que  les  Feuilles  des  memes  Efpeces  qu'on 
n'auroit  point  enduites ,  &  qu'on  auroit  tenues  hu- 
meftees  dans  la  meme  Surface. 

Si  le  Pedicule  des  Feuilles  des  Arbres  ne  s'im- 
bibe  pas  de  I'humidite  qui  environne  fa  Surface 

ex- 


24      RECHERCHES  SUR  UUSAGE 

exterieure  ,  le  tiiTu  des  Branches  &  des  Tiges, 
beaucoup  plus  ferre  que  celui  du  Pedicule  , 
doit  etre  encore  moins  capable  de  cette  efpece 
d'imbibition. 

XI.  LoRSQ^UE  je  commenfai  h  reflechir 
lur  I'ufage  des  Feuilles ,  une  des  premieres  Ex- 
periences qui  ie  pr^ienterent  a  mon  efprit,  fut 
d'introduire  dans  des  Vafes  pleins  d'Eau,  des  Ra- 
meaux  de  differentes  Plantes,  fans  les  detacher 
de  leur  fujet  ,  &  d'obferver  ce  qui  ie  pafleroit 
alors  dans  ks  Branches  &  dans  les  FeuiJles  dejces 
•Rameaux. 

]'ai  fait  plufieurs  fois  cette  Experience  ,  & 
3e  I'ai  variee  de  plufieurs  facons.  En  voici  FHi- 
floire  abregee, 

Au  commencement  de  TEte  de  17475  fin- 
troduifis  dans  desPoudriers  pleins  d'Eau  ,  des  Ra- 
meaux de  f^igne.  Ces  Rameaux  appartenoient  a 
tin  Sep  plante  dans  le  milieu  d'un  Jardin. 

Des  quele  Soleil  commen^a  h.  echauifer  TEau 
des  Vafes,  je  vis  paroitre  fur  les  Feuilles  des  Ra- 
meaux, beaucoup  de  Bulles  femblables  a  de  petites 
Perles.  J'en  obfervai  aulTi  ,  mais  en  moindre 
quantite,  fur  les  Pedicules  &  fur  les  Tiges, 

Le  nombre  &  la  grofleur  -de  ces  Bulles  aug- 
menterent  a  mefure  que  I'Eau  s'echauffa  davan- 
tage.  Les  Feuilles  en  devinrent  meme  plus  le- 
geres  -,  -elles  fe  r'approcherent  de  la  fuperficie  de 
PEau. 

La 


DES    FEUILLES.   I  Mim.       2; 

La  Surface  inferieure  des  Feuilles  etoit  beau- 
coup  plus  chargee  de  Bulles  que  la  Surface  fupe- 
neure.  Les  plus  confiderables  paroiiloienr  fortir 
des  angles  des  Nervures ;  mais  les  principales 
Nervures  n'etoient  pas  laines,celles  ou  adheroient 
les  plus  grolles  Bulles.  Le  diametre  de  ces  der- 
nieres  egaloic  a.  peu  pres  celui  d'une  Lentille. 

Ces  Bulles  fembloient  douees  d'une  forte  de 
vifcofite,  qui  les  rendoient  tellement  adherantes 
a  la  Feuille,  que  quoique  je  la  fecouafle,  &  que 
je  paflafle  meme  le  doigt  defllis ,  elles  ne  Taban- 
donnoient  pas. 

T  o  u  T  E  s  difparurent  apres  le  coucher  du  So- 
leil.  Elles  reparurent  le  lendemain  matin ,  iors- 
que  cet  Afire  vint  a  darder  fes  Rayons  fur  les 
Poudriers. 

Elles  ne  fe  montrerent  pas  ce  jour -la  en 
audi  grand  nombre  que  le  jour  precedent.  La 
chaleur  n'etoit  cependant  pas  moindre. 

Le  nombre  des  Bulles  diminua  encore  plus  le 
troifieme  jour;  quoique  la  chaleur  eut  augmente, 
&  qu'elle  tint  le  Thermometre  de  Mr.  de  R  e  au- 
M  u  R  aux  environs  du  vingt-deuxieme  degre. 

En  FIN  elles  difparurent  entierement  Tapres- 
midi. 

J  E  repetai  cette  Experience,  fur  d'autres  Ra- 
meaux.     Ce  furent  les  memes  Phenomenes. 

L'apparition  de  ces  Bulles  a  la  prefen- 
ce  du  Soleil  ,   leur  difparition  a  Tentree  de   la 

D  Nuit, 


26      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Nuit ,  me  firent  d'abord  penfer  qu'elles  etoient 
produites  par  une  forte  de  refpiration  de  la  PJan- 
te,  par  une  refpiration  dont  les  alternatives  de- 
pendoient  des  alternatives  du  chaud  &  du  frais; 
du  chaud,  pour  Fexpiration ;  du  frais,  pour  I'in- 
fpiration.  ]e  jugeai  de  ces  Bulles  comme  un  il- 
luflre  Academicien  (*)  a  juge  de  celles  qui  pa- 
roiilent  fiir  le  Corps  d'un  Ver  a  fbie  qu'on  tient 
plonge  dans  I'Eau,  Je  crus  qu'elles  etoient  four- 
dies  par  les  petites  Trachees  qui  rampent  fur  les 
Surfaces  des  Feuilles.  La  diminution  prefque  grc- 
duelle  du  nombre  de  ces  Bulles  d'un  jour  a  I'au- 
tre  me  parut  provenir  de  quelque  alteration  que 
ra61:ion  de  I'Eau  occafionnoit  dans  le  tiflli  des 
Parties. 

Mais  confiderant  enfuite  que  la  Surface  in- 
ferieure  des  Feuilles  montroit  conflamment  un 
plus  grand  nombre  de  Bulles  que  la  Surface  fupe- 
rieure ,  &  fachant  d'ailleurs  que  la  premiere  de  ces 
Surfaces  a  plus  de  difpofition  que  I'autre  a  pom- 
per  rhumidite  (vi.),  je  changeai  d'idee  •  je  foup- 
connai  que  ces  Bulles  etoient  de  I'Air,  que  les 
Feuilles  feparoient  de  I'Eau  en  la  pompant. 

Impatient  de  verifier  ce  foup^on,  je  fis 
bouillir  de  I'Eau  pendant  trois  quarts  d'heure,  afin 
de  chafler  I'Air  qu'elle  contenoif.     Apres  I'avoir 

laif- 

(*)  Mr.  de  Reaumur.  Mmoires pour fervir  a rHiJloire  ies  Infe- 
cles,  Tome  I.  Memoire  3. 


DES    FEVILLES.  I.  Mem.       27 

laifle  refroidir ,  j'y  plongeai  un  Rameau  fembla- 
ble  aux  precedens :  je  I'y  tins  en  Experience  envi- 
ron deux  jours.  Le  SoleiJ  etoic  ardent.  Je  ne  vis 
pourtant  paroitre  aucune  BuJIe. 

Incontinent  apres ,  je  fis  I'oppofe  de 
cette  Experience.  J'impregnai  d'Air  une  certai- 
ne  quantite  d'Eau,  en  foufflant  dedans  avec  une 
Canne  a  Vent.  Un  autre  Jet  de  P^igne  fut  plon- 
ge  dans  cette  Eau.  II  s'y  couvrit  bientot  de 
BuUes  ,  qui  me  parurent  plus  grofles  &  plus 
nombreufes  que  celles  que  j'avois  obfervees  fur 
les  Jets  de  la  premiere  Experience. 

Apres  avoir  vu  difparoitre  entierement  les 
Bulles  qui  couvroient  un  Jet  de  l^igne  plonge 
dans  I'Eau ,  je  pompai  cette  Eau  avec  un  Cha- 
lumeau,  pourne  point  toucher  au  Jet.  Je  larem- 
pla^ai  fur  le  champ  par  de  I'Eau  fraiche. 

Au  bout  de  quelques  heures,  je  vis  paroitre 
beaucoup  de  Bulles  fijr  la  Surface  inferieure  des 
Feuilles. 

Ces  Bulles  aVant  difparu,  jerenouvellai  I'Eau 
pour  la  feconde  fois.  J'oblervai  bientot  de  nou- 
velles  Bulles  fiir  la  Surface  inferieure  des  Feuil- 
les, mais  en  moindre  quantite  qu'auparavant, 

ToUTES  les  Experiences  que  je  vicns  de 
rapporter,  je  les  tentai  dans  le  meme  terns,  fur 
piufieurs  autres  Efpeces  de  Plantes ,  fbit  Herba- 
cees  ,  fbit  Ligneufes.  Je  les  fis  fur  de  fimples 
Feuilles,  &  fur  des  portions  de  Feuilles.     Par- 

D  2  tout 


28     RECHERCHE3  SUR  L'USAGE 

tout  les  Refultats  furent  les  memes.     Je  les  retra- 
fierai  ici  en  peu  de  mots. 

Les  Bulles  qui  s'eleverent  fur  la  Surface  in- 
ferieure   des   Feuilles,  furent  conflamment  plus 
grofTes  &  plus  nombreufes  que  celles  qui  s'eleve-. 
rent  fur  la  Surface  oppofee. 

Ces  Bulles  ne  fe  montroient  ordinairement 
que  lorfque  le  Soleil  commen^oit  a  echauffev 
FEau  des  Vafes. 

Elles  etoient  d'autant  plus  grofles  &  d'au- 
tant  plus  abondantes  que  la  chaleur  etoit  plus  forte. 

Elles  dilparoiffbient  la  plupart  a  I'approche 
de  la  Nuit. 

Elles  paroiilbient  &  difparoillbient  ainfi 
pendant  plufieurs  jours  ;  leur  nombre  diminuant 
prefque  graduellement  d'un  jour  a  f  autre.  Enfin 
elles  cellbient  de  paroitre. 

Il  fe  formoit  de  nouvelles  Bulles  lorfqu'on  re- 
nouvelloit  TEau;  mais  ces  Bulles  etoient  conflam^ 
ment  moins  nombreufes  que  celles  qui  avoient 
paru  les  premiers  jours. 

L  E  nombre  &  la  grofleur  des  Bulles  augmen*- 
toient  dans  I'Eau  fort  impregnee  d'Air. 

On  n'en  decouvroit  aucune  fur  les  Rameaux 
^  fijr  les  Feuilles  plongees  dans  de  I'Eau  qu'on 
avoit  purgee  d'Air  en  la  faifant  bouillin 

Ai  ANX  reflechi  de  nouveau  fiir  ces  differen- 
tes  Experiences ,  je  les  ai  jugees  equivoques  En 
les  faifant ,  j'avois  gmis  une  precaution  eilentiel- 

le :. 


DES    FEUILLES.  7.  Mem.       2p 

le :  je  n'av^ois  pas  eu  fbin  de  chafler  I'Air  de 
I'exterieur  des  Rameaux  &  des  Feuilles  avant 
que  de  les  plonger  dans  I'Eau. 

On  fait  que  TAir  adhere  a  la  Surface  de  tous 
les  Corps  fees.  II  les  fuit  dans  i'Eau.  11  s'y 
montre  ardinairement  ious  la  forme  de  Bulles , 
dont  le  nombre  &le  volume  varient  fuivanc  la  na- 
ture dii  Corps.  On  ne  fauroit  done  etre  fur  que 
les  Bulles  qu'on  voit  paroitre  flir  la  Surface  d'un 
Corps  plonge  dans  I'Eau ,  proviennent  de  finte- 
rieur  de  ce  Corps ,  que  lorfque  Ton  a  eu  atten- 
tion de  chafler  I'Air  de  fbn  exterieur. 

C'est  pour  avoir  neglige  la  precaution  dont 
je  parle  ,  qu'on  a  ete  conduit  a  penfer  que  les 
Eulies  qui  s'elevent  fur  le  Corps  des  Chenilles  ra.- 
fes  plongees  dans  I'Eau ,  font  fournies  par  les  Tra^- 
chees  de  I'Epiderme.  Lorfque  j'ai  plonge  ces  In- 
fe6tes  dans  I'Eau,  apres  avoir  eu  fbin  de  chafler 
I'Air  de  leur  exterieur,  en  le  frottant  a  diverfes 
reprifes  avec  un  Pinceau  mouille,  je  n'ai  point  vu 
s'elever  de  BuJles  flir  la  Peau ;  mais  j'en  ai  vu  fbr- 
tir  un  grand  nombre  de  Stigmates.  On  pent  voir 
dans  les  Transatlions  Philofophiques  N°.  487.  (*) 
le  precis  de  ces  Recherches  fur  la  Refpiration  des 
Chenilles. 

J'ai  done  repete  I'annee  derniere,   mes  pre- 
mieres Experiences  fur  les  Bulles  des  Feuilles,  ea 

pre- 

(*)  Annde  1748.. 

D  3 


30      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

prenant  la  precaution  que  je  viens  d'indiquer. 
J'en  ai  ufe  de  meme  a  Tegard  des  Vafes  dont  je 
me  fuis  fervi :  j'ai  fait  enfbrte  qu'il  ne  fbit  point 
refle  d'Air  a  la  Surface  de  leurs  parois.  Je  n'ai 
eu,  pour  y  parvenir ,  qu'a  les  remplir  d'Eau  plu- 
fieurs  jours  avant  que  d'y  introduire  des  FeuilJes, 
&  a  les  tenir  expofes  au  Soleil.  L'Air  demeure 
adherant  aux  parois  interieures  s'eft  dilate  par  la 
chaleur,  &  detache  peu-a-peu  par  Taftion  de 
I'Eau  ,  il  s'eft  eleve  a  fa  fuperficie  en  forme  de 
Bulles.  Ces  Bulles  venant  a  rencontrer  les  Feuil- 
les  qu'on  a  renferme  dans  le  Vafe  ,  s'attachenr  a 
leurs  Surfaces, &  augmententTillufion.  J'avois  eu 
cependant  attention  dans  plufieurs  de  mes  pre- 
mieres Experiences  de  me  fervir  de  Vafes  dont 
I'interieur  etoit  purge  d'Air;  &je  ne  fais  com- 
ment je  n'avois  pas  etendu  cette  attention  aux 
Rameaux  &  aux  Feuilles. 

En  general,  il  efl  tres  difficile  de  chaffer  I'Air 
de  I'exterieur  des  Plantes.  11  en  efl  un  tres  grand 
nombre  d'Efpeces  dont  les  Feuilles  font  eriduites 
d'un  Vernis  naturel  ,  fur  lequel  I'Eau  n'a  que  fort 
peu  de  prife.  II  faut  pafler  &  repafler  le  Pinceau 
un  .errand  nombre  de  fois  fur  le  meme  endroit ,  a- 
vant  que  de  parvenir  a  le  mouiller  entierement;& 
iorfqu'on  abandonne  cet  endroit  pour  humecterles 
endroits  voifins ,  il  fe  seche  bientot ,  &  i'Air  y  ad- 
here comme  auparavant.  Telles  font  en  particu- 
lier  les  Feuilles'  des  A^rbres  toujours  verds. 

T  o  u- 


DES    FEUILLES.   L  Mm.       31 

TouTES  les  Feuilles  qui  ont  pu  etre  humeo 
tees  a  fond  avant  que  d'etre  plongees  dans  TEau  , 
n'ont  donne  que  peu  ou  point  de  Bulles  lorfqu'el- 
les  y  ont  ete  plongees. 

I L  en  a  paru  un  aflez  grand  nombre  fur  les 
Feuilles  dont  je  n'ai  pu  parvenir  a.  chailer  entiere- 
mentl'Air;  mais  ces  Bulles  ont  toujours  ete  en 
moindre  quantite  que  celles  qui  fe  font  elevees  fur 
de  femblables  F'euilles  que  je  n'avois  point  hu- 
meftees  avant  que  de  Jes  plonger  dans  TEau. 

On  voit  maintenant  ce  qu'on  doit  penfer  de 
mes  premieres  Experiences  fur  les  Bulles  des 
Feuilles.  Elles  prouvent  feulement  que  TAir  ad- 
here fortement  a  I'exterieur  des  Plantes  ,  & 
principalement  a  la  Surface  inferieure  de  leurs 
Feuilles.  Cet  Air  dilate  par  la  chaleur  du  Soleil, 
&  prefle  de  toutes  parts  par  I'Eau  qui  I'environ- 
ne,  revet  la  forme  de  Bulles,  dont  le  nombre  & 
la  groileur  font  determines  par  la  quantite  d'Air 
que  fourniflent  difFerens  points  de  I'exterieur  des 
Feuilles  &  des  Rameaux  ,  &  par  le  degre  de  cha- 
leur qui  agit  fur  cet  Air. 

Les  Bulles  difparoifient  a  I'entree  de  la  Nuit: 
I'Air  contra6]:e  par  la  fraicheur  qui  furvient  alors, 
cefle  de  former  des  Bulles  fenfibles. 

Ce  n'efl  que  peu-a-peu ,  &  a  la  longue  que 
I'Eau  penetre  toutes  les  inegalites  des  Feuilles  qui 
y  font  plongees ,  &  qu'elle  parvient  a  furmonter  la 
refiflance  de  I'Air  ioge  dans  ces  inegalites.     De- 

Ja, 


32     RECIIERCHES  SUR  L'USAGE 

la,  Tapparition  journaliere  des  BuIIes.  Leur  nom- 
bre  diminue  continucllemenc  d'un  jour  a  Fautre, 
parce  que  I'Eau  gagne  chaque  jour  plus  de  ter- 
rain fiir  les  Feuilles, 

Si  les  Feuilles  qui  font  plongees  dans  de  I'Eau 
qui  aete  fort  impregnee  d'Air  ,  fe  couvrent  d'un 
plus  grand  nombre  de  Bulles ,  c'eft  que  cette 
Eau  deja  tres  chargee  d'Air,  n'abfbrbe  point  de 
celui  qui  adhere  aux  Feuilles. 

L  E  contraire  doit  neceflairement  arriver  dans 
I'Eau  qu'on  a  purgee  d'Air,  en  la  faifant  long- 
tems  bouillir.  Ses  Pores  vuides  d'Air  ,  fe  gorgent 
de  celui  qui  efl  fourni  par  les  Feuilles. 

Si  la  Surface  inferieure  des  Feuilles  qu'on 
plonge  dans  I'Eau  qui  n'a  pas  bouilli ,  fe  couvre 
d'un  plus  grand  nombre  de  BuIIes  que  la  Surface 
fuperieure,  c'efl  que  la  premiere  de  ces  Surfaces 
donne  plus  de  prife  a  I'Air  par  les  inegalites  de  fbn 
tifTu  (ii.).  Ces  inegalites  augmentent  encore  I'e- 
tendue  de  la  Surface  a  laquelle  elles  appartien- 
ncnt:  or,  toutes  cho/es  d'ailleurs  egales,  I'Air 
doit  adherer  en  plus  grande  quantite  a  un  Corps 
qui  a  plus  de  Surfaces,  qu'a  un  Corps  qui  en  a 
moins. 

Qu  AND  on  renouvelle  I'Eau  fans  toucher  auX 
Jets  ou  aux  Feuilles  qui  y  font  plongees ,  on  les 
voit  produire  de  nouvelles  Bulles :  c'eft  que  de- 
meurant  expofes  quelques  terns  a  I'imprefTion  de 
TAir  exterieur  ,   divers  endroits  de   leur  Surface 

fe 


DES   FEUILLES.  /  Mm.        33 

fe  de/Techent,  &  fe  chargent  d'un  Air  nouveau. 
Un  deffechement  auITi  prompt  ne  fauroit  avoir 
lieu  dans  des  Feuilles  qui  font  demeurees  long- 
tems  fbus  I'Eau.  De-la  vient  que  ces  Feuilles 
n'ofFrent  point  de  Bulles  quand  on  les  retire  de 
•.  TEau  ou  elles  ont  fejourne  pour  les  plonger  dans 
une  Eau  fraiche. 

Ce  ne  font  pas  feulement  les  Feuilles  plon- 
gees  vivantes  dans  I'Eau  qui  s'y  couvrent  de  Bui- 
lds; je  n'en  ai  pas  moins  obferve  fur  des  Feuil- 
les mortes ,  fur  des  Feuilles  cueillies  depuis  plus 
d'un  an.  Ce  Fait  acheve  de  demontrer  que  les 
Bulles  qui  s'elevent  fur  les  Feuilles  vertes  &  qui 
vegetent  encore ,  ne  font  pas  I'effet  de  quelque 
mobvement  vital. 

Je  puis  en  fournir  une  autre  preuve.  Ai'ant 
retire  hors  de  I'Eau  des  Feuilles  vertes  tres  char- 
gees  de  Bulles  J  ces  Bulles  fe  font  crevees  dans 
i'Air,  &  la  place  qu'elles  occupoient  fur  la  Feuil- 
Je,  a  ete  facile  a  reconnoitre ,  parce  qu'elle  n'etoit 
point  humc(51:ee.  L'Eau  n'avoit  pas  encore  pene- 
trc  ces  endroits. 

L'Eau  qu'on  a  purgee  d'Air  en  la  faifant 
bouillir,  eft  plufieurs  jours  a  s'impregner  d'un  Air 
nouveau.  Des  Feuilles  plongees  en  Ete  ,  dans 
de  I'Eau  que  j'avois  fait  bouillir  trois  jours  aupa- 
ravant,  n'ont  point  produit  de  Bulles,  Les  Pores 
de  I'Eau  ne  s'ecoient  done  pas  encore  aflez  re  m- 
•plis  de  I'Air  exterieur  ,   pour  n'etre  pas  en  ctat 

E  d'.d- 


54     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

d'admettre  TAir  fourni  par  les  Feuilles. 

LoRSQ^UEJ'ai  fait  CCS  Experiences  dans  un 
terns  froid ,  &  ou  le  Thermometre  ne  fe  tenoit 
qu'a  I  ou  2  degres  aii-defllis  de  la  Congelation, 
je  n'ai  point  vu  paroitre  de  Bulles.  L'Air  ad- 
herent aux  Feuilles,  etant  contrafte  par  le  froid,  .• 
n'a  pu  revetir  de  forme  fenfible.  Mais  je  Tai 
force  de  fe  montrer  fbus  celle  de  Bulles ,  en  ren- 
fermant  les  Poudriers  dans  une  petite  Etuve. 

XII.  On  fait  que  les  Infedes  meurent  ,  lors- 
qu'on  les  plonge  dans  I'Huile  ,  ou  qu'on  applique 
feulement  fur  leurs  fligmates  quelques  gouttes 
de  cette  Liqueur.  Les  Plantes  fi  femblables  aux 
Infeftes  par  la  flrudure  de  leurs  Trach^es  ,  re- 
douteroient-elles  autant  ce  genre  d'epreuve  ? 

Mr.  Calandrini  a'fant  plonge  dans  de 
FHuile  de  Noix  un  jeune  Rameau  de  Vigne  , 
obferva  qu'il  y  perit  en  fort  peu  de  terns. 

J'ai  reitere  cette  Experience ,  non  feulement 
fur  la  l^lgne ,  mais  encore  fijr  plufieurs  autres  Ef^ 
peces  5  fbit  Herhacees ,  foit  Lignenfes.  La  Vinai- 
grette ,  une  Efpece  ^ Amarante  qui  porte  de 
longs  pendans  couleur  de  pourpre  ,  la  Belle  de 
Ntiit ,  le  Lilac  ,  le  Noyer ,  le  Poirier ,  le  Pes- 
cher,  le  Cerijter ,  le  Laurier  Cerife^  le  Figuier^ 
V  Abricoticr  ,  le  Jasmin  ,  &c,  ont  .ete  mis  a 
cette  rude  epreuve. 

TouTES  ces  Plantes  ne  Font  pas  egalement 
Ibutenue.     En    general  ,    j'ai  obferve   que  les 

par- 


DES   FEUILLES.   I.Mem.       35 

parties  plus  delicates  ,  ou  plus  herbacees  ,  ont 
(buffert  de  plus  grandes  alterations ,  que  les  par- 
ties plus  dures  ou  plus  ligneufes.  Des  Jets  en- 
core fort  tendres ,  ont  noirci ,  quelquefois ,  un 
jour  ou  deux ,  apres  avoir  ete  huiles,  Des  Jets 
plus  ages,  ou  plus  vigoureux,  fe  font  defTeches, 
fans  noircir,  &  leurs  Feuilies  font  tombees  tou- 
tes  vertes  j  comme  celles  qui  fe  detachent  en 
Automne,  apres  line  gelee  blanche.  De  gran- 
des Feuilies  de  Laurier  Cerifc  ,  bailees  a  fond , 
ont  vecu  plufieurs  mois  ,  fans  autre  alteration 
apparente  qu'un  leger  changement  de  couleur. 
Des  Feuilies  de  cette  Efpece  ^Amaranu  a 
pendans  pourpres,  huilees  de  la  meme  maniere, 
fe  font  confervees  aufTi  plufieurs  femaines ,  fans 
changer  fenfiblement.  Un  Jet  de  yigne  ,  de  la 
poulle  d' Automne ,  &  qui  avoit  commence  a 
s'endurcir ,  aYant  ete  tenu  plus  de  trente  heures 
dans  de  i'Huile  de  Noix,  en  efl  forti  tres  fain  en 
apparence.  Ses  Feuilies  I'ont  cependant  aban- 
donne  quelques  jours  apres ,  quoique  tres  vertes , 
&  il  s'eft  lui-meme  deffeche. 

Je  n'ai  pas  remarque  que  les  parties  fituees 
immediatement  au-deffus  de  celles  qui  etoient 
plongees  dans  I'Huile  ,  aient  fbuffert  de  ce  voi- 
finage.  On  pourroit  en  conclure  que  I'Huile  de 
Noix  eft  trop  epaille  pour  etre  admife  dans  les 
Canaux  des  Plantes  ,  &  pour  y  circuler.  Mais 
c'efl  une  Experience  qui  demanderoit  d'etre  re- 

E  2  pe- 


36    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

petee.  On  pourroit  la  varier  en  y  employant 
differentes  efpeces  d'Huiles  plus  ou  moins  fub- 
tiles ,  cu  d'autres  Liqueurs  analogues.  On  re- 
pandroit  ainfi  beaucoup  de  jour  fur  la  ftrufture 
interieure  des  Vegetaux  ,  &  principalement  fur 
la  diflribution ,  &  fur  le  jeu  de  leurs  Trachees. 

Il  m'a  paru  que  la  Surface  inferieure  des 
Feuilles  foufFroit  plus  du  conta6l  de  I'Huile  , 
que  la  Surface  fuperieure.  Le  Vernis  nature! 
dont  celle-ci  efl  enduite  ,  a  femble  lui  fervir  de 
defenfe.  Une  Experience  que  j'ai  faite  fur  Ics 
Feuilles  du  Lilac  ^  a  acbeve  de  m'en  convain^ 
ere. 

J'ai  pofe  par  une  de  leurs  Surfaces,  fur  des 
Poudriers  pleins  d'Eau  ,  fix  grandes  Feuilles  de 
cet  Arbufle.  -Trois  ont  ete  humeftees  dans  leur 
Surface  fuperieure  ,  trois  I'ont  ete  dans  la  Sur- 
face oppofee.  J'ai  applique  fur  la  Surface  qui. 
ne  touchoit  point  I'Eau  ,  une  couche  allez  e- 
paifle  d'Huile  de  Noix.  J'ai  huile  en  meme  terns 
plufieurs  Feuilles  ,  de  meme  efpece  ,  que  j'ai 
laiifees  fans  nourriture.  J'ai  huile  les  unes  dans 
la  Surface  fuperieure.  J'en  ai  huile  d'autres  dans 
la  Surface  inferieure.  D'autres  font  ete  dans  les 
deux  Surfaces. 

Au  refte  ,  on  doit  le  r'appeller  que  dans  le 
Lilac  ,  les  deux  Surfaces  des  Feuilles  ont  une  dif^ 
pofition  a-peu-pres  egale  a  pomper  I'humidite. 
(.VI.).     C'efl  cette  efpece  d'egalite  ,    qui  m'a 

por- 


DES   FEUILLES.  I  Mm.      37 

porte  a  choifir  ces  Feuilles  poiir  rExp^rience  dont 
je  parle. 

Au  bout  d'environ  24  heures  ,  les  Feuilles 
qui  pompoient  I'Eau  par  leur  Surface  fuperieure  , 
commen^oient  a  s'alterer  dans  la  Surface  oppofee. 
Gette  Surface  etoit  jfemee  9a  &  la  ,  de  taches 
brunes ,  h.  plufieurs  angles ,  dont  les  cotes  etoient 
formes  par  des  Nervures.  Lorsque  j'ai  regarde 
la  Feuille  au  grand  jour ,  les  taches  m'ont  parii 
tranfparentes.  L'Huile  y  avoit  produit  I'eiFet  qu'el- 
le  produit  Cm  le  Papier. 

CiNC^  a  fix  jours  apres ,  ces  taches  avoient 
augmente  au  point  que  la  Feuille  en  etoit  de* 
venue  presque  entierement  tranfparente. 

Entre  les  Feuilles  que  j'avois  laillees  /ans 
nourriture ,  celles  qui  n'avoient  point  ete  hui^ 
lees,  etoient  feches.  Gelles  qui  etoient  huilees 
avoient  noirci. 

Les  Feuilles- qui  pompoient  I'Eau  par  le?jr 
Surface  infcrieure  ,  etoient  en  bon  etat.  Elles  ont 
fiirvecu  aux  autres  plufieurs  femaines ;  &  les  ta- 
ches y  ont  toujours  et€  peu  nombreufes  6c  peu 
etendues. 

J'ai  efiaye  d'huilerdfes  Feuilles  de  Lilac ^  fans 
les  detacher  de  la  Plante.  J'ai  varie  cette  Ex- 
perience de  plufieurs  famous.  Tantot  j'ai  liuiM 
les  Feuilles  en  entier.  Tantot  je  n'ai  huile  qu'u- 
ne  des  Surfaces.  Quelquefois  je  n'ai  enduit  que 
le  feul  Pedicule,     D'autres  fois  ,  je  n'ai  huile 

E  3  qu'u- 


qu'une  pdrde  d'ane  des  Surfaces.  Tantot  je  n'ai 
applique  PHuile  que  fur  les  bords  de  la  Feuille , 
tantot  fur  le  milieu  ,  tantot  aux  extremites. 
Mais  ces  Experiences  ne  m'ont  pas  valu  les  lu- 
.mieres  que  j'en  attendois.  La  chaleur  ai'ant 
ije&ueoup  diminue  ,  &  les  rofees  etant  devenues 
fort  abondantes  !;-  i'Hpile  n'a  pu  fecher  fuffifam- 
xnent :  elle  a  coule ;  &  les  limites  que  je  lui  a- 
vois  prefcrites  fiir  les  Feuilles  ont  ete  franchies. . 

Il  fera  done  mieux  de  preferer  .pour  ces  Ex- 
periences des  Vernis  de  differences  Elpeces,  dont 
les  uns  fbient  impenetrables  a  TAir ,  les  autres  a 
.J'humidite  ,  fuivant  le  but  qu'on  fe  propofera. 
]e  n'infifterai  pas  fur  I'utilite  dont  ces  Experien- 
ces peuvent  etre  a  I'Hifloire  de  la  Vegetation  : 
on  la  fentira  ailez  pour  peu  qu'on  y  reflechiile. 

JE  crois  avoir  obferve,  que  le  bord  des  Feuil- 
les ,  &  fur-tout  Fextremite  oppofee  au  Pedicule, 
font  les  parties  qui  redoutent  le  plus  rimpreffion 
deTHuile. 

De  grandes  Feuilles  ^ Atriplex  que  j'ai  hui- 
lees  fur  la  Plante  ,  fe  font  fannees  en  tres  peu 
de  terns. 

Mr.  du  Ham  EL,  a  qui  la  Phyfique  &  les 
Arts  doivent  tant  de  Decouvertes  intereflantes , 
ni'a  prevenu  dans  le  genre  d'Experiences  dont 
je  viens  de  parler.  Mais  fes  Recherches  n'aiant 
point  ete  rendues  publiques ,  je  les  aurois  abfblu- 
xnent  ignorees  ,  s'il  n'avoit  bien  voulu  m'en  faire 

part 


DES    FEUILLES.   /,3/^w.       39 

part  aprcs  la  le(5iure  de  mon  Manufcript ,  &  m'ofj 
frir  meme  de  les  inferer  dans  ce  petit  Ouvrage, 
Le  Public  auroit  eu  de  juftes  reproches  a  me  faire, 
fi  je  m'etois  prevalu  de  cette  offre  obligeante,  & 
fi  j'avois  entrepris  dc  lui  donner  en  detail  des  Ex- 
periences qui  ne  fauroient  etre  bien  rendues  que 
par  la  Main  favante  qui  les  a  faites:  Je  me  bor-. 
nerai  done  a  lui  en  tracer  une  legere  efquifie , 
plus  propre  a  piquer  fa  curiofite  qu'a  la  fatisfaire. 
Mr.  du  Ha  MEL,  toujours  2;ele  pour  le  progres 
des  Sciences ,  ne  le  refufera  pas  fans  doute  a 
Tempreflement  que  les  Phyficiens  ne  manqueront 
pas  de  temoigner  de  voir  fes  Experiences  re- 
cueillies  par  lui -meme;  &  j'ofe  me  flatter  qu'il 
ne  desaprouvera  pas  Telpece  d'engagement  que  je 
lui  fais  contra£ler  ici  ,  a  ce  flijet. 

Ce  celebre  Academicien  a  eflTiVe  d'enduire  de 
Colle  de  Parchemin,  de  Vernis  a  i'Efprit  de  Vin, 
d'Huile,  de  Cire,  de  Miel,  &de  plufieurs  autres 
Matieres  ,  differentes  efpeces  de  Plantes,  &  dif-. 
ferentes  parties  de  la  meme  Plante  ;  &  il  a  ete 
tres  attentif  a  obferver  les  effets  de  ces  Enduits. 
Tous  n'ont  pas  agi  de  la  meme  maniere  ,  ni  d'u- 
ne  maniere  egalement  fenfible.  Je  ne  parlerai 
ici  que  des  Enduits  qui ;  one  pradtiit" '  les  plus 
grands  changemiens.       '•  '^:?  '^"''    " 

T  A  NT  ox  Mr.  du  Hamet^  n'a  employe 
que  la  Colle.  Tant6t  il  n'a  employe  que  le  Ver- 
nis.    Tantot  il  a  employe  a  la  fois  ces  deux 

ef- 


40      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

efpeces  d'Enduits ,  en  les  appliquant  par  couches 
(iir  Ja  Plante. 

En  general ,  il  lui  a  paru  que  le  Vernis  e- 
toit  plus  nuiTible  que  la  Colle.  Les  Plantes  ver- 
nies  ont  noirci  presque  fur  le  champ,  &  la  pourri- 
ture  a  bientot  fuccede  a  ce  changementdecouleur. 

Dans  les  Plantes  enduites  de  Colle,  I'altera- 
tion  a  ete  moins  prompte.  Pendant  la  nuit ,  & 
dans  un  terns  pluvieux  ,  ces  Plantes  ont  femble 
reprendre  un  peu  de  vigueur.  La  Colle  fe  ra- 
molliflbit  alors. 

Mr.  du  Ham  EL  crolt  que  la  Colle  nult  aux 
Plantes,  en  empechant  la  tranfpiration  &  I'imbibi- 
tion  qui  fe  fait  par  les  Feuilles.  Le  Vernis  qui 
femble  oppofer  a.  I'une  &  a  I'autre  de  ces  fonc- 
tions  un  obflacle  encore  plus  puiflant ,  paroit  plus 
s'infinuer  dans  les  Vaifleaux  ,  &  en  deranger 
I'organifation. 

Mr.  du  H  AMEL  aVant  remarque  que  c'efl:  dans 

.  le  terns  oil  le  Soleil  donne  fur  les  Plantes  vernies 

qu'elles  fbufFrent  le  plus ,  il  en  a  conclu  que  c'efl 

dans  ralternative  de  la  Tranfpiration  que  le  Ver- 

•nis  efl  le  plus  agiflant. 

Le  Vernis  penetre  &  detruit  toute  la  fiibflan- 
ce  des  Feuilles  encore  tendres.  11  agit  avec  moins 
de  vivacite  fur  celles  qui  font  plus  fortes. 

Des  Fruits  qui  pendoient  encore  a  I'Arbre, 
aVant  ete  converts  d'une  couclie  de  Vernis ,  ont 
noirci  6c  pourri  entierement. 

De 


DES    FEUILLES.   I  Mim,      41 

De  /emblables  Fruits  qui  n'avoient  ete  qu'e«- 
■colks^  ont  pris  une  couleur  fauve,  &  leur  chair  a- 
volt  un  gout  qui  approchoit  de  celui  des  Fruits 
qui  ont  fermente. 

Les  Fruits  qu'on  a  recouvert  de  Colle  avant 
que  de  les  vernir,  fe  font  alteres  plus  tard. 

Les  Plantes  &  les  Fruits  qui  ont  ete  fimple- 
ment  enduits  d'E/prit  de  Vin  ,  n'en  ont  point 
ete  endommages;  ce  qui  fombleroit  indiquer  que 
c'eft  moins  cette  Liqueur,  que  les  matieres  aux- 
quelles  on  I'unit,  qui  rendent  le  Vernis  fi  nuifi- 
brle.  A  la  verite ,  TEiprit  de  Vin  s'evapore  fi 
promptement  qu"'on  peut  douter  s'il  a  le  terns  de 
faire  impreffion. 

Des  Bourgeons  &  des  Feuilles  de  jeunes  Plan- 
tes qui  avoient  ete  huiles ,  fe  font  deileches ,  mais 
fans  que  la  Plante  en  ait  foufFert. 

Des  Arbres  dont  le  Tronc  &  toutes  les  Bran- 
ches avoient  ete  enduits  de  Colle  &  de  Vernis  , 
mais  dont  les  Feuilles  avoient  ete  laiflees  dans 
leur  etat  natural  ,  ont  paru  fouffrir  moins  des 
grandes  chaleurs  ,  que  des  Arbres  de  meme  Ef^ 
pece  qui  n'avoient  point  ete  vernis.  L'Enduit 
arrete  appar-emment  la  Tranfpiration  qui  fe  fait 
par  I'Ecorce  dans  un  terns  fort  chaud.  Cet  ex- 
ces  de  Tranfpiration  eft  ce  qui  affoiblit  les  Arbres 
qui  n'ont  point  ete  enduits.  C'efl  du  moins  la 
raifon  que  Mr.  du  Ha  MEL  indique  de  cette 
difference  \  &  cette  raifon  paroit  tres  naturelle. 

F  XIII. 


42       RECHERCIJES  SUR  L'USAGE 

XIII.  Nous  avons  vu  dans  F Article  precedent 
les  divers  efFets  de  I'Huile  fur  les  Plantes  ,  & 
en  particulier  fur  les  Feuilles  qui  en  font  endui- 
tes.  11  m'a  paru  intereflant  de  favoir  quelles  fe- 
roient  les  imprefTions  de  cette  Liqueur  fur  ces 
memes Parties,  lors  qu'elle  s'introduiroit  dans  leur 
interieur  par  I'extremite  inferieure  du  Pedicule. 
j'ai  voulu  en  meme  terns  decider  par  une  Expe- 
rience ,  fi  les  Vaifleaux  du  Pedicule  ne  font  pas 
trop  fins  pour  admettre  une  Liqueur  aufTi  e- 
paifle. 

]'ai  rempli  d'Huile  ^Olives  unTubede  Ver- 
*PL.  2.  re  *  de  3  lignes  &  demi  de  diametre.  Un  au- 
^'^'  ^'  tre  Tube  de  meme  capacite  a  ete  rempli  d'Eau. 
j'ai  introduit  dans  chaque  Tube  le  Pedicule  d'une 
Feuille  de  Belle  dc  Nuit.  Les  deux  Feuilles  e- 
toient  egales  &femblables:  elles  avoient  5  pou- 
ces  de  longueur ,  fur  2  pouces  &  demi  de  lar- 
geur ;  &  la  portion  du  Pedicule  de  chaque  Feuilfe 
^ui  etoit  plongee  dans  la  Liqueur ,  etoit  parfai- 
tement  egale  dans  Pune  &  I'autre  Feuille. 

Au  bout  de  24  heures  ,  la  Feuille  qui  etoit 
plongee  dans  I'Eau  a  tire  13  lignes.  La  Feuille 
plongee  dans  THuile  a  tire  i  ligne  ,  &  cette 
Feuille  ^toit  dejk  tres  fannee. 

Pendant  le  fecondjour,  la  Feuille  plongee 
dans  I'Eau  a  tire  9  lignes.  La  Feuille  plongee 
dans  I'Huile  a  tire  en  tout  demi  ligne. 

Dans  les  3  jours  iuivans,  la  Feuille  plongee 

dans 


DES    FEUILLES.   I  Mem.       43 

dans  I'Eau  a  tire  en  tout  10  lignes.     La  Feuille 
plongee  dans  I'Huile  a  tire  en  tout  i  ligne. 

Cetxe  Feuille  a  noirci  dans  la  Partie  qui 
touche  au  Pedicule :  le  refte  de  la  Feuille  s'eft 
defleche  &  plilFe. 

J'ai  repete  cette  Experience  avec  un  egal 
fucces  fur  d'autres  Feuilles  de  Belle  de  Nuit. 

Une  grande  Feuille  ^ Amaranthe  potirpre 
dont  le  Pedicule  a  ete  plonge  dans  un  Tube  rem- 
pli  d'Huile  A^ Olives  &  de  meme  diametre  que  les 
precedens  ,  a  tire  en  2  jours  2  lignes  &  demi. 
Cette  Feuille  s'efl  fannee  des  le  premier  jour. 
On  obfervoit  des  Taches  noires  placees  le  long 
des  principals  Nervures  ,  &  qui  indiquoient  les 
endroits  ou  I'Huile  avoit  penetre.  Ces  Taches 
p'etoient  fenfibles  que  dans  la  Surface  infe- 
rieure. 

Une  grande  Foliole  de  Haricot  plongee  de 
meme  dans  I'Huile,  a  tire  en  3  jours  2  tiers  de 
ligne. 

Une  grande  Feuille  de  Cerifier  mife  en  Ex- 
perience de  la  meme  maniere ,  n'a  rien  tire  en 
24  heures  ,  &  s'efl  defTechee. 

Une  grande  Feuille  ^ Abricotier  n'a  rien  ti- 
re non  plus  en  3  jours  ,  &  s'e/l  aufTi  de/Iechee. 

Le  Pedicule  des  Feuilles  Herbacees  admet 
done  I'Huile  dans  fbn  interieur ,  tandis  que  le 
Pedicule  des  Feuilles  Ligneufes  lui  en  refufe  I'en- 
tree.     Ce  Fait  eft  une  nouvelle  preuve  de  la 

F  2  dif- 


44     RECHERCHE3  SUR  L'USAGE 

difference  qui  efl:  entre  le  tiflu  des  Plantes  Her-- 
bacces  &  celui  des  Plantes  Ligneufes, 

II  faudroit  tenter  de  femblables  Experiences 
flir  les  Racines.  Ces  Experiences  feroient  pro- 
pres  a  nous  faire  juger  du  degre  de  finelle  que 
do-ivent  avoir  les  lues  nourriciers  pour  etre  ad- 
mis  dans  les  Canaux  des  Plantes. 

J'ouBLioiS  de  faire  remarquer  qu'il  ne  s'eft 
fait  aucune-  evaporation  ,  pendant  un  mois  dans 
des  Tubes  pleins  d'Huile  d' Olives  &  de  meme 
diametre  que  ceux  dont  je  viens  de  parler.  Cet- 
te  remarque  eft  neceOaire  pour  detruire  le  fbup- 
^on  qu'on  pourroit  avoir ,  que  la  diminution  qui 
s'eft  faite  de  cette  Liqueur  dans  les  Tubes  oil 
j'ai  introduk  des  Feuilles  ,  eft  due  en  partie  a 
une  evaporation  naturelle  a  tous  les  Liquides. 

XIV.  Si  des  Liqueurs  grades  ,  commerHuIi- 
le  ,  font  admifes  dans  les  Vaifteaux  de  beaucoup 
de  Plantes  j  des  Liqueurs  fpiritueufes  doivent 
y  avoir  un  acces  bien  plus  facile ,  a  caufe  de  leuir 
fubtilite. 

Mais  des  Feuilles  dont  le  Pedicule  feroitr 
plonge  dans  une  Liqueur  fpiritueufe  ,  fbuffri- 
roient  ^  fans  doute  ,  de  I'adivite  d'une  telle  Li- 
queur. Quelle  feroit  I'efpece  d'alteration  qui  fur- 
viendrolt  alors  a  ces  Feuilles  ? 

Pour  acquerir  la  deftiis  quelque  lumiere  , 
j'ai  eu  recours  a  une  Experience  de  meme  genre 
^ue  la.  precedente.     J'ai  plonge  dans  un  Tube 

pleia 


DES   FEUILLES.  I  Mem,         45 

plein  d'Eau  de  Vie  ,  Je  Pedicule  d'une  Feuille 
de  Belle  de  Niiit  longue  de  $  pouces  &  large  de 
3  pouces  &  demi  Le  Pedicule  d'une  autre 
Feuille  de  cette  Efpece  ,  egale  &  femblable ,  a 
ete  introduit  dans  un  Tube  plein  d'Eau  com- 
mune. Le  diametre  de  chaque  Tube  etoit  d'en- 
viron   3  lignes  &  ;. 

La  Feuille  dont  le  Pedicule  a  eteplonge  dans^ 
I'Eau  commune  ,  a  tire 

Le   r^'.  Jour.  ....  Lignes   14 

Le  2^ ...      .  -  -  -  _     Y 

Le  3^ ....       3 

Le  4\ ,      .     .     . 3 

La   Feuille  dont  le  Pedicule    a   cte   plonge' 
dans  TEau-  de  Vie  ,   a  tire. 

Le   1".  Jour Lignes     8 


Le  2 


-  ir 


Le  3'. .     .     .     .     -  -  -  -  II 

Le  4\ .     .     .      .     9 

^  Cette  Feuille  s'eftfannee  des  le  fecondjour. 
Son  Pedicule  s'eft  deileche  ;  &  le  volume  dc 
eette  Partie  a  diminue  fenfiblement.  Le  qua- 
trieme  jour  ce  defTechement  a  gagne  le  refte  de 
la  Feuille. 

L'ExPE'RiENCE  aVant  ete  repetee  fur  d'au* 
tres  Feuilles  de  raeme  Efpece ,  le  fucces  en  a 
ete  a-  peu  pres  de  meme. 

F  3  Ja, 


46    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Je  Pai  tente  quelques.  jours  apres .,  fur  4  Feuil- 
les  di  Ahricotic}'  de  4  pouces  de  Icngueur  fur  3 
pouces  de  largeur. 

Les  Feuilles  plongees  dans  i'Eau  commune 
ont  tire 

Le   1^'.  Jour.     .      .     .  Lignes   13^15 

Le  2^ .     ,     . 16  a  18 

Le  3^    -  -  -     .     .     . 16  a  17 

Les  Feuilles  plongees  dans  i'Eau  de  Vie  ont 
tire 

Le   i^"".  Jour.     .     .     .     -.      Lignes  6 

Le  2\ .      .     .     . 5 

Le  3\ .     .     .     .      4r 

C  E  s  Feuilles  m'ont  paru  le  premier  jour  auffi 
fannees  que  celles  de  meme  Efpece  que  j'avois 
laiflees  fans  nourriture."  On  oblervoit  le  long 
des  principales  Nervures  desBandes  brunes,qui  en 
fuivoient  la  direftion  &  qui  marquoient  les  en- 
droits  ou  PEau  de  Vie  s'etoit  infinuee.  Le  troi- 
fieme  jour  ces  Bandes  av'oient  augmente  en  lon- 
gueur &  en  largeur.  Les  Feuilles  s'etoient  au- 
tant  deflechees  que  celles.  qui  etoient  demeu- 
rees  privees  de  nourriture.  Les  Feuilles  qui 
etoient  plongees  dans  PKau  commune,  n'avoient 
rien  perdu  de  leur  fraicheur. 

Il  s'eft  fait  une  evaporation  de  3  lignes  en 
24  heures ,    dans  un  Tube  plein  d'Eau  de  Vie. 

Cet- 


DES    FEUILLES.   L  Mem.       47 

Cette  evaporation  n^a  ete  qu'a  demi  ligne  dans  un 
femblable  Tube  plein  d'Eau  commune,  Le 
Thermometre  etoit  alors  aux  environs  du  lo^ 
degre. 

XV.  Il  efl  done  blen  prouve ,  que  les  Plan- 
tes  tirent  rhumidite  par  leurs  Feuilles.  li  ne  Te/t 
pas  moins  qu'il  y  a  une  etroite  communication 
entre  ces  Feuilles ,  &  que  cette  communication 
s'etend  a  tout  le  Corps  de  la  PJante  (v.  &  fuiv.  ix.). 
Ainfi  on  peut  dire  que  Jes  Vegetaux  font  plantes 
dans  i'Air ,  a  peu  pres  ,  comme  ils  le  font  dans 
la  Terre.  Les  Feuilles  font  aux  Branches  ,  ce 
que  le  Chevclu  efl  aux  Racines.  L'Air  efl  un 
Terrein  fertile,  ou  les  Feuilles  puifent  abondam- 
ment  des  nourritures  de  toute  efpece.  La  Nature 
a  donne  beaucoup  de  Surface  a  ces  Racines  Ae- 
riennes ,  afin  de  les  mettre  en  etat  de  raflembler 
plus  de  Vapeurs  &  d'Exhalaifbns ;  les  Foils  dont 
elle  les  a  pourvues  ,  arretent  ces  fucs ;  de  petits 
Tuyaux  ,  toujours  ouverts  ,  les  re^oivent,  &  les 
transmettent  k  I'Interieur.  On  peut  meme  dou- 
ter  ,  fi  les  Foils  ne  font  pas  eux  -  memes  des 
efpeces  de  fuc^oirs. 

Sou  VENT,  au-lieu  de  Foils  ,  les  Feuilles 
n'ofFrent  que  de  petites  inegalites  ,  qui  prcdui- 
fent  apparemment  les  memes  effets  eflentiels. 

Dans  les  Efpeces,  dont  les  Feuilles  font  fi 
ctroites ,  qu'elles  reflemblent  plus  a  des  petits 
Tuyaux  qu'a  des  veritables  Feuilles  ,   la  petitefle 

des 


48      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

des  Surfaces  paroic  avoir  ete  compenfee  par  le 
nombre.  Ces  EfJDeces  ont  plus  de  Feuilles,  dans 
un  efpace  don-ne ,  que  n'en  ont ,  dans  le  meme 
efpace,  ceiles  qui  portent  de  plus  grandes  Feuil- 
les. h^Presk,  \q  Fin,  [QSapin,  &c.  en  four- 
oiHent  des  Examples.  , 

C'est  fur-tout  a  I'aide  de  leurs  Feuilles,  que 
des  Plantes ,  nees  dans  un  Terroir  aflez  ingrat  , 
ne  laiflent  pas  d'y  faire  de  grands  progres  :  les 
Rofees ,  les  Brouillards ,  &  les  Pluies  leur  four- 
niilent  d'abondantes  nourritures  ,  &  dont  elles 
perdent  d'autant  moins  qu'elles  ont  plus  de  bou- 
ches  preparees  pour  les  recueillir.  De  la  vient 
encore  que,  dans  certaines  Contrees,  les  Rofees 
fuffifent  presque  feules  pour  fentretien  des  Plan- 
tes. 

Enfin  11  eft  des  Plantes  qui  ont  peu  de  Ra- 
cine &  qui  s'elevent  cependant  fort  haut  &  s'e- 
tendent  beaucoup.  A  I'aide  des  Feuilles  ,  dont 
elles  font  pourvues  ,  elles  puilent  dans  I'  \ir  des 
Hies  qui  fuppleent  au  defaut  de  ceux  qu'elles  ne 
peuvent  titer  de  la  Terre. 

La  quantite  de  Rofee  ,  qui  s'elcve  dans  un 
jourd'Ete,  eft  fort  confiderable  ;  Monfieur  liA- 
LES  a  obferve  qu'elle  efl  d'environ  un  pou- 
ce. 

Il  a  encore  eprouve  qu'une  Plante  de  trois  li- 
vres  3  augmente  de  3  onces  apres  une  forte  Ro- 
fee. 

Dans 


DES    FEUILLES.   /.  Mem.      49 

Dans  les  Vegetaux  qui  s'elevent  k  une  gran- 
ge hauteur,  les  Parties,  fituees  a  I'extremite  des 
Branches ,  ne  doivent  pas  recevoir  beaucoup  de 
nourriture  des  Racines  ,  dont  elles  font  fi  eloig- 
nees  :  mais  les  Feuilles ,  comme  autant  de  Ra- 
cines Aeriennes,  font  chargees  de  leur  en  four- 
nir. 

En  ccmparant  les  Experiences  que  j'ai  faltes 
fur  les  Feuilles  des  Herbes  ,  (v.)  avec  celles 
que  j'ai  tentees  furies  Feuilles  des  Arbres,  (vi.) 
j'ai  remarque  que  les  Feuilles  des  Herbes  ,  qui 
pompent  I'Eau  par  I'extremite  de  leur  Pedicule, 
vivent  plus  longtems ,  que  celles  des  Arbres  , 
qui  fe  nourriflent  par  la  meme  voie.  J'ai  en- 
core obferve ,  que  dans  les  Feuilles  des  Herbes, 
les  deux  Surfaces  ont  une  difpofition  a  peu-pres 
egale ,  a  pomper  I'humidite  ;  au  lieu  que  dans 
les  Feuilles  des  Arbres  ,  la  Surface  inferieure  eft 
ordinairement  plus  propre  k  cette  fondlion  ,  que 
k  Surface  fuperieure.  Queile  efl  la  raifbn  de 
ces  differences  ?  nous  la  trouverons  ,  je  penfe , 
dans  la  diverfite  des  'I'iflus. 

Le  TifTu  des  Plantes  Herbacees  efl  l^che  & 
fpongieux  :  leurs  vaifleaux  font  larges ,  &  pleins 
de  fucs.  Le  Tiflu  des  Plantes  Ligneufes  eft 
au  contraire  ferre  &  compad.  Leurs  vaifleaux 
font  etroits  ,  &  peu  fournis  d'humeurs.  Les 
Herbes  etoient  appellees  a  croitre  plus  promp- 
tement  que  les  Arbres :  eiles  devoient  etre  plus 

G  fufcep- 


^o    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

fufceptibles    d'Extenfion  ;    elles  devoient  tirer  , 
&  tranipirer ,  en  terns  egal ,  plus  que  les  Arbres. 

C'esx  aufTi  ce  que  j'ai  eu  fbuvent  occafion 
d'obferver  dans  mes  differences  Experiences. 
Mais  il  s'agiroit  d'apprecier  ces  Rapports.  je 
ne  Tai  encore  fait  que  d'une  maniere  fort  gros- 
fiere.  J'ai  pris  le  Sokil  pour  terme  de  compa- 
raifbn.  On  fait  par  les  Experiences  de  Mr.  H  a- 
LES  ,  que  la  tranlpiration  de  cette  Plante  eft  tres 
abondante  ,  &  qu'elle  eft  a  celle  de  I'Homrae 
comme  17  eft  a  i.  J'ai  tache  que  les  Feuilles  que 
je  comparois  fuft^nt  egales  en  grandeur  ,  mais 
je  m'en  fuis  rapporte  a  cet  egard  au  coup  d'oeil , 
ians  employer  de  meftires  aftuelles. 

Une  Feuille  de  petite  Maulve  a  tire  en  34 
heures  par  Ion  Pedicule ,  autant  qu'une  Feuille 
de  Sokil. 

rUne  Feuille  ^ Amarante  pourpre.  les   \ 
Une  Feuille  ^Epinard.     .     .    .     les  i^ 

metre  a  8     UuC  Fcuillc   d'  AhviCOtier.       .        .        IcS     | 

d^gres  au    u^^^  Feuille  de  f^ime.      .     .      .     les  i 

la  Conge-    Une  reuiUe  de  Lenjier.     .     .     .    Jes  | 

Une  Feuille  de  Noyer.      .     .     ,     la  ^ 

Une  Feuille  de  Chesne.  .     .     .     .  les  ^ 

Si  nous  comparons  les  Experiences  que  Mr. 
Hales  a  faites  pour  s'allurer  de  la  quantite  de 
nourriture  que  les  Herbes  tirent ,  avec  celles  qu'il 
a  tentees  dans  la  meme  vue  fur  les  Arbres ,  nous 

trou- 


laCioD. 


DES   FEUILLES.  I  Metn.      jfr 

trouverons  qu'elles  reviennenc  aux  miennes  pour 
I'eflentiel, 

Suivant  cet  habile  Phyficien. 

Le  Soleil  a  tire  en  24  heures.    .  ~  de  pouce. 

Le  Chou  en  12  heures.     .     .     .   ^^ 

La  Vigne ^, 

Le  Pommier ^7^ 

Le  Citronnier ^'j 

Inde'pendamment  de  la  nature  du 
TifTu  ,  la  Taille  de  la  plupart  des  Herbes ,  eft 
telle  ,  qu'elle  les  met  en  etat  de  pomper  beau- 
coup  d'humidite.  Comme  elles-s'elevent  peu  , 
elles  font  toujours  plongees  dans  les  couches  les 
plus  epaifles  de  la  Rofee.  Les  Arbres  ,  au  con- 
traire,  s'elevant  beaucoup ,  leur  fbmmet  fe  trouve 
fbuvent  place  dans  des  couches  de  Rofee  extre- 
mement  rares.  II  etoit  done  tres  convenable 
que  la  Surface  inferieure  de  leurs  Feuilles ,  eut  une 
grande  dispofition  a  abfbrber  I'humidite. 

Cexte  remarque  n'efl:  point  contraire  aux 
Experiences  que  j'ai  r'apportees  dans  I'Article 
VIII  de  ce  Memoire.  Ces  Experiences  prou- 
vent  feulement  que  lesjeunes  Poufles  des  Plantes 
Ligneufes  approchent  de  la  nature  des  Herbacees. 

Les  Bulles  qui  s'elevent  en  fi  grand  nombre 
fur  les  Feuilles  qu'on  tient  plongees  dans  I'Eau, 
prouvent  que  TAir  adhere  fortement  a  ces  Par- 
ties de  la  Plante^  On  peut  en  inferer  que  les 
• '  G  2  Feuil- 


52       RCCHEUCilES  SUR  VUSAGK 

Feuilles  ne  fervent  pas  feulement  a  pomper  Phu- 
midite  ,  mais  qu'elles  font  encore  deflinees  a  in- 
troduire  dans  Je  Corps  des  Vegetaux,  beaucoup 
d'Air  frais  &  elaftique.  L'Analogie  des  Tra- 
chees  des  Plantes  avec  celles  des  Infedes  ,  & 
Fabondance  des  Trachees  dans  les  Feuilles,  for- 
tifient  cette  conjedlure. 

Mais  les  Plantes  refpirent -  elles  ?  Les  ouver- 
tures  ,  oil  les  Efpeces  de  Stigmates  qui  permet- 
tent  k  I'Air  d'entrer  dans  rinterieur  de  la  Plan- 
te ,  fbnt-elles  repandues  par  tout  le  Corps;  ou 
ne  fe  trouvent  -  elles  que  dans  quelques  endroits 
particuliers  ?  Quels  font  ces  endroits ;  &  quels 
font  la  forme  &  le  jeu  de  ces  Efpeces  de  Stig- 
mates? la  Refpiration  a-t-elle  une  regularite  qui 
ne  fbit  pas  abfblument  dependante  des  variations 
du  dehors?  ou ,  les  mouvemens  alternatifs  d'/^i- 
Jpiration  &  ^Expiration  dependent -ils  unique- 
ment  des  alternatives  du  Froid  &  du  Chaud  ? 
U Infpii'ation  &  V Expiration  s'operent- elles  par 
les  memes  Organes  ?  quel  efl  I'ufage  de  la  Re- 
fpiration dans  les  Plantes  ? 

C'a  ete  principalement  dans  la  vue  de  re- 
pandre  quelque  jour  fur  ces  Queflions  ,  que 
j'ai  plonge  dans  I'Eau  des  Feuilles  &  des  Ra- 
meaux  de  differentes  Efpeces  ;  (xi.)  &  que  j'ai 
convert  d'autres  Feuilles  ,  &  d'autres  Rameaux 
d'Enduits  impenetrables  a  I'Air  (xir.).  J'invite 
les  Phyficiens  k  repeter  ces  Experiences ,  a  lea 

va- 


DES    FEUILLES.   I  Mm.       53 

varler ,  &  a  en  imaginer  de  plus  propres  k  eclair- 
cir  ce  fujet  interellant.  Je  voudrois  qu'on  ob- 
ferv^t  avec  attention  au  Microscope,  Jes  Feuilles 
qu'on  tiendra  plongees  dans  TEau  ,  dans  J'Huile, 
ou  dans  quelque  autre  Eipece  de  Liqueur.  Je 
fbuhaiterois  encore  qu'on  fit  ces  obiervations 
dans  le  Recipient  de  la  Pompe  Pneumatique. 

XVI.  J'ai  etabli,  (vi.)  fur  des  Experiences 
faites  avec  fbin  ,  que  ies  Arbres  pompent  Ja  Ro- 
fee  par  la  Surface  inferieure  de  leurs  Feuilles : 
il  s'agiroit  maintenant  de  rechercher  quel  eft  le 
principal  ufage  de  la  Surface  fuperieure.  Je  dis 
Je  principal  ufage  ,  parce  qu'il  paroit  que  cette 
Surface  n'efl:  pas  abfblument  incapable  de  la  fon- 
flion  que  I'autre  Surface  exerce  dans  un  degre 
plus  eminent  (vi. ). 

Les  Experiences  de  Mr.  Hales  demon- 
trent ,  que  les  Feuilles  font  le  principal  agent  de 
]'afcenfion  de  la  Seve  ,  &  de  fa  tranfpiration 
hors  de  la  Plante.  Mais  Ja  Surface  fuperieure 
dtant  la  plus  expofee  a  J'adion  du  Soleil  &  de 
J'Air  5  caufes  premieres  de  ces  deux  effets ,  on 
pourroit  inferer  que  cette  Surface  efl  celle  qui 
doit  avoir  ici  le  plus  d'infJuence.  Elle  eft  d'aiJ- 
leurs  tres  propre  par  fbn  extreme  poJi ,  a  faciJiter 
le  depart  du  fuc.  IJ  ne  s'y  trouve  ordinairement 
ni  poils  ,  ni  afperites  qui  puiflent  Je  retenir  & 
I'empecher  de  ceder  a  I'lmpreiTion  de  J'Air  qui 
tend  k.  Je  detacJier. 

G    J  J'Al 


*  PL. 
I'ig-  3- 


54      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

J'aI  eflaye  de  verifier  par  une  Experience ,  ce 
que  je  viens  d'expofer  fur   les   principales  fon- 
dions  des  deux  Surfaces  des  Feuilles    dans   les 
Plantes  Ligneufes.     J'ai  plonge  dans  des  Tubes  * 
pleins  d'Eau  ,    femblables  a  ceux  done  j'ai  parle 
Art.  XIII.  &  XIV.,  le  Pedicule  de  plufieurs  Feuil- 
les de   meme  Efpece  ,   &   de   meme  grandeur. 
J'ai  enduit  ces  Feuilles  d'Huile  d'Olive  ,  les  u- 
nes  dans  leur  Surface  fiiperieure  ,  les  autres  dans 
leur  Surface  inferieure ,    d'autres  dans  leurs  deux 
Surfaces.     De  femblables  Feuilles  ont  ete  mifes 
en  Experience  fans   enduit.      J'ai   obferve  avec 
fbin  ce  que  chacune   de  ces  Feuilles   a  tire  ou 
^^PL.  2.  tranfpire  en  tems  egal  *.     J'ai  choifi  pour  cette 
Experience  ,   des  F^euilles  qui  avoient  pris  leur 
dernier  accroiffernent;  &  j'ai  fait  enforte  qu'il  n'y 
ait  pas  eu  entre  elles  de  differences  fenfibles,  fbit 
a  I'egard  de  la  couleur,  fbit  a  I'egard  de  la  con- 
fiflence.     Vingt-une  Efpeces  de  Plantes  Ligneu- 
fes ont  ete  mifes  a  cette  Epreuve. 
En  voici  les  noms. 

Le   Lmirier  Cerife. 
Le  Lilac. 

Le  Maronnier  delu- 
de. 

Le  Metirkr  bknc. 
Le  Noyer. 
VOfier. 

14.  Le 


Fig.  3 


I. 

U  Ahricotier. 

8. 

2. 

UAtilne. 

9- 

3- 

Le  Cerijlcr. 

10. 

4- 

Le  Coiidrier. 

5- 

Le  Che  me. 

1 1. 

6. 

Le  Figmer. 

12. 

7- 

Le  Framboifter. 

n- 

DES   FEUILLES.  /.  Mem.         55 

14.  Le  Pefcher.  18.  Le  Rojier. 

i^.  Le  PeupUer.  19.  Le  Tremble. 

16.  Le  Poirier.  20.  La  Vigne, 

17.  Lq  Primier.  21.  'L^l  f^igne  de  Canada, 

On  voit  aflez  quelle  etoit  ma  maniere  de  rai- 
fbnner  en  faiiant  cette  Experience.  Je  penfbis 
que  fi  la  Surface  fuperieure  des  Feuilles  des  Ar- 
bres  etoit  principalement  deftinee  a  Ja  tranfpira- 
tion  5  les  Feuilles  que  j'avois  enduites  dans  cette 
Surface ,  devoient  moins  tranfpirer  que  celles  qui 
avoient  ete  enduites  dans  la  Surface  oppofee. 

L'Expe'rience  n'a  cependant  pas  ete  auffi 
favorable  a  ce  raifbnnement  que  je  I'avois  prefume. 
Le  Maronnier  dUnde  a  ete  la  feule  Efpece  dont 
les  Feuilles  ont  moins  tire  ,  en  terns  egal ,  quand 
elles  ont  ete  enduites  dans  leurs  Surfaces  fupe- 
rieures ,  que  lorsqu'elles  Font  ete  dans  la  Sur- 
face oppofee.  Des  Feuilles  de  cet  Arbre  dont 
la  Surface  fuperieure  etoit  huilee,  ont  tire  en  14 
heures  12  lignes-  tandis  que  de  lemblables  Feuil- 
les huilees  dans  leur  Surface  inferieure  ,  ont  tire 
dans  le  meme  terns  17  lignes. 

Les  Feuilles  du  Ro/ter  &  celles  de  la  /^ig^te 
de  Canada  ont  tire  a  peu  pres  egalement ,  fbit  qu'el- 
les  aient  ete  enduites  dans  la  Surface  fuperieu- 
re, fbit  qu'elles  I'aient  ete  dans  la  Surface  infe- 
rieure. 

Les  Feuilles  du  Metirkr  bianc  m'ont  oiTert  a 

cet 


56     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

cet  egard,  des  bizarreries  €]ui  m'ont  laifle  inde- 
cis  fur  ce  qui  les  concerne. 

Mais  les  Feuilles  de  toutes  les  autres  Efpe- 
ces  ont  tire  davantage  en  tems  egal ,  lorsqu'el- 
les  ont  ete  enduites  dans  la  Surface  fuperieure , 
que  lorsqu'elles  I'ont  ete  dans  la  Surface  oppofee. 
Je  ne  citerai  ici  que  les  Exemples  les  plus  frap- 
pans. 

Une  Feuille  de  Cerifier  enduite  dans  la  Sur- 
face fuperieure ,  a  tire  en  2  heures  3  lignes.  Une 
femblable  Feuille  enduite  dans  la  Surface  infe- 
rieure,   n'a  tire  dans  le  meme  tems  que  i  ligne. 

Une  Feuille  de  Noyer  dont  la  Surface  fupe- 
rieure etoit  enduite  ,  a  tire  en  4  heures  9  lignes 

6  \.  Une  femblable  Feuille  dont  la  Surface  in- 
ferieure  etoit  enduite  ,  n'a  tire  dans  le  meme 
tems  que  3  lignes  &  \. 

Une  Feuille  de  J^igm  hull(fe  dans  la  Surface 
fuperieure,  a  pompe  en  i  heure  ^,  6  lignes.  Une 
femblable  Feuille  huilee  dans  la  Surface  oppofee, 
n'a  pompe  dans  le  meme  tems  que  2  lignes  &  \. 

Une  Feuille  de  Cotidrier  qui  avoit  ete  endui- 
te dans  h  Surface  fuperieure,  a  tire  en  2  heures  \. 

7  lignes  &  ^  ;  au  lieu  qu'une  femblable  Feuille 
enduite  dans  la  Surface  inferieure,  n'a  tire  dans 
le  mcm^e  tems   que   i   ligne. 

Une  Feuille  de  Laurier  Ccrife  enduite  dans 
la  Surface  inferieure,  n'a  rien  pompe  en  2  heu- 
res &i.    tandis  qu'une  femblable  Feuille  enduite 

dans 


DES  FEUILLES.  /  Mim.        si 

dans  la  Surface  fuperieure ,  a  pomp^  dans  le  me- 
me  terns  4  lignes. 

Je  ne  me  fuis  pas  borne  a  tenter  cette  Ex- 
perience fur  plufieurs  Efpeces  ;  je  Tai  repetee 
plufieurs  fois  fur  la  meme  Efpece.  Les  refultats 
en  font  demeures  k  peu  pres  les  memes  pour  I'ef^ 
lentiel. 

J'ai  fait  encore  la  meme  Experience  fur  de 
tres  jeunes  Feuilles  ^  AbHcotier ^  de  Cerifier  ^  de 
Prunier;  mon  but  etoit  de  favoir  fi  dans  des  Feuil- 
les de  cet  kge,  j'obferverois  entre  Jes  deux  Sur- 
faces la  meme  difference  que  j'avois  obfervee  en- 
tre les  deux  Surfaces  de  celles  qui  etoient  par- 
venues  k  leur  dernier  accroiflement.  C'efl  en 
effet  ce  que  j'ai  obferve :  les  Feuilles  qui  ont 
ete  enduites  dans  la  Surface  fiiperieure,  ont  tire 
davantage  en  terns  egal  que  celles  qui  ont  ete 
enduites  dans  la  Surface  inferieure. 

A  regard  des  Feuilles  qui  n'ont  point  ete  en- 
duites ,  elles  ont  ordinairement  plus  tranfpire  que 
les  autres  ,  &  fur-tout  que  celles  qui  ont  ete  en- 
duites dans  leurs  deux  Surfaces. 

Il  y  a  ici  mille  petites  circonflances  qui  peu- 
vent  faire  varier  les  Experiences  ,  &  qui  empe- 
chcront  toujours  de  parvenir  a  une  grande  pre- 
cifion.  Entre  ces  circonflances ,  I'etat  aduel  des 
Feuilles  eft  une  des  principales  :  deux  Feuilles 
qui  paroiflent  k  Poeil  parfaitement  femblables , 
peuvent   differer  par  bien  des  Cara6teres  qu'on 

H  ne 


•58      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

ne  fauroit  faifir.  La  longueur  &  la  groUeur  da 
Pedicule  peuvent  encore  devehir  des  fburces  de 
varietes.  Ceux  qui  repeteront  ces  Experiences 
ne  pourront  done  fe  rendre  aflez  atterttifs  aux 
moindres  chofes. 

J'ai  remarque  qu'il  eft  touj ours  plus  difficile 
d'cnduire  exadement  la  Surface  inferieure  ,  quil 
ne  Teft  d'enduire  la  Surface  luperieure  :  les  inc- 
■galites  &  les  petits  polls  qui  herident  le  Tillu  de 
telle-la  (ii.)  divifent  THuile  ,  .&  rempechent  de 
p^hetrer  par  tout.  J'ai  ete  fbuvent  oblige  de  re- 
Vehir  plufieurs  fois  a  enduire  cette  Surface.  II 
ferdit  fans  doute  plus  convenable  d'employer 
une  Huile  moins  coulante  que  Veil  celle  d'' Olives: 
L'Huile  de  Noix  epaiffie  jusqu'a  un  certain  point 
par  la  coftion  (*),  feroit  plus  propre  a  arreter 
les  Particules  aqueufes  qui  s'echapent  des  Feuil- 
les  par  la  tranfpiration. 

Mais  quel  que  fbit  le  degre  d'influence  des 
div^erfes  circonftances  que  je  viens  d'indiquer,  je 
crois  que  I'Experience  dont  il  s'agit,  prouve  tres 
bien  que  la  Surface  inferieure  des  Feuilles  des 
Flames  Ligneufes  n'eft  pas  moins  deftinee  a  la 
Tranfpifation  qu'a  la  Nutrition  (vi.). 
■  Quel  eft  done  le  principal  ufage  de  la  Sur- 
"- '  face 

(*)  Mr.  de  Reaumur  a  prouv^  dans  les  Mcmoires  de  I'Acad^- 
mie  pour  I'Annee  1747.  quel'Huiled'Olives  s'cpaifTilToit  beaucoap  aa 
grand  Air  ;  une  femblable  preparation  pourroic  fuffire  pour  Ic  b^s 
^li'ori  fe  propoTe  ici.  ' 


DES   FEUILLES.   /.  Mim,       59 

face  fliperieure  ?  On  peut  conjefturer  qiril  con- 
fine a  lervir  de  defenie  a  la  Surface  inftM-ieure. 
Le  Vernis  naturel  de  la  Surface  fuperieure  ,  fbn 
TifTu  ferre ,  fa  direilion  ,  en  vertu  de  laquelle 
cette  Surface  eft  toujours  tournee  v'ers  le  Ciel  , 
ou  le  plein  Air  (ii-)?  fortifient  cette  conjefture. 
La  tranfpiration  des  Arbres  eut  ete  fans  dou- 
te  excelTive  ,  fi  la  Surface  fuperieure  de  leurj 
Feuilles  eut  ete  aufTi  poreufe  que  la  Surface  in- 
ferieure.  .       . 

Enfin  la  Surface  fuperieure  feroit  peut-etre 
un  Filtre  plus  fin ,  deftine  a  ne  laifler  pafler  que 
les  matieres  les  plus  fubtiles.  Je  laifle  ce  fujet 
bien  imparfait ;  mais  je  m'eftimerai  heureux ,  fi 
Je  peu  que  j'en  ai  dit  donne  lieu  de  decouvrir  le 
vrai. 

Des  Feuilles  de  Vigne  qui  pompoient  I'Eau 
par  leur  Pedicule  ,  &  qui  avoient  ete  huilees  dans 
Tune  &  Tautre  Surface  ,  fe  font  confervees  tres 
vertes  plus  d'un  mois  ,  tandis  que  de  femblables 
Feuilles  qui  fe  nourriflbient  par  la  meme  voie  , 
mais  qui  n'avoient  point  ete  huilees  ,  ont  pafTe 
en  moins  de  trois  jours.  J'ai  obferve  que  la  tran- 
fpiration des  Feuilles  enduites  a  ete  toujours  eri 
diminuant.  En  s'etendant  de  plus  en  plus,  I'Huile 
bouchoit  apparemment  un  plus  grand  nombre  de; 
Pores;  &  d'une  moindre  tranfpiration  dans  un 
Corps  organife  decoule  naturellemenc  une  plus 
iongue  vie. 

H  2  Au 


60    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

A  u  Jieu  d'Huile  diOHves ,  j'ai  employe  allez 
fbuvent  le  Blanc  cPOeuf ;  mais  il  m'a  pam  que 
cet  Enduit  etoit  moins  propre  que  le  premier  a 
diminuer  la  tranfpiration.  II  fe  detache  facile- 
ment  de  la  Feuille  ,  &  tombe  ordinairement  par 
ecailles. 

XVII.  L' Experience  que  je  viens  de 
r'apporter  fur  les  Feuilles  des  Arbres ,  je  Pai  tentee 
fur  celles  de  neuf  Efpeces  de  Plantes  Herbacees; 

1.  U u4tnarante  a  fmiU  5-  Le  Mays  ,    on  Bled 

les  pourpres.  de  Turquie. 

2.  La  Belle  de  Nuit.         6.  La  Maiilve  ,    de   la 

3.  Le  Convolvulus  ,    de         grande  Efpece. 

la     grande     Efpe-  7.  Le  Melon. 
ce.  8.  UOnie. 

4.  Le  Haricot.  9.  Le  Soleil. 

D  E  routes  ces  Efpeces ,  la  grande  Maiilve  a 
^te  la  feule  dont  les  Feuilles  ont  plus  tire  quand 
elles  ont  ete  enduites  dans  la  Surface  inferieure  , 
que  lorsqu'elles  I'ont  ete  dans  la  Surface  oppo- 
fee.  De  grandes  Feuilles  de  cette  Plante,  endui- 
tes dans  la  Surface  inferieure  ,  ont  tire  en  4 
heures  7  a  9  lignes  ;  tandis  que  de  femblables 
Feuilles,  enduites  dans  la  Surface  iuperieure,n'ont 
tire  dans  le  meme  terns  que  3  a  4  lignes. 

Les  Feuilles  des  autres  Efpeces  ont  pompe 
k  Tordinaire  davantage  ,  lorsqu'elles  ont  ete 
huilees  dans   la   Surface  fuperieure  ,  que   lors- 

qu'el^ 


DES  FEUILLES.  7.  Mini.        61 

qu'elles  Font  ete  dans  la  Surface  inferieure. 

Une  grande  Feuille  ^ Amarante  dont  Ja  Sur- 
face fuperieure  etoit  huilee,  a  tire  en  3  heures  27 
lignes.  Une  femblable  Feuille  huilee  dans  la 
Surface  inferieure ,  n'a  tire  dans  le  meme  terns 
que  1  3   lignes. 

Une  grande  Feuille  de  Belle  de  Niiit  enduite 
dans  fa  Surface  fliperieure ,  a  tire  en  2  heures  5 
lignes.  Une  femblable  Feuille  enduite  dans  fa 
Surface  inferieure  ,  n'a  tire  dans  le  meme  terns 
que  2  lignes. 

Une  grande  Feuille  de  Soldi  dont  la  Surface 
fuperieure  etoit  enduite,  a  tire  en  7  minutes  13 
lignes  \  tandis  qu'une  femblable  Feuille  enduite 
dans  la  Surface  inferieure ,  n'a  tire  dans  le  meme 
tems  que  2  lignes. 

1l  paroit  done  par  ces  Experiences,  que  dans 
les  Feuilles  des  Herbes ,  comme  dans  celles  des 
Arbres ,  la  Surface  inferieure  efl  plus  propre  k 
la  tranfpiration  que  la  Surface  fuperieure.  Ces 
deux  Surfaces  ne  difFerant  pas  moins  I'une  de 
I'autre  dans  les  Herbes ,  que  dans  les  Arbres , 
on  pent  conje61:urer  avec  fondement,  que  I'ufage 
propre  a  la  Surface  fliperieure  efl  chez  les  unes 
&  chez  les  autres  de  fervir  de  defen/e  a  la  Sur- 
face qui  lui  eil  oppofee. 

XVIII.    AiNSi   le  flic  nourricier  ,  qui  pafle 
pendant  le  jour,  des  Racines  dans  le  Tronc,  par 
les  Fibres  I'tgneufes ,  aidt^es  de  Tadion  des  Tra- 
il 3  chees 3 


62       RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

chees,  eil  porte  principalement  a  la  Surface  in- 
lerieure  des  Feuilles  ,  ou  fe  trouvent  en  plus 
grand  nombre  les  ouvertures  qui  lui  permettent 
de  s'echaper. 

A  Tapproche  de  la  nult ,  la  chaleur  n'agiffant 
plus  fur  les  Feuilles  &  fur  I'Air  contenu  dans  les 
Trachees ,  la  Seve  retourne  vers  les  Racines ; 
alors  la  Surface  inferieure  commence  a  exercer 
fon  autre  fon(Stion.  La  Ro(ee  s'elevant  lente- 
ment  de  la  Terre ,  rencontre  cette  Surface :  elle 
y  eft  condenfee  par  la  fraicheur  de  I'Air :  les  pe- 
tits  Foils  ,  &  les  inegalites  de  cette  Surface  , 
retiennent  la  Vapeur  :  des  Tuyaux ,  menages  ii 
deilein ,  la  pompent  a  I'inftant  ,  &  la  conduifent 
dans  les  Branches  ,  d'oii  elle  pafle  enfuite  dans 
le  Tronc  (ix.). 

On  voit  par  cette  legere  esquifle  de  laTheorie 
du  mouvement  de  la  Seve ,  que  les  Feuilles  ont 
beaucoup  de  rapport  dans  leurs  ufages,  avec  la 
Peau  du  Corps  Humain.  Celle-ci  a  aufTi  fes 
Vaiileaux  cxcretoircs  ,  qui  font  les  organes  de 
la  tranfpiration.  Elle  a  pareillement  des  Vais- 
feaux  ab for  bans  ,  qui  pompent  les  Vapeurs  qui 
font  a  la  Surface  ,  ou  aux  environs ,  &  les  con- 
duifent  dans  I'interieur  du  Corps.  De  la  I'aug- 
mentation  de  poids  apres  le  Bain  ,  &  quelques 
autres  Phenomcnes  aflez  finguliers. 

Il  y  a  lieu  de  penfer  qu'une  Anatomie  deli- 
cate des  Feuilles ,  nous  y  decouvriroit  ces  deux 

Sy- 


DES    FEUILLES.   I.  Mem.       6i 

Syflemes  de  VaifTeaux.  C'eft  ]a  un  vafie  Champ 
pour  les  Obfervations  Micrographiques.  En  ob- 
fervant  au  Microscope  des  Feuilles  de  Pie  de 
T'^eau  ,  qui  avoient  commence  a  s'alterer  par  h. 
maceration ,  Mr.  Calandrihi  y  a  d'ecou vert 
une  Membrane  reticulaire  analogue  a  cfclfe  du 
Corps  Humain.  Les  MaiJles  de  ce  Rezeau  lui 
ont  paru  aflez  grandes  ,  &  de  forme  a  peu  pres 
exagone.  Ce  Rezeau  ejfl  apparamment  plus  gros- 
fier  dans  les  Plantes  qui  tranfpirent  beaucoup  ,  & 
plus  fin  dans  celles  qui  tranfpirent  peu. 

A  u  refle ,  en  tentant  fur  les  Feuilles  ,  les 
Experiences  que  j'ai  rapportees  ci-delTus  ,  (Vo 
VI. )  on  aura  louvent  occafion  de  voir  I'Epiderme 
fe  detacher  des  Parties  voifines.  On  (era  furpris 
de  Fextreme  finefle  de  cette  Membrane  ,  qu'on 
pourroit  comparer  a  cette  pellicule  qui  fe  forme 
quelquefois  fijr  TEau  corrompue. 

Plus  d'une  fois ,  j'ai  vu  la  Surface  inferieure 
des  Feuilles  plongees  dans  I'Eau  pure ,  fe  charger 
de  petits  grains  grifatres.  Je  comparois  ces  grains 
aux  Filamens  terreux  qu'on  voit  s'attacher  a  I'ex- 
tremite  des  Racines  de  difFerentes  efpeces  ^Oig- 
nons  qui  vegetent  dans  des  Vafes  pleins  d'Eau. 
Ces  Filamens  indiqueroient-ils,  que  les  Organes 
par  lesquels  les  Racines  tirent  la  nourriture ,  font 
places  a  leur  extremite  inferieure.  J'ai  fait  quel- 
ques  Experiences  pour  m'aflijrer  de  la  verite  de 
cette  conjeciure.     j'ai  mis ,  fbus  differentes  po- 

fi-  ' 


64     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

fitions  ,  dans  des  Vafes  pleins  d'Eau  ,  de  tres 
jeunes  Maronniers  d'lnde  venus  de  graine.  Mais 
je  n'ai  point  obferve  que  ceux  qui  ont  pompe 
I'Eau  par  TExtremite  inferieure  de  leurs  Racines, 
aient  vecu  plus  longtems  que  ceux  qui  Pont  pom- 
pe par  differens  points  de  la  Surface  de  leurs  Raci- 
nes. Je  fbuhaiterois  qu'on  reiterkt  ces  Experiences. 
Les  fondions  des  Racines  ,  &  la  maniere 
dont  elles  les  exercent  ,  ne  nous  font  encore 
que  fort  peu  connues.  je  voudrois  qu'on  eflayat 
de  faire  tirer  aux  Plantes  diifcrentcs  fortes  de 
Teintures,  fbit  Vegetales,  fbit  Minerales.  On 
fait  combien  le  celebre  Mr.  du  Hamel  a  re- 
pandu  de  jour  fur  raccroillement  des  Os  ,  (*) 
par  ce  nouveau  Genre  d' Experiences.  Une  Dis- 
fertation  ( t )  fur  la  Circulation  de  ia  Seve ,  qui 
a  remporte  le  prix  de  fAcademie  de  Bourdeaux 
en  1733  ,  nous  fournit  fur  ce  fujet ,  des  Expe- 
riences curieufes ,  &  qui  repondent  a  ceiles  que 
je  propole.  L'Auteur  de  cette  Diflertation ,  Mr. 
de  la  Baisse,  a  effaye  de  faire  tirer  a  difFeren- 
tes  Efpeces  de  Plantes  &  a  difFerentes  Parties  de 
la  meme  Plante  ,  la  Teinture  rouge  du  Fruit  de 
Phytolacca.  Je  ne  rapporterai  ici  -que  deux  de 
ces  Experiences. 

Mr. 

(*)  M^m.  de  I'Acad.  Roy.  des  Sc.  An.  1739.  &  fuiv. 

(f  )  Diffcrtation  fur  la  Circulation  de  la  Seve  dans  les  Plantes,  qui 
a  remportd  le  prix  ,  au  Jugement  de  I'A  ademic  Royale  des  Belles 
LettreSj  Sciences  &  Arts,  k  Bourdeaux  1733. 


DES   FEUILLES.  /.  Mem.         6$ 

Mr.  de  Ja  Baisse  a  plonge  la  Racine  de  dif- 
ferentes  Plantes ,  dans  Ja  Teinture  dont  je  viens 
de  parler;  "  &  dans  Ja  difledion  qu'iJ  a  faite 
5,  deux  ou  trois  jours  apres  de  ces  Racines ,  iJ 
3,  a  toujours  trouve  I'Ecorce  impregnee  d'une 
„  teinture  rouge  repandue  dans  toute  fa  fubflan- 
„  ce ,  mais  beaucoup  plus  forte  dans  les  menues 
3,  Fibres  ,  vers  J'infertion  des  Racines  coJJatera- 
„  Jes,  &  a  tous  Jes  Tubercules  de  Ja  maitreile 
„  Racine". 

Seconde  Experience.  AVant  plonge  des 
Branclies  de  Figtder  ,  de  Pefcher  ,  d'Ormemx  , 
&c.  dans  la  meme  Liqueur  ,  J'Auteur  obferva 
qu'il  n'y  avoit  que  Ja  partie  Jigneufe  qui  montr^t 
des  fiJets  rouges  ;  I'Ecorce  &  Ja  MoeJJe  en  e* 
toient  parfaitement  exempts, 

De  ces  Experiences  I'Auteur  conclud; 

1°.  Que  „  I'Ecorce  des  Racines  boit  Jes  Sues 
3,  environnans  j  mais  que  cette  fuccion  fe  fait 
„  principaJement  vers  les  Branchages  &  extremi- 
,5  tes  Jes  pJus  deliees  de  Ja  Racine". 

2°.  Que  „  Jes  Canaux  defiines  a  porter  Ja^ 
„  nourriture  dans  Je  Corps  de  Ja  Plante ,  ne  font 
„  ni  dans  la  MoelJe ,  ni  dans  I'Ecorce ,  ni  entre- 
3,  I'Ecorce  &  le  Bois ,  mais  dans  Ja  fubftance  Jig- 
„  neufe  des  PJantes". 

Des  qu'on  fait  que  les  Parties  ofleufes  des 
Animaux  ,  font  Jes  feuJes  qui  rougiffent  dans  Jes^ 
Experiences  de  Mr.  du  Hamel  ,  on  voit  que 

1  cel^ 


66    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

celles  de  Mr.  de  la  Baisse  ne  prouvent  pas  ce 
qu'elles  lui  ont  paru  prouv^er.  La  teinture  de  la 
Garance  traverfe  toutes  les  Parties  molles  ,  fans 
s'y  arreter ,  elle  ne  fe  depofe  que  dans  les  Os  , 
ou  dans  les  Parties  qui  font  analogues  aux  Os  , 
par  leur  durete.  II  peut  done  en  etre  de  meme 
dans  les  Plantes.  La  feconde  Experience  de  Mr, 
de  la  Baisse  (emble  Tinfinuer.  Ainfi,  quoique 
nous  ne  puifTions  pas  deduire,  de  ces  Ellais,  la 
route  que  tient  la  Seve  ,  ils  ne  laiflent  pas  de 
repandre  du  jour  fur  la  fl;ru6lure  des  Vaifleaux 
&  fur  leurs  Ramifications.  Ce  font  des  Injeiitions 
natureiles  qu'on  ne  fauroit  trop  repeter. 

I L  feroit  a  defirer  qu'on  parvint  a  comparer 
exaftement  la  quantite  de  nourriture  que  les  Plan- 
tes pompent  par  leurs  Racines  ,  avec  celle  qu'el- 
les pompent  par  leurs  Feuilles.  Cet  Examen  ap- 
prendroit  peut -etre  que  I'Air  ne  fournit  pas  moins 
que  la  Terre  a  la  Nutrition  des  Vegetaux.  La 
prnfonde  Analyfe  que  Mr.  Hales  a  faite  de  ce 
FluVde,  dcraontre  qu'il  entre  dans  la  compofition 
d'un  tres  grand  nombre  de  Corps  ,  &  qu'en  per- 
dant  fbn  Elaflicite,  il  revet  fucceffivement  diffe- 
rentes  formes.  Mais  I'Air  ne  contribue  pas  feu- 
lement  par  lui -meme  k  la  Nutrition  des  Plantes: 
11  ell"  encore  rimm.enfe  Refervoir  ou  les  Cor- 
puscules  qui  s'exhalent  de  tous  les  Corps ,  vont 
ie  raflem.bler 

J  E  n'ui  pas  fait  la  comparaifbn  que  je  propofe; 

mais 


DES   FEUILLES.  I  Mem.         67 

mais  j'en  ai  faitune  autre  oui  a  avec  elle  de  grands 
rapports.  J'ai  voulu  eprouver  fi  des  Plantes  qui 
ne  fe  nourriroient  que  par  leurs  Feuilles,  vivroient 
auiTi  longtems ,  &  feroient  autant  de  progres  que 
de  femblables  Plantes  qui  fe  nourriroient  par  leurs 
Racines.  J'ai  plonge  dans  des  Poudriers  pleins 
d'Eau ,  des  Plantes  de  Mercuriales ,  les  unes  par 
leurs  Feuilles ,  les  autres  par  leurs  Racines.  J'ai 
JaifTe  a  chaque  Plante  un  ou  deux  Rejettons  que 
j'ai  tenus  hors  de  I'Eau  ,  &  qui  n'ont  ete  nour- 
ris  que  par  la  partie  de  la  Plante  qui  y  etoit  plon- 
gee.  j'ai  rendu  tons  ces  Rejettons  auflTi  egaux 
&  femblables  qu'il  m'a  ete  pofTible.  J'ai  laiilc 
ees  Plantes  en  Experience  environ  5  a  6  femai- 
nes ,  au  bout  desquelles  je  n'ai  point  obferve  de 
difference  confiderable  entre  les  Rejettons  nour- 
.ris  uniquement  par  les  Feuilles,  &  ceux  qui  ne 
I'etoient  que  par  les  Racines.  J'ai  feulement  re- 
marque  que  les  Feuilles  plongees  dans  I'Eau,  ont 
paru  foufFrir  un  peu  plus  de  Tadion  de  ce  FluTde  que- 
les  Racines.  Ces  dernieres  ont  ete  appellees  a 
vivre  dans  I'humidite  ;  elles  ont  etc  rendues 
eapables  de  la  fbutenir. 

XIX.  Les  Experiences  qui  ont  fait  le  prin- 
cipal objet  de  ce  Memoire  ,  ne  font  pas  fimple- 
ment  curieufes ;  elles  peuvent  encore  devenir 
fort  utiles  a  la  pratique  du  Jardinage  &  de  FAgri- 
culture. 

De's  que  les  Feuilles  fervent  a  la  fois  a  ele- 

I  2  ver 


68      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

ver  le  Sue  nourricier,  (xviir. )  &  a  en  augmen- 
ter  la  mafle  ,  (v.  vi.  ix. )  nous  avons  un  moyen 
tres  fimple  d'augmenter ,  ou  de  diminuer  la  force 
d'une  Branche  dans  un  Arbre  Fruitier :  nous  I'aug- 
menterons ,  en  laiflant  a  cette  Branche  tomes 
fes  Feuilles  ,  &  en  en  retranchant  aux  Branches 
voifines  :  nous  la  diminuerons  ,  par  le  precede 
contraire. 

Nous  parviendrons  par  le  meme  moyen,  a 
determiner  le  cours  de  la  Seve  du  cote  qui  nous 
paroitra  le  plus  convenable.  Ainfi  lorsqu'un  Ar- 
bre en  Efpalier  montrera  trop  de  diipofition  a  s'e- 
lever  ,  on  previendra  les  fliites  de  cette  difpofi- 
tion  5  en  dechargeant  les  Branches  les  plus  elevees 
d'une  partie  de  leurs  Feuilles.  C'eft  ici  une 
efpece  de  Taille  dont  nous  ne  tenons  encore  que 
les  premiers  principes ,  &  dont  I'Experience  nous  • 
enfeignera  les  Regies. 

O  N  fait  que  ce  qui  empeche  fouvent  les  Fruits 
de  notier  ^  eil  la  trop  grande  abondance  de  la  Se- 
ve :  on  remediera  a  cet  exces  par  une  fupprefTion 
des  Feuilles  habilement  menagee.  Cette  metho- 
de  qui  reuffit  fi  bien  fur  la  f^igne^  pourquoi  ne 
reulTiroit-elle  pas  fur  d'autres  Arbres  Fruitiers  ? 
Mais  on  comprend  que  le  vrai  terns  ^ejfeidller , 
n'efl  pas  celui  oil  le  Fruit  efl  dans  fbn  plein  ac- 
croiflement  :  il  a  befbin  alors  de  toutes  fes  Ra- 
cines ;  les  Feuilles  qui  i'environnent  immediare- 
ment  font  ces  Racines. 

Au 


DES   FEUILLES.  7.  Mim.       69 

Au  lieu  de  retrancher  abfolument  toutes  les 
Feuilles  furabondantes  ,  on  pourra  fe  concenter 
de  les  rogner  avec  des  Cizeaux.  Cette  petite  o- 
peration  ne  leur  nuira  point  ,  &  previendra  un 
trop  grand  afFoibliflement  du  Sujet. 

Des  Feuilles  qui  n'avoient  pas  ete  detachees 
de  la  Plante,  ont  cm  plus  qu'a  1  ordinaire,  parce 
qu'elles  etoient  dans  le  voifinage  d'autres  Feuil- 
les ,  qui  etoient  plongees  entierement  dans  I'Eau. 
Ce  fait  ne  nous  enfeigne-t-il  pas  un  moyen  tres 
finiple  d'avoir  de  beaux  Fruits  ?  on  lui  donne- 
roit.,  fans  doute,  plus  d'efficace,  en  faifant  tirer 
aux  Feuilles  des  matieres  plus  nouriflantes  ,  ou 
plus  aftives ,  que  TEau  pure.  Je  ne  ^is  meme , 
(1  on  ne  parviendroit  pas  par- la  a  colorer  les 
Fruits  ,  (xviii. )  &  a  leur  donner  plus  d'odeur , 
ou  une  odeur  plus  agreable.  Je  n'ignore  pas 
que  Mr.  Hales  a  tente  inutilement  cette  der- 
niere  Experience.  Le  peu  de  fucces  de  ce  grand 
Fhyficien  feroit  aflurement  bien  propre  a  decou- 
rager  ceux  qui ,  fans  avoir  fes  lumieres  &  fa  faga- 
cite  ,  voudroient  faire  les  memes  Eflais.  Mais 
Gombien  les  voies  de  la  Phyfique  font-elles  va- 
rices ■&  etendues ! 

L'exroite  communication  qui  efl:  entre 
t-outes  les  Parties  d'un  Arbre  ,  &  fur  tout  entre 
les  Feuilles  &  les  Branches,  (ix. )  doit  rendre 
tres  attentif  a  I'etat  des  Feuilles.  II  leur  furvient 
quelquefois  des  Maladies  qu'elles  communiquent 

1  3  aux 


70      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

aux  Branches.  On  previendra  Jes  dangereux  ef- 
fets  de  cette  communication  ,  en  retranchant  les 
Feuilles  alterees  ou  mal-faines.  L'excellent  Au- 
teur  du  Trait6  de  la  Culture  des  Pefchers  nous- 
fournit  un  Exemple  remarquable  d'une  fembiable 
alteration  dans  les  Feuilles.  La  „  Cloque  (*)  , 
„  dit  cet  Auteur ,  eft  une  Maladie  tres  frequente 
35  dans  ce  climat  \  efl:  TefTet  d'un  mauvais  vent , 
„  qui  fait  recroqueviller  les  Feuilles  de  TArbre. 
5,  Elles  s'epaifTilIent  &  deviennent  jaunes ,  rou- 
5,  ges  &  galeufes  ,  ce  qui  eft  desagreable  ^  la 
„  vue;  eft  tres  pernicieux  au  Fruit,  en  ce  qu'el- 
5,  les  abfbrbent  inutilement  toute  la  Seve  aux  de- 
„  pens  du  Fruit". 

„  QuAND  vos  Arbres  font  atteints  de  cette 
„  Cloque  5  il  faut  oter  non  feulement  toutes  les 
„  mauvaifes  Feuilles  ,  mais  couper  encore  jus- 
,5  qu'au  deflbus  du  mal  les  Branches  qui  en  font 
35  infeftees ,  &  qui  forment  une  efpece  de  Toupe 
5,  hideufe.  Cette  operation  donne  a  la  Seve  la- 
„  facilite  de  repoufler  au  deflous  de  nouvelles 
„  Branches  ,  qui  font  egalement  bonnes  pour 
„  I'annee  fuivante.  Obfervez  cependant  que  fi 
„  votre  Arbre  eft  entierement  infe6te ,  comme 
cela  arrive  quelquefois  ,  &  qu'il  ne  refte  point 
J  de  Feuilles  faines  pour  couvrir  le  Fruit ,  il  faut 
,  en  laifler  quelques-unes  des  mauvaifes ,  pour 

„  lui 

(*)  Pag.  100.  Seconde  Edition  i  PanV. 


35 


DES    FEUILLES.   I  Mim.      71 

lui  fervir  d'abri  ,  en  attendant  qu'il  en  re- 
poufle  de  bonnes  :  fi  vous  negligez  cette  o- 
peration ,  toutes  ces  Feuilles  infectees  confbm- 
ment  la  Seve  ,  &  I'empechent  de  chercher 
d'autres  idues  ;  elles  viennent  enluite  a  le- 
cher &  k  tomber  :  votre  Fruit  qui  eft  tendre 
alors  ,  fe  trouve  a  decouvert;  Je  Soleil  le  fur- 
prend  ,  ii  fane  ,  &  il  rombe ,  au  point  qu'il 
n'en  refte  pas  quelquefois  de  la  montre  fur 
I'Arbre". 

Je  ne  fais  fi  je  me  trompe  ,  mais  il  me  paroit 
que  ce  n'eft  pas  en  detournant  la  Seve  a  leur  pro- 
fit 5  que  les  Feuilles  attaquecs  de  la  Cloqite  nui- 
fent  aux  Branches  &  aux  Fruits ;  je  conje61ure 
que  c'eft  plutot  en  leur  communiquant  des  Sues 
vicies.  La  grande  alteration  que  cette  Maladie 
produit  dans  le  tilTu  des  Feuilles ,  eft  tres  propre 
il  changer  la  nature  des  Liqueurs. 

C'lst  une  maxime  re^ue,  qu'il  eft  utile  d'ar- 
rofer  la  tete  des  Arbres  Fruitiers  :  nous  avons 
vu  quels  font  les  fondemens  de  cette  pratique; 
&  nous  fommes*  en  etat  de  juger  du  degre  de. 
ion  eftlcace.  Je  ne  puis  done  la  recommander 
aftez;  mais  je  confeille  d'en  faire  fur-tout  ufage 
dans  un  terns  ferein  ,  &  au  coucher  du  Soleil. 
Et  commc  ces  arrofemxns  ne  mouillent  que  la 
Surface  fuperieure  des  Feuilles  ,  moins  propre 
que  Tinferieure  a  pomper  Thumidite  ,  (vi. )  je 
penfe  qu'il  conviendroit  d'arrofer  aufTi  la  Superfi- 

de 


72       RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

eie  du  terrein ;  rhumidite  qui  s'en  elevera  pen* 
dant  la  nuit ,  ira  s"'attacher  a.  la  Surface  inferieure 
des  Feuilles ,  qui  la  transmettra  a.  I'interieur  de 
I'Arbre.  (ix.  xviii.). 

Mr.  DU  Ha  MEL  dans  ^n  Trait  e  de  la  Cul- 
ture des  Terrcs  ^  Juivmit  les  Principes  de  Mr. 
TuLL,  Anglois  ^  fait  fur  les  Feuilles  one  refle- 
xion par  laquelle  je  terminerai  ce  Memoire. 

„  Tout  (*)  ce  que  nous  venons  de  dire  ^ 
5,  remarque  cet  habile  Academicien ,  prouve  que 
3,  les  Feuilles  ,  de  quelque  fa9on  qu'on  les  con- 
„  fidere  ,  font  tres  avantageufes  aux  Plantes  \  & 
„  qu'ainfi  on  caufe  un  tort  confiderable  aux  Sain- 
„  foins ,  auxLufernes,  auxTrefles,  &c.  quand 
5,  on  les  fait  paitre  de  trop  pres  par  les  Beiliaux^ 
„  fur-tout  quand  ces  Plantes  fbntjeunes.  On  ne 
„  peut  done  approuver  la  pratique  des  Fermiers 
5,  qui  mettent  leurs  Troupeaux  fur  leurs  bles. 
„  quand  ils  les  trouvent  trop  forts", 

(*)  Pag.  IS. 


EX' 


DES    FEUILLES.   /.  Mm.       73 

EXPLICATION  DES  FIGURES 
BU    PREMIER    ME  MO  IRE. 

Planche       I. 

CETTE  Planche  eft  deftinee  a  reprefenter 
les  principales  differences  qui  s'obfervent 
encre  la  Surface  ftiperieure  &  la  Surface  inferieure 
des  Feuilles  des  Plantes  Terrejlres.  La  Vigne 
eft  prife  ici  pour  exemple. 

La  Figure  i.  repr^fente  au  nature!  une  Feuille 
de  cette  Plante ,  vue  par  fa  Surface  fuperieure. 
Le  tiflli  de  cette  Surface  eft  uni ;  les  Nervures 
w,  «,  y  font  gravees  en  creux.  ^5  d^  d,  de- 
coupures  profondes. 

La  Figure  2.  eft  celle  de  cette  meme 
Feuille ,  vue  par  fa  Surface  inferieure.  Le  tiflu 
de  cette  Surface  eft  plein  de  petites  inegalites  , 
que  le  Deffinateur  a  omifes  pour  eviter  un  trop 
grand  detail.  Les  Nervures  n^n^  font  gravees 
en  relief 

Ce  font  la  les  differences  les  plus  fenfibles 
qu'on  remarque  dans  les  Feuilles  du  commun  des 
Plantes  Terreftres.  Mais  il  eft  des  Efpeces  ou 
ces  differences  font  moins  fenfibles  ,  &  ou  meme 
elles  n'exiftent  point.  Le  Laurier  Rofe  &  le 
Guy  nous  en  fourniilent  des  exemples. 

K  Dans 


74      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Dans  d'autres  Efpeces  ,  au  contraire  ,  Jes 
differences  dont  il  s'agit  font  beaucoup  plus  frap- 
pantes  qu'elles  ne  le  font  dans  les  Feuilles  de  la 
Vigne.  Dans  le  Tremble^  par  exemple,  la  Sur- 
face fuperieure  eft  trcs  rafe  ,  &  d'un  verd  fonce 
&  luifant  ;  au  lieu  que  la  Surface  inferieure  eft 
veloutee,  &  d'un  blanc  aflez  eclatant.  Les  Feuil- 
les du  Bomllon  Blanc  font  couvertes  d'un  Duvet 
cotonneux  dans  I'une  &  i'autre  Surface  ;  mais  le 
Duvet  de  la  Surface  inferieure  eft  beaucoup  plus 
epais  que  celui  de  la  Surface  oppofee. 

Plan  CHE       II. 

LA  Figure  i.  reprefente  un  Poudrier  /?,  plein 
d'Eau  ,  fur  la  fuperficie  de  laquelle  a  ete 
appliquee,  par  fa  Surface  inferieure,  la  Feuille  de 
P'igne  f  ^  la  Surface  fiiperieure  eft  la  ieule  qui 
fbit  ici  en  vue  \  h  ^  b  ^  font  les  bords  de  la  Feuil- 
le :  ils  outrepaflent  ceux  du  Poudrier  ^  &  cela 
doit  etre  ainfi ,  afin  que  ces  bords  ne  fbient  ja- 
mais humedes,  a  ^  eft  le  Pedicule  de  la  Feuille , 
place  a  I'exterieur  du  Vafe  pour  la  meme  fin. 

J'ai  fait  conftruire  de  longues  Tables  fiir  les- 
Cjuelles  j'ai  range  une  fuite  de  Poudriers  qui  por- 
t.oient  des  Feuilles  difpofees  comme  je  viens  de 
I'indiquer.  Un  coup  d'oeil  jette  de  tems  en 
tems  fur  ces  Tables  m'inftruifoit  de  I'etat  des 
Feuilles, 
ci-'ivG  La 


DES    FEUILLES.   L  Mm.      yj 

La  Figure  2.  eft  celle  d'un  Poudricr  n  ,  flir 
I'ouverture  duquel  eft  pofee  une  Plaque  de  plomb 
de  figure  ronde  /),percee  de  plufieurs  trous  /,  /,  ^, 
de  trois  a  quatre  lignes  de  diametre.  Le  Pedicule 
^,  de  la  Feuille  /",  a  ete  introduit  dans  un  de  ces 
trous,  de  maniere  que  fbn  bout  inferieuri,  a  ete 
ramene  hors  de  I'entree  du  trou  ,  &  retenu  dans 
cette  pofition  par  une  Epingle  e  ,  fichee  de  part 
en  part,  ou  tranfverfalement,  dans  laTige  du  Pe- 
dicule. Le  Poudrier  eft  plein  d'Eau  ,  &  le  but 
de  I'Experience  efl:  de  (avoir  fi  les  Feuilles  pom- 
pent  Thumidite  par  la  Surface  exterieure  de  leur 
Pedicule. 

LoRSQ^UE  I'on  met  en  Experience  des  Feuil- 
les dont  le  Pedicule  ne  (auroit  etre  coude  un  peu 
fortement  fans  risquer  de  le  rompre,  on  doit  pra- 
tiquer  dans  la  Plaque  de  plomb/?,  ou  fimplement 
dans  une  Planche ,  des  trous  beaucoup  plus  grands 
que  ceux  dont  je  viens  de  parler. 

La  Figure  3.  eft  celle  d'un  Inftrument  que  je 
nommerois  volontiers  un  Porte  -  Tube.  C'eft: 
un  Cadre  de  bois  C  ,  foutenu  fur  un  Pie  ,.5,5. 
Ce  Cadre  porte  deux  Traverfiers  T,  7\  d'un 
pouced'epaifleur,  dans  lesquels  ont  ete  pratiques 
plufieurs  trous  ^  ,  ^  ,  /,  qui  ne  les  traverfent  pas 
de  part  en  part  ,  mais  qui  vont  mourir  pres  de 
leur  Surface  inferieure.  Dans  chacun  de  ces 
trous  eft  engage  le  bout  inferieur  d'un  Tube  de 
Verre  u ,  v^  z; ,  plein  d'Eau  ou  de  quelque  autre 

K  2  Li- 


76  RECHERCHE3  SUR  L'USAGE,  &c. 

Liqueur.  Une  Feuille  f^  f  ^  eft  introduite  dans 
ce  Tube  par  (on  Pedicule.  L'abbaiftement  de  la 
Liqueur  de  ^,  en  /;  ,  exprime  la  quantite  qui  en 
a  ete  pompee  par  la  Feuille.  Les  F'euilles  d'une 
meme  Efpece  ont  ete  plongees  dans  des  Tubes 
de  meme  diametre  \  &  on  s'eft  afluree  de  Fega- 
lite  de  ce  diametre  en  introduifant  dans  chacun  de 
ces  Tubes  une  Baguette  de  bois  exa6lement  fy- 
lindrique ,  &  qui  en  rempliilbit  toute  la  capacite. 
Le  plus  ou  le  moins  de  liberie  avec  lequel  cette 
Baguette  entroit  dans  les  differens  Tubes  ,  indi- 
quoit  le  plus  ou  le  moins  de  capacite  de  chacun. 
On  mettoit  apartceux  qui  apres  avoir  ete  ainfi  ca- 
libres, etoient  trouves  egaux  en  diametre.  A^  A^ 
font  deux  Liftes  de  bois,  dont  les  extremites  font 
attachees  aux  Montans  du  Cadre  ,  &  qui  fervent 
a  fbutenir  les  Feuilles  qui  n'ont  pas  de  la  confi- 
flence.  De  petits  morceaux  de  papier  appliques 
fur  les  Traverfiers ,  indiqueront  I'heure  &  le  jour 
ou  les  Feuilles  auront  ete  mifes  en  Experience. 
Entre  ces  Feuilles  les  unes  n'auront  point  ete 
enduites ;  d'autres  I'auront  ete  dans  la  Surface 
fliperieure  ,  d'autres  dans  la  Surface  inferieure  , 
d'autres  enlin  dans  les  deux  Surfaces. 


RE- 


•(W50.  ^^».  •*>^^  -^'Skn-  i^S  (ir-S  S>:  -^so^  •^?&<^  -^'c-o^  ^K'^o* 


RECHERCHES 

S    U    R 

L'USAGE    DES    FEUILLES 

DANS     L  E  S 

P    L    A    N    T    E    S. 

SECOND     MEMOIRE. 

De  h  DireBion  6?  du  Ketoiirnement  des  Feuilles\ 

y  a  cette  occafion  de  la  Perpendicularite  ^ 

du  Repliement  des  Tiges. 

XX.  g^t^sl^^^gE  Memoire  precedent  a  ete  prin- 

^     T       S*  ^^P^^^rn^"^  ^"^ploye  ^  faire  con- 

^    J— y    g  noitre  une  des  plus  importantes 

g-^^^.,      g  fbnaions  des   Feuilles  ,    celle 

•"'"^        de  pomper  la  Rofee.     Je  rap- 

porterai  dans  celui  -  ci  des  Faits  qui  rendront  cette 

deftination  encore  plus  evidente. 

K  3  Mr. 


.78      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Mr.  DoDART  (*)  efl  le  premier  qui  ait  ob- 
ferve  que  les  Arbres  pouflent  Jeurs  Branches  in- 
ferieures  dans  une  direftion  k  peu  pres  parallelle 
au  fbl  fur  lequel  ils  font  plantes.  Mais  on  n'a- 
voit  point  donne  jusqu'ici  a  la  diredion  des  Feuil- 
les  I'attention  qu'elle  meritoit.  ElJe  n'a  pas  e- 
chappe  a  Mr.  Calandrini;  &  quoique  je 
i'eulle  auffi  entrevue ,  je  dois  a  cet  excellent  Pro- 
felleur  d'en  avoir  mieux  faifi  tout  ce  qu'elle  ren- 
ferme  d'eflentiel. 

Les  Feuilles  ,    fbit  celles  des  Herbes  ,   fbit 

celles  des  Arbres ,  font  toujours  dirigees  de  fa^on 

que  leur  Surface  fuperieure  regarde  le  Ciel ,  ou 

*^PL.  III.  p^jj,  |j|^j.g  .  «  I'inferieure  ,  la  Terre  ,  ou  I'inte- 

*  PL  in  ^^^'^'*  ^^  ^^  Plante  *. 

&?v.  Les  Experiences  que  j'ai  rapportees  dans  le 

premier  Memoire  ,  (vi,  xv,  xvi,)  nous  don- 
nenu  la  caufe  finale  de  la  diretlion  des  Feuilles. 
La  Surface  fuperieure  etant  principalement  defli- 
nee  a  fervir  de  defenfe  ou  d'abri  a  la  Surface  in- 
ferieure,  devoit  regarder  le  Ciel  ou  le  plein  Air. 
La  Surface  inferieure  aTant  pour  une  de  fes  princi- 
pales  fondions  de  pomper  la  Rofce ,  devoit  re- 
garder la  Terre  ou  Tinterieur  de  la  Plante 

Dans  les  Efpeces ,  telles  que  les  Polypodes , 
les  Fougeres  ,    dont  les  Graines  naiflent  fur  les 
Feuilles  ,   ces  Graines  font  logees  dans  la  Sur- 
face 

(*)  Hift.  de  I'Acad.  Roy.  des  Sc,  1699. 


t.  I.  %• 


DES   FEUILLES.  //  Mem.       79 

face  inferieure  :  la  Surface  fuperieure  toujours 
tournee  vers  le  Ciel  ou  leplein  Air,  Jeur  (ert  mani- 
feftement  de  defenfe. 

XXI.  Mais  il  eft  une  infinite  d'accidens  qui 
peuvent  changer  la  diredion  des  Feuilles.  Inde- 
pendamment  de  ceux  qui  arrivent  naturellement, 
la  main  de  rhomme  en  occafionne  un  grand  nora- 
bre.  Un  Jardinier  ne  fauroit  ranger  les  Bran- 
ches d'un  Arbre ,  qu'il  ne  falle  prendre  aux  Feuil- 
les de  nouvelles  pofitions.  Comment  done  arri- 
ve-t-il  qu'elles  prefentent  toutes  leur  Surface  fu- 
perieure a  I'Air  libre  ?  On  a  beaucoup  admire  le 
retournement  de  la  Radictik  dans  les  Graines 
femees  a  centre -jfens.  On  n'a  pas  moins  admi- 
re le  mouvement  des  Racines  qui  fuivent  ceux 
d'une  Eponge  imbibee  d'Eau.  Les  Feuilles ,  fi 
femblables  aux  Racines  dans  une  de  leurs  princi- 
pales  fonftions ,  leur  rellembleroient  -  elles  encore 
par  la  finguliere  propriete  de  fe  retourner ,  ou  de 
changer  de  direftion  ?  Nous  nous  fbmmes  con- 
vaincus,  Mr.  Calandrini  &  moi,  de  la  ve- 
rite  de  cette  conjefture ,  par  diverfes  Experiences : 
vpici  le  precis  de  celles  que  j'ai  tentees. 

]'a I  incline,  ou  courbe  *  des  Jets  de  plus  de  *  pi.  vi. 
vingt  Efpeces  de  Plantes,  (bit  Herbacees  (  *)  ,   foit  '''^'  '" 

/     ^^'^■^~ 

(  *  )  Efpeces  Herbacees  5.  La  Maulve  de  la  petite  Efpke 

T.  VAtr.fleXf  6.  L'Ortie  , 

2.  La  Belle  de  Nuit ,  7.  Le  Soleil , 

3.  La  Julienne  ,  8.   Lc  Trifle , 

4.  La  Maulve  a  la  grande  EJptce  y.  La  Finaigntle,  &c. 


So      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Ligneufes  ("*),  &  je  les  ai  tenues  lixees  dans  cet- 
te  fituation.  Les  Feuilles  de  tous  les  Jets  aVant 
ete  mifes  dans  une  pofition  contraire  a  celle  qui 
leur  eft  naturelle ,  j'ai  eu  bientot  le  plaifir  de  les 
voir  fe  retourner  ,  &  reprendre  leur  dire61ion  or- 
dinaire. J'ai  reitere  I'Experience  fur  le  meme 
Jet,  jusqu'a  quatorze  fois  confecutives  ,  fans  que 
cet  admirable  retournement  ait  cefle  de  s'y  operer. 

Mais  donnons  plus  d'etendue  a  ce  fujet :  il  en 
efl  bien  digne. 

XXII.  RiEN  de  plus  facile  que  d'incliner  un 
Jet ,  &  de  le  retenir  dans  cette  fituation.  Une 
•PL.  VI.  petite  Corde  ,  ou  un  fimple  Fil ,  *  attache  par 
'^'  ^'  '  un  bout  a  Textremite  fiiperieure  du  Jet ,  &  par 
I'autre  a  un  petit  Baton  fiche  en  terre  ,  en  four- 
nit  le  moyen. 

Com  ME  il  ne  s'agit  que  de  mettre  les  Feuil- 
les dans  une  diredion  oppofee  a  celle  qui  leur  eft 
naturelle  (XX.),  toute  inclination,  ou  toute  dis- 
pofition  du  Jet ,  propre  a  produire  cet  efFet,  fera 
convenable. 

A  IN  SI  tantot  on  inclinera  le  Jet  ,  perpendi- 
culairement  en  embas ;  tantot  on  le  courbera  o- 

bli- 

(■  *  )  Efpeces  Ligneufes.  7.  Le  Lilac  , 

I.  VAbrkolkr  ^  8.  Le  Noyer  , 

1.  l^Cerifier,  9-  Le  Priinier , 

3.  Le  Framboifier,  10.  Le  Poirier , 

4.  Le  Fresne  ,  li.  La  Ronce  , 

5.  Le  Figuicr,  12.  Le  Rofier  , 

6.  Le  LauTier  Cerife ,  13.  La  Figne ,  &.c. 


DES  FEUILLES.  II  Mm.       8i 

bliquement  ,  ou  horifbntalement ,  fuivant  la  dis- 
pofition  aduelle  des  Feuilles. 

XXIII.  Le  Rctournement  des  Feuilles  s'exe- 
cute  fur  le  Pedicule  :  le  degre  de  ibuplefle  dont 
il  eft  doue ,  lui  permet  de  fe  preter  a  tous  leurs 
mouvemens.  Tantot  il  fe  replie ,  ou  fe  courbe 
en  differens  endroits  :  tantot  il  fe  contourne  en 
maniere  de  Vis.  Quelquefois  il  fe  contourne 
&  fe  replie  a  la  fois  ,  ce  qui  donne  lieu  a  des 
inflexions  remarquables.  Ordinairement  le  plus 
Crand  efFort  fe  fait  dans  fbn  extremite  inferieure  *•*  ^^-  ^^• 

n       /    •  1  n  •  '  c ,  c,  c. 

mais  la  fuperieure  n  en  eft  pas  toujours  exempte. 

Sou  VENT  la  Feuille  fe  retourne  ,  fans  que 
Pinclinaifbn  du  Pedicule  fur  la  Tige ,  change  d'u- 
ne  maniere  fenfible.  Mais  dans  d'autres  circon- 
ftances  on  obferve  ici  des  varietes  confiderables. 

Elles  m'ont  paru  dependre  principalement 
de  la  pofition  du  Jet  relativement  a  I'Horizon. 
C'efl  ce  qu'il  eft  aife  de  voir  fijr  la  T-^igne  &  fur  la 
J{.once. 

LoRSQ^UE  le  Jet  *  s'eleve  perpendiculaire-*  pl.  iir. 
ment ,   les  Feuilles  "*  s'inclinent  vers  fbn  extre-*A/./. 
mite  ftiperieure  ^  \   les  Pedicules  forment  alors*^, 
avec  le  Jet  un  Angle  *  aigu,  dans  I'interieur  du-*  a, a, a, 
quel  les  Boutons  *  fe  trouvent  places.  *b,b,b, 

LoRSQ^UE  le  Jet  *  panche  vers  la  Terre  ,*  p^-i^- 
les  Feuilles  *  font  inclinees  en  fens  contraire  ;*/-/'/' 
I'Angle  aigu  *  que  les  Pedicules  forment  avec  * '!■«,«. 
lui ,    regarde  alors  vers   Porigine  *  du  Jet  ,   &  *  ^ 

L  les 


82     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

*t,6,6,]e3  Boutons  *  font  hors  de  cet  Angle  ,    OLi  de 

X^AilJelle  des  Feuilles. 
*  PL.  V.       En  FIN  lorsque  le  Jet  *  eft  horizontal  ,    les 
Pedicules  lui  font  perpendiculaires. 

Ce  que  je  viens  de  dire  de  difFerens  Jets  , 
peut  s'obferver  aufTi  fijr  difFerentes  portions  du 
meme  Jet.  Mais  il  eft  une  autre  caufe  de  ces 
varietes ,  dont  je  ne  parle  pas  encore  ,  &  que 
je  ferai  connoitre  ailleurs. 

Les  Feuilles  au  lieu  de  tourner  fur  leur  Pe- 
dicule  pour  prefenter  leur  Surface  fuperieure  a 
I'Air  libre  ,  fe  renverfent  quelquefois  fur  la  Bran- 
che  ,  jusqu'a  s'y  appliquer  par  leur  Surface  infe- 
rieure.  D'autrefois  elles  ne  font  que  fe  con- 
tourner  plus  ou  moins. 

Le  mouvement  dont  je  parle,  fe  manifefle 
dans  les  Feuilles  ,  des  leur  fbrtie  du  Bouton  ,  & 
avant  meme  qu'elles  aient  commence  a  fe  de- 
ployer. 

XXIV.  Nous  venons  de  confiderer  d'une 
vue  generale  le  Retournement  des  Feuilles.  Ob- 
iervons  de  plus  pres  ce  mouvement  fingulier. 
Voyons  les  Feuilles  fe  retourner,  &  fuivons  les 
progres  de  leur  Retournement. 

Dams  le  mois  de  Septembre  ,  j'ai  courbe , 
(xxii. )  en  Arc  de  Cercle  ,  un  Jet  de  V^igne  , 
portant  quatre  grandes  Feuilles ,  deux  de  chaque 
cote.  Apres  I'operation  ,  la  pofition  du  Jet  & 
celle  des  Feuilles  etoient  telles  que  je  vais  I'expofer. 

Le 


DES   FEUILLES.  II.  Mem.       S3 

Le  Jet  etoit  courbe  d'Orient  en  Occident. 
II  croifbit  le  Merldien  a  Angles  droits.  La  Sur- 
face fuperieure  des  Feuilles  regardoit  dire(5lement 
la  Terre.  L'extremite  fuperieure  de  celles  qui 
etoient  fituees  a  la  droite  du  Jet  ,  etoit  tournee 
vers  le  Nord.  L'extremite  fijperieure  de  celles 
qui  etoient  a  la  gauche ,  regardoit  le  Midi.  Le 
Jet  etoit  allez  ifble. 

Au  bout  d'environ  deux  jours  ,  la  diredlion 
des  Feuilles  a  commence  a  changer.  La  Surface 
fuperieure  n'a  plus  regarde  la  Terre  qu'oblique- 
ment.  Cette  obliquite  a  augmente  de  jour  en 
jour.  Bientot  le  Plan  de  chaque  Feuille  ,  aupa- 
ravant  parallele  a  la  Terre  ,  lui  eft  devenu  per- 
pendiculaire  :  la  Surface  des  Feuilles ,  fituees  fur 
la  droite  du  Jet  ,  s'eft  prefentee  direclement  au 
Nord.  Celle  des  Feuilles  fituees  du  cote  oppofe 
s'^eft  tournee  vers  le  Midi. 

En  FIN  le  Retournement  aVant  continue,  la 
Surface  inferieure  des  Feuilles  s'eft  offerte  de  nou- 
veau  a  la  Terre ;  la  Surface  fliperieure  au  Zenith. 
L'extremite  fuperieure  des  Feuilles  placees  a  la 
droite  du  Jet ,  a  regarde  alors  le  Midi  :  celle  des 
Feuilles  placees  fur  la  gauche,  a  regarde  le  Nord. 

XXV.  J'ai  dit ,    ( XXIII. )    que   le   Pedicule 
le  contournoit  dans  le  Retournement  des  Feuil- 
les 5  &  que  le  principal  effort  fe  faifbit  a  fbn  ex- 
tremite  inferieure  "".     J'ai  partage  avec  un  Seal-  *  vl.  iv. 
pel  5  fuivant  leur  longueur,   plufieurs  Pedicules^' "' '' 

L  2  de 


84      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

*T^^^^'de  Feuilles  de  J^igne  *      J'ai  remarque  pendant 
cette  petite  operation,  que  le  Scalpel  divifbit  plus 

*  ^'  '^'  facilement  les  extremites  ^  que  le  milieu ,  ou  le 
*^-       corps  *  du  Pedicule. 

AYant  prefence  a  la  Loupe  les  parties  divifees, 

*«.  ^.  j'ai  obferve  que  les  extremites  *  etoient  formees 

''   "      d'une  fubiiance  plus  fpongieufe  ,  plus  tranfparen- 

te  ,    &  plus  brune  ,    que   celle  qui  formoit  le 

*  ^'  '■     corps  *  du  Pedicule. 

C'est  a  cette  fubflance  fpongieufe  que  les 
extremites  du  Pedicule  doivent  le  degre  de  fbu- 
pleile  qui  leur  eft  propre  ,  &  qui  leur  permet 
d'obeir  aux  divers  mouvemens  de  la  Feuille. 

XXVI.  TouTES  chofes  d'ailleurs  egales  , 
les  jeunes  Feuilles  fe  retournent  plus  prompte- 
raent  que  celles  qui  font  plus  avancees  en  age. 
Les  premieres  ont  un  degre  de  fbuplefle  que  les 
autres  ne  fauroient  avoir.  De  -  la  vient  en  par- 
tie,  que  cette  Experience  n'a  que  peu  ,  ou  point 
de  fucces  fur  la  fin  de  I'Automne  ,  comma  je 
I'ai  eprouve.  Les  Feuilles  font  alors  trop  en- 
durcies. 

XXVlf.  Les  Feuilles  des  Herbes  fe  re- 
tournent plus  promptement  que  celles  des  Ar- 
bres.  Entre  plufieurs  Experiences  ,  qui  m'en. 
ont  convaincu ,  je  ne  rapporterai  que  celle -ci. 

Le  12.  Septembre  ,  a  9  heures  du  matin, 
j'ai  incline  un  Jet  de  f^igne  &  un  Pie  ^ Atri- 
fkx :  a  I.  heure ,  plufieurs  des  Feuilles  de  \'A- 

trl- 


DES    FEUILLES.   IL  Mem.     85 

triplex  avoient  commence-  a  ie  retourner  ;  mais 
celles  de  la  p^igm  n'avoient  fait  aucun  mouve- 
ment. 

XXVIII.  Les  Feuilles  des  Arbres  toujours 
verds  fe  retournent-elles  auITi  promptement  que 
celles  des  autres  Arbres?  Je  m'en  (uis  convaincu 
en  inclinant  un  Jet  de  Laurier  Cerife ,  &  \m  Jet 
de  Vigm  ,  qui  paroiflbient  a  peu  pres  du  meme 
^ge. 

Les  Feuilles  du  Pin.,  &  celles  du  Sapin.,  quoi- 
que  fi  differentes  des  Feuilles  de  la  plupart  des 
autres  Arbres  (xv.),  favent  cependant  fe  retour^ 
ner. 

XXIX.  Pour  favoir  fi  les  Feuilles  fe  retour- 
nent  pendant  la  nuit  ,  j'ai  fait  I'Experience  fui- 
vante. 

Le  20.  Juillet  5  a  8  heures  du  fbir ,  j'ai  ren- 
verfe  deux  Jets  de  Vigne  ;  Tun  de  ces  Jets  por- 
toit  15  Feuilles  I'autre  9.  Le  lendemain  matin 
k  4  heures  &  demi ,  chaque  Jet  montroit  3  Feuil- 
les qui  avoient  repris  leur  fituation  naturelle.  Le 
terns  etoit  couvert  ,  &  la  rofee  peu  abon- 
dante. 

XXX.  Le  Retournement  des  Feuilles  fe  fait 
plus  promptement  dans  un  tems  chaud  &  fe- 
rein  ,  que  dans  un  tems  froid  &  pluvieux.  Des. 
Feuilles  qui  appartenoient  a  des  Jets  courbes  en 
Ete  ,  dans  un  tems  pluvieux  &  oil  le  Thermo- 
metre  ne  fe  trouvoit   qu'aux   environs   du   12^ 

L  3  de- 


86      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

degre  au  deflus  de  la  Congelation  ,  ont  mis 
quatre  jours  a  reprendre  leur  premiere  dire6];ion ; 
pendant  que  de  femblables  FeuiJles  ,  a  la  meme 
expofition  ,  &  qui  tenoient  a  des  Jets  mis  en  ex- 
perience la  femaine  fuivante,  mais  dans  un  terns 
ferein  ,  &  dont  la  Temperature  etoit  de  20  a  2i 
degres ,  n'ont  employe  que  deux  jours  a  leur  Re- 
tournement. 

XXXI.  La  promptitude  avec  laquelle  les  Feuil- 
les  fe  retournent  a  un  Soleil  ardent  ,  eft  tres 
remarquable.  J'ai  vu  les  Feuilles  d'un  Pie  d'^- 
triplex  que  j'avois  place  contre  un  Abri  le  14. 
Septembre ,  apres  Favoir  recourbe ,  reprendre  leur 
pofition  ordinaire  ,  dans  I'efpace  de  deux  heures. 
Le  Thermometre  etoit  dans  I'ombre  au  18°.  de- 
gre. 

XXXII.  Plus  le  iiombre  des  Retournemens 
augmente ,  &  plus  ils  exigent  de  tems  pour  etre 
rendus  complets :  les  Fibres  perdent  peu  a  peu 
leur  fouplefle ,  &  ne  jouent  plus  avec  ia  meme 
facilite.  La  Table  qui  fu'it ,  ou  j'ai  defigne  les 
tems  des  Inverfions  de  trois  Jets  de  Vigne ,  fera 
mieux  juger  de  ce  que  je  viens  de  dire. 


T  Aw 


DES   FEUILLES.  IL  Mem. 

TABLE 

Des  Inverfions  de  deux  Sarmens  de  Vigne. 


S7 


AoiV 

22. 
23- 

24. 

t.  h.  Soil-. 

I. 

1.  Iiwerfion. 

Les  Feiiilles  avoient 
aciiev^  de  fe  retour- 
ner. 

2.  Invcrfion. 

2. 

1.  Inverfion. 

Les  Feuilles  avoient 
achevi^  de  fe  rctour- 
ner. 

2.  Inverfion. 

3. 

I.  Inverfion. 
NB.  Ce  Jet  avoit  dd- 
ja  fubi  une inverfion; 
ainfi  celle-ci  n'ei^pro- 
prenient  que  la  a*. 

25. 
apres  Midi 

16 
10.  h.  Matin. 

Le  Retournemcnt  i- 
toit  complct. 

Le  Retournement  € 
toit  complet. 

3 

2.  Inverfion. 

29 

9.  h.  Matin. 

3-  Inverfion. 

3.  Inverfion. 

; 

Septembre 
I.  10.  h. 

4.  Inverfion. 

4.  Inverfion. 

3.  Inverfion. 

4- 
6.  h.  Mat. 

8.  h.  Mit. 

Le  Retournement  %'€■ 

toit  fait. 

Le  Retournement  s'tf- 
toit  faic. 

Le  Retournement  s'4- 

toit  fait. 

5.  Inverfion. 

5.  Inverfion. 

4.  Invcrfion. 

10. 

Les  Fem'iles  ajiant  a-    Les  Feuiiles  aiant  a- 
chev6  cic  fe  retourner   chcv^  de  fe  retournci 
j'ai  fait  la                       j'lii  fait  la 

Comme  i.  &  2. 

6.  Inverfion. 

6.  Invcrfion. 

5.  Inverfion. 

18. 

Le  Retournement  e 
toit  encore  incompifct. 

Roinpu  par  accident. 

Le  Retournement  i- 

toit  parfait. 

[,e  mauvais  dtat  des 
Feuilles   ne   m'a   pas 
permis     de     poiilfer 
[Experience  plus  loin 
fur  ce  Jet ,  ainfi  que 
fur  le  3'. 

• 

On 


88       RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

On  voit  par  cette  Table  que  des  Feuilles  qui 
n'avoient  mis  qu'un  jour  a  fe  retourner  apres  h 
premiere  &  la  feconde  Inverfion  ,  en  ont  mis  4 
a  le  faire  apres  la  4'^.  Inverfion  ,  &  8  apres  la  6^ 
La  Temperature  de  I'Air  etoit  demeuree  a  peu 
•pr^s  la  meme  pendant  toute  la  duree  de  I'Expe- 
rience. 

XXXIII.  Les  Feuilles  qui  ont  fubi  plufieurs 
Jnverfions,  paroifient  s'amincir,  leur  Surface  in- 
ferieure  fe  defleche  &  femble  s'ecailler.  Le 
'Pedicule  fbuffre  une  alteration  analogue  :  il  noir- 
cit  &  fe  gerfe  9a  &  la ,  mais  fur-tout  aux  endroits 
"on  il  efl  le  plus  tourmente. 

L'Alxe'ration  qui  fijrvient  aux  Feuilles 
qui  fe  font  retournees  plufieurs  fois  ,  efl  natu- 
relle :  non  feulement  leurs  Fibres  etant  fort  tour- 
mentecs ,  doivent  recevoir  moins  de  fucs  &  par 
confequent  fe  referrer ;  mais  peutr  etre  encore  , 
que  celles  de  la  Surface  inferieure  demandent 
d'etre  a  I'ombre ,  &  a  un  certain  degre  d'humi- 
dite  ;  or  ,  dans  I'Experience  dent  il  s'agit ,  on 
prefente  cette  Surface  aux  Rayons  du  Soleil. 

Ce  que  je  viens  de  dire  fur  la  caufe  de  I'al- 
teration  des  Feuilles  dans  le  Retourneraentj  n'efl 
pas  une  fimple  conjedure  ,  c'efl  presque  une 
confequence  necellaire  des  Experiences  que  j'ai 
rapportees  dans  les  Articles  VI.  &  XVI.  de  cet 
Ouvrage.  En  efTet ,  la  Surface  inferieure  des 
Feuilles  etant  principalemeqt  deflinee  a  recevoir 

rhu- 


DES    FEUILLES.   IL  Mem.      89 

rhumidite ,  fes  Fibres  doivent  avoir  ete  mifes  a 
I'epreuve  de  I'Eau.  La  Surface  fuperieure ,  au 
contraire  etant  principalement  deflinee  a  mettre 
la  Surface  inferieure  a  couvert  des  impreffions  du 
Soleil ,  les  Fibres  de  cette  Surface  doivent  avoir 
ete  rendues  capables  de  fbutenir  les  regards  de 
cet  Afire. 

J'ai  cherche  a  juflifier  ce  raifbnnement  par 
une  Experience:  j'ai  ajufte  les  Feuilles  de  quel- 
ques  Arbres,  de  maniere  que  leur  Surface  infe- 
rieure a  ete  expofee  au  Soleil  pendant  deux  mois 
d'Ete.  Lorsque  j'ai  enfuite  examine  ces  Feuil- 
les 5  j'ai  remarquejfur  leur  Surface  inferieure, des 
endroits  dont  les  Fibres  avoient  noirci  &  s'e- 
toient  delTechees. 

XXXIV.  Les  Feuilles  ne  font  pas  les  feu- 
les  Parties  de  la  Plante  expofees  a  nos  yeux ,  ou 
Ton  obferve  le  mouvement  fingulier  dont  nous 
parlons.  La  Tige  &  les  Branches  y  participent 
aulTi  plus  ou  moins  ,  a  proportion  de  leur  fbu- 
plefle,  De  jeunes  Tiges ,  inclinees  vers  la  Ter- 
re  ,  fe  redreflent  peu  a  peu  ,  &  regagnent  la 
Perpendiculaire.  Dans  celles  qui  n'ont  de  libre 
que  I'extremite ,  c'eft  cette  extremite  qui  fe  re- 
drefle. 

M.  DoDART  efl  encore  le  premier  qui  ait 
obferve  ce  Fait  (*).     Des  Pins^  qu'un  orage  a- 

voit 

C*)  Voyez  le  M^moire  qui  a  pour  TittcSurl'JfeSlatm  de  la  Per' 


^o      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

voit  abbatus  fur  Je  penchant  d'une  Colline ,  attire- 
rent  I'attention  de  cet  habile  Phyficien.  11  re- 
marqua  avec  flirprife  que  toutes  les  fbmmites  des 
Branches  s'etoient  repliees  fur  elles  memes  pour 
regagner  la  Perpendiculaire,en  forte  queces  fbm- 
mites forrnoient  avec  la  partie  inclinee,  un  Angle 
plus  ou  moins  ouvert ,  fuivant  que  le  Sol  etoit 
plus  ou  moins  oblique  a  THorizon.  M.  Do- 
DART  cite  a  ce  fujet  Texemple  de  quelques 
Plantes  qui  croiflent  dans  les  murs,  telles  que  la 
Pari^taire ,  qui  apres  avoir  poufle  horizontale- 
ment ,  fe  redreflent  pour  fuivre  la  direftion  du 
mur.  Mais  il  ne  paroit  pas  qu'il  ait  fait  des  Ex- 
periences pour  approfondir  davantage  la  nature 
de  ce  mouvement  des  Tiges.  II  s'eft  contente 
d'en  faire  quelques -unes  fur  le  retournement  du 
Germe  dans  les  Graines  fennees  a  contre-fens  ( *) , 
&  dont  j'ai  parle  au  commencement  de  ce  Me- 
moire.  (xxi.) 

Le  huitieme  O6lobre,  j'ai  incline  perpendi- 
culairement  en  embas  un  Pie  de  Mercuriale  ,  a- 
pres  I'avoir  depouille  d'une  partie  de  fes  Feuil- 
?L-  VI.    les  *.   Je  I'ai  retenu  fixe  de  cette  maniere  par  un 
'  I'.     Fil  *  attache  a-peu-pres  vers  le  milieu  de  la  lon- 
gueur   de    la  Tige.      Dans  cette  pofition ,   les 

Feuil- 

pendiculaire  remarquahle  dans  totttes  les  Tiges ,  dans  plujieurs  Racines,  6? 
auUint  qu'il  ejlpnlfthle,  dans  toutes  les  Branches  des  Plantes,    M^moires 
de  I'Acad^mie  Royale  des  Scitnces,  Annde  1700. 
(*)  Ibid, 


DES    FEUILLES.    IL  Mem.     91 

Feuilles  "^pre/entoient  leur  Surface  inferieure  *  au*{'{' 
Ciel.      Le    Thermometre  de    Mr.  de  Reau- 
mur etoit  alors  a  1 1  degres. 

Au  bout  de  deux  jours  I'extremite  fuperieu- 
re  *   de  la  Plante   s'etoit  redreflee;  fa  dire6lion  *p^-vii. 
etoit  a  peu  pres  perpendiculaire  a  I'Horizon.  Les 
Feuilles  *  avoient  leur  Surface  fliperieure  *tour-*{'{" 
nee  vers  le  Ciel.     On  obfervoit  que  la  principale 
inflexion   de   la  Tige   s'etoit  faite  dans   un  des- 
Noeuds  *;    &  c'eft  une   obfervation  que  j'ai  eu  *  «■ 
depuis  bien  des  occafions  de  repeter. 

Le  Guy  fait  une  exception  tres  remarquable 
a  la  Loi  qui  veut  que  toute  Plante  inclinee  fe 
redrefle.  Cette  finguliere  Plante  Para/tte  con- 
serve indifFeremment  toutes  les  pofitions  (bus  les- 
quelles  le  hazard  I'a  fait  naitre.  Je  ne  fiiis  pas  le 
premier  qui  en  ait  fait  la  remarque :  Mr.  du  H  a- 
MEL  m'a  prevenu  la-delTus  dans  un  Memoire 
fort  curieux  fur  le  Guy  ,  qui  fe  trouve  parmi 
ceux  de  l'Academie  Royale  des 
Sciences. 

XXXV.  Dans  les  Plantes  ifblees  ^,    &  fur*PL.viii. 
les  Tiges,  ou  flir  les  Branches  perpendiculaires 
a  I'Horizon,  les  Feuilles  *  fe  difpofent,  de  ma- */./,/• 
niere    que  leur  Surface    inferieure  *   regarde  la*»,j.i. 
Terre. 

Dans  les  Plantes  "*  voifines  d'un  Abri  ',  ^l^^/- 
fur   les    Tiges  ou  fur  les  Branches  paralleles  a    ^. '  ' 
I'Horizon,   les  Feuilles  *  prefentent  leur  Surfa- */././• 

M  2  ce 


92      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

*'ii,i-    ce  inferieure  *  a  I'Abri  ou  a  Tinterieur  de  Ja 
Plante. 

Excepted  dans  le  premier  cas  ,  ]es 
Feuilles  dont  le  Pedicule  eft  fi  long  &  fi  delie 
qu'il  ne  pent  les  fbutenir  dans  une  fituation  ho- 
jizontale. 

XXXVI.  Le  Soleil ,  par  Con  a6lion  fur  la  Sur- 
face fuperieure  des  Feuilles,  change  fbuvent  leur 
direftion,  &  les  determine  a  fe  tourner  de  fbn 
cote.  Cela  etoit  connu  des  Phyficiens ;  &  ils 
ont  nomme  ce  mouvement  la  Natation  des  Plan- 
tes. 

Cette  Nutation  eft  beaucoup  plus  fenfible 
dans  les  Feuilles  des  Herbes  ,  que  dans  celles 
des  Arbres.  j'ai  obferve  que  celles  de  la  gran- 
de(*)&  de  la  petite  Maulve ,  celles  du  Trefte  & 
de  l'^/ri/>/i?A:,  fuivent  en  quelque  forte  le  cours 
*PL.x.  du  Soleil:  en  forte  que  le  matin  ces  Feuilles* 
♦Fig. I.  regardent  le  Levant  *;  vers  le  milieu  du  jour, 
*Fi£!. 2.    le  Midi*  j  le  fbir,  le  Couchant  ^ 

Pendant  que  le  Soleil  demeure  fbus  I'Ho- 
rizon  ,  &  en  terns  couvert  ou  pluvieux  ,  les 
Feuilles  des  Plantes  que  je  viens  de  nommer,  fe 
difpoient  horizontalement ,  &  prefentent  leur  Sur- 
face inferieure  a  la  Terre. 

Les  Phenomenes  du  Tourne-fol  n'ont  done 

rien 

(  *)  Cette  erpfece  eft  connufi  des  Fleuriftes  fous  le  nom  de  Pajfe' 
Ro/es. 


'Fig.  3- 


DES  FEUILLES.  II  Mim.      93 

rien  de  particulier;  &  presque  toutes  les  Plantes 
Herbacees  deviendront  fans  doute  des  Tourne-foh 
pour  I'Obfervateur  qui  les  fuivra  avec  attention. 

Les  Feuilles  de  la  plupart  des  Plantes  Ligneii- 
fes  ont  trop  de  roideur  pour  fe  preter  auffi  facile- 
ment  a  toutes  les  impreffions  du  Soleil.  j'ai  vu 
,cependant  des  Pies  de  Pervanche  dont  toutes  les 
Feuilles  regardoient  le  Levant ,  parce  qu'elles  a- 
voient  derriere  elles  a  une  diftance  d'environ  une 
Toife ,  un  Arbre  qui  Jeur  cachoit  le  Couchant 
&  le  Midi.  J'ai  fait  depuis  plufieurs  autres  ob- 
fervations  du  menae  genre.  ]e  n'en  detaillerai 
qu'une  feule. 

SuR  un  Jet  *  de  Rofier  horizontal,  j'ai  ob-*  pl. xr. 
ferve   deux   diredions   difFerentes  des  Feuilles ,  '^'  ^' 
toutes  deux  tres  dignes  d'attention.      Les  Feuil- 
les *  qui  etoient  placees  fur  la  partie  luperieure  *r.  ^ 
du  Jet,  fur  celle  qui  regardoit  le  Ciel ,    etoient 
dirigees  de  fa^on  que  le  Plan  de  leurs  Folioles  **/./,/. 
etoit  vertical.     Leur  Surface  fuperieure  *  regar-*^,^;^. 
doit  le  Soleil;  &  le  Pedicule  *  commun  de  cha- •  p^p, 
que  Feuille  etoit   incline  vers  cet  Af^re.      Les 
Feuilles  *  qui  avoient  cru  fur  la  partie  laterale  &*  c,c,c. 
inferieure   du  Jet,   s'etoient  courbees  en  forme 
de   Goutiere  *,    dont  la  concavite  etoit  tournee  '  o>g, 
vers  le  Soleil. 

QuELQ^UEFOis  toute  la  Plante  s'incline 
vers  le  Soleil ,  &  en  fuit  les  mouvemens.  C'efl 
ce  que  j'ai  fbuvent  obferve  fur  des  Pies  ^  Ama- 

M   3  ran- 


94      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

rdnte  a  Feuilles  pourpres,  &  fur  des  Pies  de  So- 
lei!  qui  n'avoient  pas  encore  fleuri. 

J'ai  obferve  dans  des  Champs  de  Ble ,  que 
le  plus  grand  nombre  des  Epis  etoient  inclines 
vers  le  Levanu,  le  Midi,  ou  le  Couchant ,  & 
tres  peu  vers  le  Nord.  J''ai  obferve  la  meme 
chofe  dans  des  Planches  de  Fleurs,  &  en  particu* 
lier  dans  des  Planches  de  Jacinthes. 

Les  Plantes  voifines  d'un  Abri ,  fuient  cet 
Abri ,  &  s'inclinent  en  avant  plus  ou  moins ,  fe- 
lon qu'elles  en  font  plus  ou  moins  eloignees.  EI- 
les  femblent  chercher  le  Soleil,  &  tocher  d'expo- 
fer  a  fes  regards  toutes  les  parties  de  leur  Corps. 
J'a  I  eu  deflein  de  faire  des  Experiences  pour 
m'infl-ruire  de  la  diflance  oii  un  Abri  pent  faire 
fentir  fbn  imprefTion  a  une  Plante,  &  de  me- 
furer  I'Angle  que  cette  Plante  formeroit  alors  a- 
vec  le  Sol.  Je  voulois  drefler  une  Echelle  de 
tous  les  Angles ,  depuis  la  plus  grande  diflance  de 
I'Abri  jufqu'a  la  plus  petite. 

XXXVII.  Un  autre  effet  tres  remarquable 
de  I'aftion   du  Soleil   fur    les   Plantes,   c'efl  de 
rendre  la  Surface  fuperieure  de  leurs  Feuilles  con- 
*  PL.  XI.  cave  *,   en  maniere  d'Entonnoir  ou  de  Goutie- 
^cTd'c.    re ,    dont    la  profondeur  varie  fuivant  I'efpece , 
f  ^;  \    ou  le  degre  de  chaleur.  Ordinairement  les  Feuil- 
les des  Herbes   s'applattiflent ,    lorfque  le  Soleil 
cefle   d'agir  fur    elles  ;    mais  celles   des  Arbres 
m'ont   paru    fe  reflentir  plus   longtems  de  fbn 

adion. 


DES   FEUILLES.  //  Mem.      ^s 

a61ion.  J 'en  exxepterai  cependant  celles  de  V  A- 
cacia,  dont  les  mouvemerts ,  quoique  tres  connus 
des  Botaniftes ,  doivent  trouver  place  ici. 

Les  Feuilles  de  r  Acacia  *  font  compofees  de  *PL.xn. 
19  a  21  petites  Feuilles  ou  Fo/ioks  *  oblongues,  *.(//, 
rangees    par  paires    iiir  un  Pedicule  commun  '^  *  i\p,p. 
(ix.),      Ce   Pedicule  ne  porte  a  fbn  extremite 
qu'une  jfeule  Foliole  *,  &  dcla  vient  que  le  nom-  *  e,e,  e. 
bre  de  ces  petites  Feuilles  e(l  ici  impair. 
.Pendant  Je  jour,    en  tems  frais  &  cou- 
vert  ,1a  direction  des  Folioles  eft  parfaitement  ho- 
rizontale  *;  mais  des  que  le  Soleil  vient  a  don-*Fi3i- 
ner  direftement  fur  une  partie  de  FArbre,  tou- 
tes  les  Feuilles   comprifes  dans  cette  partie ,   fe 
ploient  en  forme  de  Goutiere  ^jdont  la  profon- *  Fig.  2. 
deur  augmente  a  proportion  de  la  chaleur.  Lors- 
qu'elle   eft  tres   forte  ,    les   Folioles    de  chaque 
cote  fe  rapprochent  tellement  les  unes  des  autres, 
qu'elles  parviennent  a  fe  toucher.     Celle  qui  eft 
placee  a  I'extremite  *  du  Pedicule ,  s'e;leve  alors  *  e. 
perpendiculaireraent,  &  ferme  la  Goutiere. 

A  mefure  que  le  Soleil  fe  retire,  ou  que  la 
chaleur  diminue,  la  Goutiere  s'elargit,  Jes  Fo- 
lioles s'abbaiflent ,  &  reprennent  peu  a  peu  leur 
premiere  direftion. 

Elles  ne  la  confervent  pas  neanmoins  pen- 
dant la  nuit:  apres  le  coucher  du  Soleil,  &  fur- 
tout  lorfque  la  Rofee  eft  abondante,  on  les  voit 
ie  renverfer,  &  fe  fermer  en  fens  contraire  a  ce- 

lui 


96    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

lui   dans  lequel   elles   s'etoient   fermees  pendant 

le  jour.     Alors  c'etoit  la  Surface  fuperieure  des 

Folioles  qui  compofbit  Tinterieur  de  la  Goutie- 

♦Fig.2.    re  *;  prefentement  c'efl:  la  Surface  inferieure  * 

♦Fig's.         La  meme  gradation  qu'on  obferve  dans  Tef- 

''*'"      fet  que  produit  la  chaleur  fur  ces   F'euilles ,   je 

I'ai  aulTi  obfervee  dans  celui  qu'y  produit  la  Ro- 

fee.     J'ai  remarque  que  celles  qui  font  les  plus 

bafles ,  fe  ferment  avant  celles  qui  font  plus  ele- 

vees;  &je  Tavois  deja  conclu  de  la  diredion  du 

mouvement  de  la  Rofee. 

En  meme  terns  que  les  Feuilles  de  V Acacia 
revetent  la  forme  d'une  Goutiere,  chaque  Folio- 
le  la  revet  auffi,  mais  d'une  maniere  moins  fen- 
fible. 
„       Les  Feuilles  de  I'^^^a^  tournent  encore  fur 
*Fig.2.    elles  memes  5  ou  fur  leur  Pedicule  propre  *.  Au 
^'^'^"     lieu  de  fe  trouver  placees  les  unes  a  cote  des  au- 
tres  dans  le  meme  Plan ,  celles  d'un  meme  co- 
te fe  trouvent  quelquefois  placees  les  unes  au  des- 
fus  des  autres ,  en  difFerens  Plans. 

Au  refte  en  decrivant  le  Jeu  des  Feuilles  de 
V  Acacia ,  j'ai  decrit  celui  de  toutes  les  Feuilles 
de  meme  genre. 

XXX VIII.  Nous  avons  vu  que  le  Soleil 
donne  une  forme  creufe  k  la  Surface  fuperieure 
des  Feuilles,  (xxxvii.):  lorfque  j'ai  confide- 
re  celles  de  difFerentes  elpeces  de  Plantes ,  vers 
le  milieu  de  I'Automne ,    apres  des  Rofees  tres 

froi- 


DES  FEUILLES.  II.  Mem,      97 

froides  ,  &  tres  abondantes  ,  j'ai  obferve  que  la 
plupart  etoient  creufees  en  fens  contraire  -,  leur 
Surface  inferieure  etoit  devenue  tres  concave. 

XXXIX.  ]'ai  tran/plante  en  motte  dans  des 
Vafes  ,  des  Pies  de  Maulve  &  de  Tre.Jie  ;>  j'ai 
place  ces  Vafes  fur  la  Fenetre  de  mon  Cabinet. 
Au  bout  de  quelques  heures  ,  j'ai  vu  toutes  les 
Feuilles  pre/enter  leur  Surface  fuperieure  a  I'Air 
exterieur;  I'inferieure  etoit  aJors  parallele  aux  ver- 
res  de  la  Fenetre.  J'ai  tourne  Jes  Vafes  ,  &  j'ai 
prefente  la  Surface  inferieure  a  i'Air  exterieur : 
bientot  les  Feuilles  ont  commence  a  fe  retourner; 
&  en  moins  de  24  heures  elles  ont  acheve  de 
reprendre  leur  premiere  diredion. 

J'ai  repete  plufieurs  fois  cette  Experience  a- 
vec  flicces ;  &  j'ai  toujours  obferve  que  le  plus 
ou  le  moins  de  chaleur  de  I'Air  rendoit  le  Re- 
tournement  des  Feuilles  plus  ou  moins  prompt. 

XL.  J'ai  coupe  fur  des  Seps  de  Vigne  &  fur 
des  Pies  4e  grande  Mmdve ,  des  Jets  d'environ  i 
pie  \  de  longueur  :  j'en  ai  plonge  Textremite  in- 
ferieure dans  des  Vafes  pleins  d'Eau;  &  j'ai  por- 
te  les  uns  dans  mon  Cabinet,  &  les  autres  dans 
une  efpece  de  Cellier  qui  ne  recevoit  de  I'Air 
que  par  des  Soupix'-aux  aflez  etroits. 

Les  Feuilles  mifes  en  Experience  dans  mon 
Cabinet ,  ont  prefente  leur  Surface  fuperieure  \ 
la  Fenetre.  Celles  de  f^igne  placees  dans  le  Cel- 
lier 5  fe  font  un  peu  detournees  vers  un  des  Sou- 

N  pi. 


98      RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

piraux.     Mais  celles  de  Maiilve  n'ont  fait  aucun 
mouvement. 

LoRSQ^UE  j'ai  laifle  la  Fenetre  ouverte  ,  on 
que  le  Soleil  a  donne  fur  les  Feuilles,  le  Retour- 
nement  s'eft  execute  avec  plus  de  promptitude  ; 
mais  il  a  toujours  exige  plus  de  tems  que  n'en 
exige  celui  des  Feuilles  qui  tiennent  a  la  Plante, 

J'ai  fait  une  femblable  Experience  (ur  les 
Feuilles  de  V Acacia.  Celles  que  j'ai  expofees 
au  Soleil  dans  des  Vafes  pleins  d'Eau ,  ont  com- 
mence a  fe  fermer  un  quart  d'heure  apres,  Cel- 
les que  j'ai  tenues  a  I'ombre ,  font  demeurees  ho- 
rizontales. 

J'ai  tourne  trois  a  quatre  fois  un  meme  Jet 
de  yigne  qui  etoit  plonge  dans  I'Eau:  fes  Feuil- 
les ont  continue  a  fe  retourner,  mais  tres  len- 
"tement ,  &  d'une  maniere  fort  imparfaite. 

Les  Plantes  qui  ont  ete  femees  dans  une  Ca- 
ve 5  s'inclinent  vers  les  Soupiraux.  Celles  qui 
naiflerit  dans  une  Chambre ,  fe  tournent  du  cote 
des  Fenetres. 

De  jeunes  Haricots^  qui  avoient  ete  femes 
dans  une  Serre  ,  s'inclinoient  pendant  le  jour  vers 
la  Porte  ,  &  fe  relevoient  a  I'approche  de  la  nuit. 

XLL.Les  efFets  oppofes  que  le  Soleil  &  la 
Rofee  produifent  fur  les  Feuilles  de  diverfes  Es- 
peces  de  Plantes ,  &  en  particulier  fur  celles  de 
\^ Acacia^  (xxxvi,  xx^vii,  xxxviii  j  xxxix. ) 
peuvent  etre  pfoduits  par  Art; 

C'est 


DES  FEUILLES.  II  M^m,       99 

C'est  une  Experience  que  j'ai  cru  devoir 
tenter.  Le  but  que  je  me  fuis  propofe  en  la  fai- 
fant,  n'efl:  pas  difficile  a  decouvrir.  J'ai  cherche 
par  la  a  penetrer  ia  caufe  du  Retournement  des 
Feuilles. 

Vers  la  fin  du  mois  d'Aoiit,  flir  les  9  heures 
du  fbir  ,  j'ai  prefente  aux  Feuilles  d'un  Acacia  la 
lumiere  d'une  Bougie,  de  maniere  que  la  pointe 
de  la  flamme  en  fut  aufli  pres  qu'il  etoit  poflible 
fans  les  bruler. 

J'ai  vu  aufTitot  les  Folioles  placees  direcle- 
ment  au  defTus  de  la  Bougie ,  fe  mettre  en  nmou- 
vement ,  &  fe  rapprocher  les  unes  des  autres  jus- 
qu'a  fe  toucher. 

J'a  t  obferve  le  meme  Jeu  dans  toutes  les  Fo- 
lioles fbus  lesquelles  j'ai  fait  pafler  la  Bougie. 
Ce  mouvement  a  ete  tres  prompt ,  fbit  que  j'aie 
prefente  la  lumiere  a  la  Surface  fuperieure  des 
Feuilles ,  foit  que  je  I'aie  prefente  a  la  Surface 
inferieure. 

Mais  cette  Experience  a  beaucoup  altere  les 
Feuilles  fur  lesquelles  je  I'ai  tentee.  Elles  ont 
cefle  de  fe  fermer  au  Soleil  &  a  la  Rofee.  EJles 
n'ont  fait  que  languir  pendant  plufieurs  jours  ;  au 
bout  desquels  elles  fe  font  deflechees. 

Les  fortes  raifbns  que  j'ai  eu  de  fbup^onner 
que  la  fumee  fulphureufe  de  la  Bougie  a  eu 
beaucoup  de  part  aux  mouvemens  dont  je  viens 
de  parler,  m'ont  porte  a  me  fervir  ,  pour  cette 

N  2  Ex- 


loo    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Experience,  d'un  fnftrument  moins  fufpeCt.  J'ai 
done  eu  recoufs  a  un  Fer  ehaud ,  &  je  Fai  tenu 
a  une  telle  diftance  des  Feuilles,  qu'il  les  a  e- 
chauffe  fans  paroitre  leur  nuire. 

J'ai  obferve  dans  ces  Feuilles  le  Jeu  ordinaire. 
Mais  il  a  ete  beaucoup  moins  prompt  qu'a  Id  Ju- 
miere  de  la  Bougie ,  quelquefois  meme  il  a  ete 
presque  infenfible.  Et  les  Feuilles  n'ont  pas 
laifTe  de  fouffrir :  elies  ont  feche  au  bout  de  quel- 
ques  femaines. 

J'ai  tent^  ces  deux  Experiences  fur  les  Feuil- 
les de  la  ^ipje  ,  &  fur  celles  de  la  grande  Maul- 
ve  ,  &  de  Vjitripkx.  Plufieurs  ont  change  de 
pofirion  d'une  maniere  fenfible.  La  Bougie  a 
excite  dans  celles  de  la  J^igne ,  des  efpeces  de  vi- 
brations ou  de  balancemens  femblables  a  ceux  du 
Balancier  d'une  Montre.  Le  Pedicule  a  ete  le 
Pivot  fur  lequel  ces  balancemens  ont  ete  execu- 
tes. Mais  je  ne  fuis  point  parvenu  k  voir  de  Re- 
tournement  proprement  dit.  Peut-etre  que  pour 
y  reufTir ,  il  auroit  fallu  donner  k  cette  Expe- 
rience plus  de  tems  que  je  ne  lui  en  ai  donne. 
Les  Feuilles  demandoient  apparemment  d'etre 
tenues  a  une  chaleur  moins  forte  ,  mais  plus  du- 
rable. Je  reitererai  cette  Experience  avec  plus 
de  fbin. 

XLII.  Une  autre  maniere  de  faire  cette  Ex- 
perience 5  a  laquelle  j'ai  eu  recours  ,  a  ^te  d'y 
employer  la  chaleur  de  differentes  Etuves. 

J'AI 


DES  FEUILLES.  11  M^m.      loi 

J'ai  mis  dans  une  petite  Etuve,  des  Plantes 
^Atripkx  que  j'avois  tranfplantees  m  motte 
dans  de  petits  Va(es.  La  chaleur  de  cette  Etuve 
a  ete  a  ['ordinaire  de  20  a  25  degres ,  &  quel- 
quefois  de  25  a  30.  J'ai  laiile  la  Porte  de  I'E- 
tuve  ouverte  d'environ  3  doigts  ,  pour  donner 
de  I'Air ,  &  prevenir  par  la  le  deiTechement 
des  Plantes. 

Au  bout  d'un  jour  ou  deux  ,  les  Feuilles  qui 
regardoient  le  bas  de  I'Etuve,  fe  font  relevees, 
&  ont  prefente  leur  Surface  iuperieure  ,  non  ii 
I'endroit  le  plus  chaud  de  ^ Etuve  ,  mais  a  I'ou- 
verture  de  la  Porte. 

]'ai  repete  plufieurs  fois  cette  Experience  , 
avec  un  fucces  a  peu  pres  femblable. 

SuR  le  Soupirail  d'un  Four  a  Poidets  verti- 
cal (I)  ,  echauffe  par  la  chaleur  du  fumier ,  j'ai 
couche  horizontalement  une  Plante  ^  Atriplex. 

BiENTox  la  Tige  s'efl:  mife  en  mouvement; 
mais  ce  n'a  point  ete  pour  s'approcher  de  I'inte- 
rieur  du  Four ;  9'a  ete  ,  au  contraire  ,  pour  s'en 
eloigner.  Elle  s'eft  eleve  peu  a  peu  fur  le 
Soupirail,  &  elle  s'efl  enfuite  inclinee  vers  le  plein 
Air.     Les  Feuilles  ont  fuivi  le  mouvement  de  la 

Ti- 


(t)  Art  de  faire  ^-dorre  &  d'elever  en  toute  fairon  des  Oifeaux  do- 
ineftiques  de  toutes  Efp^ces,  foit  par  le  moyen  de  ]a  chaleur  du  fu- 
mier ,  foit  par  le  moyen  du  feu  ordinaire,  Tome  i.  feconde  Editioa 
2.  M^moire,  Pl.vi.  Fig.  8. 

N  3 


I02    RECHERCIiES  SUR  L^USAGE 

Tige ;  elles  n'ont  point  ofFert  leur  Surface  fupe- 
rieure  a  I'interieur  du  Four. 

Au  refte  j'ai  prefere  pour  ces  Experiences , 
VAtriplex  ^  parcequej'ai  obferve  que  ces  Feuil- 
les  ont  une  grande  dispofition  a  fe  retourner. 

XLIII.  J'ai  place  fbus  des  Feuilies  d'' Acacia , 
une  grande  Eponge  imbibee  d'Eau.  Ces  Feuil- 
ies venoient  d'etre  detachees  de  I'Arbre ,  &  elles 
etoient  plongees  par  leur  extremite  inferieure 
dans  des  Vafes  pleins  d'Eau  ,  fur  lesquels  elles 
s'elevoient  un  peu  obliquement.  Leur  Surface 
etoit  a  peu  pres  plane,  les  Folioles  (xxxvi. ) 
n'inclinant  d'aucun  cote  ,  &  formant  un  Angle 
droit  avec  le  Pedicule  commun.  Les  plus  balles 
etoient  a  i  pouce  de  I'Eponge :  les  plus  elevees 
en  etoient  diftantes  de  5  a  6. 

A  u  bout  d'environ  deux  jours  ,  les  Folioles  le 
font  inclinees  vers  I'Eponge.  Celles  d'un  meme 
cote  fe  font  couchees  les  unes  fur  les  autres , 
en  s'approchant  du  Pedicule  commun.  Elles  ont 
forme  avec  lui  un  Angle  aigu  ,  tourne  vers  I'E- 
ponge. Cet  Angle  a  ete  d'autant  plus  aigu,  que 
les  Folioles  qui  Font  compofe,  ont  ete  plus  bafles, 
ou  plus  pres  de  I'Eponge. 

On  pourroit  tenter  cette  Experience  d'une 
autre  maniere  :  elle  confifleroit  a  faire  recevoir 
aux  Feuilies  la  Vapeur  de  I'Eau  chaude. 

C  E  feroit  meme  une  Experience  curieufe  , 
que  de  varier  I'efpece  de  la  Vapeur.     hcs  diffe- 

rens 


DES  FEUILLES.  IL  Mm,       103 

rens  effets  que  les  diiTerentes  Vapeurs  produiroient 
fur  les  Feuilles ,  pourroient  nous  decouvrir  la  ve- 
ritable caule  de  certaines  alterations  qui  leur  fur- 
viennent ,  &  dont  quelques-unes  font  connues 
ibus  les  noms  de  Brouiffure  ,  de  Fonine  ,  &c. 

Je  dirai  a  cette  occafion  ,  qu'aVant  ellaye  d'ar- 
rofer  plufieurs  fois  a  un  Soleil  tres  ardent ,  un 
Sep  de  Vigm  adofle  centre  un  Mur  expofe  au 
Midi  ,  je  ne  fuis  point  parvenu  par  la  a  caufer 
aucune  alteration  dans  les  Feuilles  de  ce  Sep.  La 
figure  /pherique  des  gouttcs  de  la  Rofee  produi- 
roit-elle  dans  les  Rayons  de  la  lumiere  des  refrac- 
tions nuifibles  aux  Feuilles  ?  ces  gouttes  fe- 
roient-elles ,  comme  on  Pa  fbup^onne ,  des  ef^ 
peces  de  Verres  brulans  ?  les  T^ches  noires , 
fbuvent  tres  rondes ,  qu'on  obferve  fur  les  Feuil- 
les apres  de  fortes  Rofees  ,  fembleroient  I'infi- 
nuer.  je  voudrois  qu'on  tentat  d'en  produire  de 
femblables  flir  les  Feuilles ,  au  moyen  de  ces  pe- 
tits  Microfcopes  fpheriques  ,  qui  font  entre  les 
mains  de  tout  le  monde.  Je  ne  iais  cependantj 
fi  les  matieres  falines  &  fijlphureules  qui  s'ele- 
vent  avec  la  Rofee ,  ne  font  pas  ici  des  Agents 
plus  puillans. 

XLIV.  Apre's  avoir  tente  de  produire  par 
Art  dans  les  Feuilles ,  des  mouvemens  fembla- 
bles a  ceux  que  le  Soleil  &  \i  Rofee  y  font  nai- 
tre  ,  (xLi,  XLii,  XLiir. )  il  convenoit  de  re- 
chercher  les  moyens  d'empecher  ces  mouvemens , 

de 


I04    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

de  les  retarder  ,  ou  de  les  modifier.  C'etoit  une 
autre  voie  de  parvenir  a  la  connoiflance  des  cau- 
fes  qui  opercnt  le  Retournement  des  Feuilles. 

Dans  cette  vue  j'ai  fait  plufieurs  Experien- 
ces. Je  me  bornerai  ici  a  en  indiquer  quelques- 
unes. 

J'ai  pique  avec  une  Epingle  de  moyenne 
grofTeur ,  des  Feuilles  d^x^cacia ,  &  des  Feuilles 
de  p^igne.  j'ai  fort  multipiie  le  nombre  des  pi- 
q^res  dans  les  unes  &  dans  les  autres.  Mais 
jc  n'ai  point  obferve  que  cela  ait  apporte  aucun 
changement  dans  le  Jeu  des  Feuilles  A^ Acacia. 
11  n'en  a  pas  ete  abfblument  de  meme  des  Feuil- 
les de  Vigne:  il  m'a  paru  que  le  Retournement 
en  etoit  un  peu  rallenti.  Celles  dont  je  n'avois 
pique  que  le  Pedicule,  fe  font  fannees  en  peu  de 
terns.  Elles  ont  cefle  de  recevoir  la  nourriture 
qui  leur  etoit  neceflaire  :  les  petites  plaies  faites 
au  Pedicule  avoient  dechire  les  conduits  feveux. 

j'ai  vu  des  Feuilles  Aq  grande  Maulve  qui  ne 
jouoient  point  an  Soleil.  (xxxvi. )  11  ne  leur  re- 
floit  que  les  principales  Fibres  ,  de  petits  Infedtes 
avoient  devore  la  fubftance  intermediaire ;  ils  a- 
voient  fait  a  ces  Feuilles  un  nombre  presque  in- 
fini  de  trous. 

J'ai  coupe  k  des  Feuilles  de  V^igne  quelques- 
unes  des  principales  Nervures.  Elles  n'ont  pas 
laifle  de  fe  retourner. 

J'a  I  fait  au  Pedicule  de  quelques  autres ,  deux 

k 


DES   FEUILLES.  II  Mm.     105 

a  trols  fortes  Ligatures  :  deux  de  ces  Ligatures 
etoient  aux  extremites  du  Pcdicule  ,  la  troifieme 
etoit  au  milieu.  Cela  n'a  point  empeche  que 
plufieurs  de  ces  Feuilles  ne  fe  fbient  rctournees. 

Il  en  a  ete  a  peu  pres  de  meme  lorsqu'au 
lieu  de  Ligatures,  j'ai  fiche  transverfalement  dans 
Je  F^edicule  deux  a  trois  Epingles  de  moyenne 
grofleur. 

J'ai  plonge  des  Feuilles  ^''Acacia  dans  de 
PHuile  de  Noix :  je  les  en  ai  retire  presque  iur 
le  champ.  Immediatement  apres  elles  ont  joue  , 
mais  plus  foiblement  qu'a  I'ordinaire ,  &  ce  jeu 
n'a  pas  continue.  Bientot  les  Folioles  fe  font 
detachees  du  Pedicule  commun  &  font  tombees 
a  terre,  quoique  tres  vertes  (xii.). 

J'ai  fait  une  Experience  d'une  autre  maniere. 
J'ai  huile  ,  avec  un  Pinceau ,  tous  les  Feuillets 
de  quelques  Feuilles  6? Acacia.  J'ai  huile  les 
uns  dans  leur  Surface  luperieure  :  les  autres  font 
ete  dans  la  Surface  oppofee.  Ceux-ci  ont  paru 
raoins  fenfibles  aux  impreflions  de  la  Rofee. 
Ceux-la  font  ete  moins  a  I'adion  du  Soleil. 

Des  Feuilles  de  Vigne  qui  avoient  ete  endui- 
tes  dans  I'une  &  I'autre  Surface  ,  n'ont  pas  laifle 
de  (e  retourner. 

.  XLV.  Les  Plantes  terreflres  n'etant  pas  ap- 
pellees a  vivre  dans  I'Eau ,  il  y  avoit  lieu  de 
douter ,  fi  leurs  Feuilles  fe  retourneroient  dans 
ce  Fluide  comme  elles  fe  retournent  dans  I'Air. 

O  Les 


io6     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Les  Experiences  qui  pouvoient  decider  cette  que- 
flion  5  etoient  faciles  &  meritoiem  d'etre  faites. 

Le  3.  de  Septembre  fur  les  fept  heures  du 
matin ,  j'ai  fair  entrer  dans  un  grand  Vafe  plein 
d'Eau  ,  un  Jet  de  Vigne  portant  deux  jeunes 
Feuilles.  Je  I'ai  difpofe  de  maniere  que  la  Sur- 
face fuperieure  des  Feuilles  regardoit  le  fond  du 
Vafe  ,  &  qu'elles  avoient  au  deflus  d'elles  deux 
a  trois  pouces  d'Eau. 

A  I  heure  apres  midi ,  ces  Feuilles  avoient 
deja  fait  un  mouvement  tres  fenfible.  Le  1  her- 
mometre  fe  tenoit  alors  aux  environs  du  20.  de- 
gre ,  &  le  Soleil  donnoit  dans  le  Vafe  des  le 
matin. 

L  E  Jour  fuivarit ,  fur  le  fbir ,  les  Feuilles  a- 
voient  acheve  de  fe  retourner :  leur  Surface  fu- 
perieure regardoit  le  Ciel. 

J'ai  fait  la  meme  Experience,  &  dans  le  me- 
me  tems  ,  fur  des  Feuilles  ^Acacia  ,  que  j'ai 
plongees  presque  perpendiculairement  dans  des 
Cloches  de  Verre  pleines  d'Kau.  Des  que  le 
Soleil  a  commence  d'echaufFer  ces  Vafes  ,  tou- 
tes  les  Feuilles  fe  font  fermees  comme  elles  au- 
roient  fait  dans  I'Air.  (xxxvii. ).  Elles  fe  font 
ouvertes  infenfiblement  a  mefijre  que  le  SoleiJ 
s'efl  abbaifTe  vers  I'Horizon.  Elles  Etoient  parfai- 
tement  etendues  a  I'approche  de  la  nuit  :  fitua- 
tion  qu'elles  ont  confervee  jusqu'au  lendemain 
matin.     Mais  le  retoyr  du  Soleil   fur  I'lionTon 

n'a 


D  E  S   F  E  U I L  L  E  S.  //,  Mm.     107 

n'a  pas  produit  fur  ces  Feullles ,  des  mouvemens 
auffi  fenfibles  que  ceux  qu'il  y  avoit  produit  la 
A^eille.  Des  le  3.  Jour  les  FolioJes  font:  demeu- 
rees  parfaitement  immobiles. 

XLVI.  J'ai  dit  que  le  Retournement  des 
Feuilles  s'execute  fur  le  Pedicule  (xxiir. )  :  mais 
j'ai  dit  auiTi  que  ce  Retournement  s'opere  fbuvent 
fins  que  le  Pedicule  y  ait  aucune  part :  j'ai  fait 
encore  obferver  qu'il  n'efl  point  eflentie!  pour  ce 
mouv-ement ,  que  la  partie  de  la  Tige  a  laquelle 
tient  le  Pedicule  ,  fbit  detachee  de  la  Plante  ,  ou 
qu'elle  faile  corps  avec  elle  (xL.).  Ces  Faits  au- 
roient  pu  me  faire  fbup^onner  que  les  Feuilles 
avoient  la  propriete  de  fe  retourner ,  quoiqu'elles 
fuflent  feparees  de  la  Plante.  Je  n'avois  cepen- 
dant  point  encore  forme  ce  fbup^on,lorsque  Mr. 
Calandrini  m'apprit  qu'il  I'avoit  ver.ifie 
par  I'Experience  fuivante. 

Au  fond  d'un  Vafe  plein  d'Eau  ,  Mr.  Ca- 
landrini avoit  fiche  perpendiculairement  un 
petit  B&.ton ,  a  I'extremite  inferieure  duquel  te- 
noit  une  Feuille  de  Vigne  ,  dont  la  Surface  fu- 
perieure  regardoit  le  fond  du  Vafe. 

Au  bout  de  quelques  heures ,  Mr.  Calan- 
drini obferva  que  cette  Feuille  s'etoit  elevee, 
&  avoit  prefent^  fa  Surface  fuperieure  au  grand 
jour. 

Mr.  Calandrini  aVant  enfuite  tourne  le 
Vafe ,  &  mis  ainfi  la  Feuille  dans  une  fituation 

O  2  op- 


loS     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

oppofee  a  celle  qu'elle  avoit  auparavant,  remar-' 
qua  qu'elle  s'etoit  contournee  ,  pour  offrir  de 
nouveau  fa  Surface  fuperieure  au  grand  jour. 

Cette  Experience  etoit  trop  de  mon  gout 

pour  que  je  ne  fouhaitafle  pas  de  la  repeter,   Les 

Procedes,  auxquels  j'ai  eu  recours,paroitront  fiin- 

ples  &  commodes. 

*PL.xi(.      J'ai  fait  faire  a  plufieurs  Poudriers  *  un  Cou- 

*  ^'-  ^-    vercle  "*  de  bois,  dans  le  milieu  duquel  j'ai  pratique 

*  ^'       un  petit  trou  *:  j'ai  fait  pafler  dans  ce  trou ,  j'ex- 
*-^        tremite  fijperieure  d'un  Fil  d'^rc/W  *  ordinaire, 

dont  Textremite  inferieure  etoit  fichee  au  centre 
'  ^-  d'un  petit  B^ton,  *  perce  transverfalement ,  de 
*"'*'"•  part  en  part,  de  plufieurs  trous,  *  places  fur  dif- 
ferentes  Lignes.  La  longueur  de  ce  Baton  e- 
toit,  a  peu  pres  ,  egale  a  la  hauteur  du  Poudrier: 
fbn  epaifleur  etoit  de  3  a  4  lignes.  j'ai  engage 
dans  chaque  trou,  le  Pedicule  *  d'une  Feuille  *, 
&  j'ai  eu  fbin  de  la  retenir  dans  une  pofition  ho- 
rizontale  ,  au  moyen  d'un  petit  Coin.  Tout  e- 
tant  ainfi  difpofe  ,  j'ai  rempli  d'Eau  le  Poudrier, 
&  j'y  ai  plonge  doucement  le  petit  Bolton  charge 
de  toutes  ces  Feuilles:  le  Couvercle  dans  lequel  je 
I'ai  engage  fortement ,  a  I'aide  d'un  Coin  *  de  bois  3 
ne  lui  a  pas  permis  de  vaciller.  On  pourroit  fe 
pafler  de  Fil  d'Archal  &  fe  contenter  d'amincir 
le  bout  du  petit  Baton ,  pour  le  faire  entrer  dans 
le  trou  du  Couvercle.  Souvent  au  lieu  de  cette 
eipece  de  Tigcartificielle,  j'ai  fufpendu  au  Cou- 

ver- 


*  p. 


XUI. 


DES   FEUILLES.   11.  Mem.     109 

vercle,  I'extremite  d'une  Tige  naturella,  portant 
deux  OLi  trois  Feuilies.  Quelquefois  je  n'y  ai 
fufpendu  qu'une  feule  Feuille  ,  *  &  a  la  place  du*  ?l. 
Couvercle ,  j'ai  mis  un  petit  Traverfier  perce"^' 
d'un  ou  de  plufieurs  trous ,  pour  y  inferer  le  Pe- 
dicule  d'une  ou  de  plufieurs  Feuilies.  Je  ne  dis 
point  que  j'ai  eu  attention  que  les  Feuilies  ne 
touchaflent  pas  les  Parcis  du  Vafe.  La  neceffite 
de  cette  precaution  le  fait  aflez  fentir. 

Le  27.  deSeptembre,j'ai  garni  le  petit  B^ton 
de  jeunes  Feuilies  ^ Atriplex^  &  de  jeunes  Feuil- 
ies de  P^igne.  La  Surface  fuperieure  des  unes 
&  des  autres  regardoit  le  fond  du  Vafe  ,  auquel 
.  elle  etoit  a  peu  pres  parallele.  j'ai  place  le  Pou- 
drier  lur  la  Tablette  interieure  d'une  Fenetre  oa- 
verte  ,  expofee  au  Couchant. 

Au  bout  d'environ  vingt  quatre  heures  ,   tou- 
tes  ces  Feuilies  ont  commence  a  le  mouvoir  : 
.  elles  fe  font  un  peu  elevees :  leur  Surface  fupe- 
.  rieure  a  cefle  d'etre  parallele  au  fond  du  Vafe. 

Le  jour  fuiv^ant ,  le  Retournement  a  continue. 
Le  terns  etoit  convert  &  pluvieux  des  la  veille- 
le  Thermometre  fe  tenant  aux  environs  du  14. 
degre. 

Le  30  plufieurs  des  Feuilies  di' Atripkx  s'e- 
toient  contournees  ,  ou  recoquillees.  j^a  Sur- 
face fuperieure  formoit  I'exterieur  du  Rouleau, 
Dans  les  unes,  le  Contournement  s'etoit  fait  per- 
pendiculairement  a  la  principale  Nervure.     Dans 

O  3       ^  Ie.s 


*  IT,. 
XVA. 


*  i'T 


I  lo     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

les  autres ,  il  s'etoit  fait  plus  ou  moins  oblique- 
ment  a  cette  Nervure.  Les  Feuilles  de  Vigne 
ne  s'etoient  pas  contournees.  Elles  s'etoient  ren- 
verfees  fur  leur  Pedicule,en(orte  que  leur  Surface 
iuperieure  *  etoit  devenue  parallele  aux  Parois 
du  Vafe. 

Le  24.  Juin  ,  fur  les  9  heures  du  matin ,  j'ai 
fufpendu  dans  des  Poudriers  *  pleins  d'Eau  ,  6 

*  ^-       Feuilles  *  de  petite  Matilve.     La  Surface  fupe- 

rieure  de  ces  Feuilles  etoit   tres  concave  :    eile 

*  o.       formoit  une  efpece  d'Entonnoir  *  dont  I'ouverture 

re^ardoit  direftement  le  fond  des  Poudriers. 

Le  lendemain  apres  midi ,  toutes  les  Feuil- 
les avoient  commence  a  le  retourner.  Elles  pre- 
fentoient  deja  leur  Surface  fuperieure  aux  Parois 
des  Vales. 

Le  3.  Jour,  le  Retournement  etoit  complet : 

les  Feuilles  s'etoient  elevees  perpendiculairement 

*J-'-p   fur  leur  Pedicule  ,  "*  &  ofFroient  leur  Surface  fii- 

*  -y'       perieure  *  a  la  fuperficie  de  TEau.     Cette  Sur- 

*  '■•        face  etoit  devenue  convexe  *  :  les  Feuilles  s'e- 

toient contournees  de  deilus  en  deilbus.  Ce  Fait 
revient  a  celui  dont  j'ai  parle  dans  I'Article 
(  XXXVIII. ). 

*  PI"  Une  Feuille  "^  de  Haricot  efl  compofee  de 
*//./•  trois  Folioles  *.     Deux  de  ces  Folioles  font  ar- 

*  '>  ^-    rangees  par   paire  *  fur  le  Pedicule  commun  *. 

*  i'-        Ce  Pedicule  fe  prolonge  *  &  porte  a  fbn  extre- 

*  3-       mite  la  3.  Foliole  *.     Apres  avoir  detache  les 

deux 


DES  FEUILLES.  II  Mem.      in 

deux  Folioles  difpofees  par  paire,  j'ai  plonge  per- 
pendiculairement  en  embas  ,  dans  un  Vafe  plein 
d'Eau,  la  3.  Foliole  *.  Dans  cette  fituation  la*pu 
Surface  fuperieure  de  cette  Foliole  etoit  a  peu  ^^^'i. 
pres  parallele  au  cote  droit  du  Vafe.  Celui-ci 
etoit  pofe  fur  la  Tablette  exterieure  de  la  Fene- 
tre  de  mon  Cabinet. 

BiENxoT  la  Foliole  s'efl  difpofee  parallelle- 
ment  au  fond  du  Vafe  *;  &  continuant  a  fe  mou-  *  ^'g-^* 
voir,  clle  a  prefente  fa  Surface  fuperieure  au  cote 
gauche  du  Vafe  *.     Elle  a  decrit   ainfi  fur  fbn*  Fig  3. 
Pedicule  un  demi  Cercle. 

Le  foir ,  cette  Foliole  s'efl  abbaiflee  d'environ 
45  degres  * :  elle  s'eft  relevee  le  lendemain  matin ,  *  a. 
lorsque  le  Soleil  a  commence  k  darder  fes  Rayons 
fur  le  Vafe.  Ce  mouvement  me  paroit  tout-a- 
fait  analogue  k  celui  dont  j'ai  fait  mention  dans 
le  dernier  Paragraphe  de  I'Article  (xL. ). 

XLVJI.  C  E  ne  font  pas  ieulement  les  Feuilles 
entieres  qui  fe  retournent  ,  cjuoique  detachees 
de  la  Plante  ;  la  meme  propriete  fe  manifefle  en- 
core dans  des  portions  de  Feuilles  coupees  a  vo- 
lonte. 

C'esx  ce  dont  je  me  fuis  convaincu  par  une 
Experience.  Je  ne  la  rapporterai  pas  ,  parce 
qu'elle  fe  r'approche  beaucoup  de  la  preccdenie. 

XLVIII.Reflec  HISS  ANT  fur  les  deux  Ex- 
periences que  je  viens  d'expofer ,  &  confiderant  que 
la  premiere  avoit  reufTi  a  un  degre  de  chaleur  tres  foi- 
ble , 


112     RECHERCHES  SUR  L'uSAGE 

ble  J  (xLVi. )  j'ai  fbup9onrie  que  c'eft  la  lumie- 
re,  plutot  que  la  chaleur,  qui  opere  leRetourne- 
ment  des  Feuilles.  Mr.  Tremble y  m'avoit 
deja  propofe  cette  conjefture,  mais  quelques  Faits 
qui  s'etoient  ofFerts  alors  a  mon  eiprit,  ne  m'a- 
voient  pas  permis  de  ceder  aux  imprelTions  que 
fait  fur  moi  tout  ce  qui  part  de  cet  excellent 
Phyficien.  Mr.  Trembley  lui-meme  avoit 
abandonne  fur  le  champ  fa  conje6lure  ,  lorsque 
je  lui  avois  fait  part  des  raifbns  qui  m'erapechoient 
de  I'adopter.  Eilles  n'etoient  pourtant  pas  Jes 
plus  fortes  qu'il  y  eut  a  propofer  ,  comme  on  le 
verra  ci-apres. 

Un  Surtout  de  fort  papier  bleu  ,  qui  intercep- 
toit  abfblument  la  lumiere,  aiant  ete  d'abord  pofe 
fiir  un  des  Poudriers  ,  je  n'ai  vu  aucun  mouve- 
ment  dans  les  Feuilles.  Ce  Poudrier  etoit  place 
a  cote  des  precedens  (xlvi.);  &  le  petit  Bkton 
qui  y  etoit  renferme,  etoit  garni  de  Feuilles  de 
meme  efpece  &  de  meme  age.  Nouveau  degre 
de  probabilite  en  faveur  de  la  lumiere. 

J'ai  penfe  auiTitot  a  pratiquer  dans  le  Surtout, 
de  petites  Fenetres,  pour  voir  fi  les  Feuilles  fe 
dirigeroient  vers  ces  ouvertures.  Mais  je  n'ai  riea 
obferve  de  decifif. 

J  E  me  fuis  tourne  d'un  autre  cote.  J'ai  ima- 
gine d'eclairer  nuit  &  jour  les  Poudriers ,  avec 
PL.  ^  une, Bougie  '^  de  4  a  la  livre,  placee  a  deux  ou 
trois  pouces  de  chacun  d'eux. 

DeU3? 


XIII.  B. 


DES  FEUILLES.  IL  M^m.       113 

Deux  Jets  ^Atriplex^    portant  chacun  3  a 

•  4  Feuilles  ,   ont  ete  mis  ainfi  en  Experience  le, 

II.  Oclobre  ,    a  midi.     La  Chambre  etoit  par- 

faitement   obfcure  ,    &  fa  temperature  difFeroit 

peu  de  celle  du  dehors. 

A  I  heure  &  demi ,  une  des  Feuilles  avoit 
commence  a  fe  retourner. 

Le  12  ,  k  7  heures  du  matin  ,   cette  Feuille 
s'etoit  fort  elevee  ,   comma  pour  ofFrir  fa  Sur- 
face fuperieure  *  a  la  lumiere.    Les  autres  Feuil- ^^f^-j^ 
Jes  n'avoient  pas  fait   de  mouvement  bien  fen- 
fible. 

Le  13  5  a  7  heures  du  matin  ,  la  Feuille  dont 
je  viens  de  parler,  avoit  presque  fait  un  demi  tour 
fur  fbn  Pedicule. 

L'extre'mite'  fuperieure  de  cette  Feuille 
etoit  un  peu  recoquillee  en  deilus. 

Ce  merae  jour,  k  midi ,  j'ai  mis  k  la  meme 
epreuve  une  jeune  Feuille  de  Vigm  ,  qui.tenoit 
k  un  Jet  de  3  a  4  pouces. 

Le  15".  a  6  heures  du  fbir,  cette  Feuille  dont 
Ja  Surface  fuperieure  regardoit  auparavant  le  fond 
du  Vafe ,  s'etoit  elevee  fur  fbn  Pedicule ,  &  of- 
froit  toute  cette  Surface  a  la  lumiere. 

XLIX.  J'avoue  qu'apres  ces  deux  Expe- 
riences 5  je  n'ai  presque  pas  doute  que  la  lumiere 
ne  fbit  la  caufe  du  Retournement  des  Feuilles  ;  & 
je  ne  fais  fi  mes  Ledeurs  n'auront  pas  ete  por- 
tes  a  penfer  comme  moi ,  fur  ce  fujet. 

V  IL 


114    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

II  m'etoit  cependant  refte  dans  I'efprit ,  quel- 
ques  fcrupules.  Un  Pie  ^ Atrip kx  qui  avoit  ' 
et^  tranfplante  en  7notU  ,  avoit  ete  place  d'abord 
a  5  ou  6  pouces  de  la  Bougie ,  enfuite  a  2  ou 
3  ,  fans  que  fes  Feuilles  eullent  fait  aucun  mou- 
vement ,  pour  ofFrir  leur  Surface  fuperieure  a  la 
lumiere. 

J'avois  encore  obferve  ,  que-  parmi  les 
Feuilles  qui  s'etoient  retournees  dans  des  Vales 
eciaires  par  la  Bougie  ,  plufieurs  I'avoient  fait 
d'une  maniere  equivoque.  Ces  Feuilles  fituees 
du  cote  oppofe  a  celui  ou  etoit  la  Bougie  ,  s'e- 
toient elevees  comme  les  autres ,  mais  fans  pa- 
roitre  chercher  la  lumiere. 

En  FIN  ,  quoique  le  degre  de  chaleur  com- 
munique a  I'Eau  des  Vafes  par  la  Bougie  ,  fut 
peu  confiderable  ,  il  n'etoit  pourtant  pas  tel, 
qu'on  n'en  dut  tenir  aucun  compte. 

Pour  tocher  de  m'eclaircir  (ur  tout  cela,  & 
pour  parvenir  ,  s'il  etoit  poflible ,  a  decider  en- 
tre  la  lumiere  &  la  chaleur  ,  j'ai  eu  recours  k 
I'Experience  qui  fuit. 

■  J'a  I  choifi  6  Jets  de  Vigne ,  encore  tres  ten- 
dres  ,  a  chacun  desquels  tenoit  une  jeune  Feuille. 
j'ai  lufpendu  ces  Jets  aux  Couvercles  de  3  Pou- 
driers  ,  c'eft-a-dire  ,  que  j'ai  mis  2  Jets  dans 
c-haque  Va-(e.  L'extremite  fuperieure  de  tous 
ces  Jets  etoit  tournee  en  embas  ,  &  la  Surface 
fuperieure  des  Feuilles  regardoit  le  fond  da  Va- 
'  (e. 


DES   FEUILLES.   11  Mem.     115 

fe.  (xLVi.)  Un  des  Poudriers  a  etc  place  a  5 
ou  6  pouces  de  la  Bougie.  Le  fecond  en  a  ete 
mis  feulement  a  la  diflance  d' un  pouce ;  mais  ce- 
lui-ci  a  ete  recouvert  d'un  Surtout  de  fort  papier 
bleu  5  qui  interceptoit  totalen:ient  Ja  lumiere  , 
fans  intercepter  la  chaleur.  Le  troifieme  Poudrier 
a  ete  renferme  dans  une  armoire  ou  regnoit  une 
profonde  obfcurite  ;  &  afin  d'interdire  encore 
mieux  tout  exces  a  la  lumiere ,  je  I'ai  recouvert 
comme  le  fecond  ,  d'un  Surtout  de  papier  bleu. 
Six  jours  apres,  aVant  compare  entreelles  lesFeuil- 
les  des  differens  Poudriers ,  j'ai  ete  fort  furpris 
de  voir  que  les  unes  &  les  autres  s'etoient  ele- 
vees  k  peu  pres  egalement.  L'Eau  du  fecond 
Poudrier  etoit  un  peu  plus  que  tiede :  celle  des 
deux  autres  etoit  froide. 

J  E  ne  me  fuis  pas  contente  de  faire  ces  Ex- 
periences fur  les  Feuilles  de  la  Vigne ,  je  les  ai 
faites  encore  fur  celles  de  la  grands  &  de  la  petite 
Maidve  *.  Elles  ont  eu  le  meme  fucces.  j'^ixiv" 
feulement  obferve,  que  les  mouvemens  des  Feuil- 
les de  la  petite  Matdve  ont  ete  beaucoup  plus 
grands  &  plus  prompts  que  ceux  des  Feuilles 
de  la  Vigne.  En  moins  de  24  heures  ,  les  Feuil- 
les *  de  la  petite  Matdve  fe  font  repliees  fur*PL,xv, 
leur  Pedicule  ,  &  ont  gagne  presque  perpendi- 
culairement  la  Surface  de  TEau  ,  dont  elles  e- 
toient  auparavant  eloignees  d'environ  3  pouces. 
La  longueur  ,   &  la  fbuplefle  de  leur  Pedicule 

P  2  leur 


ii6    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

leur  a  permis  d'exdcuter  ces  mouvemens. 

L.  Force'  par  toutes  ces  Experiences  h 
chercher  una  autre  caufe  du  Retournement  des 
Feuilles  ,  j'ai  penfe  qu'elle  pouvoit  etre  dans  la 
communication  de  I'Air  exterieur.  j'ai  done  t^- 
che  d'interrompre  cette  communication ;  &  voi- 
ci  les  procedes  auxquels  j'ai  eu  recours  pour  y 
parvenir. 

Le  io.  Juillet,-  a  lO  heures  du  matin,  6  Feuil- 
les de  petite  Maulve  ont  ete  fufpendues  par  leur 
xiv"  Pedicule  dans  des  Poudriers  *  pleins  d'Eau  jus- 
ques  k  5  ou  6  lignes  de  leur  ouverture.  J'ai 
verfe  fur  la  fliperficie  de  I'Eau  de  3  de  ces  Pou- 
driers, autant  d'Huile  de  Noix  qu'il  en  a  fallu 
pour  achever  de  les  remplir.  J'ai  place  les  6 
Vafes  fur  la  Fenetre  de  mon  Cabinet. 

A   2   heures  toutes  les   Feuilles   avoient  deja 
fait  un  mouvement  tres  fenfible,     Le  lendemain 
*PL.xv.  matin  toutes  avoient  acheve  de  fe  retourner  * 

Apre^s  avoir  difpofe  un  Jet  ^e  petite  MauU 

ve  ,  de  la  maniere  que  j'ai  decrite  ,  (xLVi)  j'ai 

*  PL.     place  le  Poudrier  *  au  fond  d'un  grand  Vafe  * 

^r^'"  ''■plein  d'Eau.      J'ai  plonge  dans    ce  Vafe  ,    une 

,  Cloche  *  de  Verre  ,   au  milieu    de  laquelle   le 

Poudrier  s'ell:  trouve  renferme.     J'ai  eu  foin  de 

ne  point  laiiler  d'Air ,   ni   dans  la  Cloche  ,    ni 

dans  le  Poudrier. 

Trois  jours  apres  aiant  examine  les  Feuil- 
les 5  je  les  ai  trouvees  precifement  dans  le  meme 

etat 


DES  FEUILLES.  II.  Mem.     117 

etat  ou  je  les  avois  mifes  :    elles  n'avoient  fait 
aucun  mouvement. 

J'ai  reitere  cette  Experience  :  le  flicces  n'en 
a  point  varie. 

]'a  I  laiiTe  de  I'Air  fbus  la  Cloche  :  les  Feuil- 
les  ont  fait  quelques  mouvemens;  &  j'en  ai  vu 
une  qui  a  gagne  la  Surface  de  I'Eau. 

LI.  J 'a  I  fait  remarquer  que  le  Guy  conserve 
indifFeremment  toutes  les  pofitions  fbus  lesquel- 
les  il  nait  (xxxiv.).  En  examinant  les  Feuilles 
de  cette  Piante  ,  j'en  ai  vu  un  tres  grand  nom- 
bre  qui  etoient  contournees.  Cela  m'a  fait  pen- 
fer  qu'il  convenoit  de  m'afTurer  fi  les  Feuilles  du 
Guy  etoient  fufceptibles  des  mouvemens  qui  font 
.communs  aux  Feuilles  de  presque  toutes  les  Plan- 
tes  terreflres. 

Pour  cet  efTet ,  j'ai  fufpendu  dans  des  Pou- 
driers  pleins  d'Eau,  de  petites  Branches  de  Gtiy^ 
enforte  que  la  Surface  fuperieure  des  Feuilles  a 
regarde  le  fond  des  Vafes.  J'ai  laifie  ces  Feuil- 
les en  Experience  environ  3  femaines  d'un  terns 
chaud,  pendant  lesquelles  elles  n'ont  pas  fait  le 
moindre  mouvement. 

Dans  les  premiers  jours,  elles  fe  font  couver- 
les  de  fort  petites  Bules ;  mais  ces  Bules  n'ont 
pas  ete  plus  confiderables  ,  ni  plus  abondantes 
fur  la  Surface  inferieure ,  que  fur  la  Surface  op- 
pofee  (xl). 

Les  deux  Surfaces  font  fi  femblables  dans  les 

P  3  Feuil- 


lis     RECHiiRCHES  SUR  L'USAGE 

FeuilJes  du  Guy  ^  qu'on  ne  parvient  a  !es  diflin- 
guer  I'une  de  I'autre  qu'en  failint  attention  k  Fin- 
(ertion  des  Feuilles  dans  ies  Tiges.  Cette  grande 
reflemblance  indique  une  conformite  de  fonftions 
dans  Ies  deux  Surfaces.  Aut^i  Ies  Feuilles  du 
Gny  ne  fe  retournent-elles  point.  Ce  mocve- 
ment  leur  etoit  inutile  (xx,  xxi.).  L'excep- 
tion  confirme  ici  la  regie. 

LII.  En  traitant  du  Retournement  des  Feuil- 
les ,  j'ai  eu  plufieurs  fois  occafion  de  parler  du 
Redrefiement  des  Tiges  (xxxiv,  XL,  xlti. ). 
Ce  mouveraent  ne  meritoit  pas  moins  d'etre 
fuivi  que  celui  qu'on  obferve  dans  Ies  Feuilles. 
Je  vais  rapporter  quelqucs-unes  des  Experiences 
■que  j'ai  tentees  pour  tucher  d'en  connoitre  la  ma, 
niere  &  la  caufe. 

CoMME  ce  mouvement  eft  plus  prompt  & 
plus  fenfible  dans  Ies  Plantes  lierbacees  que  dans 
Ies  Plantes  Ligneufes,  je  me  fuis  arr^te  a  la  Mcr- 
cnriak ,  Herbe  tres  commune  ,  &  dont  Ies  Ti- 
ges longues  &  aflcz  fbuples  m'ont  paru  propres 
pour  ce  genre  d'Experience. 
\r^\^'^'  I^  ^'^^  Ij^i^i^  a  chaque  Tige  "*  que  quelques 
*/./•  Feuilles  *  placees  a  fen  extremite  fiiperieure. 
J'ai  coupe  avec  des  Cizeaux  Ies  autrcs  Feuilles , 
Ies  Graines  &  Ies  Rejettons. 

A p re's    avoir  vu   un  grand  nombre  de  Ti- 

*.Jf-^  ^'^- ges  inclinees   perpendiculairement  en  embas  *, 

fe  replier  fur  elles  -memes  pour  reprendre  leur 

fitua- 


DES  FEUILLES.  11.  Mem.      119 

fituation  naturelle  *,    &  avoir  conflamraent  ob-*PL-vii. 
ferve  que  les  principales  inflexions  le  font  dans 
lesNoeuds  *;  une  des  premieres  Experiences  que  * «»  "• 
j'ai  cru  devoir  tenter,  a  ete  d'eflayer  d'empccher 
le  Redreflement ,  en  fichant   des  Epingles  dans 
tousles  Noeuds  *  de  la  Partie  incliriee.  *rL. vi. 

G'est  ce  que  j'ai  pratique  de  deux  man ieres «',"«,«,«. 
difFerentes.  Tantot  j'ai  fiche  trans verialement 
dans  chaque  Noeudj  deux  Epingles  qui  s'y  croi- 
foient  a  angles  droits  :  tantot  je  n'en  ai  fiche 
qn'une  feulc  ,  mais  fUivant  une  direction  k  peu 
pres  parallele  k  la  longueur  de  la  Tige.  Les 
Epingles  dontje  me  (uis  fervi ,  etoient  femblables 
a  celle  qui  eft  reprefentee  dans  la  Figure  feconde 
de  la  Planche  deuxieme. 

Dans  Pun  &  I'autre  cas ,  le  Redreflement 
n'a  pas  lailfe  de  s'operer  ;  mais  la  principale  in- 
flexion s'eft  faiteentre  deux  Noeuds,  &  le  Coude 
produit  par  cette  inflexion,  a  ete  moins  aigu  qu'a 
i'ordinaire.  C'eft  ce  que  j'ai  lur-tout  remarque 
dans  les  Tiges  ou  les  Epingles  ont  ete  fichees 
longitudinalement.  Les  Fibres  etoient  torfes  ou 
contournees  a  I'endroit  de  I'inflexion  (xliv. ). 

Les  Noeuds  font  des  efpeces  de  points  d'ap- 
puis  fur  lesquels  la  Tige  execute  fes  mouvemens. 
Les  Fibres  font  plus  fpongieufes  pres  de  ces 
Noeuds  qu'elles  ne  le  font  ailleurs  :  elles  y  ont 
plus  de  facilite  a  ceder  a  la  force  qui  tend  a  les 
flechir.     J'ai  fait  une  femblable  remarque  fur  le 

Pe- 


120    RECHERCIIES  SUR  L'USAGE 

Pedicule  des  Feuilles  (xxv.).  Cela  eft  encore 
tres  fenfible  dans  les  Plantes  a  Tuyau  ,  comme 
\e,  Froment  ^  VOrge  ^  VAvoine^  &c.  Lorsqu'un 
orage  les  a  fait  verfer  ,  on  les  voit  bientot  fe 
replier  dans  les  Noeuds  inferieurs  ,  pour  fe  rap- 
procher  de  la  Ligne  perpendiculaire. 

Des  Tiges  qui  avoient  fbufFert  a  plufieurs  re- 
prifes  une  gelee  de  5  a  6  degres  ,  aVant  ete  mi- 
fes  en  Experience  dans  une  Chambre  •  dont  la 
temperature  etoit  de  10  a  11  degres  ,  elles  s'y 
font  redreflees ,  mais  plus  Jentement  que  de  fem- 
blables  Tiges  qui  n'avoient  point  etc  expofees 
au  meme  froid. 

Pour  m'inftruire  des  varieties  que  le  plus  ou 
le  moins  de  chaleur  peuvent  produire  dans  Je 
mouvement  des  Tiges ,  j'ai  fait  I'Experience  fui- 
vante. 

Le  30.  d'06lobre  ,  au  matin  ,  j'ai  mis  en 
Experience  dans  des  lieux  de  temperature  fort 
differente,  plufieurs  Tiges  a  peu  pres  egales  & 
femblables.  Les  unes  ont  ete  laiflees  k  I'Air  ex- 
terieur,  a  un  Air  dans  lequel  le  Thermometre  fe 
tenoit  pendant  la  nuit  au  terme  de  la  Congela- 
tion ,  &  pendant  le  jour  a  4  ou  5  degres  au 
defllis.  D'autres  ont  ete  placees  dans  une  Cham- 
bre ou  le  Thermometre  fe  tenoit  la  nuit  aux  en- 
virons du  6  degre,  &  lejour  aux  environs  du  12. 
D"'autres  ont  ete  renfermees  dans  une  petite  Etuv^e, 
dont  la  chaleur  etoit  a  I'ordinaire  de  1 2  a.20  degres. 

Le 


DES  FEUILLES.  II  Mm.      121 

Le  31.  au  matin  ,    les  Tiges  placees  dans  la 
Chambre,  avoient  fait  un  grand  mouvement :  tou- 
te  la  partie  de  chaque  Tige  comprife  entre  le 
Fil  *  &  les  Feuilles  *,  s'etoit  courbee  en  demi  *  pl. 
Cercle.       Les    Tiges   renfermees   dans    I'Etuve ';'^.  4-  '. 
s'etoient  aufTi  repliees  ,  mais  feulement  dans  leur         ' 
extremite    *.      Celles   qui    etoient   demeurees  a  *  f's-  s- 
I'Air  exterieur  n'avoient  fait  aucun  mouvement. 

Le  I.  de  Novembre  au  matin,  les  Tiges  de 
la  Chambre  ai'ant  continue  de  fe  mouvoir,  leur 
extremite  fuperieure  avoit  repris  ,  ou  a  peu  pres, 
fa  direftion  naturelle  *  Les  Tiges  de  I'Etuve  *  Fig.  c. 
etoient  dans  le  meme  etat  que*  le  jour  precedent. 
Celles  qui  etoient  a  I'Air  exterieur  avoient  com- 
mence a  /e  redreffer :  on  appercevoit  une  legere 
inflexion  dans  les  Noeuds  les  plus  voifins  des 
Feuilles  *.  *  Fig.  7. 

Je  ne  dois  pas  negliger  de  remarquer  que  les 
Tiges  renfermees  dans  i'Etuve,  n'ont  point  paru 
chercher  I'endroit  le  plus  chaud  (xlii.).  Mais 
une  de  celles  qui  etoient  en  Experience  dans  la 
Chambre  ,  apres  avoir  repris  fi  diredion  naturel- 
le, s'eft  inclinee  du  cote  des  Fenetres:  la  partie 
qui  s'etoit  redre/Iee  a  cefTe  d'etre  dans  le  meme 
Plan  que  le  refle  de  la  Tige. 

Dans  le  meme  tems,  j'ai  fait  conftruire  de 
petites  Caifles  quarrees  *,   d'un  bois  aflez  min-'.iT" 
ce  ,  h.  chacune  desquelles  j'ai  donne  un  Couver-  Fig.  i.  2. 
cle  *"  de  meme  matiere.     J'ai  abbatu  aux  unes  un*V,  V. 

Q  des 


122     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

•Fig.i.r.  des  cotes  ,  que  j'ai  remplace  par  un  Verre  '. 
J'ai  pratique  fur  un  des  cotes  des  autres ,  une  Fe~ 

*Fig.2.  F.  netre  *  d'environ  2  pouces  en  quarre.  Au  centre 
de  chaque  Caiile  j'ai  place  I'extremite  fuperieure 
d'une  Tige  tournee  en  embas.  J'ai  pofe  les  Cais- 
fes  fur  un  Fourneau  de  Terre  cuite  qu'on  chauf- 
foit  tous  les  jours ;  &  je  les  ai  placees  de  ma- 
niere  que  leurs  ouvertures  ne  repondoient  pas 
aux  Fenetres  de  la  Chambre.  J'^ai  ete  fort  at- 
tentif  k  obferver  de  quel  cote  les  Tiges  dirige- 
roient  leurs  mouvemens,  mais  ils  ont  et^  ii  va- 
ries qu'ils  ne  m'ont  rien  offert  de  decifif. 

Les  Feuilles  executent  leurs  mouvemens  dans 
I'Eau,  comme  dans  1' Air  (xLv,  xlvi.  &  fuiv.): 
il  n'y  avoit  pas  lieu  de  douter  qu'il  n'en  fut  de 
meme  des  Tiges,  Mais  c'etoit  a  FExperience 
a  nous  en  convaincre.  Je  n'ai  pas  manque  de 
la  confulter;  &  j'ai  eu  plufieurs  fois  le  plaifir  de 
fuivre  les  progres  duRedreflement  des  Tiges  plon- 
gees  dans  I'Eau.  Voici  une  de  ces  Experiences. 
Le  13.  d'Odobre  ,  a  10  heures  du  matin, 
le  terns  etant  cou^'ert  &  le  Thermometre  a  10 
degres ,  j'ai  fufpendu  a  ma  maniere  ordinaire  dans 
un  Poudrier  plein  d'Eau  ,  (xlvi.)  expofe  au 
grand  Air  ,  une  Tige  d'environ  3  pouces  de 
longueur.  Elle  etoit  dans  une  fiiuation  renver- 
fee  ,    (on  extremity  fuperieure  regardoit  le  fond 

xJffi.     ^-u  Vafe  *,  au  centre  duquel  le  Corps  de  la  Tige 

Fig.  I.  ji.  {^  trouvoit  place. 


D  E  S   F  E  U  I  L  L  E  S.  II.  Mem.     123 

A  4  heures  ,  la  Tige  avoit  abandonne  le  mi- 
lieu du  Vafe  ,  pour  s'approcher  des  Parois ;   de 
perpendiculaire  elle  etoit  devenue  oblique  ^^ ,  &  *  |'s-  »■ 
Ton  obfervoit  a  Pextremite  une  petite  inflexion  *.  *  «■ 

Le  lendemain  matin  fur  les  10  heures  ,  la 
Tige  etoit  courbee  en  Arc  de  Cercle  *  *  c^**' 

SuR  les  2  heures  I'Arc  de  Cercle  s'etoit  chan- 
ge en  un  Crochet ,  dont  la  plus  courte  Branche 
formee  par  la  partie  repliee  *,  etoit  parallele  a*Fig.  t. 
la  Branche  formee  par  le  gros  bout  de  la  Tige. 

A'  7  heures ,  le  Crochet  etoit  devenu  un  An- 
neau  *  ,  la  Tige  aVant  continue  a  fe  replier  ,  les  *  J's-  s- 
Fcuilles  s'etoient  r'approchees  du  gros  bout  au 
point  qu''elles  n'en  etoient  difl:antes  que  d'environ 
une  ligne. 

Des  mouvemens  que  des  Tiges  plongees 
dans  TEau  n'ont  executes  qu'au  bout  de  30 
heures ,  dans  le  milieu  d'Odobre  ,  a  une  tem- 
perature de  10  degres ,  je  les  ai  vus  executer  a 
de  femblables  1  iges  en  moins  de  6  heures  ,  le 
24.  Aout ,  a  une  chaleur  de  24  degres  (xxx. ). 

J'ai  obferve  a  peu  pres  la  meme  difference 
entre  les  mouvemens  de  fort  jeunes  Tiges ,  & 
ceux  de  Tiges  avancees  en  &ge  (xxvr.). 

Ai'ANT  remarque  que  quelques  Tiges  plon- 
gees dans  I'Eau  ,  avoient  dirige  leurs  mouve- 
mens du  cote  d'ou  venoit  la  chaleur ,  j'ai  penfe 
que  la  contraftion  que  la  chaleur  excitoit  dans  la 
partie  de  la  Tige  qui  etoit  le  plus  expofee  a  (on 

Q  2  ac- 


124    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

adion ,  etoit  la  principale  caufe  du  mouvement 
dont  je  parle  :  j'ai  done  imagine  que  fi  je  tour- 
nois  d'heure  en  heure  les  Vafes  dans  lesquels 
des  Tiges  auroient  ete  mifes  en  Experience , 
que  fi  je  prefentois  ainfi  fucceiTivement  tous  les 
points  de  la  Tige  a  Ja  chaleur ,  j'empeclnerois 
le  mouvement ,  ou  que  du  moins  je  le  retarde- 
rois  beaucoup.  C'eft  ce  que  j'ai  execute  dans 
FAir  &  dans  I'Eau ;  mais  il  ne  m'a  pas  paru  que 
cela  ait  produit  le  moindre  changement  dans  le 
Teu  des  Tiges.  On  repondroit  mieux  au  but  de 
cette  Experience  en  faifant  tourner  les  Vafes  d'un 
mouvement  uniforme  &  non  inrerrompu,  &  en 
les  pla^ant  dans  un  lieu  oil  ils  fuflent  expofes  d'un 
cote  a  I'aftion  du  Soleil,  &  de  I'autre  a  Timpref^ 
fion  d'un  Air  frais. 

Une  douzaine  d'EpIngles  fichees  tranfverfa- 
lement  en  differens  fens  ,  dans  des  Tiges  de  3 
a  4  pouces  de  longueur ,  plongees  fbus  I'Eau , 
perpendiculairement  en  embas,  ne  les  ont  point 
empeches  de  reprendre  leur  direftion  naturelle. 
Mais  lorsque  j'ai  augmente  le  nombre  des  Epin- 
gles,  les  Tiges  n'ont  joue  qu'imparfaitement;  & 
elles  n'ont  point  joue  du  tout  lorsque  ce  nom- 
bre a  ete  porte  jusqu'a  30. 

Une  Tige  qui  avoit  pris  dans  I'Eau  la  forme 
*  ^J'j  de  Crochet  "* ,  y  aVant  ete  replongee  par  la  plus 
lig.  2.  D.  courte  Branche  y  I'extremite  fuperieure  en  em- 
xix^-  bas  3  elle  s'efl  repliee  en  forme  d'S  * ,  I'extre- 
t'g'  I-  mite 


DES   FEUILLES.    IL  Mm.     125 

mite  /uperieure  *  s'eft  elevee  perpendiculairement*  ■^• 
k  la  fuperficie  de  TEau  ^      Aiant  change  de  nou-*  5. 
veau  la  dire6lion  dc  cette  Tige ,  en  la  renveriant , 
la  forme  d'S  a  difparu ,  &  celle  d'un  Arc  de  Cer- 
cle  "^  lui  a  fuccede.  J,J[|- 

Au  fond  d'un  Refervoir  (*)  plein  d'une  Eaui''^.  i-  c: 
qui  fe  renouvelloit  a  chaque  inftant ,  &  renfer- 
me  dans  une  efpece  de  Grotte  artificielle  de  4 
pies  en  quarre,  j'ai  plonge  le  26.  de  Septembre 
4  Poudriers  ,  dans  chacun  desquels  etoit  fufpen- 
duc  une  Tige  de  3  a  4  pouces  de  longueur  , 
dont  Textremite  fuperieure  regardoit  le  fond  du 
Vafe.  J'ai  mis  en  Experience  fur  les  bords  du 
Refervoir,  meme  nombre  de  Tiges.  J'ai  place 
a  cote  un  Thermometre,  J'ai  plonge  dans  I'Eau 
du  Refervoir  la  Boule  d'un  autre  Thermometre, 
&  je  I'y  ai  tenue  fixee.  J'ai  ferme  exaftement  la 
pcrte  de  la  Grotte  ,  ou  a  regne  une  profonde 
obfcurite.  Cette  Grotte  etoit  fort  humide  :  on 
y  voyoit  de  tous  cotes  des  Plantes  &  des  Infec- 
tes  qui  ne  fe  plaifent  que  dans  des  lieux  humides 
&  obfcurs. 

A  u  bout  de  3  jours  j'ai  ouvert  la  porte  de  la 
Grotte  :  trois  des  Tiges  qui  etoient  plongees  dans 
le  Refervoir,  s'ctoient  repliees  &  ofFroient  leur 
extremite    fuperieure   a  I'ouverture    des    Vafes. 

On 

C*)  Ce  Refervoir  n'avoic  qu'environ  7  pouces  de  profoudcur,  fur 
lo  en  quarrd. 

Q3  . 


126    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

On  obfervoit  la  meme  chofe  dans  celles  qui  e- 
toient  placees  fur  les  bords  du  Refervoir.  Les 
deux  Thermometres  etoient  precifement  au  me- 
me degre  ,  a  12  au  defTus  de  la  Congelation. 
La  chaleur  de  I'Air  du  dehors  etoit  de  15  k  16 
degres. 

S I  j'eufle  ete  a  portee  d'un  Pults ,  ou  d'un 
Fleuve  fort  profonds  ,  je  n'aurois  pas  manque 
d'y  repeter  cette  Experience. 

Les  deux  Experiences  que  j'ai  rapportees  fur 
les  Feuilies  dans  I'Article  (l.  )'  meritoient  d'e- 
tre tentees  fur  les  Tiges.  Je  I'ai  fait  au  mois 
de  Septembre.  La  premiere  de  ces  Experiences 
a  eu  fur  les  Tiges  le  meme  fucces  que  fur  les 
Feuilies.  Les  Tiges  auxquelles  j'ai  interdit  tou- 
te  communication  avec  I'Air  exterieur ,  en  ver- 
fant  fur  la  fuperficie  de  I'Eau  dans  laquelle  elles 
etoient  plongees,  7  a  8  lignes  d'Huile  de  Noix , 
ont  repris  comme  les  autres ,  leur  diredion  na- 
turelle.  Leurs  mouvemens  n'ont  ete  ni  moins 
prompts  ,  ni  moins  complets  que  ceux  des  Ti- 
ges aupres  desquelles  I'Air  exterieur  avoit  un  li- 
bre  acces. 

Il  n'en  a  pas  ete  de  meme  de  la  feconde  Ex- 
perience: elle  n'a  pas  reulTi  fur  les  Tiges  comme 
fur  les  Feuilies.     Des  Tiges  renfermees  fbus  des 
♦^PL.     Clocles  *,  plongees  dans  un  grand  Vafe  *  plein 
Fiij.  3.  c  d'Eau,  fe  font  repliees ,  mais  2  ou  3  jours  plus 
tard  que  les  autres.      Ce  mouvement  a  ete  fort 

ac- 


*  F. 


DES   FEUILLES.  7/ 3//W.     127 

accdiere  ,  &  s'eft  execute  dans  I'elpace  de   9   a 
10  heures  ,  fbus  des  Cloches  expofees  au  Soleil. 

LoRS(^UE  j''ai  fait  cette  Experience  fiir  les 
Feuilles  de  la  petite  Mauhe^  le  tems  etoit  froid. 
Je  ne  doute  presque  pas  que  fi  je  la  repetois  dans 
un  tems  chaud  ,  ou  que  11  j'expofbis  les  Cloches 
k  un  Soleil  ardent ,  les  Feuilles  ne  fe  retournaf^ 
{ent  comme  a  I'ordinaire.  C'efl  ce  que  je  me 
propofe  de  faire. 

Les  Tiges  font  naturellement  perpendiculai- 
res  a  I'Horizon.  L'extremite  fuperieure  ,  celle 
qui  a  le  moins  de  diametre,  fe  dirige  vers  le  Ciel. 
Le  degre  de  fbuplede  dont  elle  eft  douee,  lui  per- 
met  de  (e  preter  k  tous  les  mouvemens  qui  ten- 
dent  a  lui  faire  reprendre  cette  dire6lion  lors- 
qu'elle  I'a  perdue.  L'extremite  inferieure  feroit- 
elle  capable  de  ces  mouvemens?  Rien  ne  porta 
k  le  fbup^onner.  J'ai  voulu  cependant  m'en  €- 
claircir  par  une  Experience. 

Le    16.   d'06lobre  ,    j'ai    introduit   dans   une 
Phiole  *  pleine  d'Eau  ,  l'extremite  fuperieure  ^  *  p^- 
d'une  Tige  d'environ  5  pouces  de  longueur;  &^''  4  a 
ramenant  l'extremite   inferieure   perpendiculaire- 
ment  en  embas ,    &  parallelement  a  la  I'hiole  , 
j'ai  retenu  la  Tige  dans  cette  fituation  par  un  Fil 
*  dont  une  des  extremites  etoit  attachee  a  fa  par-  */ 
tie  fuperieure  ,  &  I'autre  au  Col  de  la  Phiole. 

Cette  Tige  n'avoit  que  deux  Noeuds  *qui  la  * "'  f*- 
partageoient  en  3  parties ;  l'extremite  fuperieure  *,  *  ^ 

la 


I2S     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

^^  la  partie  moyenne*,  &  rextremite  inferieure  '"', 
les  deux  premieres  parties  etoient  a  peu  pres  egales 
en  longueur;   la  troifieme  etoic  la  plus  courte. 

Ci  N  Q^jours  apres,  la  1  ige  avoic  fait  des  mou- 
vemens  tres  remarquables.  Elle  avoir  abandonne 
la  Phiole  :  au  lieu  de  lui  etre  parallcle,  elle  lui  etoit 

*  Fis-  5-  devenue  presque  perpendiculaire  *.     Elle  s'etoit 

elevee  a    peu  pres  horizontalement.      L'extrer 

*  ^-        mite  inferieure  *  fe  diiigeoit  obliquement  vers 

le  Ciel  ;  elle  formoit  avec  la  partie  moyenne  uq 

*  "^        Angle  obtus  *.      L'extremite   fuperieure  *  eroit 

*  <^-         arcquee;  la  concavite  de  I'Arc  *  regardoit  la  Ter- 

re,  &  cette  extremite  formoit  aufll  un  Angle  ob- 
lg_  tus  *  avec  la  partie  moyenne  *  Celle-ci  etoit 
parfaitement  horizontale. 

J'ai  fait  cette  Experience  en  plein  Air  ,  &  k 
une  temperature  de  12  a  13  degres.  Je  I'ai  re- 
petee  plufieurs  fois;  ce  qui  m'a  donne  lieu  d'ob- 
ferver  quelques  varietes,  que  je  ne  rapporte  pas, 
parce  qu'elles  font  peu  confiderables. 

En  meme  terns  que  j'ai  tente  cette  Experien- 
ce dans  I'Air,   je  I'ai  tentee  dans  I'Eau.     Par  le 

*  Fig.(5.Ctj-ou  pratique  au  centre  du  Couvercle  *  d'un  Fou- 

drier  plein  d'Eau  ,  j'ai  introduit  rextremite  in- 
ferieure d'une  Tige  de  3  pouces  &  demi  de  lon- 
gueur, j'ai  ajufte  cette  Tige  de  maniere  qu'elle 
s'eft  trouvee  placee  precifement  dans  le  milieu 

*  '• ''     ou  I'Axe  du  Vafe.     Deux  Epingles  *  qui  tenoient 

les  Feuilles  appliquees  au  Couvercle  ,   tendoient 

a 


DES  FEUILLES.  //.  Mim.      129 

a  conferver  a  la  Tige  fa  direftion  naturelle. 

Cetxe  Tige  etoit  partagee  comme  la  pre- 
cedente,  en  trois  parties  par  deux  Noeuds  *.    La  *  "•  •• 
partie  fuperieure  *  etoit  la  plus  courte  :  la  partie  *  '^• 
moyenne  *  &  I'inferieure  *  etoient  a  peu  pres  *  ^• 
egales  en  longueur. 

Le  fecond  jour,  la  diredion  de  la  Tige  avoit 
totalement  change.  Elle  ne  fe  trouvoit  plus  dans 
I'Axe  du  Vafe.  La  partie  moyenne  &  I'infe- 
rieure b'etoient  rapprochees  des  Parois  ;  &  ce 
mouvement  avoit  produit  dans  les  Noeuds  deux 
inflexions  tres  marquees  *  *  «>  a- 

Le  troifieme  jour,  la  partie  inferieure  *  s'etoit  *^'g-7-c- 
difpofee  parallellement  a  I'Horizon.  L'Angle  ob- 
tus  qu'elle  formoit  le  jour  precedent  avec  la  par- 
tie  moyenne,  avoit  diminue  de  grandeur  *  ,  ainfi  *  «• 
que  celui  que  formoit  la  partie  moyenne  avec  la 
fuperieure  *.  *  «• 

Le  quatrieme  jour,  la  partie  inferieure  fe  di- 
rigeoit  obliquement  vers  la  fuperficie  de  I'Eau  *,*>5- 
qu'elle  touchoit  de    fbn  extremite  *.      L'Angle 
que    cette    partie   formoit   alors  avec   la   partie 
moyenne ,  etoit  a  peu  pres  droit. 

]e  n'ai  pas  appercu  de  nouveaux  mouvemens 
dans  cette  Tige  ;  mais  j'en  ai  obferve  de  fem- 
blables  dans  d'autres  Tiges  mifes  en  Experiences 
de  la  meme  maniere. 

C'est  une  regie  a  laquelle  je  n'ai  point  en- 
core vu  d'exceptions ,  que  le  RedrefTement  des 

R  Ti- 


h. 


jijo    RECHERCHES  SUR  L'^USAGE 

Tiges  fe  fait  de  fa^on  que  la   partie  qui  fe  re- 
*PL.vii.  (Jfelfe  *  devient  exterieure  a  celle  qui  demeure 

*  j*.       inclinee  *.     La  Tige  revet  alors   la  forme  d'un 

SypKon  h  trois  Branches. 

QuELQ^UEFOis  neanmoins  j'ai  vu  le  replie-^ 
ment  s'operer  fur  un  des  cotes  de  la  Tige  :  ^a 
a  ete  le  cas  de  quelques-unes  des  Tiges  qui  ont 

*  I'l"      ete  renferm^es  dans  les  petites  CailTes  *  dont  i'ai 

XVII.  ,  ^  J 

lig  !•  2.  parle. 

LIII.  Telle  eft  I'hiftoire  de  mes  Experien-^ 
ces  fur  le  RetGurnement  des  Feuilles  ,  &  fur  le 
Redreflement  des  Tiges.  II  s'agiroit  maintenant 
d'affigner  la  caufe  de  ces  mouvemens.  Je  n'ai 
la-deflus  que  des  conjedures  k  ofFrir ,  mais  qui 
ne  font  pas  deftituees  de  vraifemblance.  Des  re- 
cherches  plus  varices  &  plus  approfondies  que 
celles  que  je  viens  d'expofer  ,  decideront  du  me- 
rite  de  ces  conjedures. 

Mr.  DoDART  (*)  a  donne  une  idee  tres 
ingenieufe  flir  le  Retournement  du  Germe,  dans 
les  Graines  femees  a  contre-fens  (xx. ).  Elle- 
confifte  a  fuppofer  que  la  Radicuk  fe  contrade 
a  I'humiditd ,  &  la  petite  Tige  ,  ou  Plmntik,  k- 
la  fecherefle. 

SuivANT  cette  idee,  lorsqu'une  Graine  eft 
femee  h.  centre -fens,  la  Radicule  qui  fe  trouve 
alors  tournee  vers  le  Ciel  ,  fe  contrade  du  co- 
te 

(*}  Hiftoire  de  rAcad^mie  Royale  des  Sciences  y  Ann^e  i^cx). 


DES  FEUILLES.   11.  Mem.      131 

te  d'ou  vjent  rhumidite  ,  &  s'inciine  ainfi  vers 
la  Terre.  La  Plumule,  au  contraire,  fituee  ver- 
ticalement  en  embas ,  fe  courbe  du  cote  ou  il  y 
a  le  moins  d'humidite,  &  fe  rapproche  ainfi  de  la 
Surface  de  la  Terre. 

Cette  difference  entre  la  Radicule  &  la 
petite  Tige ,  depend  fans  doute  de  celle  de 
ieur  organization.  On  obferve  que  les  Fibres 
Ltigneiijes^  les  Utrimks  font  difpofees  dans  la  Ra- 
cine d'une  maniere  precifement  contraire  a  celle 
dont  elles  font  difpofees  dans  la  Tige.  Ici ,  les  Fi- 
bres Ligneufes  occupent  I'Exterieur,  &  les  Utri- 
cules  rinterieur.  La  ,  les  Utricules  occupent 
TExterieur  ,  &  les  Fibres  Ligneufes  I'Jnterieur. 
Ces  deux  ordres  de  Vaifleaux  fe  croifent  au  Co- 
let  de  la  Plante.  -d 

Rapprochons-nous  de  notre  fujet.  Le 
Soleil  rend  concave  la  Surface  fuperieure  des 
Feuilles  (xxxvii.).  La  Surface  inferieure  le 
devient  a  Thumidite  (xxxviii. ). 

Ce  Fait  nous  indique,  qu'il  eff  entre  les  deux 
Surfaces  des  Feuilles,  une  difference  analogue  a 
celle  qui  efl  entre  la  Radicule  &  la  Plmnule. 

Nous  pouvons  done  fuppofer ,  avec  fonde- 
ment,  que  la  Surface  fuperieure  des  Feuilles  eft 
formee  de  Fibres  qui  fe  contradent  a  la  chaleur, 
&  que  la  Surface  inferieure  eft  compofee  de  Fi- 
bres qui  fe  contradent  a  I'humidrte.  .']   j)  n 

J' A I  conftruit  fur  ces  principes  ,  des  Feuilles 

R  2  arti- 


132     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

artificielles ,  dont  la  Surface  luperieure  etoit  de 
Parchemin,  &  dont  la  Surface  inferieure  etoit  de 
Toile  :  j'ai  ajude  ces  Feuilles  fur  des  Tiges  arti- 
ficielles ,  &  j'ai  obferve  les  divers  changemens 
que  la  chaleur  &  i'humidite  y  ont  produits.  lis 
ont  ete  a  peu  pres  les  memes  que  ceux  qu'on 
obferve  dans  les  Feuilles  naturelles. 

LoRSQ_UE  les  deux  Surfaces  font  egalement 
contradees ,  11  fe  fait  entre  elles  une  efpece  d'd- 
quilibre  ,  &  dont  la  Feuille  demeure  plane.  Tel 
eft  en  particulier  le  cas  des  Feuilles  de  ? Acacia 
fur  la  fin  d'un  jour  d'Ete  (xxxvii.). 

L'Humidite'  qui  s'eleve  de  la  Terre  (ii.) 
determine  la  Surface  inferieure  des  Feuilles  k  fe 
tourner  de  ce  cote  la.  Telle  eft  la  caufe  de  la 
direction  naturelle  des  Feuilles  (xx.). 

QuAND  une  Feuille  n'eft  pas  egalement  con- 
tractee  dans  tous  fes  points  ,  ou  ce  qui  revient 
au  meme,  lorsque  la  chaleur  qui  Penvironne  n'efl 
pas  par-tout  egale ,  la  diredion  de  la  Feuille  chan- 
ge :  les  parties  les  plus  contradees  fe  tournent  du 
cote  oil  la  chaleur  eft  ordinairement  la  plus  forte  , 
&  font  prendre  ainfi  ,  peu -a -peu  ,  au  refte  de 
la  Feuille  la  meme  diredion. 

Les  changemens  de  dire6lion  des  Feuilles 
font  d'autant  plus  fenfibles ,  ou  d'autanc  plus 
prompts ,  que  leurs  Fibres  ont  plus  de  difpofition 
a  fe  prefer  aux  impreiTions  de  la  chaleur  &  de 
I'humidite.     Tel  efi  le  cas  des  Feuilles  qui  fui- 


DES  FEUILLES.  II  Mm.       133 

vent  les  mouvemens  du  Soleil  (xxxvi. ).  Tel 
eft  encore  celui  des  Feuilles  qui  fans  fuivre  les 
mouvemens  de  cet  Aftre  ,  fe  tournent  du  cote 
ou  il  paroit  le  plus  longtems.  (lb.). 

La  pofition  ou  le  Soleil  laille  a  fbn  coucher 
les  Feuilles  de  plufieurs  Efpeces  d'' Herbacees ^  n'eft 
pas  toujours  celle  ou  il  les  retrouve  a  fbn  lever. 
Pendant  la  nuit ,  I'humidite  qui  s'eleve  de  la  Ter- 
re  J  produit  fur  la  Surface  inferieure  de  ces  Feuil- 
les ,  un  ef?et  femblable  a  celui  que  le  Soleil  a- 
voit  produit  pendant  le  jour  fur  la  Surface  fu- 
perieure.  Ces  Feuilles  reprennent  la  diredion 
qui  leur  eft  la  plus  naturelle :  elies  redeviennent 
horizontales  ;  leur  Surface  inferieure  regarde  la 
Terre,  leur  Surface  fuperieure  le  Ciel  (xxxvi.). 

Le  Retournement  des  Feuilles  fur  les  Tiges, 
ou  fur  les  Branches  qu'on  retient  inclinees  (xxii), 
eft  un  mouvement  du  meme  genre  que  les  pre- 
cedens  ,  mais  beaucoup  plus  fenfible.  Les  Fi- 
bres de  la  Surface  fijperieure  contra6lees  par  la 
chaleur  qui  fe  fait  fentir  au  dellus  d'elles ,  deter- 
minent  la  Feuille  a  fe  tourner ,  peu-a-peu,  du 
cote  ou  la  chaleur  agit  avec  le  plus  de  force.  La 
Surface  inferieure  fe  prete  avec  d'autant  plus  de 
facilite  ,  a  ce  mouvement ,  que  fes  Fibres  font 
alors  dans  un  etat  de  rel^chement ,  ou  de  dilata- 
tion, occafionne  par  la  chaleur  que  leur  nouvelle 
pofition  leur  a  fait  fouffrir.  L'humidite  qui  agit 
enfuite  pendant  la  nuit  fur  la  Surface  inferieure , 

R  3  con- 


1 34    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

concoLirt  k  faire  reprendre  a  la  Feuille  fa  premiere 
direftion.  11  paroit  cependant  que  I'humidite  efl 
ici  moins  efficace  que  la  chaleur  (xxx. ). 

Le  Rctournement  des  Feuilles  s'execute  fur 
leur  Pedicule  (xxii.).  C'efl:  une  efpece  de  Pi- 
vot ,  fur  Icquel  la  Feuille  tourne.  Comme  il 
eft  le  centre  oii  les  principales  Fibres  vont  rayon- 
ner ,  elles  ne  fauroient  fbufFrir  aucune  contrac- 
tion, que  le  Pedicule  n'y  participe  plus  ou  moins. 
Jl  y  participera  d'autant  plus  qu'il  fera  ,  k  la  fois, 
plus  long  &  plus  fbuple.  II  y  participera  d'autant 
moins  qu'il  fera,  a  la  fois,  plus  court  &  plus  roide. 

Dans  ce  dernier  cas  ,  le  Retournement  fe 
fera  fur  les  parties  de  la  Feuille  qui  refifteront 
le  moins  a  la  force  qui  tendra  a  les  contrafter. 
L'extremite  fliperieure  de  la  Feuille  fe  contour- 
nera,  ou  fe  rccoquillera  plus  ou  moins  (xxiii,  l.). 

Les  Feuilles  fe  retournent  dans  I'Eau  ,  com- 
me dans  I'Air  ,  (xLV.):  la  chaleur  peut  exercer 
ion  aftion  fur  des  Feuilles  plongees  fous  I'Eau , 
comme  elle  I'exerce  fur  celles  qui  font  dans  I'Air. 
Mais  fon  effet  fera  d'autant  plus  prompt  &  plus 
fenfible ,  que  la  mafle  d'Eau  dans  laquelle  les 
Feuilles  fe  trouveront  plongees,  fera  plus  petite, 
ou  plus  facile  a  penetrer.  De-lu  vient  que  les 
Feuilles  mifes  en  Experience  fbus  des  Cloches  de 
Verre  plongees  dans  de  grands  Vafes  pleins  d'Eau 
(l.  ),  n'y  jouent  pas  comme  celles  que  I'on  ren- 
ferme  fimplement  dans  des  Poudriers. 

Le 


DES  FEUILLES.  IL  iWm.     13^ 

,  Le  Retournement  des  FeuiIIe«  fcfparees  de  la 
Plante  ,  (xl,  xlvi.)  n'a  rien  que  de  fort  natu- 
re!. L'organization  d'une  Feuille  ne  change 
point  par  cette  feparation.  La  chaleur  &  I'hu- 
midite  doivent  done  cont inner  de  produire  fur 
eette  Feuille  les  memes  effets  qu'elles  y  produi- 
ibient  pendant  qu'elle  tenoit  k  la  Plante. 

J'e  n  dis  de  meme  du  Retournement  des  Por- 
tions d'une  Feuille,  feparees  de  leur  Tout  (xL, 
XLVI.).  Ces  Portions  ont  efientiellemcnt  en  pe- 
tit la  meme  flrudlure  que  la  Feuille  a  plus  en 
grand. 

J'a  I  parle  de  la  dire6lion  que  les  Feuilfes  af- 
feiSent  quelquefois^  fur  des  Jets  difFeremment  fi- 
tues  relativement  a  l'Hori2on  (xxiii.)  *.  La  *  p^- "i- 
caufe  de  cette  diverfit^  de  diredion  n'efl  pas 
difficile  a  decouvrir.  Lorsque  le  Jet  efl  hori- 
zontal *  ,  toutes  les  parties  de  la  Feuille  fe  trou-*PL.  v. 
vent  a  peu  pres  egalement  contraftees,  Leur 
Pedicule  doit  done  etre  alors  perpendiculaire  au 
Jet.  Celui-ci  vient-il  a  s'incliner  en  embas  *^*pliv-, 
le  c6i6  du  Pedicule  qui  regarde  Torigine  du  Jet, 
fe  trouve  alors  plus  expofe  a  la  chaleur  que  le 
eote  oppofe  :  I'equilibre  qui  etoit  entre  toutes 
les  parties  de  la  Feuille,  efl  detruit.  La  Feuille 
doit  done  s'incliner  vers  Torigine  du  Jet.  L'incli- 
naifbn  des  Feuilles  en  fens  contraire ,  derive  de 
la  meme  fburce. 

Ces  varietes  peuvent  etre  modifiees  de  mille 

ma- 


136    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

manieres  par  diiFerentes  circonftances.  J'ai  vu  , 
par  exemple  ,  des  Jets  de  Vigne-  horizontaux  , 
dont  routes  les  Feuilles  etoient  inclinees  vers 
Forigine  du  Jet  ,  parce  que  le  Soleil  dardoit  fes 
Rayons  avec  force  de  ce  cote  la. 

Le  Retournement  des  Feuilles  s'opere  plus 
promptement  dans  un  terns  chaud  &  fee  ,  que 
dans  un  terns  froid  &  pluvieux  (xxx. ).  La 
chaleur  excite  de  plus  grandes  contraftions  que 
I'humidite,  &  procure  une  tranfpiration  qui  don- 
ne  plus  de  jeu  aux  Parties.  11  eft  vrai  qu'on  voit 
des  Feuilles  fe  retourner  dans  I'Eau  a  un  Air  aflez 
froid  (l.),  mais  ces  Feuilles  appartiennent  a  des 
Herbacees  extremement  fenfibles :  les  Feuilles  de 
la  petite  Mauhe  font  de  ce  genre. 

Quels  font  ces  Vaifleaux  qui  fe  contraftent 
a  la  fecherefle  ?  quelles  font  ces  Fibres  qui  fe 
contradent  a  I'humidite  ?  Donnons  quelques  mo- 
mens  a  cette  recherche. 

On  fait  que  les  Plantes  ont  de  trois  genres  de 
Vaifleaux.  Les  Trachees  ,  les  Fibres  Ligneujes 
&  les  Ulricuks. 

Une  Lame  argentee  ,  elaftique  ,  &  tournee 
en  Spirale  ,  a  la  maniere  d'un  Reflbrt  a  Boiidin , 
forme  les  Trachees ,  ou  les  Poumons  de  la  Plante. 
Ces  Spirales  fe  decouvrent  a  Tocil  ,  lorsqu'on 
dechire  doucement  une  Feuille  de  f^igne ,  ou  de 
Kofier.  On  les  voit  s'alonger  lorsque  I'on  ecarte 
Tune  de  I'autre  les  portions  de  la  Feuille :  on  les 

voit 


DES   FEUILLES.  II  Mem.     137 

voit  fe  racourcir  ,  &  reprendre  Ja  forme  de  Spi- 
rale  ,  des  qu'on  rapproche  ces  portions. 

Les  Fibres  Ligneiijes  font  des  Vaifleaux  de- 
flines  principalement  a  conduire  le  Sue  nourricier 
dans  toutes  les  parties  de  la  Plante.  Les  Fibres 
JLigneu/es  &  les  Trachees  marchent  ordinairement 
de  compagnie  ,  &  parallelement  a  la  longueur 
de  la  Plante.  Les  Faiileaux  qu'elles  forment ,  font 
fouvent  couches  les  uns  a  cote  des  autres ;  mais 
ils  fe  croifent  ou  s'ecartent  de  terns  en  terns ,  & 
les  intervales  qu'ils  lai/Ient  entre  eux  ,  font  rem- 
plis  par  des  efpeces  de  Veficules  ,  ou  des  Sacs 
de  forme  ovale ,  places  horizontalement ,  &  dont 
Ja  principale  fondion  paroit  etre  de  preparer  ie 
Sue  nourricier.  On  les  nomme  les  Utricules. 
n  La  nature  ,  la  forme  &  le  jeu  des  Trachees  , 
indiquent  aflez  qu'elles  font  tres  fufceptibles  de 
contraftion  a  la  fecherefle.  Ce  font  des  Ban- 
delettes  de  Parchemin  beaucoup  plus  fenfibles  k 
la  chaleur  que  celles  que  1' Art  humain  fait  pre- 
parer. Les  Fibres  Ligneufes  paroiflent  tenir  de 
Ja  nature  des  Cordes  de  Chanvre.  On  pourroit 
comparer  les  Utricules  a  des  Eponges.  On  re- 
marque  que  les  Trachees  &  les  Fibres  Ligneu- 
fes font  to uj  ours  placees  les  unes  a  cote  des  au- 
tres ,  ou  les  unes  autour  des  autres  (*).  Ce 
font  deux  puiflances  qui  fe  balancent  en  quelque 

fbr- 
■   (*^  Malpighy,  Anatomia  Plantarum,  Tab.  iii.  Fig.  15.  16. 

s 


138     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

{brte;  mais  les  Trachees  conftituent  la  principale; 
tout  concourt  a  TetabJir.  Elles  ne  font  pas  feu- 
lement  les  Poumons  de  la  Plante ,  elles  font  en- 
core des  efpeces  de  Mufcles ,  au  moyen  desquels 
plufieurs  de  fes  parties  executent  divers  mouve- 
mens ,  &  fe  difpofent  de  la  roaniere  la  plus  con- 
venable  a  I'exercice  de  leurs  fon6lions. 

J'ai  fait  fecher  les  Feuilles  d'un  grand  nom- 
bre  de  Plantes  ,  en  fufpendant  ces  Feuilles  par 
des  Fils  a  une  Corde  tendue  a  deilein.  J'ai  ob- 
ferve  que  toutes  ces  Feuilles  fe  font  contournees 
de  de(Ibus  en  dellus  ,  en  fe  delTechant.  Cela 
demontre  que  les  Fibres  de  la  Surface  fuperieure 
fe  racourciflent  a  la  fecherefle  ,  &  que  le  con- 
traire  a  lieu  dans  celles  de  la  Surface  inferieure. 

Les  conjeftures  par  lesquelles  j'ai  tente  de 
rendre  raifbn  du  Retournement  des  Feuilles,  peu- 
vent  s'appliquer  aux  mouvemens  des  Tiges ,  des 
Branches ,  &  des  plus  petits  Rameaux.  C'eft 
par-tout  la  meme  organifation  :  les  memes  Vais- 
feaux  regnent  par -tout.  Jl  y  a  plus;  chaque 
Branche  ,  chaque  Rameau  ,  &  meme  chaque 
Feuille  peuvent  etre  cpnfideres  comme  une  pe- 
tite Plante  ,  entee  fur  une  Plante  principale ,  dont 
elle  tire  fa  nourriture.  L'inclinaifbn  de  la  petite 
Plante  fur  la  Plante  principale  ,  TAngle  qu'el- 
les  forment  entre  elles  efl  determine  par  djiTe- 
rentes  circonflances. 

Les  Tiges    ifblees    font    perpendiculaires  a 

FHo- 


DES   FEUILLES.  //  Mem.     139 

I'Horizon  (xxxvi.).  Ce  cas  revient  a  celui  des 
Feuifles  qui  demeurent  planes  &  horizontales  :  il 
y  a  alors  entre  toutes  les  parties  de  la  Tige,  una 
efpece  d'equilibre  :  toutes  ces  parties  font  egale- 
ment  concradees. 

L'eq^uilibre  eft  rompu  des  que  la  chaleur 
environnant  eft  diminuee ,  ou  interceptee  quel- 
que*  part  ,  fbit  par  un  Abri  ,  fbit  autrement 
(xxxvi.).  La  1  ige  plus  contra6lee  du  cote  op- 
pofee  k  I'Abri  que  de  celui  qui  le  regarde  di- 
reftement ,  s'incline  en  avant  ,  &  femble  fuir 
TAbri. 

La  Tige  eft  fbuvent  elle  meme  un  Abri  pour 
la  Branche  qui  en  fort  :  les  Branches  font  elles 
memes  des  Abris  les  unes  a  I'egard  des  autres. 
De  la,  I'inclinaifon  des  Branches  fur  les  T  iges, 
&  la  pofition  refpeftive  des  Branches.  Enfin  , 
le  Sol  lui  meme  eft  un  Abri ,  qui  determine  la 
pofition  des  Branches  qui  en  font  les  plus  voi- 
fines. 

Si  on  s'arrete  a  confiderer  la  forme  exterieure 
des  Plantes  ,  &  en  particulier  celle  des  Arbres  , 
on  aura  de  frequentes  occafions  d'appliquer  les 
principes  que  je  viens  de  pofer. 

On  obfervera  que  f  Angle  que  les  Branches 
inferieures  forment  avec  la  Tige  ,  eft  toujours 
plus  grand  que  celui  que  les  Branches  fuperieu- 
res  forment  avec  cette  meme  Tige. 

O  N  remarquera  encore ,  que  les  Branches  in- 

S  2  .    fe- 


140     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

ferieures  tendent  a  fe  diTpofer  parallelement  au 
Sol,  quel  que  (bit  la  pofition  decelui-ci,  rela- 
tivement  a  THorizon.  C'efl  ici  la  fameufe  Ob- 
fervation  de  Mr.  Dodart,  dont  j'ai  parle  au 
commencement  de  ce  Memoire  (xx. ).  ^'^"- 

En  FIN  on  obfervera  que  I'extremire  des  Bran- 
ches horizontales  tend  a  regagner  la  Perpendicu- 
laire. 

Tous  ces  Faits  femblent  s'expliquer  aflez  heu- 
reufement  ;  les  Branches  inferieures  recouvertes 
par  les  Branches  fuperieures  ,  ne  fauroient  s'ap- 
procher  autant  de  la  l^ge  que  le  font  celles-ci; 
elles  doivent  meme  s'en  tenir  d'autant  plus  eloig- 
nees  qu'elles  font  plus  bafles. 

Le,  Parallelisme.  des  Branches  a  I'Horizon  , 
lorsque  le  Sol  eft  lui  meme  horizontal  ,  eft  un 
cas  du  meme  genre  que  celui  des  Feuilles  hori- 
zontales ,  dont  la  Surface  inferieure  regarde  la 
Terre,  la  Surface  fuperieure  le  Ciel  (xxxv.). 

L'iNCLiNAisoN  des  Branches  a  THorizon-, 
lorsque  le  Sol  eft  lui  meme  incline  ,  eft  un  cas 
analogue  a  celui  des  Feuilles  voifines  d'un  Abri, 
lesquelles  pre(entent  leur  Surface  inferieure  a  cet 
Abri,  la  Surface  fuperieure  au'  plein  Air  (xxxv.). 
Les  Branches  fituees  du  cote  ou  le  Sol  eft  le 
plus  eleve  ,  font  plus  contraftees  dans  leur  partie 
fuperieure  que  dans  la  partie  inferieure.  Le  con- 
traire  a  lieu  dans  les  Branches  fituees  du  cote  op- 
pofe. 

-  L'ex- 


DES   FEUILLES.    11  Mem.     141 

L'extre'mixe'  des  Branches  horizontales 
n'etant  point  recouverte  par  les  Branches  fupe- 
rieures,  cede  a  la  force  qui  tend  a  la  redrcller,  & 
a  mettre  toutes  ces  Parties  en  eqiiilibre  (xxxvi.). 

]'ai  recouvert  un  Jet  horizontal  *  d'une  Plan-*  pl. 
chette  *  qui  lui  etoit  parallele  ,  &  qui  pouvoit  iig.  2. /. 
etre  abbaiflee  ou  elevee  a  volonte.     Jc  Pai  tenue  '  ^'" 
k  un  pouce  des  Feuilles.     Bientot  celles-ci  ont 
change  de  diredion ;  elles  fe  font  abbailFees  * ,  &  *  Fig-  3- 
ont  ofFert  leur  Surface  luperieure  *  a  I'Air  libre.  *  ^.  ^• 
On  obfervoit  diftindement  lesContournemensque 
ce  changement  de  direction  avoit  occafionnes  dans 
les  Pedicules  *.     La  Tige  s'eft  enfuite  inclinee  *  -^^  f- 
vers  la  Terre,  &  a  forme  un  Angle  aigu  *  avec*  ^• 
la  Planchette:  voila  TefFet  des  Abris. 

Le  Redreflement  des  Tiges  renverfees  ^  eft  ^^'f-  '^'J- 
un  mouvennent  qui  connme  les  precedens ,  depend  ^^-  v^i. 
de  la  contra6lion  qui  s'excite  dans  un  des  cotes 
de  la  Tige.     Et  fi  la  partie  qui  fe  redrefle  n'eft 
jamais  interieure  a  celle  qui  demeure  inclinee  , 
c'eft  peut-etre  que  I'Air,  qui  environne  immedia- 
tement  le  Vafe  *  dans   lequel  une  des  extremi- *.f'f- '^'J- 
tes  de   la  Tige  eft  plongee  ,    fe   trouve  moins  ''^  ''  ^' 
echaufFe  que  celui  qui  eft  a  I'exterieur  de  la  Tige. 

La  force  qui  tend  a  contra61er  les  Tiges,  de- 
ploie  fbn  action  fur  i'extremite  qui  demeure  li- 
tre. Si  cette  extremite  eft  la  fuperieure,  elle  la 
coatourne  fuccelTivement  en  maniere  d'Arc  de 
Cercle  ,    de  Crochet,   d'Anneau  (ui.)  *.      Si  *  pl. 

•=>  3  cet-  Fig.1,2,3. 


142     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

cette  extremite  efl  I'inferieure  ,  Pinflexion  ne  fe 
fait  que  dans  les  Noeuds ;  les  parties  interme- 
diaires  trop  roides  ne  peuvent  ceder,  &  demeu- 
*  Fj-  4.  rent  droites  *. 

La  chaleur  &  I'hun:iidite  parolflent  done  etre 
les  caufes  naturelles  des  mouvemens  qui  ont  fait 
le  principal  objet  de  ce  Memoire  :  c'eft  du  rap- 
port que  I'AuXEUR  de  la  Nature  a  mis  entre 
certaines  Parties  de  Vegetaux  &  Paction  de  la 
chaleur  &  de  I'humidite,  que  naiflent  ces  mou- 
vemens. 

Je  I'ai  deja  dit ,  la  chaleur  agit  avec  plus  de 
force  que  I'humidite.  Cela  provient  apparem- 
ment  de  ce  que  la  chaleur  contradte  plus  les  IVa- 
chees^  que  I'humidite  ne  racourcit  les  Fibres  Lig- 
miijes. 

La  chaleur  du  Soleil  efl:  beaucoup  plus  effi- 
cace  que  celle  de  I'Air.  Si  I'on  fait  attention 
au  Retournement  des  Feuilles ,  &  au  Redreflement 
des  Tiges  &  des  Branches  ,  on  obfervera  qu'ils 
fe  font  fur -tout  du  cote  ou  la  chaleur  du  Soleil 
agit  avec  le  plus  de  force. 

Cette  Obfervation  eft  parfaitement  con- 
forme  a  ce  que  nous  connoiflbns  de  la  chaleur 
dire(5le  du  Soleil ,  comparee  a  celle  qu'on  eprou- 
ve  a  I'ombre.  Les  Experiences  que  nous  avons 
fur  ce  fujet  ,  font  egalement  flires  &  curieufes. 
Nous  les  devons  a  Mr.  le  Prefident  Bon,  qui-  aux 
qualites  qui  font  le  Magiftrat ,   a  reuni  celles  qui 

font 


DES  FEUILLES.  II  iWm.      143 

font  le  Naturalise.  Les  Ob/ervations  (*)  de  ce 
Savant  illuftre  ont  appris,  que  la  chaleur  direde 
du  Soleil  en  Ete  eft  ordinairement  double  de 
celle  qu'on  eprouve  a  I'ombre  dans  la  meme  fai- 
fon.  Cette  proportion  change  &  varie  beaucoup 
au  Printems  &  en  Automne.  Dans  ces  deux  iai- 
fbns ,  la  chaleur  direcle  du  Soleil  eft  aflez  (buvent  tri- 
ple &  quadruple  de  celle  qu'on  eprouve  a  I'ombre. 

Dans  un  terns  ou  la  bonne  Philolbphie  n'e- 
clairoit  point  encore  les  Efprits ,  on  n'auroit  pas 
hefite  a  regarder  ies.  difFerens  Faits  dont  je  viens 
de  parler,  comme  autant  de  preuves  inconteftables 
de  I'exiftence  d'une  Ame  J^egetative ,  appellee  a 
produire  &  a  diriger  ces  mouvemens  que  nous 
admirons.  Et  il  faut  avouer  que  rien  ne  rapproche 
plus  les  Plantes  des  Animaux  que  ces  mouvemens. 
Combien  y  a-t-il  d'Efpeces  de  ces  derniers ,  dont 
les  mouvemens  n'ont  ni  plus  de  varrete  ,  ni  plus 
de  fpontaneite  apparente?  VOriie  de  Mer  ^  VHiii- 
tre  ^  hGaliinfede,  &c.  paroiilent-elles  plusani- 
mees  que  les  Plantes  ?  Mais  il  eft  d'autres  fburces 
d'Analogie  entre  ces  deux  claftes  d'Etres  organifes. 

LI  V.  C  E  s  T  fur-tout  a  la  difference  de  chaleur 
qu'il  faut  attribuer  la  caufe  d'un  Fait  qui  s'eft  attire 
mon  attention.  Confiderant  au  Printems  des  Jets 
de  plufieurs  E/peces  d'Arbres  &  d'Arbuftes,  fitues 

pa- 

( *  )  AJJemUie  puUique  de  la  Soci^ti  Royak  des  Sciences  a  Montpd- 
Ktr,  1746. 


144     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

parallelement  a  I'Horizon ,  j'ai  obferve  que  les 
Boutons  de  ces  jets  etoient  epanouis  d'une 
maniere  fort  inegale  ,  mais  fort  reguliere.  Les 
Boutons  places  a  Textremite  du  Jet  ,  ainfi  que 
ceux  qui  etoient  fitues  fur  fbn  cote  fuperieur,  e- 
toienc  plus  developpes  que  ceux  qui  etoient  pla- 
ces vers  I'origine  du  Jet ,  &  fur  fbn  cote  infe- 
rieur.  Qu'on  eflaie  de  donner  a  ces  Jets  une 
pofition  contraire  ,  on  verra  fi  on  ne  parviendra 
pas  par-la,  a  h^ter  le  developpement  des  Boutons 
les  moins  avances.  Je  crois  que  cette  idee  pour- 
roit  devenir  utile  a  la  Pratique  du  Jardinage. 

Il  eft  certain  qu'il  fort  plus  de  Boutons  fur  le 
cote  d'une  Plante  expofe  au  Soleil ,  que  fur  celui 
qui  n'eft  jamais  favorife  des  regards  de  cet  Afire. 

I  r^  y  a  longtems  qu'on  a  remarque ,  que  les 
Couches  concentriques  des  Arbres  s'etendent  plus 
vers  le  Midi-,  I'Orient,  ou  I'Occident,  que  vers 
le  Nord.  On  a  fait  la  meme  obfervation  fur  les 
Maitrefles  Racines  :  on  a  obferve  que  celles  qui 
regardent  le  Nord  ,  font  moins  confiderables  que 
celles  qui  fe  dirigent  vers  les  autres  Points  Car- 
dinaux.  J'ai  cru  appercevoir  quelquefois  la  m^- 
me  difference  dans  les  Branches  qui  correfpon- 
dent  a  ces  Racines  ,  dont  elles  ne  font  propre- 
ment  qu'une  prolongation. 


EX' 


DES  FEUILLES.  II  Mim.     14^ 

EXPLICATION  DES  FIGURES 

DU    SECOND    MEMOIRE. 

P   L  A   N   C   H   E        III. 

CETTE  Planche  reprefente  un  Jet  de  Vig- 
ne ,  portant  trois  Feuilles  y,  f^  f.  Ce  Jet 
elt  tourne  vers  le  Ciel.  Les  Angles  aigus^,  a,  a^ 
tjue  les  Pedicules  forment  avec  la  Tige,  regardent 
I'extremite  fuperieure  S  du  Jet.  Les  Boutons 
b ,  b ,  b,  font  loges  dans  ces  Angles.  La  Sur- 
face fuperieure  des  Feuilles  s ,  s  y  s  ,  regarde 
I'Air  libre  ;  la  Surface  inferieure  ,  i,  i,  i,  la 
Tige.  j^  efl  Textremite  inferieure  du  Jet. 

Planche     IV. 

CETTE  Planche  reprefente  un  Jet  pareil  au 
precedent ,  mais  renverfe  j  fon  extremite 
fuperieure  S  regarde  Ja  Terre  ;  fon  extremite 
inferieure  y  regarde  le  Ciel.  Les  Feuilles  /,/:,/, 
que  cette  pofition  du  Jet  a  force  de  fe  retour- 
ner  ,  fe  font  inclinees  vers  le  gros  bout  y.  Leur 
Surface  fuperieure  s,  s  ,  j ,  s'efl:  offerte  a  I'Air 
libre  ;  ['inferieure  i ,  i ,  i  ,  a  la  Tige.  L'An- 
gle  aigu  a ,  a,  n,  que  les  Pedicules  forment  a- 
vec  celle-ci  ,  efl  tournee  vers  Textremite  infe- 

T  rieu- 


146    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

rieure  J.  Les  Boutons  b  ^  /; ,  /> ,  font  hors  de 
cet  Ang^Ie.  c ,  ^  ,  ^. ,  Coutourneraens  de  la  partie 
inferieure  du  Pedicule  ,  produits  par  le  mouve- 
ment  de  la  Feuille. 

P   JL    A    N    C   H    E        V. 

CETTE  Planche  montre  un  Jet  tel  que  ceux 
dont  je  viens  de  parler  ,  mais  dont  la  fi- 
tuaiion  eft  horizontale.  J ^  Textremite  inferieure 
du  Jet.  5,  I'extremite  fuperieure.  Les  Feuilles 
fe  font  difpofees  horizontalement ;  leur  Surface 
fuperieure  ^ ,  ^  ,  ^ ,  eft  la  feule  qui  (bit  ici  en 
vue.  Les  Pedicules  forment  des  Angles  droits 
avec  la  Tige. 

Planche      VI. 

LA  Figure  i.  eft  celle  de  la  Coupe  longitudi- 
naled'un  Pedicule  de  Feuille  de  Vigne  ^ 
grofTie  a  la  Loupe.  J  eft  Textremite  inferieure 
da  Pedicule.  S  eft  Textremite  fuperieure.  A^ 
A^  eft  une  fubftance  fpongieufe,  &  d'une  cou- 
leur  moins  claire  que  celle  qui  occupe  le  milieu 
du  Pedicule  B.  Cette  fubftance  fpongieufe  s'e- 
tend  de  ^  en  /> ,  &  de  ^  en  ^. 

La  Figure  2.  reprefente  une  Tige  de  MeV' 
curiale^  dont  I'extremite  fuperieure  a  ete  ramenee 
perpendiculairement  en  embas  ,  &  retenue  dans 

cet- 


DES  FEUILLES.   11  Mem.     147 

cette  fituation  par  un  Fil  /,  dont  un  des  bouts  efl 
attache  vers  le  milieu  de  la  Tige  ,  &  dont  I'au- 
tre  tient  au  pie  du  Vafe  /^,  dans  lequel  I'extre- 
mite  inferieure  de  la  Tige  eft  plongee.  Ce  Vafe 
eft  reprefente  plus  petit  que  le  naturel :  il  faut 
ftippofer  qu'il  defcend  jusque  vis-a-vis  I'extre- 
mite  fuperieure  de  la  Tige.  j1  Support  fur  le- 
quel le  Vafe  eft  pofe.  f^  f\  Feuilles  dont  la  Sur- 
face inferieure  i,  i,  regarde  le  Ciel.  w,  «,  n^  n^ 
Noeuds. 

P  L  A  N    C   H   E       VII. 

CETTE  Planche  reprefente  la  Tige  de  la 
Planche  precedente  ,  dont  I'extremite  fu- 
perieure S  s'efl  repliee  ,  pour  s'ofFrir  de  nou- 
veau  au  Ciel.  Les  Feuilles  /",  f  ^  lui  prefentent 
aufTi  leur  Surface  fuperieure  s^  s.  n,  n^  Noeuds 
dans  lesquels  les  principales  inflexions  fe  font  o- 
perees.  /  Fil  qui  retient  la  Tige  en  place  La 
Partie  de  cette  Tige  qui  s'eft  repliee  ou  redreflee 
5,  eft  exterieure  a  celle  qui  eft  demeuree  incli- 
nee  J. 

Planche     VIII. 

LA  Figure  reprefentee  dans  cette  Planche ,  eft 
celle  d'une  Plante  de  Laurier  Cerije  ,    qui 
a  cru  ifblee.     Ses  Feuilles  /,  /,  y,  font  hori- 

T  2  2on- 


148    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Zontales  ,  ou  a  peu  pres.  Leur  Surface  fupe- 
rieure  s ,  s  .,  s  ,  regarde  le  Ciel  ;  leur  Surface 
inferieure  i,  i,  i,  regarde  la  Terre.  Enfiii  il 
part  des  Feuilles  de  tous  les  cotes  de  la  Tige. 

Planche     IX. 

LA  Figure  de  cette  Planche  eft  celle  d'une 
Plante  de  I'efpece  de  la  precedence ,  qui  a 
cru  pres  d'un  Abri.  Cet  Abri  ^,  ^,  ^,  ^, 
efl  ici  un  Mur.  La  Plante  en  eft  eloignee  d'en- 
viron  8  a  lo  pouces.  Les  Feuilles  /",  /",  /*, 
lui  prefentent  leur  Surface  inferieure  ,  dont  on 
n'apper^oit  qu'une  tres  petite  portion  ? ,  i ,  i. 
La  Surface  oppofee  fe  prefente  a  I'Air  libre.  En- 
fin  les  Feuilles  rangees  en  Eventail ,  femblent  ne 
partir  que  de  deux  cotes  de  la  Tige;  quoiqu'il  en 
parte  reellement  de  tous  les  cotes.  On  ne  doit 
pas  negliger  de  remarquer  les  Contournemens  que 
ks  mouvemens  des  Feuilles  ont  occafionne  dans 
les  Pedicules ,  en  le  difpofant  toutes  dans  le  me- 
me  Plan. 

Planche     X. 

LA  Figure  i.  reprefente  une  Feuille  de  gran- 
de  Mauhe  obfervee  le  matin.     Sa  Surface 
fuperieure  regarde  le  Levant, 

La  Figure  2.  eft  celle  de  cette  meme  Feuil- 

~3K)  ,  *^ 


DES  FEUILLES.  //.  Mim.      149 

le  vue  vers  le  milieu  du  Jour.  Sa  Surface  fu- 
perieure  regarde  le  Midi,  d^  d^  d^  decoupures 
mediocrement  profondes. 

La  Figure  3.  eft  la  meme  Fcuille  confidere'e 
fur  le  fbir.  Sa  Surface  fuperieure  regarde  le 
Couchant. 

Planche      XI. 

LA  Figure  i.  repre/ente  une  portion  d'un  Jet 
de  Kojier  horizontal.  /^,  /^,  font  deux 
Feuilles  qui  fe  font  difpofees  dans  un  Plan  vertical, 
pour  offrir  la  Surface  fuperieure  j,  s^  s^  de  leurs 
Folioles/,  /^, /,  au  Soleil.  P,  F  ,  Pedicules 
communs  inclines  vers  cet  Afire.  C,  C,  C,  font 
des  Feuilles  ployees  en  maniere  de  Goutiere  G  , 
G  J  dont  la  concavite  regarde  le  Soleil.  c  ^  c  ^  c , 
Folioles  dont  la  Surface  fuperieure  eft  elle  meme 
creufee  en  Goutiere  par  I'adion  de  la  chaleur. 

La  Figure  2.  eft  une  Feuille  de  Soleil,  fur 
laquelle  la  chaleur  a  produit  un  efFet  encore  plus 
fenfible  que  fur  les  Folioles  de  la  Figure  prece- 
dente.  Cette  Feuille  eft  creufee  en  maniere  de 
B'^teau  ;  la  Surface  fuperieure  s  ^  s  ,  compofe 
rinterieur  de  ce  Bateau. 


T  3  Plan- 


ISO    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Planche     XII. 

LA  Figure  i.  montre  une  Feuille  ^Acacia 
dont  les  Folioles  f^  /",  /",  font  planes  ou 
horizontales.  s  ^  s  ,  s  ,  Surface  fuperieure  des 
Folioles.  e  ,  Foliole  de  I'extremite  de  la  Feuille. 
P,  Pedicule  commun. 

La  Figure  2.  efl  celle  de  cette  meme  Feuille 
expofee  au  Soleil.  Ses  Folioles  f,  f,  /,  fe 
font  elevees ,  pour  fe  rapprocher  les  unes  des  au- 
tres.  Elles  forment  une  efpece  de  Goutiere,  dont 
la  Surface  fuperieure  des  Folioles  j ,  s  ,  5 ,  com- 
pofe  rinterieur  ;  la  Surface  inferieure  ^ ,  i ,  i , 
I'Exterieur,  e ,  Foliole  de  fextremite  qui  s'eft 
elevee  pour  fermer  la  Goutiere.  /> ,  p ,  p ,  Pe- 
dicules  propres  fur  lesquels  chaque  Foliole  exe- 
cute fes  mouvemens.   ^  ,  Pedicule  commun. 

La  Figure  3.  reprefente  la  meme  Feuille 
ployee  en  fens  contraire  par  I'adlion  de  la  Rofee. 
j  ^  f  ■>  f -i  &c.  Folioles  abaiflees.  j,  x  ,  f.  Sur- 
face fuperieure  des  Folioles  formant  TExterieur 
de  la  Goutiere.  2,  i,  i.  Surface  inferieure  qui 
en  compofe  rinterieur.  ^,  Foliole  de  Textremite. 
F  J  Pedicule  commun. 


Plan- 


DES  FEUILLES.  11  Mem.       151 

P  L  A  N  c  H  E      XIII. 

CETTE  Planche  repreiente  un  Poudrier  Z^, 
dans  lequel  une  Feuille  de  Vigm  a  ete 
mile  en  Experience.  Le  Poudrier  eft  plein  d'Eau; 
Ja  FeuiJle  F,  eft  dans  une  fttuation  horizontale ;. 
fa  Surface  fuperieure  regarde  le  fond  du  Vafe  ; 
la  Surface  oppofee  qui  eft  ici  en  vue  ,  regarde 
Pouverture ,  ou  la  fuperficie  de  I'Eau.  Le  Pe- 
dicule  /*  5  de  la  Feuille  a  ete  introduit  dans  un 
trou  0,  pratique  dans  un  petit  Bkton  cylindrique 
B  ,  qui  tient  lieu  de  la  Tige  naturelle.  0,0, 
font  d'autres  trous,  menages  pour  y  introduire  en 
meme  terns  d'autrcs  Feuilles.  j\  eft  un  Fil 
de  fer,  fiche  dans  le  centre  du  petit  B^ton.  C, 
eft  un  Couvercle  de  bois  ,  au  milieu  duquel  eft 
un  trou  e,  ou  eft  inferee  Textremite  fuperieure 
du  Fil  de  fer.  c ,  petit  Coin  de  bois ,  deftine  a  te- 
nir  en  raiibn  le  Fil  de  fer  &  le  petit  B^ton  fus- 
pendu  au  centre  du  Vafe.  B ,  eft  une  Bougie 
allumee ,  placee  a  quelques  pouces  de  la  Feuille. 
K ,  eft  cette  Feuille  qui  s'eft  elevee  fur  fbn 
Pedicule  ,  pour  oftrir  fa  Surface  fuperieure  a  la 
Bougie. 


Plan- 


152     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

P  L  A  N  c  H  E      XIV. 

CETTE  Planche  fait  voir  une  Feuille  de  pe- 
tite Maulve  F ,  fufpendue  dans  un  Pou- 
drier  plein  d'Eau  /^,  la  Surface  fuperieure  tour- 
nee  vers  le  fond  du  Vafe,  &  creufee  en  maniere 
d'Entonnoir  O.  C  eft  un  Couvercle  de  bois  au 
centre  duquel  efl  un  trou ,  ou  tient  Textremite 
du  Pedicule  de  la  Feuille. 

Planche      XV. 

LA  Figure  reprefentee  dans  cette  Planche, 
eft  celle  de  la  Feuille  de  la  Planche  prece- 
dente  ,  qui  a  repris  fa  dire6lion  naturelle.  La 
Surface  fuperieure  5 ,  qui  regardoit  auparavant 
le  fond  du  Vafe ,  regarde  a  prefent  fbn  ouverture. 
Cette  Surface  eft  devenue  concave  ;  la  Feuille 
s'eft  contournee  de  delTus  en  deflbus  c.  P ,  Pe- 
dicule replie. 

Planche      XVI. 

LA  Figure  I.  montre  une  Foliole  ^Haricot 
plongee  dans  I'Eau  perpendiculairement  en 
embas.  i.  Surface  inferieure.  s^  Surface  fuperieure 
creufee  en  Goutiere. 

La  Figure  2.  eft  cette  meme  Foliole  qui  s'eft 

dis- 


DES   FEUILLES.   IL  Man,      153 

difpolee  horizontalement.  La  Goutiere  efl  effa- 
cee  en  partie  ,  &  rextremite  fuperieure  de  la 
Foliole  e(l  un  peu  contournee  de  dedlis  en  des- 
fbus  c. 

La  Figure  3.  reprefente  la  meme  Foliole  qui 
s'eft  elevee  perpendiculairement  fur  fbn  Pedicule 
7^.  S,  Superficie  de  I'Eau.  ^,  la  Foliole  qui 
s'eft  abbaillee  h.  I'entree  de  la  nuit. 

La  Figure  4.  eft  I'extremite  fuperieure  d'une 
Tige  de  Mercuriale ,  mife  en  Experience  dans 
I'Air.  Cette  extremite  avoit  ete  ramenee  per- 
pendiculairement en  embas ,  &  retenue  dans  cette 
fituation  par  un  Fil  /,  comme  dans  la  Planche 
VI.  Elle  a  prefentement  commence  a  fe  mettre 
en  mouvement ,  &  elle  s'eft  courbee  en  Arc  de 
Cercle.  y,  /,  Feuilles. 

La  Figure  5.  eft  celle  d'une  autre  Tige  de 
la  meme  Efpece  mife  en  Experience  dans  une 
Etuve.  Son  extremite  fuperieure  s'eft  repliee , 
mais  le  mouvement  ne  s'eft  opere  que  fur  les 
JN'oeuds  les  plus  voifins  des  Feuilles. 

La  Figure  6.  montre  la  Tige  de  la  Figure  4. 
qui  aiant  continue  a  le  mouvoir  ,  preiente  fbn 
extremite  fuperieure  au  Ciel. 

La  Figure  7.  eft  une  Tige  de  I'Efpece  des 
precedentes  dont  Textremite  fuperieure  a  com- 
inen(3e  a  fe  replier. 


Plan- 


154    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

P  L  A  N  c  H  E     XVII. 

LA  Figure  i.  eft  une  Caille  de  bois  C,  dont 
un  des  cotes  eft  ouvert  de  haut  en  bas ,  & 
garni  d'un  Verre  V ^  qui  perraet  d'obferver  I'ln- 
terieur  de  la  Caiile.  On  y  voit  un  Poudrier  a- 
vec  fbn  Couvercle  ,  /* ,  au  milieu  duquel  eft  fii- 
fpendu  une  Feuille  horizontale.  On  peut  flib- 
ftituer  a  cette  Feuille  une  Tige ,  fi  c'eft  le  mou- 
vement  des  Tiges  qu'on  a  deflein  de  fuivre.  La 
Caifle  a  un  Couvercle  de  bois  reprefente  en  pe- 
tit c. 

La  Figure  2.  eft  celle  d'une  Caifle  C,  fem- 
blable  a  la  Caifte  de  la  Figure  i.  excepte  que 
I'ouverture  pratiquee  fur  un  des  cotes  F^  eft  plus 
•petite  &  f&ns  Verre. 

La  Figure  3.  reprefente  un  grand  Vafe  de 
bois  /^,  plein  d'Eau,  au  fond  &  au  milieu  du- 
quel eft  place  un  Poudrier  jP,  qui  renferme  une 
Feuille  F^  mife  en  Experience  horizontalement, 
la  Surface  fuperieure  tournee  en  embas.  A  eft  un 
poids  pofe  fur  le  Couvercle  du  Poudrier,  &  de- 
ftine  a  Tempecher  de  gagner  la  Superficie  de 
TEau.  Le  Poudrier  ef1:  reconvert  d^ine  Cloche 
de  Verre  C,  vuide  d'Air.  Le  grand  Vafe  eft  re- 
prefente ici  par  fa  Coupe  longitudinale. 

Plan- 


DES  FEUILLES.  //.  M^m.     15^ 

P  L  A  N  c  H  E      XVIII. 

LA  Figure  I.  eft  celle  d'une  Tige  de  Mercw- 
m/5,plongee  perpendiculairement  en  embas 
dans  un  Vafe  plein  d'Eau,  qui  n'eft  pas  reprefen- 
te  ici  pour  ne  pas  charger  inutilement  les  Des- 
feins.  A  eft  cette  Tige.  B  eft  la  meme  Tige 
qui  a  commence  a  fe  mouvoir  ;  fbn  extremite 
fliperieure  eft  legerement  coudee  au  premier 
Noeud  i. 

La  Figure  2.  reprefente  la  fuite  des  mouve- 
mens  de  la  meme  Tige.  Elle  eft  courbee  en 
Arc  de  Cercle  en  grand  C  Elle  eft  repliee  en 
crochet  en  Z).  6',  Superficie  de  I'Eau. 

La  Figure  3.  montre  le  dernier  mouvement 
de  la  Tige ,  en  vertu  duquei  elle  a  pris  la  forme 
d'un  Anneau,  E. 

Les  Figures  4,  5",  6,7.  font  encore  des  Ti- 
ges  de  Mercuriak  miles  en  Experience  de  difFe- 
rentes  manieres. 

La  Figure  4.  eft  une  Tige  dont  I'extremite 
fuperieure  ^,  eft  plongee  dans  une  Phiole  pleine 
d'Eau  P  ,  &  dont  I'extremite  inferieure  a  ete 
ramenee  perpendiculairement  en  embas  ,  &  rete- 
nue  dans  cette  fituation  par  un  Fil  f.  Deux 
Noeuds  n  ^  n,  partagent  la  Tige  en  trois  par- 
ties ,  la  fuperieure  A  ;  la  moyenne  ,  B ;  i'in- 
ferieure ,  C. 

V  2  La 


ys6     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

La  Figure  5".  montre  la  direftion  fliivant  la- 
quelle  cette  Tige  s'eft  diipofee.  La  partie  fu- 
perieure  ^,  eft  courbee  en  Arc  c.  La  partie 
moyenne  B^  eft  droite  &  horizontale.  La  par- 
tie  inferieure  C,  eft  droite  &  fe  dirige  oblique- 
ment  vers  le  Ciel.  a  ^  a  ^  font  deux  Angles  ob- 
tus  produits  par  i'inflexion  de  la  Tige  dans  les 
Noeuds. 

La  Figure  6.  eft  une  Tige  plongee  par  fbn 
extremite  inferieure  dans  un  Vafe  plein  d'Eau, 
dont  on  n'a  reprefente  que  le  Couvercle  c. 
Cette  Tige  eft  aufti  divifee  en  trois  parties  A^ 
B  J  C  y  par  deux  Noeuds  n  ,  n.  La  Figure 
pointillee  reprefente  le  mouvement  qu'a  fait  la 
Tige.  a ,  a  ^  inflexions  dans  les  Noeuds.  ^  ,  e  ^ 
Epingles  qui  retiennent  les  Feuijles  attachees  au 
Couvercle. 

La  Figure  7.  montre  les  autres  mouvemens 
de  cette  Tige.  ^ ,  ^ ,  inflexions.  C  ,  partie  in- 
ferieure devenue  horizontale.  Cette  partie  aVant 
continue  a  s'elever ,  fon  bout  inferieur  i^,  a  at- 
teint  la  Superficie  de  I'Eau. 


#.J[.  ^  '/  Plan- 


DES  FEUILLES.  II  Mm,      157 

Planche     XIX. 

LA  Figure  i.  eft  celle  d'une  Tige  de  Mer- 
curiale  qui  s'efl  repliee  en  maniere  d''S. 
Son  extremite  fuperieure  A  fe  dirige  perpcndi- 
culairement  vers  la  Superficie  de  I'Eau  S. 

La  Figure  2.  reprefente  un  Jet  de  Melijier 
horizontal,  qui  n'a  point  ete  detache  de  I'Arbre, 
&  au  defTus  duquel  eft  une  Planchette  /*,  qu'on 
peut  elever  &  abbaifler  a  voionte.  ;«,  Queue  ou 
Manche  de  la  Planchette  traverle  d'un  Fil  de  fer 
y",  fur  lequel  il  fe  meut.  Ce  Manche  eft  engage 
dans  une  efpece  d'Entaille  pratiquee  a  I'extremite 
fuperieure  de  la  Perche  B ,  dont  I'extremite  in- 
ferieure  eft  plantee  en  terre.  Au  Manche  tient 
une  Cordelette  F ,  qui  va  s'attacher  a  un  Clou 
c,  fiche  dans  la  Perche,  &  qui  retient  la  Plan- 
chette dans  une  fituation  horizontale.  y  eft  le 
gros  bout  du  Jet ;  fes  Feuilles  font  paralleles  a 
la  Planchette  ,  &  on  n'en  voit  que  la  Surface 
inferieure. 

La  Figure  3.  montre  le  changement  de  di- 
rection furvenu  aux  Jets  par  le  voifinage  de  la 
Planchette.  Les  Feuilles  fe  font  abbaiflees  ,  & 
difpofees  fur  deux  Plans  verticaux  oppofes  paral- 
lelement  Tun  a  fautre  \  la  Surface  fuperieure 
J- ,  ^ ,  tournee  vers  le  plain  Air.  La  Tige  s'eft 
auITi   eloignee   de   la    Planchette  ,    elle    a   for- 

V  3  me 


158  RECHERCHESSURL'USAGE,&c. 

me  avec  elle  un  Angle  aigu  A.  Le  chan- 
gement  de  dire6lion  des  Feuilles  a  occafionne 
dans  les  Pedicules ,  des  Contournemens  exprimes 
en  r  J  c. 


RE- 


W5fr   ^id<>^  -^i^^  •*)'?^   s^  (Jj3  S^  -^M*-  -^l&O^  -^^  ^W5«» 


RECHERCHES 

S    U    R 

L'USAGE    DES    FEUILLES 

DANS     L  E  S 

P    L    A    N    T    E    S. 

TROISlkME    MEMOIKE. 

De  P  Arrangement  des  Feuilks,  fur  les  Tiges, 
^  fur  les  les  Branches  ,  8?  de  celui  qiion 
obferve  dans  qiielgues  autres  par- 
ties des  Plantes. 

^^'  ^^^^^^^^^pRe's  tout  ce  que  je  viens  d'ex- 
fiA  k  >5i  pofer  fur  Jes  Feuilles,  il  n'efl, 
^    -TX    >5  je  m  allure,  aucun  de  mesLec- 

Jeurs  princjpales   Fonclions  ne 
fbit  de  pomper  laRofee.     Cependantje  ne  penfe 

pas 


i6o     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

pas  Tavoir  encore  fuffifamment  etabli.  Les  Feuil- 
les  appliquees  fur  I'Eau  par  leur  Surface  inferieu- 
re  ,  Ce  confervent  des  femaines  &  meme  des 
mois  :  cette  Surface  eft  toujours  difpofee  de  ma- 
niere  k  recevoir  fhumidite  qui  s'eJeve  de  la 
Terre  :  enfin  ,  lorsque  les  Feuilles  viennent  k 
perdre  cette  direction  ,  elles  la  reprennent  par 
un  mouvement  qui  leur  eft  propre,  &  qui  s'exe- 
cute  avec  aflez  de  promptitude.  Ce  font  la , 
pour  ainfi  dire  ,  trois  conditions  du  Probleme 
auxquelles  j'ai  fatisfait  :  mais  il  en  eft  une  qua- 
trieme  que  je  n'ai  pas  rempli  :  les  Feuilles  fe 
recouvrent  les  unes  les  autres ;  elles  doivent  done 
fe  nuire  reciproquement  dans  I'exercice  de  la 
Fon6lion  que  je  leur  ai  aftignee  :  celles  qui  font 
placees  immediatement  au  deilbus  ,  doivent  in- 
tercepter  la  Rofee  a  celles  qui  font  au  deflus. 

La  Tranfpiration  qui  s'opere  par  les  Feuil- 
les, exigeoil  aulTi  que  I'Air  circuit  librement  au- 
tour  d'eiles  ,  &  qu'elles  fe  recouvriflem  le  moins 
qu'il  etoit  pofTible. 

L'Art  avec  lequel  la  Nature  a  pourvu  au 
libre  exercice  de  ces  deux  Fonftions,  eft  un  de 
ces  Fairs  qui  font  tous  les  jours  fbus  les  yeux , 
qu'on  avoic  meme  vu  en  partie ,  mais  dont  on 
n'avoit  point  encore  la  caufe  finale.  II  confifte 
dans  une  telle  diftribution  des  Feuilles  fur  les 
Tiges  &  fur  les  Branches  ,  que  celles  qui  fe 
fliivent  immediatement  3  ne  fe  recouvrent  pas  par- 
es 


f)ES  FEUILLES.  Ill  Mm,      i6i 

Ce  qu'elles  font  pofees    fur   differentes   Lignes. 

Mr.  Sauvages  ,  Profefleur  de  Medecine 
dans  PUniverfite  de  MontpelHer  ,  a  donne  un 
Memoire  (*)  fur  une  nouvelle  methode  de  con- 
noitre  les  Plantes  ,  ou  il  etablit  quatre  genres 
de  diftributions  dans  les  Feuilles. 

Il  place  dans  le  premier  ,  les  Feuilles  qu'il 
nomme  oppofees  deux  a  deux. 

Il  compofe  le  fecond  des  Feuilles  verticille'esy 
ou  rangees  trois  a  trois  ,  quatre  a  quatre  ,  par 
Stages. 

Le  troifieme  renferme  les  Feuilles  ah  ernes  ^ 
mt  rangees  Pune  plus  baut ,  P autre  plus  bas ,  alter- 
nativetnent. 

La  quatrieme  comprend  les  Feuilles  eparjes , 
6U  r/ingees  fans  aucun  ordre  conftant. 

Mr.  LiNNEUS,  dans  fa  Fhilofophia  Botani- 
ca^  fuit  les  memes  divifions ,  en  y  ajoutant  d'au- 
tres  caraderes.  Void  fes  termes,  pag.  48.  Edit. 
in  S''.  1751. 

,5  Situs  efl  difpofitio  Foliorum  in  Flantae  Caule. 

5,  Steliata  Verticillata  cum  Folia  plura  quam 
„  duo  verticillatim  Caulem  ambiunt. 

„  Terna ,  Qiiaterna ,  Qtiina ,  Sena ,  &c.  flint 
„  fpecies  numeri  flellatorum  Mm/w  5  Brabejwn^ 
5,  Hipparis. 

„  Op- 

( * )  Mimoire  fur  une  nouvelle  mkbode  de  connoilre  les  Plantes  par  les 
Feuilles.  AlTembl^e  publique  de  la  Soci^td  Royale  des  Sciences  de 
Montpellier,  1743. 

X 


x62    R£CHERCHES  SUR  L'USAGE 

„  Oppofita ,  cum  caulina  Folia  duo ,  per  paria 
5,  decurfatim ,  e  regione  collocantur. 
n  „  Alterna^  cum  unum  poft  alterum  tanquam 
5,  per  gradus  exit. 

„  Spar/a  ,  cum  in  Planta  fine  ordine  copio- 
35  filTima. 

M,,  Conferta,  cum  ita  copiofa,  ut  Ramos  occu- 
5 J  pent  totos  ,  vix  relido  fpatio. 

5,  Imbrkataj  fi  conferta  &  ere6]:a  ut  invicem 
„  fe  quoad  parcem  tegant. 

„  Fafciculata ,  fi  ex  eodem  pun6lo  plura.  Folia 
35  prodeunt  :  harix. 

„  Di/iicha  ,  fi  omnia  Folia  duo  latera  Rami 
„  tantum  reipiciunt :  Abies  ,  Diervilla. 

AvANT  que  j'eufle  jett^  les  yeux  fur  les 
deux  Ouvrages  que  je  viens  de  citer,  j'avois  dejci 
obferve  les  quatre  genres  de  diflributions  dont 
parle  Mr.  Sauvages;  mais  je  les  avois  ran- 
gees  difFeremment ,  &  j'avois  apper^u  dans  le 
quatrieme ,  une  Symerrie  qui  me  paroit  avoir  e- 
chappe  aux  deux  celebres  Botanifles ,  ainfi  que 
la  eaufe  finale  de  ces  diflributions. 

j  E  vais  done  m'etendre  un  peu  plus  fur  ce  fujet 
que  n'ont  fait  MefTSAUVAGES  &  Linneus. 
La  matiere  efl  interefTante  par  efle  meme;  mais^ 
elle  le  devient  encore  plus  dans  le  rapport  fbus 
lequel  nous  la  confiderons. 

LVJ.  On  obferve  dans  les  Feuilles  cinq  Or- 
dres  de  diflributions. 

L  E 


DES  FEUILLES.  ///.M'^.     163 

Le  premier^    qu'on  peut  appeller  Alterne  *pj^^;^*' 
•  &  qui  eft  le  plus  fimple  ,    eft  celui  dans  lequel   ^ 
les  Feuilles  font  diftribuees  le  long  des  Branches, 
fur  deux   Lignes  paralleles  a  ces  memes  Bran- 
ches, &diametralement  oppofees  Tune  a.  J'autre; 
enfbrte  qu'une  Feuille  placee  fur  la  Ligne  droi- 
te  *  ,  eft  fuivie  immediatement  d'une  autre  fituee  * « 
fur  la  Ligne  gauche  *;   celle-ci  I'eft  d'une  troi-** 
fieme  *  placee  fur  la  Ligne  droite,  &  ainfi  alter-*'' 
nativement. 

Le  fecond  Ordre  ,  que  I'on  peut  nommer  a 
Paires  croijees  *,  eft  compofe  de  Feuilles  diftri- *  f's- 2 
buees  par  Paires  vis-a-vis  Tune  de  I'autre  *  ,  de*  "•  *• 
fa^on  que   celles  d'une  Paire  croifent  a  Angles 
droits  celle  de  la  Paire  qui  fuit  *.  *  <^.  ^' 

Le  troi fieme  Ordre  que  les  Botaniftes  connois- 
(ent  deja  (bus  le  nom  de  Feuilles  verticillees  *  ,  *  ^'s-  ?• 
eft  celui  dans  lequel  les  Feuilles  font  diftribuees 
autour  des  Tiges  ou  des  Branches  ,  a  peu  pres 
comme  les  Rayons  d'une  Roue  le  font  autour  du 
Moyeu,  Cet  Ordre  peut  etre  fbusdivife  par  le 
nombre  des  Feuilles,  fuivant  qu'elles  font  diftri- 
buees de  trois  en  trois ,  de  quatre  en  quatre  , 
&c. 

Pour  comprendre  Part  de  ces  diftributions , 
bornons-nous  a  la  plus  fimple,  a  celle  de  trois 
en  trois  j  &  repre^ntons  -  nous  deux  Triangles 
equilateraux,  circonfcripts  k  une  Branche  &  po- 
fes  horizontalement  I'un  au  defTus  de  i'autre  ,  .de 

X  2  ma- 


i64    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

maniere  que  leurs  cotes  fe  croifent ,  &  a  chacun 
des  Angles  desquels  fbit  placee  une  Feuille.  Par 
cet  arrangement ,   les  Feuilles  du  Triangle  infe- 

*  "'  ^>  <■•  rieur  *  repondront  non  aux  Feuilles  du  Triangle 
^'^e,/.  fijperieur  *,  mais  aux  cotes  de  ce  Triangle.     II 

en  fera  de  meme  des  Feuilles  difpofees  fur  touts 
autre  Figure  a  plufieurs  Angles. 

L  E  quatrieme  Ordre  peut  fe  nommer  en  Quin- 

*  Fig-  4-  conces  *,  &  efl  compofe  de  Feuilles  diflribuees  de 

cinq  en  cinq.  Pour  concevoir  nettement  cette, 
diftribution ,  tirons  le  long  d'une  Baguette  cinq 
Lignes  paralleles  ,  &  a  egale  diflance  les  unes 
des  autres.  Au  bas  de  la  premiere  Ligne,  mar- 
* «  quons  la  place  de  la  premiere  Feuille  *.  Un  peu 
au  defTus  ,  &  fur  la  troifieme  Ligne  ,  plafons  la 

*  ^         feconde  Feuille  *.      A  egale  difiance  de  celle-ci , 

&  fur  la  cinquieme  Ligne  ,  pofbns  la  troifieme 

*  ^        Feuille  *.     Placons  la  quatrieme  Feuille  *  fur  la 
* «        feconde  Ligne  :  la  cinquieme  Feuille  *  occupera 

la  quatrieme  Ligne.  Nous  aurons  ainfi  une  fuite 
de  cinq  Feuilles,  dont  Jes  Surfaces  ne  fe  recoii- 
vreront  point. 

CoNXiNUONS  &  forraons  un  fecond  Quin- 

**  quille  :  la  premiere  Feuille  *  de  celui-ci  fe 
trouvera  pofee  precifement  fur  la  meme  Ligne  que 

^ «  la  premiere  Feuille  *  du  QuinquilJe  precedent. 
Mais  comme  ces  deux  Feuilles  font  placees  a  u- 
ne  diflance  confiderable  I'une  de  I'autre ,  elles  ne 
fauroient  fe  nuire  dans  leurs  Fonctions. 

Les 


DES  FEUILLES.  ///  Mim,      163- 

Les  cinq  Lignes  que  nous  venons  de  tirer  /iir 
une  Baguette  ,  la  Nature  les  a  tirees  elle  meme 
fur  les  Tiges  &  fur  les  Branches  de  plufieurs  es- 
peces  de  Flantes ,    &  en  particulier  fur  celles  de 
Konce ,  ou  elles  forment  cinq  Cannelures  *  tres  *^^'^- 
diflindes  ,  fur  lesquelles  les'Feuilles  *  font  ran-i;is'.2,.'5, 
gees.     La  Coupe  transverfale  *  d'une  femblablerf,?'.  &c.' 
Tige  efl  un  veritable  Pentagone.  i\' '' 

Le  cinquieme  Ordre  eft  le  plus  compofe ,  & 
peut  fe  nommer  a  Spirahs  redoublee^  *  ,  il  efl  for-  *pi..xx. 
me  de  Feuilles  arrangees  fur  plufieurs  Spirales  pa-^'"^'  ^' 
ralleles.     Le  nombre  de  ces  Spirales  &  celui  des 
Feuilles  dont  chaque  Tour  efl  compofe,  peuvent 
donner   naiflance   a    des    fbusdivifions.      Tantot 
les  Spirales  font  au  nombre  de  trois  *,  dont  cha-  * «.  ^.*■• 
que  Tour  renferme  fept  Feuilles.     Tantot  les  Spi- 
rales font  au  nombre  de  cinq  ,  dont  chaque  Tour 
contient  onze  Feuilles.    Dans  la  premiere  efpece 
on  compte  vingt-une  Feuille  dans  un  Tour  com- 
plet  de  trois  Spirales  ;    dans  la  feconde  efpece  le 
Tour  complet  de  cinq  Spirales  donne  cinquante- 
cinq  Feuilles. 

TRA90NS  fur  un  Baton  trois  ou  cinq  Spi- 
rales paralleles;  fur  chaque  Tour  de  ces  Spirales,^ 
piquons  a  une  diftance  a  peu  pres  egale  les  unes 
des  autres  ,    fept   ou  onze   Epingles  ,    &  nous 
aurons  une  idee  tres  nette  de  cet  arrangement. 

AiNSi  dans  la  Branche  de    Pin    reprefentee 
dans  la  Planche  xx.    Fig.  5.    les  Feuilles  mon- 

X  3  tent 


1 66    RECHERCHES  Sim  L'USAGE 

tent  en  formant  trois  Spirales  ,  qui  partent  des 
trois  Angles  du  Triangle  equilateral  « ,  b ,  c. 
Les  Feuilles  de  la  premiere  Spirale  a  ,  font  ran- 
gees  fuivant  les  Angles  de  I'Heptagone  E.  Cel- 
les  de  la  Spirale  b  ,  repondent  aux  Angles  de 
THeptagone  H.  Celles  de  la  Spirale  c  ,  aux 
Angles  de  I'Heptagone  /.  II  fuit  de  la,  que  ces 
Feuilles  font  placees  correfpondamment  aux  An- 
gles d'une  Figure  k  2i.  cotes.  Dans  le  Sapin, 
ou  I'on  compte  cinq  Spirales  ,  les  Feuilles  de 
chacune  repondent  a  un  Endecagone ,  &  ferment 
fur  les  jeunes  Poufles ,  des  Cannelures  tres  fenfibles. 

L  A  decouverte  de  cet  Ordre  efl  due  a  la  gran- 
de  fagacite  de  Mr.  Calandrini.  11  ne  paroit 
pas  du  moins  que  les  Botanifles  aient  connu  cette 
diflribution. 

LVII.  J'ai  ete  tres  frappe,  je  I'avoue,  de  ces 
diflributions  des  Feuilles ;  &  je  me  fuis  livre  avec  un 
extreme  plaiflr,  aux  fentimens  d'adrairation ,  qu'el- 
les  ont  excite  chezmoi,  pour  cette  Sagesse  Ado- 
rable qui  a  fi  bien  approprie  les  Moyens  a  la  Fin. 

De's  lors ,  j'ai  ete  fort  attentif  a  obferver  les 
Plantes  qui  me  font  tombees  fbus  la  main ,  afin  de 
Juger  de  I'Ordre  auquel  je  devois  les  rapporter. 
Voici  une  Lifle  des  Efpeces  que  j'ai  examinees , 
&  recueilles  dans  cette  vue.  II  m'eut  ete  aife  de 
groITir  cette  Lifle;  mais  j'ai  cru  pouvoir  me  borner 
a  ce  petit  nombre  d'Exemples.  Je  ne  traite  point  ce 
fujet  en  Botanifte;  je  le  trajte  en  fimple  Obfervateur. 

Lj  1   b- 


DES  FEUILLES.  i//.  M>».     167 
L      I      S      T      E 

De  125.  Efpeces  de  Plantes,  diflribuees  en  cinq 

Ordres ,  fuivant  Parrangement  de  leurs 

Feuilles  (lvi.). 


1.  ORDRE.  2.  ORIDRE.  3.  ORDRE.  4.  ORDRE.  5  ORDRE. 


Le  Creffbn  du 

Per»u. 
ISEJparffete. 
La  Fougere. 
Le  Cranten. 
Le  Haricot. 
Le  June. 
Le  Lizeron. 
Le  Melon. 
L'Orge. 
Le  Pois. 
Le  Seigte. 
La  Tubenufe. 


Efpic. 


Le  Cou'lrier. 
Le  Cbataigner. 
Le  Cbarme. 
Le  Lierre. 
Le  N'!flier. 
l/Onne. 
Ln  FnJJlon. 
Le  Ttllietil. 
La  I'igne. 


■  I    5    ETper 


Efpeces  Herbac^es. 

La  Belle  deNuit. 
Le  Cbemvre. 
La     Crofx     r/« 

Maltbe. 
L'Epurge  ,    ou 
grand  Tltimale. 
L'HyJfope. 
La  Lavande. 
La  M?/j/7e. 
La  Mercultale. 
Le  Millepertuis 
l.'Oeuitlet. 
L'Ortie. 
LePaJJe  velours 
La  Sauge. 
La  Scabieufe. 
La  Fertiaine. 


ETp^ces   tigneufes. 


Efpiccs  Herbacfei. 


Le  CiiV/ff  /.aia. 

Le  Graieron. 


Efficts  Ligneuft: 


Total  4  Efpfces. 


Efpo 


L'ylbfinthe. 
L'/lmarantbe. 
L'ArrSte  hoeuf. 
L'Atripkx. 
La  Baljamine. 
Le    Bouillon 

Blanc. 
Le  ^i^  !iO!r. 
Le  Cerfeuil. 
La  Cbicorie, 
Le  Cioii. 
La   Cry/ante- 

mum. 
L'Epinard. 
L'EJlrngm. 
La  'Julienne. 
La  lyiiteron. 
Le  Li.'. 
La  Maulve. 
La  Metavfeme. 
Le  Navet. 
Le  PiV  d  y^.'cj/ff 

La  /'tr«. 
Li  /Jaiif. 

Lc  SenegoH. 
Le  i'o/f//. 
Le  i'liufi. 
Le  Titimale  a 
flews  jaunes. 
Le  7'Wn/pj. 
L'   7r# 

Total  28.  Eft^ces, 


Efpices  Merbac^s. 

I J 


Efiieccs  Lignturer 


Le  Pin. 
Le  Sapin. 


Total  »  tfpices. 


I.  OR- 


i68     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

X.  ORDRE.  2.  ORDRE.  3  ORDRE.  4-  ORDRR.  5-  ORDRE. 


Efpcces  Ltgneufct. 

Le  Maronnier. 
L'OHvier. 
Le  Plane. 
Le  Romain. 
Le  /Jo^er  de 

Gueldres. 
Lt'  Sureau. 


Efiie 


Eft^'^cs  Ligneufes. 

VAbrkotier. 
U  Acacia, 
VAltMa.. 
h'Amandier. 
L'Aubepine. 
Le  Cerijier. 
Le  Citronnier. 
Le  Coignafisr. 
L.e  Cbems. 
L'Egtanticr. 
L'tpitieVtnette 
Le  Figtiier. 
Le  Framboijter. 
Le  Giu flier. 
Le  Gfojeiller. 
Le  HoMX. 

L7/ 

Le  Lwrier  Ce 
rife. 

Le  Laurier  a 
Dard 

Le  Melifier. 

Le  Mewier. 

Le  Noysr. 

L'Oranger. 

L'Ofter. 

Le  Pefcber. 

Le  Peuplier. 

Le  Poirier. 

Le  Pommier. 

Le  Prunier. 

La  /Jones. 

Le  /{o^er. 

Le  Tremble. 

Lt-  5fltt/?. 


Total  ii.  EfpAci 


I L  refulte  de  cette  Lifle ; 

1°.  Que  des  125.  Efptes  dont  elle  efl:  com- 
pofee  ,  24  appartiennent  au  premier  Ordre ;  3  2 
au  fecond  ;  6  au  troifieme  j  6 1  au  quatrieme  j 
2  au  cinquieme. 

2°.  Que 


DES  FEUILLES.   ///.  Mim,      16^ 

2°.  Que  la  pJupart  des  Efpeces  qui  rampent, 
ou  dont  les  Tiges  ne  fauroient  fe  fbutenir  qu'a 
I'aide  de  petites  Mains ,  apparxiennent  au  premier 
Ordre. 

3°.  Que  les  Plantes  a  Tuyau ,  ou  dont  les 
Feuilles  font  faites  en  maniere  d'Epee ,  viennent 
fe  ranger  dans  le  meme  Ordre. 

4^.  Qu'enxre  les  Efpeces  a  Oignon  ^  il 
en  eft  qui  appartiennent  au  premier  Ordre;  & 
qu'il  en  efl  d'autres  qui  appartiennent  au  quatrie- 
me  Ordre. 

5°.  Que  parmi  les  Plantes,  qui  portent  le 
meme  nom  generique,  il  y  en  a  qui  fe  rangent 
fbus  differens  Ordres. 

LoRSQ^UE  I'on  aura  poufle  plus  loin  ces  ob- 
fervations ,  on  pourra  mieux  juger  de  ces  Reful- 
tats.  C'efl  ce  qu'on  peut  fe  promettre  des  Bo- 
tanizes, lis  fe  font  deja  beaucoup  exerces  a  cher- 
cher  dans  les  Feuilles  des  caraderes  propres  a 
diftinguer  les  Plantes ,  a  les  ranger  en  clafles  & 
en  genres.  Le  Tiilu  des  Feuilles,  leurs  formes, 
leurs  proportions,  leurs  dire6lions,  leur  arrange- 
ment ont  fixe  tour  a  tour  leurs  regards.  Mr. 
Sauvages  a  ete  flir-tout  frappe  des  diflribu- 
tions  des  Feuilles ;  &  fi  la  methode  qu'elles  lui 
ont  donne  lieu  d'imaginer  ,  (lv.)  a  des  defauts 
qui  lui  font  propres ,  elle  peut  au  moins  fournir 
dans  certains  cas,  des  caraderes  fiibfidiaires  cui 
ne  doivent  pas  etre  negliges.     Un  exemple  e- 

Y  clair- 


i-jo    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

claircira  ma  penfee.  Suppofbns  que  le  Laurkr 
Rofe  &  le  Laurier  Cerije  fe  rellemblaflent  par 
tous  les  carafteres  .  qui  ont  ete  employes  pour 
diftinguer  les  Plantes  ,  il  feroit  facile  de  les  ca- 
rafterifer  par  Tarrangement  de  leurs  Feuilles ,  le 
haiirier  Ko/e  appartenant  au  troifieme  Ordre ,  & 
le  Laurier  Cerije  au  quatrieme.  Je  defire  done 
que  ce  que  j'ai  dit  fur  I'arrangement  des  Feuilles, 
&  ce  qu'il  me  refte  encore  a  en  dire ,  ierve  a  per- 
fe6lionner  la  methode  dont  il  s'agit.  La  maniere 
dont  j'ai  range  les  cinq  Ordres  de  diftributions  , 
eft  peut-etre  la  plus  methodique :  elle  eft  fondee 
fur  la  Regie  qui  veut  qu'on  pafle  du  fimple  au 
compofe. 

]e  fuis  ,  au  refte ,  tres  perfuade  qu'on  decou- 
vrira  plufieurs  autres  genres  de  diftributions  dans 
les  Feuiltes  :  mais  je  ne  prefume  pas  qa'aucun  de 
ces  genres  detruife  le  Principe  que  j'ai  pofe,  fur 
la  caufe  finale  de  ces  diftributions  (i-v.). 

LVIII.  On  ufera  de  quelques  precautions  en 
comptant  les  Feuilles. 

En  premier  lieu,  pour  eviter  toute  meprife, 
on  tiendra  le  doigt  fixe  fur  le  Bouton,  ou  fur  la 
Feuille  d'oii  Ton  fera  parti. 

E-N  fecond  lieu,  on  s'arretera  a  quelque  diftan- 
ce  de  I'extremite  fuperieure  de  la  Branche  ,  parce 
que  les  Boutons  etant  fort  ferres  a  cet  endroit , 
y  occafionnent  une  forte  de  confufion. 

En  troifieme  lieu  ,    on  choifira  des  Jets  de 

Fan- 


DES  FEUILLES.  Ill  Mem.      lyr 

Tannee  ,   les  plus   longs ,    les  plus  droits   &   les 
plus  ilbles. 

Enfin  on  fera  moins  d'attention  aux  Feuilles 
qu'aux  Boutons  dont  elles  partem. 

On  fentira  mieux  I'utilit^  de  ces  precautions 
par  ce  qu'il  me  refte  a  expofer  fur  ce  fujet. 

L!X.  On  pourra  fe  trouver  embarrafle  a  de- 
terminer rOrdre  auquel  une  Plante  devra  etre 
rapportee.  Cet  embarras  proviendra  de  plufieurs 
fburces.      J'indiquerai  les  principales. 

On  a  vu  ci-delfus  (liv,  Liir.),  que  la  di- 
reflion  des  Feuilles  d'un  Jet  depend  de  la  po- 
fition  de  ce  Jet  reiativement  a  THorizon.  Lors- 
qu'il  eft  horizontal  ,  ou  lorsqu'il  eft  voifin  d'un 
Abri ,  toutes  fes  Feuilles  fe  trouvent  dirigees 
dans  le  meme  fens  les  unes  par  rapport  aux  au- 
tres.  Le  Contournement  qui  s'eft  fait  dans  plu- 
fieurs de  ces  Feuilles,  les  a  toutes  difpofees  dans 
le  meme  Plan.  11  faut  done  y  regarder  de  tres 
pres  ,  pour  decouvrir  I'Ordre  de  leur  arrange- 
ment. J'ai  vu  des  Jets  de  Laiiricr  Cerife  voifins 
d'un  Abri  *  ,  dont  toutes  les  Feuilles  s'etoient  *  ^^-  ^-^• 
difpofees  de  maniere  qu'on  les  auroit  cru  diftri- 
buees  fuivant  le  premier  Ordre  (lvi.  ). 

Le  Jonc  m'a  ofFert   quelque   chofe   de  plus 
frappant.     Confiderant  plufieurs  Plantes  de  cette 
Efpece ,  qui  avoient  cru  le  long  d'un  Abri  * ,  j'ai  J^xfc 
ete  furpris  de  voir  que  toutes  les  Feuilles  *  de^v^J! ■, 
ces  Plantes  etoient  pofees  les  unes  au  dellus  des 

Y  2  au- 


172     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

autres,  fur  le  meme  cote  de  la  Tige.  Le  cote 
qui  regardoit  i'Abri,  etoit  abfblument  depourvu  de 
Feuilles.  Ce  n'etoit  point ,  comme  on  pourroit 
le  croire  ,  parce  que  les  Boutons  places  fur  cet- 
te  partie  de  la  Tige,  n'avoient  pu  le  developper. 
Si  cela  eut  ete  ainfi ,  ces  Jones  auroient  du  pa- 
roitre  moins  charges  de  Feuilles  qaa  Tordinaire: 
cependant ,  ils  en  etoient  tres  garnis ;  &  ce  qui 
eft  plus  decifif ,  les  intervalles  qui  leparoient  ces 
Feuilles  ,  etoient  beaucoup  plus  petits  qu'ils  ne 
le  font  dans  le  commun  des  Jones.  On  voyoit 
tres  diftinftement ,  qu'une  troifieme  Feuille  e- 
toit  venue  fe  loger  entre  deux  Feuilles  placees 
originairement  fur  la  meme  Ligne.  La  place 
qu'occupoit  cette  Feuille,  repondoit  precifement 
a  celle  qu'elle  auroit  du  occuper  fur  le  cote  op- 
pofe  de  la  Tige. 

Si  j'eufle  ignore  le  Retournement  des  Feuilles, 
j'aurois  ete  fort  embarrafle  aexpliquer  ce  Fait:  je 
doute  meme  qu'il  eut  fixe  mes  regards.  Mais 
inftruit  de  ce  que  j'en  devois  penfer ,  j'ai  cher- 
che  dans  la  Campagne ,  des  Jones  parfaitement  i- 
fbles  :  j'en  ai  trouve  un  grand  nombre  ;  &  j'ai 
obferve  ,  que  les  Feuilles  de  tous  ces  Jones  e- 
toient  diflribuees  alternativement  fur  deux  Lignes, 
*  PL.      fuivant  le  premier  Ordre  "*  (lvi.  ). 

Cet  arrangement  eft  aife  a  reconnoitre  dans 
les  Cannes  de  Rofeau.  La  place  des  Boutons 
y  eft  extremement   fenfible  ,    &   indique   dans 

quel 


xxm< 


DES  FEUILLES.  ///.  Mem.      173 

quel  Ordre  on  doit  ranger  cette  Pknte. 

J''ai  examine  PExterieur  des  jfoncs.  La  par- 
tie  inferieure  de  leurs  Feuilles  tient  a  un  Tuyau 
qui  embrafle  la  Tige  ,  &  tourne  autoiir  d'elle. 
On  peut  fans  le  moindre  effort,  faire  tourner  ce 
Tuyau  avec  les  Doigts  ,  &  determiner  aind  a 
fbn  gre  I'arrangement  des  Feuilles. 

Les  memes  varietes  qu'on  s'eft  plu  a  pro- 
duire  dans  I'arrangement  des  Feuilles  du  Jonc  , 
on  peut  les  retrouver  dans  la  Campagne  :  la  di- 
verfite  des  Abris,  &  des  expofitions,  en  fournis- 
fent  mille  exemples, 

]'a  I  vu  le  meme  jeu  dans  d'autres  efpeces 
de  Plantes  a  Tuyau ;  en  particulier  dans  le  Gra- 
men. 

J'ai  coupe  des  Jones  ;,  je  les  ai  portes  dans 
mon  Cabinet  ,  ou  leur  extremite  inferieure  a  ete 
plongee  dans  des  Vafes  pleins  d'Eau :  leurs  Feuil- 
les ne  s'y  font  donnees  aucun  mouvement.  Les 
Feuilles  du  Jonc  changent  apparemment  de  di- 
rection ,  quand  elles  (bnt  encore  fbuples. 

Mr.  LiNNEUS  parle  de  la  direction  des  Feuil- 
les, comme  d'un  caradere.  „  Folium,  dit-il, 
„  Pag.  42  ,  49.  PhiloC  Bot.  confideratur  fecun- 
5,  dum  Jimplicitatem  ^  compofttiomm  aut  determi- 
„  nationem. 

5,  C.  Determinatio  ,  aliunde  (nee  a  propria 
„  flrudtura )  notam  adquirit  •  uti  a  Loco ,  Situ , 
55  Injertione  aut  Direclione.     DireClio. 

Y  3  •    „  M, 


174    RECEIERCHES  SUR  L'USAGE 

„  Adverfum  ,  quod  latus  (  non  co^Io  ,  fed  ) 
„  meridiei  obvertit :  Amoniiim. 

„  Ohliqmim ,  cum  bafis  FoJii  coelum  ,  apex 
„  horizontem  fpedat  :  Frotea ,  Bntillaria. 

„  Inflexum,   ( Incurvum  )  dum  furfum  arcuatur  . 
„  verfus  Caulem. 

„  Adpreljmi ,  dum  discus  Folii  approximatur 
5,  Cauli. 

„  EreClum  ,  quod  ad  angulum  acutiiTimum 
„  Cauli  adfidet. 

„  Patens ,  quod  ad  angulum  acutum  Cauli  infidet. 

„  Horizontale ,  quod  ad  angulum  redum  a  Cau- 
5,  le  discedic. 

„  Reclinattim  ,  quod  deorfum  curvatur ,  ut  a- 
„  pex  fiat  bafi  inferior  ;  quibusdam  etiam  Re- 
„  flexiim  dicitur. 

„  Revolutiim  ,  quod  deorfum  revolvitur. 

„  Dcpendens  ^  quod  recta  terram  fpeftat. 

„  Radicans ^  fi  Folium  radices  agat ,  &c. 

Nous  voyons  aujourd'hui  que  tous  ces  pre- 
tendus  carafteres ,  pris  de  la  direftion  des  Feuil- 
jes  ,  font  de  purs  accidens.  Un  Botanifle  qui 
ignoreroit  I'efFet  des  Abris  ,  &  qui  obferveroit 
des  Jones  ^  dont  les  uns  auroient  leurs  Feuilles 
diflribuees  fur  une  feule  Ligne  ,  les  autres  fur 
deux  ,  trois  ou  quarre  Lignes ,  feroit  rente  de 
les  croire  d'Efpeces  differentes.  II  efl"  ,  en  ef- 
fet  ,  bien  des  Efpeces  qui  ne  fe  difTerencient 
pas  par  des  cara6teres  plus  faillans. 

LX. 


DES  FEUILLES.  Ill  Mem,      175 

LX.  Deux  Ordres  paroiflent  quelquefois 
reunis  dans  le  meme  fujet.  On  ne  fait  alors 
auquel  donner  la  preference  :  une  mediocre  atten- 
tion peut  cependant  fuffire  pour  determiner  le 
vrai.  On  (era  plus  rarcment  expofe  a  cet  em- 
barras  a  I'egard  des  Arbres  &  des  Arbrifleaux 
qu'a  regard  des  Herbes  :  dans  celles-ci  ,  les 
diftributions  font  moins  regulieres  ,  &  les  inter- 
valles  qui  font  entre  les  Feuiiles,  y  fuivent  des 
proportions  moins  exa(5les. 

J  E  ferai  pourtant  remarquer  qu'il  efl  des  Plan- 
tes  qui  em.braflent  reellement  deux  Ordres ;  en- 
tre les  Plantes  Ligneufes  ,  le  Mirthe  ,  le  Grena- 
dier ,  &  une  efpece  ^Ozier  cfun  rouge  brim  ; 
entre  les  Herhacees ,  le  Cbanvre ,  nous  en  four- 
niflent  des  exemples. 

Le  Mirthe  &  le  Grenadier  ont  leurs  Feuil- 
les  diflribuees  les  unes  fuivant  le  fecond  Ordre  , 
les   autres   fuivant    le   troifieme   (lvi.  ).      Dans 
VOzier  *  d^tin  rouge  brun,  les  Feuilles  inferieu- ^.^f- 
res  *  font   arrangees   fuivant  le   fecond  Ordre  ,  ng.'s- 
Jes  fuperieures    *    fuivant  le  quatrieme.      l\   cn*^,/^'/; 
efl  de  meme  du  Cbanvre.  ■^' ''  *•' 

Dans  les  Efpeces  qui  appartiennenr  an  troi- 
fieme Ordre  (lvi.),  le  nombre  des  Poh/gones 
que  forment  les  Feuilles  autour  de  la  Tige  ,  ou 
des  Branches ,  varie  beaucoup,  Dans  le  Grate- 
ron  ,  par  exemple  ,  les  Feuilles  compofent  des 
Polygones  de  6,  7.  &  8.  cotes,  &€. 

Ces 


176     RECriERCHES  SUR  L'USAGE 

Ces  varietes  m'ont  paru  fbumifes  k  une  Loi ; 
c'eft  que  le  nombre  des  Angles  des  Polygenes 
augmente  ou  diminue  en  proportion  de  ]a  gros- 
feur  des  Branches  ou  des  Tiges.  Suivant  cette 
Loi  ,  une  Branchc  qui  n'a  pas  aflez  de  circon- 
ference  ,  pour  que  quatre  Feuilies  puiflent  y  e- 
tre  pofees  les  unes  a  cote  des  autres  fans  fe  re- 
couvrir,  cette  Branche,  dis-je  ,  porte  des  Feuil- 
ies diflribuees  de  3  en  3  ,  ou  par  paires.  Cefl 
ce  qui  s'obferve  dans  les  petites  Branches  &  a 
I'extremite  des  plu.'j  grofles.  Lors  done  qu'on 
veut  juger  de  POrdre  d'une  Plante  ,  on  doit  fe 
fixer  aux  Branches  ou  aux  Tiges  de  moyenne 
groileur. 

LXI.  La  pofition,  &  la  diflance  relative  des 
Feuilies  ,  font  une  autre  fdurce  de  variete ,  ou 
de  confufion  ,  comme  je  I'ai  deja  infinue  (lx.). 

QuELQ^UEFOis  le  premier  Ordre  fe  rap- 
proche  du  (econd  ;  le  fecond  ,  du  premier.  II 
en  eft  a  peu  pres  de  meme  du  troifieme  &  du 
quatrieme. 

Ces  irregularites  proviennent  ,  fans  doute  , 
de  ce  que  la  Tige,  ou  la  Branche,  ne  fe  prolonge 
pas  egalement  de  tous  cotes.  Le  Bouton  qui 
auroit  du  percer  a  une  certaine  hauteur  ,  perce 
plus  bas,  fi  les  Fibres  qui  enveloppoient  le  Germe 
de  ce  Bouton ,  ne  fe  font  pa3  autant  prolongees 
que  celles  qui  enveloppoient  le  Germe  du  Bouton 
place  fur  le  cote  oppofe. 

Re- 


DES  FEUILLES.   Ill  Mdm,     177 

Remarq^ue^  cependant  que  ces  irregulari- 
tds  ne  detruifent  point  ce  que  j'ai  avance  fur  la 
caufe  finale  de  ces  diflributions  (lv.  ).  L'arran- 
gement  efl  moins  regulier  ,  mais  il  produit  les 
memes  efFets  eflentiels. 

LXII.  Le  quatrieme  Ordre  a  fes  varietes. 

Les  Piantes  qui  lui  apparciennent  n'ont  pas 
toujours  leurs  Feuilies  diflribuees  exadement  de 
cinq  en  cinq  (lvi.).  On  y  obferve  des  fuites 
de  trois  ,  de  fept,  &  de  huit  FeuiJIes :  mais  ces 
fuxtes  font  rares  ,  comme  on  peut  le  voir  par  la 
Table  fuivante :  je  ne  me  rappelle  pas  d'en  avoir 
jamais  vu  dans  le  Prunier. 

Au  refle,  les  varietes  dont  je  viens  de  parler, 
paroiflent  dependre  fur -tout  de  I'inflexion  des 
Branches  ,  ou  de  certains  accidens  qui  empe- 
chent  le  developpement  de  quelques  Boutons  , 
ou  qui  en  font  developper  de  furnumeraires. 


TA^ 


i'7S     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 
TABLE 

De  qmlques  dijiributions  irregulieres  du  quatrihm 
Ordre  (lvi.). 


Branche 
de 

3  pii^s  \ 
5. 
i5. 
5- 
5- 
5- 
5- 


Frunier. 

Abricotier. 

Branche 

Branche 

de 

de 

3  P'^s. 

4  pi^s. 

5- 

5- 

5- 

5 

5- 

5 

5- 

8 

5- 

S 

5- 

S 

5- 

8 

5. 

V, 

5- 

8 

5- 

8. 

pommier. 

Branche 

de 

I  pi^. 

,  pouces. 

5- 

3- 

5- 

5- 

pefcher, 

Branche 

de 
3  Pi'is. 

5- 

5- 

5- 

5- 

5- 

5" 

3- 

3- 


Branche 
de 

3  pi^s 

4  poucts. 

2. 
7- 
5- 

5- 


peopUer. 

Branche 

de 
I  pid  -i 
5- 
5- 
5- 
5- 
5- 
5- 


Tremble. 

Branche 

de 
3  pids 

10  pouces. 

5- 
5- 
5- 


Branche 
de 

2  pids. 

S- 
.  5- 


Framboifier 

Branche 

de 

3  pids. 

5- 

5- 


Figuicr, 

Branche 

dc 

2  pidf. 
5- 
S- 


Gtofeiller. 

Branche 

de 
2  pids. 
5- 
5- 
S- 


II  eft  Line  autre  variete  du  quatrieme  Ordre, 
qui  revient  beaucoup  plus  frequemment  que  la 
precedente.     Voici  en  quoi  elle  confifte. 

LoRSQ_UE  Ton  compte  les  Feuilles  ,  en  fui- 
vant  rOrdre  des  Lignes  fur  lesquelles  elles  font 
placees  (  lvi.  ) ,  la  feconde  Ligne  fe  trouve  tan- 
tot  a  la  droite  de  la  premiere ,   &  tantot  a  Ja 

gau- 


DES  FEUILLES.  Ill  Mem.     179 

gauche  :  la  troifieme  Feuille  *  du  Quinquille  qui  \f}^'^f; 
eft  toujours  placee  fur  la  feconde  Ligne  ,  fe 
trouve  done  tantot  fur  la  droite  du  Jet ,  &  tan- 
tot  fur  la  gauche.  Ainfi  Tefpece  de  Spirale  que 
les  Feuilles  forment  par  leur  arrangement ,  monte 
autour  de  la  Branche  ou  du  Jet ,  tantot  de  droite 
a  gauche  ,  tantot  de  gauche  a  droite. 

Cette  variete  n'a  jamais  lieu  dans  le  memo 
Jet  :  elle  ne  pent  fe  rencontrer  que  darts  difFe- 
rens  Jets  d'une  meme  Plante. 

De  75  Pies  de  Chicoree  ,  j'en  ai  compte  43 
dont  les  Feuilles  etoient  placees  fur  une  Spirale 
qui  montoit  de  droite  a  gauche;  30  dont  la  Spi- 
rale alloit  de  gauche  a  droite;  i  qui  avoit  poufle 
fur  la  meme  Racine  deux  Tiges  egales  en  gros- 
feur  &  en  longueur,  dont  une  portoit  des  Feuil- 
let  diftribuees  de  droite  a  gauche ,  &  dont  I'au-  • 
tre  avoit  les  fiennes  arrangees  en  fens  contrai- 
re  ;  i ,  enfin  ,  qui  avoit  8  Tiges  inegales ,  dont 
la  principale  avoit  fes  Feuilles  diftribuees  de  gau-  • 
che  a  droite  ,  les  autres  de  droite  a  gauche. 

J'ai  obferve  un  jeune  Melifter  ,  qui  avoit 
poufTe  6  Branches  principales  :  fur  3  de  ces 
Branches  la  Spirale  montoit  de  droite  a  gauche; 
fur  les  3  autres  ,  de  gauche  a  droite. 

J  E  ne  fais ,  s'il  eft  des  Efpeces ,  dont  les  In- 
dividus  n'offrent  point  des  exemples  de  cette  va- 
riete. Jel'ai,  du  moins ,  obfervee .  dans  toutes 
celles  que  j'ai  eu  occafion  d'examiner. 

Z  2  LXIJI. 


ISO    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

LXIII.  Je  ne  mets  point  au  rang  des  varietes 
du  quatrierne  Ordre ,  une  particularite  qui  merite 
une  grande  attention,      J'ai  dit  en  decrivant  cec 

*  PL.  XX.  Ordre  (lvi.),  que  la  premiere  Feuille  *  du  fe- 

cond  Quinquille  repondoit  precifement  a  la  pre- 
* "        miere  Feuille  *  du  premier  Quinquille.    Un  jour 

*  PL-      que  j'obfervois  attentivement  un  Jet  ^'' Abricotier  % 
Fig.  4-     je  remarquai  que  la  premiere  Feuille  *  du  fecond 

Quinquille  declinoit  un  peu  a  droite  de  la  Ligne 
*'''       fur   laquelle  la    premiere    Feuille   *    du  premier 
Quinquille    fe    trouvoit   placee.      J'obfervai    que 
cette  declinaifbn  continuoit  dans  le   meme  fens  > 
&  fuivant  la  meme  proportion  ,    dans  toutes  les 
**'''^'''' Feuilles  correfpondantes  "* ,   &  que  cela  formoit 
une  Spirale  qui  tournoit  autour  de  la  Tige. 
Je  fbup^onnai  d'abord   que  c'etoit  la   un   de 
•   ces  cas  particuliers  ,  dont  on  ne  peut  tirer  aucu- 
ne  confequence.     Mais   aiant  examine  un  grand 
nombres  d'autres  Jets  de  la  meme  efpece ,  &  des 
•  Jets  d'efpeces  differentes  ,  je  vis  dans  tous  la  me- 
me particularite  ,   la  meme   declinaifon.     Tantot 
la  Spirale  montoit  de  droite   a  gauche  ,   lantot 
de  gauche  a  droite  (lxii.). 

Cexte  obfervatioa m'a  fait  un  extreme  plai- 
fir  5  parce  qu'elle  m'a  paru  une  efpece  de  de- 
iTionflration  de  la  Fin  que  j'ai  afTignee  (lv.  )  a 
I'arrangement  des  Feuilles.  La  declinaifbn  gra- 
duelle  des  FeuilJes  correfpondantes  de  la  meme 
Tige    previent  le  Recouvremem  ,   &  allure  a. 

cha- 


DES  FEUILLES.   Ill  Mim,      i8i 

chaque    Feuille    le   plein   exercice   de   fes    fonc- 
tions. 

J'ai  cherche  dans  tous  les  autres  Ordres  ,  des 
difpofitions  analogues  ,  mais  je  n'en  ai  point  en- 
core decouvert.  L'inflexion  des  Tiges  &  des 
Branches ,  qui  eil:  toujours  tres  frequente  ,  la  di- 
verfite  de  la  pofition  des  Jets  relativement  a  I'Ho- 
rizon  ,  le  changement  de  direction  des  Feuilles 
produit  par  le  voifinage  des  Abris ,  ou  par  la  dif- 
ference de  chaleur,  contribuent  beaucoup  a  em- 
pecher  les  Feuilles  correfpondantes  d'un  meme 
Jet  de  fe  recouvrir. 

LXIV.  Une  des  principales  varletes  du  cin- 
quieme  Ordre  ,  (lvi.  )  font  de  petits  Boutons 
epars  9a  &  la  ,  fans  aucune  regularite  appa- 
rente  ,  &  qui  interrompent  quelquefois  la  fuite 
des  Feuilles. 

J  E  dirai  a  cette  occafion ,  que  le  Sapin  ,  qui 
appartient  a  cet  Ordre  (lvii.  ),  paroit  fe  rappro- 
cher  du  troifieme  ,  a  certains  egards  (lx.).  Ses 
Feuilles  font  arrangees  fur  cinq  Spirales  paralle- 
les  ,  dont  chaque  Tour  en  contient  onze  (lvi.  ), 
]1  poulle  de  diftance  en  diflance  de  petits  Ra- 
meau-x ,  qui  font  arranges  autour  de  la  Tige  , 
a  peu  pres  comme  le  font  les  Feuilles  des  Plan- 
tes  qui  appartiennent  au  troifieme  (Jrdre. 

Je  n'ai  pas  encore  obferve,  fi  les  Spirales  ^w 
cinquieme  Ordre  moment  conflamment  dans  le 
meme  fens  ,   ou  s'il  n'y  a  point    a  cet   esard 

Z/  3  des 


iS2     RECHERGHES  SUR  L'USAGE 

des  varietes  femblables  a  celles  du  cjuatrieme  Or- 
dre  (lxii.)j  comme  il  y  a  lieu  de  le  foup- 
^onner. 

LXV.  Les  Branches  fortent  des  memes  Bou- 
tons  que  les  Feuilles  ,  d'ou  il  fuit  que  celles -la 
doivent  obferver  le  meme  Ordre  que  celles -ci. 
C'eft  aulTi  ce  qu'on  apper^oit  fur  les  Arbres  que 
I'Hyver  a  depouille  de  leurs  Feuilles.  Mais  cet- 
te  didribution  eft  ordinairement  moins  fenfible 
dans  les  plus  grofies  Branches  ,  qu'elle  ne  I'eft 
dans  les  plus  petites ,  &  dans  celles  de  moyenne 
grofleur. 

L  A  forme  exterieure  des  Plantes ,  &  en  par- 
ticulier  celle  des  Arbres,  eft  un  Probleme  qui  n'a 
point  encore  ete  refolu. 

I L  eft  des  Arbres  dont  la  forme  eft  ,  a  peu 
pres ,  hemifpherique.  D''autres  tiennent  de  I'AI- 
liptique  ,  de  la  Parabolique  ,  &c.  II  en  eft  de 
forme  tres  bizarre  ,  &  qu'on  a  peine  a  deter- 
miner. 

J  E  ne  crois  pas  qu'on  puifle  trouver  la  fblu- 
tlon  de  ce  Probleme  dans  I'arrangement  des  Bran- 
ches. Des  Arbres  qui  appartiennent  au  meme 
Ordre ,  different  par  leur  forme.  D'autr&s  qui 
ne  dependent  point  du  meme  Ordre,  fe  reilem- 
blent  par  leur  forme. 

LXV  I.  Dans  les  Herbes  qui  s'elevent  fi 
peu  ,  que  leurs  Feuilles  touchent  immediatement 
la  Surface  de  la  Terre  ,  ces  Feuilles  font  arran- 

gees 


DES  FEUILLES.   ///.  i)/f'w.      1S3 

gees  autour  du  Colet ,    ou  du  Pie  de  Ja  Flante  , 
en  maniere  d'Etoile  *,  dont  les  Rayons  font  plus  *^^- 
ou  moins  nombreux ,  fuivant  TEfpece.  Le  Plan-  ^k-  ^'^ 
tain  en  fournit  un  exemple. 

D'a  u  t  r  e  s  Herbes ,  comme  le  Bouillon  hlanc , 
ont  leurs  plus  grandes  &  plus  bafles  Feuilles  dilpo- 
fees  en  forme  d'Entonnoir.  La  Surface  flipe- 
rieure  eft  a  I'interieur.  Cet  Entonnoir  peut  ras- 
fenribler  I'Eau  des  Pluies ,  &  celle  des  Rofees  ; 
&  nous  avons  vu  (v.)  que  dans  Jes  Feuilles  du 
Bouillon  blanc ,  la  Surface  fuperieure  a  plus  .de 
difpofition  a  pomper  I'huraidite  que  n'en  a  celle 
qui  lui  eft  oppofee.  C'eft  par-tout ,  comme  on 
voit,  meme  Fin,  &  Moyens  analogues  (lv. ). 

LXVII.  Les  Fleurs,  ou  les  Fruits  en  Grappe^ 
ne  luivent  pas  toujours  Parrangement  des  Feuil- 
les. Les  difterens  Grains  qui  compofent  chaque 
Piramide  ,  ne  font  pas  conftamment  difpofes  au- 
tour de  la  Tige  qui  les  raflemble ,  comme  le  fonJ: 
les  Feuilles  fur  les.  Branches.  Nous  en  avons 
des  exemples  dans  la  Kigne ,  &  dans  le  Maron- 
nier  tflnde. 

Les  Feuilles  de  la  yigne  fuivent  exaftement 
le  premier  Ordre  (lvii.).  Les  Grains  du  Rai- 
p.n  font  diftribues  fur  la  Tige  de  la  Grappe  d'u- 
ne  maniere  irreguliere ,  &  qu'il  feroit  aftez  difti- 
cile  de  decrire.  J'en  ai  trouve  cependant  qui 
etoient  diftribues  les  uns  fuivant  le  fecond  Ordre, 
les  autres  fuivant  le  quatrieme,      Et  pour  etre 

plus 


i84    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

plus  fur  de  leurs  arrangemensje  me  fu'is  iur-tout 
attache  a  des  Kaifins  qui  n'etoient  encore  qu'en 
Fleurs.  Les  changemens  que  raccroiflement 
produit  5  &  ceux  qui  naiflent  de  mille  autres  cir- 
conftances ,  peuvent  deguifer  k  nos  yeux  la  veri- 
table diftribution  des  Grains. 

Les  Feuilles  du  Maronnier  d'^Inde  font  arran- 
gees  par  paires. ,  fuivant  le  fecond  Ordre  (lvii.). 
Les  Piramides  ,  que  compofent  les  Fleurs  de  cet 
Arbre ,  n'offrent  rien  de  plus  regulier ,  a  cet 
egard ,  que  les  Grappes  du  Kaijin. 

Il  n'en  efl:  pas  de  meme  des  Fleurs  du  Gi- 
rofier  &  de  celles  du  Lilac.  Elles  fuivent  aflez 
exaftement  I'Ordre  de  leurs  Feuilles. 

Le  Froment  ,  VOrge  cojn?nune  ,  le  Seigle  y 
VIvroye  ,  &  les  autres  Plantes  de  ce  genre  , 
ont  leurs  femences  difcribuees  comme  leurs  Feuil- 
les. 

Les  Fleurs  &  les  Fruits  tranfpirent  :  ils  par- 
ticipent  encore  au  benefice  des  Rofees  :  une  di- 
ftribution  pareille  k  celle  des  Feuilles ,  ne  leur 
etoit  pas  inutile  ;  mais  ils  n'y  exigeoient  pas  la 
meme  regularite. 

LXVIil.  Les  Epines  dont  plufieurs  efpeces 
de  Plantes  font  armees  ,  nous  ofFrent  dans  leurs 
diflributions  les  memes  varietes  que  les  Fleurs 
&  les  Fruits.  On  diftingue  les  Epines  en  Lig- 
ncu/£S  &  Corticalcs  :  celles  -  Ik  partent  du  Bois  , 
celles -ci  de  TEcorce.  11  m'a  paru  que  les  Epi- 
nes 


DES  FEUILLES.   Ill  Mem.      n$ 

nes  Ltigneufes  fuivent  le  meme  arrangement  que 
les  Feuilles  :  telles  font  celJes  du  Poirier  &  du 
Primkr  Sauvages,  qui  font  elles-meraes  de  petites 
Branches  :  telles  font  encore  celles  de  V  Acacia , 
&  de  VEpine  Vinette.  Les  Epines  Corticales  m'ont 
paru  diflribuees  d'une  maniere  tres  irreguliere , 
mais  dans  laquelle  j'ai  cru  appercevoir  quelque- 
fois  des  traces  du  cinquieme  Ordre  (lvi.  ).  Tel- 
les font  les  Epines  de  V Eglantier  &  de  la  Ronce. 

Les  Epines  Ligneufes  peuvent  fervir  de  de- 
fenfe  ou  d'appui  aux  Parties  qu'elles  avoifinent. 
]1  convenoit  qu'elles  obfervaflent  I'arrangement 
de  ces  Parties. 

LXIX.  Nous  ne  chercherons  point  dans  les 
Racines,  des  diftributions  femblables  a  celles  que 
nous  avons  admirees  dans  les  Feuilles :  elles  y 
ieroient  fuperflues.  Les  Racines  pompent  ,  ii 
efl  vrai  ■,  I'humidite ;  mais  ce  n'efl  pas  a  la  ma- 
niere des  Feuilles.  Les  Racines  habitent  un  au- 
tre Element.  Elles  ont  comme  les  Feuilles  des 
fonftions  qui  leur  font  propres,  &  qui  n'exigeoient 
pas  qu'elles  fuflent  diflribuees  fuivant  les  memes 
Ordres.  Quand  on  arrache  au  hazard  une  Plante 
fbit  Herbacee  ^  fbit  Ligneufe^  on  n'apperfoit  dans 
les  Racines  aucun  arrangement.  Elles  paroiflent 
fe  ramifier  ,  fe  divifer  &  fe  fbusdivifer  de  la 
maniere  la  plus  irreguliere.  J'ai  done  ete  tres 
agreablement  furpris  d'une  petite  decouverte  que 
le  Haricot  m'a  donne  lieu  de  faire.     J'avois  mis 

A  a  ger- 


3  86    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

germer  des  Feves  de  cette  Plante  fur  une  Eponge 

imbibee  d'Eau;  apres  que  le  Germe  eut  fait  un 

certain  progres  ,   je  remarquai  qu'il  partoit  de  la 

t.i'f"      Maitrerie  Racine  *  quatre  rangees  de  Radicule^  ^'5 

FiR  5-     pofees  exafternent  les  unes  au  delllis  des  autres, 

'''^'''''a  egales  diftances ,    fur  quaire  Lignes  paralleles, 

qui    partageoint    la  Maitrefle   Racine   fliivant   fa 

longueur  en  quatre  Segmens  egaux. 

Si  Ton  compare  cet  arrangement  avec  ceux 
qu'on  obferve  dans  les  Feuilles  ,  on  reconnoitra 
Gu'il  fiiit  une  regie  preci/ement  contraire  a  celle 
qui  determine  I'arrangement  de  ces  dernieres  (lv.). 
Les  Moyens  repondent  aux  Fins. 

Cette  Obfervation  nous  invite  a  chercher 
dans  les  Racines  de  toutes  les  Plantes,  un  arran- 
gement qu'on  y  avoit  meconnu  jusques  ici.  Et 
comme  les  Racines  changent  beaucoup  en  s'eten- 
dant  &  en  fe  ramifiant,  on  preferera  de  les  exa- 
miner peu  de  tems  apres  leur  naiflance,  en  fai- 
fant  germer  des  Graines  de  diiferentes  efpeces 
dans  des  Eponges  imbibees  d'Eau. 


£X- 


DES  FEUILLES.  Ill  Mem.      187 

EXPLICATION  DES  FIGURES 

DU   TROISIEME   ME  MO  I  RE. 
Planche     XX. 

LA  Figure  i .  reprefente  un  Jet  de  Coiidrier , 
dont  les  Feuilles  font  rangees  alternative- 
ment  fur  deux  Lignes  paralleles  &  oppofees  ;  en- 
fbrte  qu'une  Feuille  «,  placee  fur  la  droite ,  efl 
fuivie  immediatement  d'une  autre  Feuille  />,  pla- 
cee fur  la  gauche;  celle-ci  ,  d'une  troifieme  c, 
placee  fur  la  droite ;  cette  derniere ,  d'une  qua- 
trieme  d ^  placee  fur  la  gauche;  &c. 

La  Figure  2.  efl  celle  d'un  Jet  de  Lilac.  Les 
Feuilles  font  diflribuees  par  paires ,  qui  fe  croi- 
fent  k  Angles  droits:  les  Feuilles  ^,  /»,  croifent 
les  Feuilles  c  ,  d  ,  placees  immediatement  au 
deffus. 

La  Figure  3.  montre  un  Jet  de  Grenadier. 
Les  Feuilles  font  arrangees  trois  a  trois  autour 
de  la  Tige,  avec  cette  regularite  que  les  Feuil- 
les fuperieures  d,  e  ,  f,  repondent  aux  interval- 
les  qui  font  entre  les  Feuilles  inferfeures  a,  b^  c. 
On  nomme  ces  Feuilles  verticillees. 

La  Figure  4.  fait  voir  un  Jet  de  Primier. 
On  y  obferve  que  les  Feuilles  y  font  rangees  fur 
les  Angles  d'un  Fentagone,  comme  il  efl  define 

Aa  2  au 


i88     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

au  bas  de  la  Figure.  On  vok  que  fi  Ton  nom- 
me  I.  1' Angle  fur  lequel  eft  la  premiere  Feuille 
rt,  la  Feuille  la  plus  prochaine,  en  montant  a  droi- 
te  /»,  repondra  a  I'Angle  3  ;  la  fuivante  c  a  FAn- 
gle  5  ;  la  quatrieme  d  a  I'Angle  2  ;  la  cinquie- 
me  £? ,  a  I'Angle  4  ;  la  fixieme  f  reviendra  re- 
pondre  a  I'Angle  i ;  la  feptieme  g  a  I'Angle  3  j 
&c.      Voila  la  diflribution  en  Quinquonce. 

La  Figure  5'.  eft  un  Jet  de  Fin  ^  dont  je  vais 
decrire   la    diflribution    d'apres    Mr.    Calan- 
DRINI.      Les  Feuilles  montent  en  formant  trois 
Spirales,  qui  partent  de  trois  Angles  du  Triangle 
Equilateral ,  a,  b  ^  c ;  on  a  repreiente  en  entier 
les  Feuilies  de  la  premiere  Spirale  qui    part  da 
point  a  ;   on  n'a  reprefeme  que  k  Guaine  des 
Feuilles  de  la  feconde  Spirale  qui  part  du  point  e. 
Les  Feuilles  de  la  premiere  Spirale  a  font  ran- 
gees  fuivant  les  Angles  de  I'Heptagone  E ;  cel- 
ies  de  la  Spirale  b  repondent  aux  Angles  deJ'Hep- 
tagone  //,  &  celles  de  la  Spirale  c  aux  Angles 
de  I'Heptagone  L ;  ce  qui  fait  qu'elles  font  pla- 
cees  correlpondamment  aux  Angles  d'une  Figure 
a  21  cotes  J  on  a  nomme  cet  Ordre  des  Spira- 
les redouhlees.     Dans  d'autres  Plantes  q.u'on  peut 
rapporter  a  cet  Ordre  ,    le  nombre  des  Spirales 
peut   etre  different ;   dans  le   Sapin  il  y  a  cinq 
Spirales  ,   &  dans  chaque  Spirale  les  Feuilles  re- 
pondent a  un  Endecagone^ 

Plan- 


DES  FEUILLES.  Ill  Mm.      189 

P   L    A   N    C    H    E         XXI. 

LA  Figure  i.  montre  une  Tige  dc  Ronce  ^ 
le  long  de  laquelle  font  couchees  parallele- 
ment  cinq  Cannelures  i  ,  2 ,  3  ,  4 ,  5.  Sur 
ces  Cannelures  font  rangees  en  Quinquonce  les 
Feuilies  <? ,  /* ,  c^  d^  ^  •>  f-  L^s  Epines  dont 
cette  Tige  eft  armee,  font  diflribuees  fort  irregu- 
Jierement. 

La  Figure  2.  efl  la  Coupe  transverfale  de  cet- 
te Tige  vue  a  la  Loupe.  C'efi  un  veritable 
Pentagone  F  ,  les  Cannelures  en  compofent  les 
Angles. 

La  Figure  3.  reprefente  un  Jet  d'une  efpece 
^Ozier  d^un  rouge  brun ,  dont  les  Feuilies  infe- 
rieures  a^  /; ,  c  ^  d  ^  font  arrangees  par  paires  , 
&  dont  les  Feuilies  fuperieures  e^  fy  g ,  hy  z,  k, 
font  arrangees  en  Quinquonce. 

La  Figure  4.  eft  celle  d'un  Jet  ^ Ahrkotier. 
Elle  eft  deflinee  a  faire  voir  I'efpece  de  Spirale 
que  tracent  autour_  de  la  Tige  les  Feuilies  cor- 
refpondantes  a^  b^  c^  d^  e,  en  declinant  con- 
tinuellement  dans  le  meme  fens. 

La  Figure  5.  efl  une  Racine  d"^ Haricot ^  ftir 
laquelle  font  placees  a  diflances  egales  quatre 
rangees  de  Radicules  r,  r,  r,  r, 

Aa  3  Plan- 


ipo  RECHERCHES  SUR  L'USAGE,  &c, 

P   L   A    N    C   H    E       XXII. 

CETTE  Planche  reprefente  un  Jonc  qui  a 
cm  pres  d'un  Mur  A^  A.     iSes  Feuiiles 
f  ^  f-,/-,  ^  ^nt  toutes  arrangees  fur  Ja  meme 
Ligne  ;    &   cette  Ligne   regarde    le    plein  Air. 
P  font  les  Pennaches.     j'y  ai  ob(erve  des  diftri- 
butions  du  quatrieme  Ordre. 

Planche      XXIII. 

LA  Figure  i.  efl  un  Jonc  qui  a  cru  ifble.  Ses 
Feuiiles  font  exaftement  alternes. 
La  Figure  2.  reprefente  un  Pie  de  Plantain, 
dont  les  Feuiiles  forment  une  efpece  d'Etoile  a 
cinq  Rayons  ;    ce  qui   indique  que  les  Feuiiles 
de  cette  Plante  font  diflribuees  en  Quinconces. 


"iff 


RE- 


^^^  •*?.>  •«»^b<t^  ■^•&<^  i^  SD  SM  ■'OSao^  ■^B<^  -^ho-  ^KSOf 


RECHERCHES 

S    U    R 

L'USAGE    DES    FEUILLES 

DANS     L  E  S 

P    L    A    N    T    E    S. 

QUATRli:ME    MEMOIKE, 

De  quelqiics  fmgularitis  des  differcntes  parties 
des  k^lantes^  8?  principak?nmt  des  Fetiilles. 

LXX.  ^^^-^'^^^^ J  o  u  R  ne  pas  rompre  le  fil  des 
¥,  Tl  y^  Recherches  qui  ont  fait  I'ob- 
j^     X       ^'  jet  des  Memoires  precedens, 

x^^c-sfx^  J'^^  ^^^^''^  jusques  ici  a  par- 
Jer  de  quelques  Obiervations 
qui  fe  font  prefentees  fur  ma  route  ,   &  qui  me 
paroillent  meriter  d'etre  rapportees. 

Nous 


192     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Nous  I'avons  vu  (ix.)  :  les  Feuilies  fe 
divifent  en  fimples  &  en  compofees  :  les  Feuilies 
compofees  font  formees  de  plufieurs  Feuilies  ou 
Folioles  ,  qui  ont  chacune  un  court  Pedicule  qui 
s'implante  dans  le  Pedicule  commun  (*).    Le  Ro- 

*vu  II.  ^i^^  «  en  fournit  un  exempie.  Les  Feuilies 
fimples  font  exemptes  de  divifion.     TelJes  font 

fig'i/'   celles  de  la  Vis^m  *. 

Dans  les  Plantes  a  Feuiiles  compofees  les  Pe- 
dicules  commims  &  les  Pedicules  pnrticuUeys  fui- 
vent  differens  Ordres.  Dans  le  Fresne^  par  exem- 
pie ,  les  Pedicules  communs  font  places  fuivant  le 
fecond  Ordre  ( LVI. )  ,  &  les  Pedicules  particu- 
liers  fuivant  le  premier.  Dans  ? Acacia^  les  Pe- 
dicules communs  fuivent  le  quatrieme  Ordre :  les 

*  PL.  XII.  Pedicules  particuliers  font  difpofes  par  paires  *  , 
mais  qui  ne  fe  croifent  point.  Dans  le  Maron- 
nier ,  les  Pedicules  communs  font  ranges  confor- 
rnement  au  fecond  Ordre  ,  &  les  Folioles  font 
diflribuees  au  bout  de  ce  Pedicule  en  maniere 
d'Evenrail  ou  de  Main  ouverte. 

A  I'egard  de  la  Caufe  finale  de  ces  difirihutiom 
compofees^  elle  eft  la  meme  que  celle  des  diftribu' 
tions  fimples  ( LVi. ).  Elles  tendent  egalement  a 
empecher  que  les  Feuiiles  ne  fe  nuifent  les  unes 
aux  autres  dans  leurs  fonc^ions  (lv.). 

LXXT. 

(■*)  Quclqaefois  n^anmoins  les  Folioles  tiennent  imm^diacement 
ail  Pedicule  commun. 


DES  FEUILLES.  IV.  Mim.     193 

LXXI.  L'arrangement,  lenombre,la 
force  ,  &  les  proportions  des  Folioles  ofFrent 
bien  des  varietes  &  des  bizarreries  ,  non  feule- 
ment  dans  Je  meme  Individu ,  raais  encore  dans 
la  meme  Feuille.  Ces  varietes  font  beaucoup 
plus  frequentes  &  plus  nombreufes  dans  les 
Eipeces  Herbacees  ,  qu'elles  ne  le  font  dans  les 
Efpeces  Ligneufes.  Je  ne  parlerai  ici  que  de 
celies  que  j'ai  obfervees  dans  trois  a  quatre  efpe- 
ces d'Arbres  ,  ou  d'Arbrifleaux. 

L  E  Framhoijler  porte  des  Feuilles  qui  ont  de- 
puis  trois  jusques  a  cinq  Folioles  *'.     Deux  ouJ^^f(f 
quatre  *  de  ces  Folioles  font  difpofees  par  pai-  ''«■  ^• 
res  ;  la  troiiieme  ,  ou  ia  cinquieme       elt  placee  * « , 
feule  a  I'extremite  du  Pedicule  commun. 

Les  Folioles  de  la  feconde  Paire  *  font  tou-*c,  a, 
jours  plus  petites  ,    que  celies  de  la  premiere  *  * ''-  *> 
La  Foliole  de   I'extremite  *  egale   a  peu   pres*e> 
ces  dernieres  en  grandeur:  ce  que  celies -ci  ont 
de  plus  en  longueur  ,  I'autre  Ta  en  largeur. 

La  diflance  qui  efl  entre  les  Folioles  de  la  fe- 
conde Paire,  &  la  Foliole  de  rextremite,  eft  tou- 
jours  moindre  que  celle  qui  eft  entre  les  Folio- 
les de  cette  Paire,  &  celies  de  la  premiere.  Cet- 
te  Remarque  aura  bientot  fbn  utilite. 

Les  Feuilles  des  plus  petites  Branches ,  & 
celies  qui  font  a  I'extremite  des  plus  grands  Jets, 
n'ont  ordinairement  que  trois  Folioles. 

Mais  il  eft  ici   des  varietes   tres  remarqua- 

Bb  bles: 


194    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

bles :  elles  dependent  de  ce  que  plufieurs  Folioles 
fe  collent ,  ou  fe  greffem  les  unes  aux  autres , 
&  ne  forment  ainfi  qu'une  feule  Foliole. 

Dans  les  Feuilles  k  cinq  Folioles,  ce  font 
toujours  les  Folioles  de  la  feconde  Paire  qui  s'u- 
nilftnt  a  celle  de  I'extremite  du  Pedicule.  Laproxi- 
mite  qui  eft  entre  ces  Folioles ,  favorife  cette  union. 
•?Fig.2.c,  Tantot  il  n*y  a  qu'une  feule  Foliole  *  qui 
fe  greffe  a  celle  de  I'extremite  j  tantot  c'eft  la 
^^  Fig.  3.  Paire  entiere  *. 

Tantot  I'union  fe  fait  dans  toute  la  lon- 
gueur de  la  Foliole  ,  ou  des  Folioles  ;  tantot 
elle  ne  fe  fait  que  fur  la  moitie ,  le  quart ,  ou 
une  tres  petite  partie  de  cette  longueur. 

La  jondion  commence  toujours  a  I'origine 
du  Pedicule  particulier.      On  voit  ordinairement 
a  I'endroit  de  la  reunion ,  un  Pli ,  ou  une  efpece 
*F^s-  3-  d'Arrete  ^ 

On  peut  conje6lurer  avec  vraifemblance  ,  que 
cette  Greffe  finguliere  fe  fait  lorsque  la  Feuilie 
eft  encore  tres  tendre  ,  peut-etre  lorsqu'elle  eft 
encore  enveloppee  dans  le  Bouton ,  ou  du  moins 
lorsqu'elle  efl  fort  abreuvee  de  Sues.  Je  crois 
qu'il  ne  feroit  pas  impofllble  de  produire  par  art 
de  femblables  unions  ,  &  dans  des  Feuilles  de 
toute  efpece.  On  en  imagine  aflez  les  moyens. 
lis  confiftent  principalement  a  tenir  plufieurs 
Feuilles  collees  les  unes  aux  autres  pendant  un 
certain  efpace  de  terns. 

Le 


DES  FEUILLES.  IF.  Mm.     19J 

Le  Noyir  porte  des  Feuillcs  qui  ont  depuis 
Crois  jusques  a  onze  Folioles.  Les  Feuillcs 
placees  I'ur  les  plus  perites  Branches,  ou  k  j'ex- 
tremite  des  plus  grandes ,  n'onc  le  plus  fouvent 
que  trois  ou  cinq  Folioles. 

Les  Feuilles  de  cet  Arbre  offrent  plus  de  va- 
rietes ,  &  des  varietes  plus  conlidercrL>les ,  que 
n'en  offrent  les  Feuilles  du  Framhoijicr.  Voici 
un  precis  de  celles  que  j'ai  obfervees  ,  &  dont 
deux  Individus  feulemenc  m'onc  fourni  les  exam- 
ples. 

J'ai  vu  une  Feuille  a  cinq  Folioles  ,  dont  eel- 
le  de  I'extremite  etoit  plus  petite  que  les  autres, 
&  parfaitement  circulaire  (lxx.  ). 

J'ai  vu  d'autres  Feuilles ,  dont  les  Folioles 
tenoient  au  Pedicule  commun  ,  non  feulement 
par  un  court  Pedicule  ,  mais  encore  par  une  e(^ 
pece  de  Peau ,  ou  de  Membrane  ,  qui  donnoit 
h  ces  Folioles  une  figure  tres  irreguliere. 

J'ai  obferve  une  Feuille  qui  portoit  a  fbn  ex- 
tremite  deux  Folioles ,  dont  I'une  etoit  fort  e- 
chancree  d'un  cote. 

D'autres  Feuilles  m'ont  offert  des  Gref- 
fes  femblables  a  celles  des  Feuilles  du  Framboi- 
ftcr.  Mais  il  m'a  paru  qu'il  etoit  plus  difficile 
de  fuivre  ici  ces  abouchemens ,  &  qu'ils  y  for- 
moient  des  Touts  moins  reguliers  que  dans  le 
Framboijier. 

J'ai  vu  une  Feuille  dont  toutes  les  Folioles 

Bb  2  s'e- 


196    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

s'etoient  reunies.     Cette  FeuilJe ,  de  forme  tres 
bizarre ,    etoit    un  peu  pliflee  ;   &  fa  principale 
Nervure  ,   au  Jieu   d'etre  arrondie  ,    etoit  abfb- 
lument  platte  ,  &  fort  large. 
\  J'ai  obferve  une  Feuille  qui  n'avoit  que  deux 

Foiioles  ,  dont  une  etoit  fort  petite  ,  &  dont 
I'autre  etoit  fort  grande ,  &  de  forme  tres  irre- 
guliere. 

AssEZ  fbuvent  ,  les  Foiioles  ne  font  pas  di- 
flribuees  par  paires  (  lxx.  )  mais  alternativejnent y 
fuivant  le  premier  Ordre  (lvi.  ). 

Il  y  a  aulTi  beaucoup  de  varietes  k  Fegard  de 
la  grandeur  relative  des  Foiioles.  Ordinaire- 
ment  les  Foiioles  augmentent  de  grandeur ,  a 
mefure  qu'elles  font  plus  eloignees  de  i'origine 
du  Pedicule  commun.  Mais  les  Foiioles  des  ex- 
tremites  font  quelquefois  plus  petites  que  les  in- 
termediaires. 

Les   Feuilles  du  Jasmin   ont   ordinairement 

*  f's  4-  depuis  trois  jusques  a  fept  *  Foiioles. 

Ces  Feuilles  m'ont  ofFert  des  exemples  de 
presque  tomes  les  efpeces  de  varietes  ,  que  j'ai 
obfervees  dans  les  Feuilles  du  Noycr.  Elles  m'en 
ont  encore  ojffert  qui  leur  font  peut-etre  parti- 
culieres. 

QuELQ^UEFOis  on  ne  trouve  qu'une  feule 

*  Fig.  5-   Foliole  ,    la    ou  il  devroit  y  en   avoir  deux  *. 

D'autrefois  on  en  trouve  fix,  ou  il  devroit  n'y 

*  F's-  6.  efi  avoir  que  deux  *.     Dans  ce  dernier  cas ,  les 

Fo- 


DES  FEUILLES.  IV.  Mim.     197 

Folioles  furnumeraires   *,    au  lieu  de  fbrtir  dUp.y-^;^* 
Pedicule  commmi ,  fbrtent  du  Pedicule  particulier 
d'une  autre  Foliole. 

^  O  N  obferve  des  Feuilles  dom  les  Folioles , 
au  lieu  de  fe  terminer  en  pointe ,  comme  fe  ter- 
minent  les  folioles  de  I'Efpece,  affe^tent  au  con- 
traire  une  figure  ronde. 

On  voit  d'autres  Feuilles  dont  une  des  Paires 
eft:  formee  par  une  Foliole  de  forme  &  de 
grandeur  ordinaire  ,  &  par  une  Foliole  dont  la 
forme  &  les  proportions  font  precifement  les  me- 
mes  que  celles  de  la  Foliole  placee  a  I'extre- 
mite  du  Pedicule  commun. 

QuELQ^UEFOis  11  eft  uue  grande  portion 
du  Pedicule  commun  qui  demeure  denude  de 
Folioles  *.  *  Fig.  6. 

D'autrefois  la  Foliole  de  Fextremite  '^*i%X'e, 
eft  plus  petite ,  ou  auffi  petite  qu'aucune  des  au- 
tres  Folioles. 

0  N  trouve  des  Feuilles  dont  toutes  les  Folio- 
les partent  d'un  Centre  commun  ,  &  {e  difpofcnt 

en  main  ouverte  *.  ♦  rig.  a. 

1  E  ne  finirois  point  fi  je  voulois  indiquer  tou- 
tes les  irregularites  de  ce  genre  que  j'ai  eu  oc- 
cafion  d'obferver.  Elles  font  fi  communes  dans 
le  Jasmin  ,  qu'il  .fuffit  de  jetter  un  coup  d'oeil 

fur    cet    Arbufte ,    pour   en  decouvrir  un  grand  . 

nombre. 

TouTLS  ces  Feuilles,  dans  lesquelles  nous 
■  B  b  3  ve- 


jrjg    RECBERCHES  SUR  L'USAGE 

venons  d'oblerver  tant  de  varietes ,  peuvent  ^- 
tre  regardees  comme  de  veritables  Monfires  , 
dont  les  Efpeces  font  peut-etre  plus  diverfi- 
fiees  que  celles  que  nous  offre  le  Regne  Ani- 
mal, je  ne  crois  pas  pourtant  qu'il  foit  befbin 
de  recourir  a  I'Hypothefe  des  Gerrnes  originai- 
rement  monftrueux,  pour  rendre  raifbn  des  Mon- 
fires dont  il  s'agit.  Leur  formation  eft  due  k 
d'autres  caufes  qu'il  n'eft  pas  difficile  de  pene- 
trer.  Nous  les  trouvons  ,  fbit  dans  les  deran- 
gemens  furvenus  a  la  marche  du  Sue  nourricier; 
ibit  dans  le  plus  ou  le  moins  d'abondance  avec 
laquelle  il  eft  porte  a  queiques  parties  ;  (bit  dans 
line  trop  forte  compreftion  de  certains  Vailleaux; 
{bit  dans  d'autres  accidens  du  meme  genre  ,  ou 
de  genres  dilFerens. 

J'ai  encore  obferve  les  Feuilles  du  Fresne  ^ 
&  celles  de  V  Acacia.  Mais  elles  ne  m'ont  ofFert 
que  queiques  varietes  peu  confiderables. 

LXXil.    Les  Feuilles  du   Chou-fleur  offrent 

une    efpece  de   Monftre     beaucoup  plus    fingu- 

jiere  que  celles  dont  je  viens  de  faire  mention. 

\^y      Du  deflus  *  ,  &  de  la  principale  Nervure  "*  d'u- 

Fig^i.  s.  ne  Feuille  ,  s'eleve  une  Tige  cylindrique  *  qui 

*  T.        porte  a  fbn  fbmmet  un  bouquet  de  Feuilles.  La 

forme  de  ces   Feuilles  eft   extremement  remar- 
quable  ;    elle   imite  parfaitement  celle  d'un  Cor- 

*  c,  c,  net  *.   La  Surface  inferieure ,  aifee  a  reconnoitre 
'''''''   ^  (a  couleur  &  au  relief  de  fes  Nervures ,   for- 
me 


DES  FEUILLES.  IK  Mem.     199 

me  I'Exterieur  du  Cornet,  dont  les  Bords   font 
denteles.     Quelques-uns  de  ces  Cornets  ont  u- 
ne  efp^ce  de  Bee  *j   leur  ouverture  eft  ellipti-*  i',  i. 
que  *j  je  veux  dire  qu'au  lieu  d'etre  dans  un*o. 
rlan  parallele  a  THorizon,  elle  eft  dans  un  Plan 
qui  lui  eft   incline.     D'autres   Cornets    ont   leur 
ouverture  a  peu  pres  circulaire   *.     La  grandeur  *<:,  c,  *, 
des  Cornets  varie  beaucoup  :    il    en  eft  qui  ont 
environ  un  Pouce  d'ouverture ,   fur  un  Pouce  & 
demi  de  hauteur  *.     D'autres  font  fi  petits,  qu'ils*  c,  a 
ne   paroi/Ient    que   comme   des    tetes   d'Epingles 
mediocres ,    portees  fur  une  Tige  aflez   courte 
&  cylindrique  "*.      Examines  de  fort  pres ,   on  *  e. 
apper^oit  au  Centre  un  enfoncement,  qui  indique 
qu'ils  ont  eflentiellement  en  petit  la  meme  for- 
me que  les  autres  ont  plus  en  grand.     Ces  tres 
petits  Cornets  partent  de  la  principale  Nervure  **»^ 
d'un  autre  Cornet.     On  decouvre  ^a  &  la  des 
Appendices  *  de  forme  irreguliere ,  quelquefois  *  ">  «- 
approchantes  de  celles  d'un  Cornet ,  qui  adherent 
a  la  principale  Tige  ,  ou  a  quelques-uns  des  plus 
grands  Cornets.     Tout  cet  aflemblage  a  aflez  de 
Pair   de  ces   Produ6tions   marines  du  genre  des 
Polypiers. 

Ces  Monftres  font  plus  communs  que  Je  ne 
Pavoit  penfe.  Une  feule  Planche  de  Choiix-fleurs 
m'en  a  fourni  plus  d'un  exemple.  Quelquefois 
je  n'ai  vu  qu'un  feul  Cornet  de  mediocre  gran- 
deur &  bien  termine.     D'^autrefois  j'en  ai  obierve 

une 


2C0     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

une  multitude  de  tres  petits ,  qui  partoient  d'une 
Tige  commune ,  &  dont  plufieurs  etoient  aflez 
mal  fa^onnes.  Mais  ce  qui  n'a  que  peu  ou  point 
varie ,  c'efl:  Ja  pofition  de  ces  Feuilles  mon- 
flrueufes.  Je  les  ai  toujours  trouvees  vers  I'ex- 
tremite  de  la  principale  Nervure,  &  fur  le  defllis 
de  la  Feuille. 

D'ou'  precede  cette  ef{:)ece  de  Monftre  ? 
Pourquoi  ces  Feuilles  fingulieres  affeclent  -  elles 
la  forme  d'Entonnoir  ?  d'ou  vient  qu'elles  nais- 
fent  de  la  principale  Nervure  ,  &  fur  la  Surface 
fuperieure  ?  je  n'entreprendrai  point  de  Texpli- 
quer. 

LXLIIf.  Nous  venons  de  voir  des  Feuilles 
de  I'lnterieur  desquelles  naifient  d'autres  Feuilles. 
Les  Fleurs  nous  montrent  un  femblable  Pheno- 
mene.  il  n'efl:  pas  rare  de  voir  des  Fleurs  de 
KenoncuJes  ,  du  milieu  desquelles  fort  une  Tige 
qui  porte  une  autre  Fleur.  Cette  efpcce  de 
Monilre  m'a  paru  aflez  frequente  fur  les  Rojiers, 
dans  certaines  annees  chaudes  &  pluvieufes.  J'ai 
l^"  vu  une  Role  *  du  Centre  de  laquelle  partoit  une 
Fig  2,  R,  Tige  *  quarree  ,  blanchktre  ,  tendre  &  fans  e- 
pines  ,    qui  portoit  a  fbn  fbmmet  deux  Boutons 

*  ^'  ^'  a  Fleurs  *  ,    oppofes  I'un   a  I'autre  ,    &   abfblu- 

ment  depourvus  de  Calice.     Un   peu  au   deflus 

*  ^ '      de  ces  Boutons  fbrtoit  un  Petale  * ,   de  forme 

aflez  irreguliere.     On  obfervoit  fur  la  Tige  epi- 

*  ^'       neu(e   o^i'i  portoic  la  Rofe  ,   une  Feuille  *  qui 

dif- 


DES  FEUILLES.   i/^.  ;^B;;.      201 

difTeroit  beaucoup  de  celles  qui  font  propres  au 
Rofier.  Elle  etoit  en  Trefle  ,  &  fbn  Pedicule 
etoit  large  &  plat. 

LXXl V.  O  N  obferve  dans  les  Fruits  a  Pepin 
des  Monftres  analogues  a  ceux  qu'offrent  les  Fleurs 
de  la  Remncule ,  &  celles  du  Rofier.  J'ai  vu  u- 
ne  Poire  *  ,  de  I'Oeil  de  laquelle  fbrtoit  une  J^J;- 
Touffe  *  de  treize  a  quatorze  Feuilles  tres  bien  ^^s- 1-  p- 
conformees ,  &  dont  plufieurs  avoient  leur  gran- 
deur naturelle. 

J'ai  vu  une  autre  Poire  *  qui  donnolt  naillan- *Fig.2.^, 
ce  a  une  Tige  ^  ligneufe  ,  &  nouee  "* ,  dont  le  *  ^' 
fbmmet  portoit  une  feconde   Poire  *  ,    un   peu  ♦  fi' 
plus  grolle  que  la  premiere.     La  Tige  avoit  ap- 
paremment  fleuri ,  &  le  Fruit  avoit  noue. 

LXXV.  Je  ne  fais  fi  Ton  doit  mettre  au  rang 
des  Monftres  une  Plante  de  Froment ,  d'un  feul 
Tuyau ,  de  Tun  des  Noeuds  duquel  fbrtoit  un  fe- 
cond  Tuyau,  qui  portoit  a  fbn  extremite  un  Epi 
^Tvroye.  Le  Tuyau  commun  fe  prolongeoit , 
&  fe  terminoit  par  un  Epi  de  Froment.  Mr. 
Calandrini  ai'ant  difleque  ces  deux  Tuyaux 
k  Tendroit  de  leur  infertion  ,  a  trouve  leurs 
Membranes  parfaitement  continues, 

VoiLA  un  argument  bien  fort  en  faveur  de 
ceux  qui  adm.ettent  la  degeneration  du  Ble  en 
Yvroye.  Mais  ne  feroit-ce  point  ici  une  efpe- 
ce  de  Greffe  ,  une  GrefTe  par  approche  ?  Plus 
on  rcilechit  fur  la  Loi  des  Generations ;  plus  on 

Cc  ttu- 


202     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

etudie  les  cara6leres  qui  differencient  les  Efpe- 
ces  ,  &  moins  on  eft  difpofe  a  croire  qu'une  Plan- 
te  puifle  devenir  une  autre  Plante.  Les  Phyfi- 
ciens ,  &  fur-tout  les  Botanifles,  nous  ont  indi- 
que  bien  des  cara6teres  qui  diflinguent  le  Ble 
de  I'Yvroye:  la  couleur  des  Feuilles  &  celle  de 
la  Tige  ,  leur  tifTu  ,  Tarrangement  refpedtif  des 
Grains ,  leur  ftrufture  ,  la  qualite  de  la  Farine 
qui  y  efl  renfermee  ,  les  proportions  relati- 
ves des  Parties  leur  en  ont  fourni  de  tres  mar- 
ques. A  ces  carafteres  j'en  joindrai  un  autre  ,  que 
je  ne  fache  pas  qu'on  ait  decouvert.  J'avois  fe- 
me a  part  dans  une  Caifle  divifee  par  Comparti- 
mens  ,  un  certain  nombre  de  Grains  de  Ble  & 
d'Yvroye.  Quand  les  Plantes  eurent  poufle  leurs 
deux  premieres  Feuilles ,  j'en  arrachai  quelques- 

*  Fig.  3  4.  unes.   Toutes  montroient  a  leur  Collet  le  Grain  * 
^'  ^'      dont  elles  etoient  forties  ,   ou   pour  parler  plus 

exaftement ,  les  Enveloppes  de  ce  Grain.     Les 

*  Fig  3- f- Tiges  *  du  Ble  etoient  plus  grofles  vers  ces  En- 

veloppes ,  que  pres  de  I'origine  des  Feuilles.     II 
fortoit  au  deflbus  du  Collet  un  grand  nombre  de 

*  a,       petites  Racines  *      Dans  les  Plantes  d'Yvroye  "* 

'^'^'  tout  etoit   autrement  ordonne.      On  voyoit  s'e- 

*  t,       lever  des  Enveloppes  du  Grain,  une  Tige  *  droi- 

te  5  efElee  ,  &  d'un  blanc  argente ,  au  delTus  de 

*  b,       laquelle  fbrtoient  de  petites  Racines  *  inclinees  en 
'*  r,       embas.   La  Tige  *  augmentoit  fubitement  de  gros- 

feur  immediatementaudefTus  de  ces  Racines.  D'au- 

tres 


DES  FEUILLES.  IV.  Mem.     203 

tres  Racines * partoient  comme  a  I'ordinaire ,  de  I'ex-  *  ** • 
tremite  inferieure  du  Grain ,  ou  de  fes  environs. 

J'ai  repece  cette  Gbfervation  un  grand  nom- 
bre  de  fois  ,  •  &  j'ai  vu  conflamment  la  meme 
particularite. 

Ce  feroit  une  Experience  curieufe  que  d'ele- 
ver  une  fuite  de  generations  d'Yvroye  dans  une 
Terre  k  Froment ,  que  Ton  cultiveroic  chaque 
annee  avec  plus  de  fbin.  On  verroit  fi  I'Yvroye 
parviendroit  par-la  a  fe  rapprocher  infenfiblement 
du  Bie.  11  faudroit  encore  tenter  la  meme  Ex- 
perience fur  les  Gramens ,  qui  reflemblent  le  plus 
aux  diverfes  efpeces  de  Grains  dont  nous  tirons 
notre  fubfiftance ,  ou  dont  les  Animaux  domefli- 
ques  fe  nourrifTent. 

LXXVI.  Beaucoup  d'efpeces  de  Plantes 
ont  de  trois  fortes  de  Feuilles ,  non  compris  ces 
Feuilles  qui  ne  font  que  Texpanfion  des  Lobes 
de  la  Semence.  Elles  ont  les  Feuilles  jemina- 
les  ,  qu'on  pourroit  nommer  les  Feuilles  de  r En- 
fance  ;  les  Feuilles  par  lesquelles  la  Plante  eft  la 
plus  connue,  &  qu'on  pourroit  nommer  les  Feuil- 
les caraderijiiques  *  ,  ou  les  Feuilles  de  VAdo-  ^^iv 
lefccnce  ;  les  Feuilles  qui  accorapagnent  les  Fleurs  ^'s- y- 
ou  les  Graines  ,  &  qu'on  pourroit  appeller  les 
Feuilles  de  ^ ^ige  miir  *.  *  Fig.  12. 

La  difference  qui  efl  entre  les  Feuilles  Jemi- 
nales  ,  &  les  autres  Feuilles,  efl  tres  frappante. 
Elles  font  fbuvent   plus  charnues   &  d'un  verd 

Cc  2  plus 


204    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

plus  fonce.  Elles  font  ordinairement  tres  Iifles  , 
leurs  Fibres  ont  peu  de  relief,  &  leurs  Bords  ne 
font  pas  denteles  ,  ou  le  font  irregulierement. 
heBIenoir,  le  Cbou,  Stc.  fournifient  des  exem- 
ples  de  cette  efpece  de  Feuilles. 

Les  Feuilles  de  la  troifieme  Efpece  different 
presque  autant  des  Feuilles  caratlerijiiques ,  qu6 
celles-ci  different  des  Feuilles  feminales.  Les 
Feuilles  dont  je  veux  parler ,  font  ordinairement 

*  Fig.  ii-fimples  "* ,    allongees  ,    &  etroites.     Les  Feuilles 

*  Fis-  9-   cara^erijliques  *  ,    au  contraire  ,    font  compofees  ; 

elles  ont  quelquefois  depuis  trois ,  jusques  a  neuf 
Folioles ;  ou  bien  ces  Feuilles  font  decoupees  de 
diverfes  fa^ons ,  ou  profondement  dentelees.  Le 
Cbanvre  ,  V Abfyntke  ,  le  Pie  d\41ouette  ,  &c. 
nous  offrent  des  exemples  de  cette  fingularite. 

J'ai  remarque  5  (lx.  )  que  dans  les  Plantes 
qui  appartiennent  au  troifieme  Ordre  ,  ou  dont 
les  Feuilles  font  diflribuees  au  Tour  des  Bran- 
ches ,  comme  le  font  les  Rayons  d'une  Roue  au 
Tour  du  Moyeu  (lvi.  ),  le  nombre  des  Feuil- 
les augmente  ou  diminue  ,  fuivant  que  les  Bran- 
ches ont  plus  ou  moins  de  grofieur  (lx.).  J'ai 
fait  une  femblable  Obfervation  fur  les  Plantes  a 
Feuilles  compofees  (lxxi.).  L'efpece  de  Feuille 
dont  il  s'agit  aftuellement ,  paroit  etre  une  fuite 
de  la  meme  Loi.  II  y  auroit  cependant  lieu  de 
douter  fi  cette  efpece  de  Feuille  ne  feroit  point 
une  FeuiJIe  ordinaire ,  raais  qui  n'auroit  pu  ache- 

ver- 


DES  FEUILLES.   ir.  Mem,     205 

ver  de  fe  developper.  Les  Traits  imparfaits  de 
rellemblance  qu'on  obferve  entre  cette  Feuille 
&  celles  de  la  feconde  Efpece  ,  femblent  favo- 
rifer  ce  (bup^on. 

LXXVII.  Il  eft  des  Feuilles  dont  Jes  prin- 
cipales  fonftions  font  moins  de  pomper  I'humi- 
dite  ,  &  d'aider  a  Tevaporation  des  humeurs  fu- 
perflues  (xvi.),  que  de  preparer  le  Sue  nourri- 
cier ,  &  de  fournir  peut-etre  de  leur  propre  fub- 
ftance,  une  nourriture  convenable  a  la  petite  Ti- 
ge  qu'elles  renferment.  La  Pomme  du  Chou  en 
.eft  un  exemple  extremement  remarquable.  La 
forme  de  fes  Feuilles,  leur  epaifteur,  la  maniere 
dont  elles  font  preflees  ,  &  arrangees  les  unes 
fur  les  autres  ,  leur  deperiflement  lorsque  la  Tige 
qu'elles  nourriflbient  a  acheve  de  fe  developper  , 
perfijadent  facilement  qu'il  en  eft  de  cette  Pom- 
me ,  comme  de  certains  Oignons  ,  qui  s'epuifent 
pour  fournir  au  developpement  de  la  Tige  placee 
a  leur  centre.  Si  Ton  met  une  Pomme  de  Chou 
fur  un  Vafe  plein  d'Eau  ,  il  fbrtira  du  Tronfon 
beaucoup  de  Racines  ;  la  petite  Tige  paroitra 
bientotj  elle  montera  &  fleurira  comme  elle  au- 
roit  fait  en  pleine  Terre. 

LXXVIII.  LoRSQ_UE  j'ai  donne  dans  men 
premier  Memoire  (v.),  les  Refultats  des  Expe- 
riences que  j'ai  faites  fur  les  Feuilles  des  Herbes, 
j'ai  annonce  THiftoire  de  quelques  Feuilles  ,  dont 
Textremite  du  Pedicule  plongeoit  dans  des  Vafes 

Cc  3  pleins 


W 


2c6    RECMERCHES  SUR  L'USAGE 

pl.cins  d'Eau.      C'efl  ici  le  lieu  de  parler  de  ces 
Feuilles. 

Je  dirai  done  qu'elles  ont  poufle  des  Racines, 
&  qu'elles  font  devenues  de  veritables  Plantes. 
Le  Haricot ,  le  Cbou  ,  la  Belle  de  Niiit ,  &  la 
Melifje  font  les  Efpeces  qui  m'ont  ofFert  cette 
fins;u!arite. 

o 

Les  Feuilles  du  Haricot  ont  commence  afai- 
re  des  Racines  dix  a  douze  jours  apres  avoir  ete 
plongees  dans  I'Eau.  Ces  Racines  font  forties 
de  presque  tons  les  points  de  la  Surface  du  Pe- 
dicule.  Elles  etoient  nombreufes,  afTez  longues, 
fimples,  &  tres  blanches. 

Il  y  avoit  lieu  de  s'attendre  que  des  Feuilles 
fi  enracinees  vivroient  longtems.  Cependant  el- 
les ont  pafle  au  bout  d'environ  une  femaine.  J'ai 
efTaye  d'en  tranfplanter  dans  des  Vafes  pleins  d'u- 
ne  Terre  preparee  ,  mais  elles  n'y  ont  fait  au- 
cun  progres. 

Les  Feuilles  du  Haricot  a  Bouquets  incarnats ^ 
plongees  dans  I'Eau  par  leur  Pedicule ,  y  ont  fait  auffi 
des  Racines ,  mais  feulement  a  I'extremite  infe- 
*y^^\^  rieure  de  ce  dernier.  Une  Feuille  *  de  cette  Ef^ 
pece  mile  en  Experience  flir  la  fin  d'Aout,  avoit 
poufle  le  24.  de  Septembre  ,  plufieurs  Racines, 
dont  une  avoit  environ  trois  pouces  de  longueur. 
Cette  Racine  a  cru  de  6  Lignes ,  dans  Tefpace 
de  24  heures  ;  le  Thermometre  de  Mr.  de 
Reaumur  etant  a  18  degres.     Le  14.  d'Oc- 

to- 


DES  FEUILLES.  IF,  Mem.     207 

tobre ,  la  maitrefle  Racine  *"  s'etoit  fort  prolon-  *  ^ 
gee;  de  petites  Racines  en  fbrtoient  de  tous  co- 
tes. D'autres  Racines ,  du  nombre  des  principa- 
les,  montroient  a  leur  extremite  un  renflement  *.  *  »■>  »"> 
J'ai  fait  alors  delTiner  la  Feuille.  Elle  n'a  pas 
fait  depuis  de  progres  fenfible  ;  &  vers  le  com- 
mencement de  Decembre,  elle  a  perdu  fes  Folio- 
les.  J'avois  pourtant  jette  dans  le  Vafe,  de  la 
Terre  de  Jardin  tres  divifee  ,  &  qui  a  rendu  I'Eau 
fort  trouble.  Je  tacherai  de  conferver  de  fem- 
blables  Feuiiles  pendant  I'Hyver,  &  jusqu'au  re- 
tour  du  Printems ,  pour  (avoir  fi  elles  ne  poufle- 
ront  point  alors  des  Boutons  a  Feuiiles  ,  &  en- 
fuite  des  Boutons  a  Fleurs. 

A  I'egard  des  Feuiiles  de  Chou  ,  dont  le  Pe- 
dicule  a  ete  plonge  dans  TEau  (v.),  elles  ont 
commence  le  25.  de  Septembre  ("*)  a  poufler 
des  Racines,  de  I'extremite  de  celui-ci,  (bit  en 
dedans  de  la  Coupe  ,  (bit  en  dehors.  11  en  a  pa- 
ru  de  nouvelles  de  jour  en  jour  ;  &  toutes  ces 
Racines  /e  font  divifees  &  fbusdivifees  au  point  de 
remplir  la  capacite  du  Vafe. 

]e  n'ai  plus  doute  apres  cela  de  la  verite  des 
Experiences  d'Agricola  (t)  fur  la  multiplication 
des  Plantes  par  leurs  Feuiiles.  Et  j'en  ai  ete 
encore  plus  convaincu ,  lorsquV/ant  plonge  dans 

TEau 

(*)  C'efl-a-dire  ,  23.  jours  opres  avoir  ete  mifes  en  EspevicDCc. 
( t )  V Agriculture  parfaite. 


2oS    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

I'Eau  parleur  Pedicule,  d'autres  Feuilles  de  Chou, 
je  les  ai  vu  y  prendre  Racines. 

Une  des  Feuilles  de  Belle  de  Mutc^m  ont 
ete  plongees  dans  I'Eau  par  leur  Pedicule  (v), 
a  commence  a  prendre  Racine  dans  Je  meme 
terns  que  celles  du  Cbou,  Cette  Racine  etoit 
tres  blanche  ,  fort  unie  ,  &  de  I'epaifleur  d'un 
gros  Fil.  Elle  efl  fbrtie  de  Textremite  du  Pe- 
dicule &  du  bord  interieur  de  la  Coupe. 

Ai  ANT  mefure  cette  Racine  exadement,  j'ai 
trouve  qu'elle  s'efl  prolongee  de  3  Lignes  dans 
Fefpace  d'environ  douze  heures. 

Deux  jours  apres  ,  fa  longueur  alloit  a  2 
Pouces.  Elle  ne  fit  depuis  aucun  progres-  &  le 
20.  d'06lobre  la  Feuille  avoit  palTe. 

La  Meliffe  ne  m'aVant  rien  ofFert  de  plus  par- 
tic  ulier  que  la  Belle  de  Nttit  ,  je  ne  m'y  arretai 
pas  (v). 

AvANT  que  j'eufie  fait  les  Experiences  que 
je  viens  de  rapporter  ,  j'avois  tente  de  faire  des 
Boutures  de  Feuilles  dans  de  la  Terre  preparee. 
le  m'etois  fixe  ,  pour  cet  effet  ,  aux  Feuilles 
des  Plantes  qui  ont  le  plus  de  difpofitions  a  reve- 
nir  de  Bouture  ;  comme  la  J^igne ,  le  Coiidrier, 
\e  Gro/ci/kr  y  VOfier^  {2.  Girqflee^  VOcillet :  j'a- 
vois fait  a  plufieurs  de  ces  Feuilles,  des  incifions 
le  long  des  principales  Nervures;  &  j'avois  eu  loin 
de  tenir  les  unes  &  les  autres  dans  un  lieu  frais; 
niais  aucune  de  ces  Feuilles  ne  poufia  des  Racines. 


DES  FEUILLES.   IV.  M6m.     209 

Je  conje6lure  qu'afin  que  ces  fortes  de  Bou- 
tures  reulTilIent,  on  doit  ies  faire  dans  TEau,  & 
les  tranlplanter  enfuite  dans  la  I'erre. 

On  pourroit  fe  fervir  ici  des  moyens  inge- 
nieux  que  Mr.  du  Hamel  a  mis  en  oeuvre 
fi  heureufement  fur  Ies  autres  efpeces  de  Bou- 
ture ,  &  qui  font  expofes  dans  les  Memoires  de 
l'Academie  Royale  des  Sciences,  pour 
I'annee  1744.  ^'^  paroiflent  plus  fimples  &  plus 
fjjrs  que  ceux  d'AcRicoLA. 

A  u  refte  fi  les  Feuilles  des  Plantes  Herbacees 
ont  plus  de  difpofition  a  poufler  des  Racines  que 
n'en  ont  celles  des  Plantes  Ln  nc.iifes  ,  il  faut  ap- 
paremment  i'attribuer  a  la  delicatefle  de  leur 
Tiflu ,  qui  favorife  Feruption  des  Germes  caches 
(bus  la  premiere  Enveloppe  du  Pedicule. 

LXXIX.  Il  furvlent  _aux  Plantes  qu'on  ele- 
ve  dans  des  lieux  renfermes ,  une  alteration  tres 
remarquable  :  on  la  nomme  EttioJcnient.  On  dit 
en  terme  de  Jardinage  ,  qu'une  Flante  ^ Ettiole^ 
quand  elle  poufle  des  Tiges  longues  ,  effilees  ,  * 
d'un  Blan  eclattant,  terminees  par  de  tres  petites 
Feuilles,  afTeZ  mal  fa^onnees,  d'un  Verd  pale. 
]'ai  cherche  a  decouvrir  la  caufe  de  cette  altera- 
tion. J'ai  voulu  m'afTurer  fi  c'q^  au  defaut  d'air, 
de  chaleur,  ou  de  lumiere  qu'on  doit  I'attribuer. 
.,.  Pour  cet  efTet,  j'ai  feme  vers  la  mi-Sep- 
tembre ,  trois  Pois ,  I'un  a.  I'ordinaire ,  I'autre  fbus 
.  un  XiJy^'U  de  verre  *  enfonce  en  terre  par  une  *  pl. 

v,  -  Y\A  ^1     XXVIII. 

3fioi    -  ■L' a  cie  lig.  2.  r 


2IO     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

de  fes  extremites ,   &  fcelle  par  Pautre  avec  un 

*  ^'       Bouchon  *  de  liege ;  le  troifieme  Pois  a  ete  fe- 
♦i''3-3-B  ixie  fous  une  petite  Boete  *,  d'un  bois  de  Sapin  tres 

mince  ,  longue  &  ailez  etroite  ,  enfoncee  de 
meme  dans  la  terre  par  un  de  fes  bouts ,  &  fiir- 

*  ^        monte  a  Pautre  d'un  Couvercle  *  du  meme  bois 

qui  la  fermoit  exaftement.  L'expofition  du  lieu 
etoit  au  Nord-Eft. 

SuR  la  fin  d'06tobre,  j'ai  compare  Petat  des 

Plantes  provenues  de  ces  trois  Pois,  &  je  Jes  ai 

♦Fig- 2-^ fait  defliner.     La  Plante  *  qui  avoit  cru  dans  le 

Tuyau  de  verre ,  etoit  a  peu  pres  telle  que  cel- 

*  Fig- 1-  le* qui  avoit  cru  naturellement;  elle  etoit  feulement 

*  Fig.  3-  un  peu  plus  petite.     La  Plante  *  qui  avoit  cru 

dans  la  Boete,  etoit  extremeraent  ettiolee.     Elle 

*  ^        avoit  poufle  uneTige  *  Tort  longue,  fort  efElee, 

d'un  Blan  tres  eclattant ,  qui  portoit  a  fes  extre- 

*  F>  p,   mites  de  tres  petites  Feuilles  *  d'un  Verd  ten- 

dre ,  dont  on  avoit  de  la  peine  a  reconnoitre  la 
forme. 

La  Terre  ou  ont  cru  ces  trois  Plantes,  etoit 
precifement  la  meme.  Un  Thermometre  aiant 
ete  renferme  dans  la  Boete ,  la  Liqueur  s'y  eft 
tenue  auffi  haut  que  celle  d'un  autre  Thermo- 
metre place  immediatement  a  cote  &  en  plein 
Air. 

]'ai  repete  cette  Experience  avec  le  meme 
fucces  ,  fur  le  Haricot.  Les  Plantes  qui  ont  cru 
dans  des  Tuyaux  de  verre  bien  bouchies  ,   ne  s'y 

font  • 


DES  FEUILLES.  IV.  Mm.     211 

font  point  ettiolees ;  elles  font  demeurees  feule- 
ment  plus  petites  que  les  Plantes  qui  ont  cm  en 
plein  Air,  Celles-ci  ont  pu  s'etendre  en  liberte; 
celles-Ia  ont  ete  genees  par  les  Parois  des  Tu- 
bes. Les  Plantes  qui  ont  pris  naiflance  dans  des 
Boetes ,  fe  font  au  contraire  fort  ettiolees.  11  en 
a  ete  de  meme  de  celles  qui  ont  cru  dans  des 
Tubes  renfermes  dans  des  Etuis  d'un  hois  mince. 

J'ai  enleve  entierement  un  des  Pans  d'une 
Boete  ■*  quarree  j  je  Pai  remp\a.c6  par  un  Verre^^[- 
fort  transparent  ,  tourne  direftement  vers  le  tig.  i*' 
Nord  ,  afin  que  le  Soleil  ne  donnat  point  dans 
rjnterieur  de  la  Boete.  Les  Plantes  qui  ont  ete 
mifes  ainfi  en  Experience ,  ne  fe  font  pojnt  et- 
tiolees. 

J'ai  introduit  au  mois  d'Avril ,  un  Bouton  de 
Vigne  dans  un  Tuyau  de  fer  blanc  long  d'envi- 
ron  trois  pies ,  &  d'un  pouce  de  diametre  ,  pla- 
ce perpendiculairement.  J'ai  enveloppe  ce  Tuyau 
de  Moufie ,  pour  le  garantir  de  la  trop  forte  im- 
prelTion  du  Soleil ,  qui  auroit  pu  I'echaufFer  au 
point  d'incommoder  la  Plante  que  j'y  voulois  e- 
lever.  J'ai  laifle  le  bout  fuperieur  ouvert.  Cinq 
k  fix  femaines  apres ,  aVant  enleve  le  Tuyau  , 
j'ai  vu  une  Tige  fort  droite ,  d'un  Blan  tres  vif, 
&  qui  portoit  k  Con  extremite  des  Feuilles  d"'une 
extreme  petitefTe ,  &  d'un  Verd  jaun^tre.  J'ai 
eflaye  de  Planter  cette  Tige  dans  la  Moufie;  elle 
a  bientot  noirci  ,  &  s'cfl  enfuite  deflechee. 

Dd  2  Ces 


212     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Ces  Experiences  ne  femblent-elles  pas  infi- 
nuer  que  la  Lumiere  eft  ici  le  principal  Agent  ? 
On  a  penfe  qu'elle  coloroit  les  Fruits.     En  exa- 
minant    le  cote    inferieur   de    piufieurs   Jets    de 
Ronces  horizontaux,  j'ai  remarque  qu'il  etoit  de 
couleur  blanchatre ,  tandis  que  le  cote  (uperieur 
plus  expofe  a  la  Lumiere,  etoit  de  couleur  brune. 
Mais  comment   la  privation  de  la  Lumiere 
empeche-t-elle  le   developpement   des   Feuilles, 
&  prolonge-t-elle  excefTivement  les  Tiges  ?   II 
eft  bien  manifefte,   que  ce  prolongement  exceftif 
provient  de  Fexces  de  duclilite  des  Fibres  de  la 
Tige,      Ces   Fibres   confervent    trop    longtems 
le  degre  de  fbuplefte  qui  leur  permet  de  s'eten- 
dre  ;   elles  s'endurciftent  trop  tard.      Or  la  cha- 
leur,  &  fur-tout  la  chaleur  direfle  du  Soleil  (liii.) 
paroit  d'abord  devoir  etre  I'unique ,  ou  du  moins 
le  principal  Agent  de  cet  endurciflement.      Ce- 
pendant  nous  avons  vu  que  le  Thermometre  s'eft 
tenu  audi  eleve  dans  les  Boetes  ou  s'eft  fait  I'et- 
tiolement ,   qu'en  plein  Air.     Je  ferai  encore  re- 
marquer,  que  le  Soleil  ne  donnoit  que  tres  peu  de 
tems  fur  les  Boetes  &  fur  les  Tubes ;  &  que  des 
Plantes  qui   vegetoient  dans  des  Boetes  vitrees 
d'un  cote ,  oil  le  Soleil  ne   penetroit  point ,  ne 
s'y  font  pourtant  pas  ettiolees. 

Un  certain  degre    d'humidite   ne  paroit   pas 
non  plus  devoir  etre  la  caufe  de    I'ettiolement. 
11  s'eft  raftemble  tant  de  vapeurs  dans  les  Tu- 
bes 


.DES  FEUILLES.  IT.  Mint.      213 

bes  ou  croiflbient  des  Plantes  ,  que  ces  vapeurs 
diflilloient  de  tous  cotes. 

L'obscurtte'  produlroit-elle  done  feule 
I'ettiolement  j  le  grand  jour  fuffiroit-il  feul  a  le 
prevenir  ? 

Tout  ceci  merite  un  examen  plus  appro- 
fond  i.  Je  me  borne  aduellement  a  mettre  les 
Phyficiens  fur  les  voies. 


EXPLICATION  DES  FIGURES 

DU  QVATRIEME  ME  MOIRE, 

P   L   A   N    C   H   E        XXIV. 


LA  Figure  I.  reprefente  une  Feuille  de  Fram- 
hoijier ^  a  cinq  Folioles  a^  b^  r,  d^  e.  Les 
Folioles  /2 ,  b^  c^  d^  font  difpofees  par  paires 
fur  la  meme  Ligne.  La  Foliole  e^  eft  feule  a 
I'extremite  de  la  F^euille,  L"'intervalle  qui  efl 
entre  cette  Foliole  &  les  Folioles  de  la  fecon- 
de  Paire  ,  eft  plus  petit  que  celui  qui  efl  entre 
les  Folioles  de  cette  Paire  &  celles  de  la  pre- 
miere. 

Les  Figures  2.  &  3.  font  deflinees  a  repre- 
fenter   une  efpece  de  Greffe  qui  s'opere  entre 

Dd  3  les 


214     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

les  Folioles  d'une  meme  Feuille.  Dans  la  Fi- 
gure 2.  la  Foliole  c  ,  efl  unie  en  partie  a  la 
Foliole  de  I'extremite.  Dans  la  Figure  3.  les 
Folioles  c  ^  d  ,  font  aufTi  unies  en  tres  gran- 
de  partie  a  la  meme  Foliole.  Les  Lignes 
ponftuees  ^ ,  ^ ,  « ,  indiquent  la  place  d'une  e(^ 
pece  d'Arrete  qui  append  ou  s'eft  fait  la  Jonc- 
tion. 

La  Figure  4.  efl:  celle  d'une  Feuille  de 
jfasfinn  ,  a  fept  Folioles.  La  Foliole  de  I'ex- 
tremite efl:  plus  grande  que  les  autres  ,  &  plus 
allongee  a  proportion  de  fa  largeur.  Cel- 
les-la  font  arrangees  par  paires  fur  deux  Lignes 
paralleles ,  &  a  egales  diflances  .les  unes  des  au- 
tres. 

Les  Figures  5,  6,  7,  8,  font  des  exem- 
ples  de  Monftres  qu'on  obferve  dans  les  Feuilles. 
du  Jasmin.  On  voit  dans  la  Figure  5.  une  Feuil- 
le a  trois  Folioles  difpofees  irregulierement ;  en- 
fbrte  que  les  Folioles  u ,  ti ,  qui  devroient  avoir 
vis-a-vis  d'elles  une  Foliole  correfpondante  , 
n'en  ont  point.  La  Figure  6.  montre  une 
Feuille  a  neuf  Folioles.  Quatre  de  ces  Folioles 
i  ,  s  ,  i ,  s ,  fbrtent  du  Pedicule  particulier  de 
deux  autres  Folioles ,  avec  lequel  elles  font  deux 
Angles  droits.  La  Foliole  de  I'extremite  a* une 
forme  irreguliere ,  qui  paroit  lui  avoir  ete  donnee 
par  une  efpece  d'Incorporation  d'une  des  Folio- 
les voifines ,  qui  auroit  du  correfpondre  avec  la 

Fo- 


DES  FEUILLES.  IV.  Mm.      215 

Foliole  i.  L'intervalle  <?,  qui  eft  entre  les  Fo- 
Jioles  de  la  premiere  &  de  la  feconde  Faire  ,  efl 
beaucoup  plus  grand  qu'il  ne  devroit  etre.  .On 
voit  un  femblable  intervalle  en  0  de  la  Figure  7. 
J ,  J ,  font  encore  deux  Folioles  qui  partent  du 
Pedicule  particulier;  les  deux  Folioles  g^  g^  font 
plus  grandes  qu'elles  ne  devroient  ^tre  ,  compa- 
rees  a  la  Figure  4.  La  Foliole  e  efl  au  contraire 
beaucoup  plus  petite ,  &  d'une  autre  forme  qu'el- 
le  n'auroit  ete  dans  Tetat  naturcl.  Eniin  la  Fi- 
gure 8.  montre  une  Feuille  a  quatre  Folioles  , 
qui  'partent  d'un  Centre  commun ,  en  forme  de 
Main  ouverte. 

La  Figure  9.  efl  une  grande  Feuille  ^ Ah- 
fynthe  ,  tres  compofee ,  qui  fe  divife  &  fbusdi- 
vife  en  plufieurs  Folioles.  Cette  Feuille  occu- 
poit  le  bas  d'une  Tige. 

Les  Figures  10.  &  11.  font  d'autres  Feuilles 
de  la  meme  Efpece  ;  mais  qui  etoient  plus  ele- 
vees  fur  la  Tige.  Elles  font  beaucoup  moins 
compofees  que  celles  de  la  Figure  9. 

La  Figure  12.  efl  encore  une  Feuille  cCAb- 
fynthe  ;  mais  qui  a  cela  de  remarquable ,  qu'elle  efl 
tres  fimple.  Cette  Feuille  a  etd  prife  a  Textre- 
mite  fuperieure  de  la  Tige. 


Plan- 


2i6    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

P  L  A  N  c  H  E      XXV. 

LA  Figure  I.  reprefente  I'extremite  fuperieure 
d'une  Feuille  de  Chou-flcur  ,  fur  laquelle 
s'eleve  un  Bouquet  de  Feuilles  de  forme  tres  fin- 
guliere.  5,  efl  la  Surface  fliperieure  de  la  Feuille 
qui  eft  la  feule  ici  en  vue.  M ^  eft  la  principale 
A-ervure  de  cette  Feuille,  qui  a  beaucoup  plus  de 
relief  qu'elle  n'a  coutume  d'en  avoir  dans  les 
Feuilles  ou  elle  en  a  le  plus.  T,  efl:  une  Tige 
Cylindrique  qui  part  de  cette  Nervure.  Elle 
porte  une  multitude  de  Feuilles ,  dont  les  unes 
C,  C,  font  faites  en  maniere  de  Cornet  ,  qui 
ont  leur  ouverture  Elyptique  ,  &  une  efpece  de 
Bee  h  ^  h  ^  &  dont  les  autres  font  faites  en  En- 
tonnoir ,  c'eft-a-dire  ,  en  Cornet,  qui  ont  leur 
ouverture  circulaire  <:,  ^,  c.  De  la  principale  \'er- 
vure  n  d'un  des  Cornets  fort  une  tres  petite  Tige 
^5  qui  porte  deux  Entonnoirs  d'une  petitefle  pro- 
portionnee.  a  ^  a  ^  font  des  appendices  de  forme 
irreguliere  ,  quelquefois  approchante  de  celle  d'un 
Entonnoir.  Le  Cornet  de  la  gauche  montre  fbn 
ouverture  de  profil  O.  Le  Cornet  de  la  droite 
efl  vu  du  cote  oppofe  a  Touverture.  La  Sur- 
face inferieure  eft  la  feule  qui  fbit  en  vue  ;  au 
lieu  que  dans  I'autre  Cornet,  on  apper^oit  en  de- 
dans une  partie  de  la  Surface  fuperieure. 

La 


DES  FEUILLES.  IF.  Mem.     217 

La  Figure  2.  reprei^nte  une  Ko[c  commune 
K  ,  du  Centre  de  laquelle-  part  unC'  Tige  quarree 
1\  qui  porte  a  fbn  fbmmet  deux  Jioutons  a 
fleur  J5  ,  jB,  places  vis-a-vis  Tun  de  I'autre^ 
&  abfblument  depourvus  de  CaJice.  Urr  peu 
plus  bas  eil  un  Petale  F  irregulier.  La  Tige 
epineufe  qui  porte  la  Role,  fait  voir  une  Feuille 
F^  de  forme  tres  differente  des  Feuilles  oidinai- 
res.  M.A 

P   L   A    N    C    H    E       XXVI. 

LA  Figure  i.  eft  une  Poire  P  ,  de  I'Oeil 
&  de  rinterieur  de  kquelle  fort  une  Touffe 
T3  de  trei2e  a  quatorze  Feuilles,  qui  ontlej^if- 
forme  naturelle,  &  dont  plufieurs  ont  toufe  leur 
grandeur. 

La  Figure  2.  montre  une  autre  Poire  A ^  du 
Centre  ou  de  I'Oeil  de  laquelle  part  une  Tige 
CT,  d'un  pouce  &  demi  de  longueur ,  garnie  de 
Boutons  b^  ^,  ■&  qui  porte  a  {0x1  extremite  une 
feconde  Poire  B  ,  un  peu  plus  grolle  que  I'au- 
tre. 

La  Figure  3.  eft  une  Plante  de  Froment  qur 
n'a  encore  poufle  que  deux  Feuilles  ,  &  que  I'on 
vient  d'arracher  de  terre.  On  voit  a  la  Baze,  ou 
pour  parler  plus  exaftement  ,  au  Colet ,  les  En- 
veloppes  du  Grain  g ,  dont  la  Tige  t  eft  fbr- 
tie.      Cette    Tige    va   en   diminuant    a   mefure 

E  e  qu'ei- 


^  I S     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

qu'elle  s'eleve.   a  font   les  Racines   qui  partent 
des  environs  du  Grain,     up"'  3f 

La  Figure  4.  eft  une  Plante  d'T^yroy^  a  deux 
peuilles.- .  DesEnveloppes  du  Grain  g ,  part  une 
T.ige  /^  droirei,  menue  &  d'un  Blan  argente,  qui 
poufle  a  quelque  diftance  de  petites  Racines  h, 
Au  defllis  de  ces  Racines  la  Tige  groffit  tout  a 
€x)up  5  pour  diminuer  enluite.  a-  font  d'autres 
Racines  qui  naiflent  comme  a  I'ordinaire  au  des- 
ibus  du  Collet. 

P    L   A    N    C    H    E        XXVII. 

CETTE  Planche  reprefente  une  Feuille  de 
Haricot  a  Bouquets  incarnats  ^  qui  a  poufle 
des  Racines  dans  un  Vafe  plein  d'Eau.  Cette 
Feuille  efl  a  trois  Folioles  /,  f^  f.  Deux  de 
ces  Folioles  1,2,  font  difpofees  par  paires  fur 
le  Pedicule  commun  p.  Ce  Pedicule  fe  pro- 
longe  en  /  ,  &  porte  a  fbn  extremite  la  troi- 
fieme  Foliole  3.  Les  Kacines  partent  du  bout 
inferieur  du  Pedicule.  R.  eft  une  maitrefle  Ra- 
cine de  plufieurs  pouces  de  longueur,  d'ou  fbr- 
tent  de'tous  cotes  un  grand  nombre  de  Radicu- 
les.  On  apper^oit  a  Pextremite  de  deux  autres 
Racines ,  un  petit  renflement  r ,  r. 


Plan- 


DES  FEVILLES.  IF.  M'em.     219 

•  r   »     r         •     •  t  '        f  r 

i'j    :  bnoTt   ab   anioq    lti    ?) 

P    L   A   N    C   H   E       XXVIII.    „ 


LA  Figure  i.    efi:  une  jeune  Plante  de  Pois 
qui  a  cm  a  I'ordinaire. 

La  Figure  2.  efl  une  autre  jeune  Plante 
de  /^c'/V  qui  a  cm  dans  un  Tube  de  Verre 
7^5  /celle  a  fbn  bout  fuperieur  avec  un  Bou- 
chon  de '  liege  b.  La  .Plante-  P  eft  leule- 
ment  un  peu  plus  petjte^qwe.  celle  de  la  Fi- 
gur-e   premiere,  ;■;    ,;  .■  .^  ,  ' 

La  Figure ''3*' "'.reprefenle.'Tjnfe  Boete  B^ 
d'un  bois  mince  , "  lopgue  &  ^uarree  ,  dont  u- 
ne  des  faces  a  ete  emportee  en  grande  par- 
tie  ,  pour  laiiler  voir  dans  I'lnterieur  une 
Plante  de  Pois  extremement  ettiolee.  La  Ti- 
ge  1^  eft  tres  longue  ,  tres  effilee  ,  d'un 
Blan  eclattant  ,  &  fe  divife  a  fbn  fbmmet 
en  deux  Branches  ,  qui  portent  chacune  une 
Feuille  tres  petite  ,  afiez  mal  fa^onnee  ,  & 
d'un  Verd  ptile  F ,  F.  La  Boete  a  fbn  bout 
luperieur  fermc  par  un  Couvercle  d'un  bois 
mince  C.  Au  Centre  de  ce  Couvercle  efl  un 
Trou  d'environ  un  pouce  de  diam.etre  ,  bou- 
che  avec  un  Bouchon  de  liege  b  ,  qu!on  • 
peut    oter    au  befbin  ,    ou    lorsque    difFerentcs 

Ee  2  .vues 


220.  RECHERCHES  SUR  L'USAGE, &c. 

vues  I'exigent.  J'oubliois  de  dire  que  la  Boe- 
te  n'a  point  de  fond  :  elle  n'efl  proprement 
qu'une  efpece  d'Etui. 


RE- 


mes^  ^ij<^  ■^J&<f  -^bi^  ^  S3  2>"  -^^  ■^:i^  -^ijiN-  io^wj* 


RECHERCHES 

S    U    R 

L'USAGE    DES    FEUILLES 

DANS      L  E  S 

P    L    A    N    T    E    S. 

CINQUIEME    MEMOIRE. 

Nouvelles  Rechercbes  fur  les  Feiiilles  des  Plantes , 
^c.  Confirmation  des  Kecberches  precedentes. 

LXXX.  B^^^^^^'^Jn  fujet  de  Phyfique,  quelque 

^    T  T    >v5  petit  5    ou    quelque   fterile 

§     yJ     II  qu'il  paroilTe  ,  s'etend ,  & 

^^^^^^J^  devient  feconden  decouver- 

tes  a  meiure  qu  on  1  appro- 

fondit.     De  ce  Germe  fort  bientot  une  Tige ,  qui 

prenant   de  jour  en  jour  plus   d'accroiiTement  , 

Ee  3  pous- 


222     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

poulle    une    multitude  de  Branches    &    de  Ra- 
meaux,  qui  font  autant  de  verites  nouvelles, 

G'tST  ce  <|ue  j'ai  eprouve  en  travaillane -fur 
I'Ufage  des  Fsiulies  dans  les  Plant es. .  Je  n'a- 
vois  d'abord  eu  pour  principal  objet  que  de  m'as- 
furer  fi  la  Surface  inferieure .  des  Feuilles  etoit 
plus  propre  que  la  Surface  fuperieure  a  tirer 
I'humidiie  (ii.).  L' Experience  qui  devoit  m'en' 
inflruire  etoit  tres  fimple  (iii.)  :  on  en  a  vu  le 
flicces  (v.  VI.).  Elle  m'a  conduit  'a  obferver  la 
diredlion  &  le  retournement  des  Feuilles,  (xx. 
XXI.)  le  jeu  analogue  des  Tiges  (lIl),  I'arran- 
gement  des  Feuilles  fur  les  Branches  (lvi.  )  , 
&  plufieurs  autres  Faits  remarquables  (lxx.)  &c. 
Xa  plupart  des  Experiences  qui  etabliflent  ces 
Faits ,  ont  ete  repetees  plufieurs  fois  dans  I'efpace 
de  quatre  a  cinq  ans:  quelques-unes  demandoient 
a  I'etre  :  toutes  pouvoient  etre  pouffees  beau- 
coup  plus  loin,  Je  les  ai  done  reprifes  I'annee 
.derniere  ,  depuis  I'envoi  de  mon  Manufcript  au 
Libraire.  J'ai  t^che  de  les  varier.  En  me  con- 
firmant  ce  que  j'avois  deja  vu ,  cette  efpece  de 
revifion  m'a  donne  lieu  de  decouvrir  des  Faits 
nouveaux. 

Je  vais  expofer  dans  ce  Memoire,  la  fuite  de 
mes  Recherches.  Je  le  diviferai  naturellement  en 
quatre  Parties,  qui  repondront  aux  quatre  Memoi- 
res  precedens,  &  qui  feront  a  peu  pres  (bus  les 
memes  Titres. 


DES  FEUILLES.  V,  Mm.      223 

T>e  la  JSluirition  des  Planus  par  kurs  Feuilles. 

LXXXL  Dans  les  Feuilles  que  leur  figure 
a  fait  nommer  Enjtformes-^  telles  que  celles  du 
J  one  *  ,  du  Gramen  ,  du  Ble  ,  he.  les  deux  Jj[Jj 
Surfaces  different  fort  peu  Tune  de  I'autre.  Ce 
n'eft  gueres  que  par  le  relief  de  la  principale 
Nervure  (11.)  qu'on  parvient  k  diflinguer  la  Sur- 
face inferieure  dans  les  Feuilles  qui  ont  ete  de- 
tachees  de  la  Plante.  C'eft  ce  que  Ton  oblerve 
fur-tout  dans  celles  du  Ble  de  Turqide  ;  &  c'efl 
aufTi  ce  qui  m'a  rendu  curieux  de  favoir  fi  les 
deux  Surfaces  des  Feuilles  de  cette  Plante  fe  res- 
femblent  autanr  par  leur  difpofition  a  pomper 
rhumidite  ,  qu'el.es  fe  reflemblenr  par  leur  tiffli 
&  par  leur  couleur.  J'ai  done  fait  fur  des  Feuil- 
les de  Ble  de  Turqide  parvenues  a  leur  parfait 
accroidement ,  une  Experience  femblable  k  celle 
que  j'ai  decrite  dans  les  Articles  iii.  &  iv.  du  pre- 
mier Memoire.  Mais  comme  ces  Feuilles  font 
d'une  longueur  &  d'une  figure  qui  ne  permet- 
tent  pas  de  les  appliquer  d'une  maniere  convena- 
ble  (ni. )  fur  la  fuperficie  de  I'Eau  contenue 
dans  un  Poudrier ,  j'ai  pris  Je  parti  de  les  cou- 
per  transverfalement  par  morceaux  egaux  &  fem- 
blables.  j'ai  ufe  a  I'egard  de  ces  morceaux  de 
Feuilles,  des  memes  procedes  dont  j'ai  ufe  a  I'e- 
gard des  Feuilles  entieres  :    les  uns  ont  ete  ap- 

pli- 


224    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

pliques  fur  !a  fuperficie  de  I'Eau  par  leur  Surface 
fuperieure  ■  d'autres  Font  cte  par  leur  Surface 
inferieure  ;  d'autres  ont  ete  plonges  dans  PEau 
par  leur  plus  petit  cote,  par  le  cote  qui  determi- 
noit  la  largeur  de  la  Feuille  j  d'autres  enfin  ont 
ete  laifles  fans  nourriture. 

C,A  ete  le  4.  d'Aout  que  j'ai  commence 
cette  Experience.  Le  6.  les  morceaux  de  Feuil- 
les  laifles  fans  nourriture  etoient  abfolument  fan- 
ncs.  Deux  jours  apres  il  en  etoit  de  meme  des 
morceaux  qui  etoient  appliques  fur  I'Eau  par 
leur  Surface  fijperieure.  Le  24.  ceux  qui'pom- 
poient  I'Eau  par  un  de  leurs  plus  petits  cotes , 
commen^oient  a  pafler.  Les  morceaux  humec- 
tes  dans  leur  Surface  inferieure  etoient  au  con- 
traire  tres  verds  ;  &  ils  n'ont  commence  de 
s'alterer  que  vers  les  premiers  jours  de  Septem- 
bre. 

Il  paroit  done  par  ce  que  je  viens  d'expofer, 
que  dans  les  Feuilles  du  Ble  de  Turquie^  la  Sur- 
face inferieure  a  plus  de  difpofition  que  la  fupe- 
rieure a  pomper  I'liumidite.  Je  ne  deciderai 
point  qu'il  ne  fbit  de  meme  a  I'egard  de  toutes 
ies  Feuilles  enfiformes  ;  c'efl  a  I'Experience  a 
nous  en   inftruire. 

LXXXII.  J'ai  fbuvent  obferve  les  Feuilles 
du  Laurier  Cerije  apres  une  gelee  blanche.  J'ai 
vu  fur  la  Surface  inferieure,  une  infinite  de  pe- 
tits Gla^ons,  qui  foririQient  des.efpeces  de  Houp- 

pes 


DES  FEUILLES.   V.  Mem.       225 

pes  feparees  Jes  unes  des  autres  par  de  legers  in- 
tervalles.  Ces  Houppes  ne  s'obfervoient  point 
fur  la  Surface  fuperieure  :  Jes  Gla^ons  y  compo- 
fbient  des  Couches  repandues  par-tout  d'une  ma- 
niere  ailez  uniforme. 

Les  Houppes  dont  je  parle,  indiqueroient-el- 
les  les  endroits  des  Pores  abjorbants ;  feroient- 
elles  analogues  a  ces  filamensterreux  qui  s'atta- 
chent  a  Textremite  des  Racines  des  PJantes  qui 
vegetent  dans  PEau  (xviii.)  ?  Ou  ces  Houppes 
feroient-eJIes  produites  par  la  matiere  qui  s'e- 
chappe  des  Pores  excre'toires  ? 

Pendant  une  geiee  aflez  forte,  mais  dans 
un  terns  couvert,  j'ai  vu  fur  Ja  Surface  inferieure 
des  memes  Feuilles ,  au  lieu  de  Houppes  de  gla- 
ce ,  de  tres  petites  t^ches  brunes ,  de  figure  irre- 
guliere. 

LXXXIII.  L'action  par  laquelle  I'Eau  s'e- 
leve  dans  les  Feuilles  vertes,  s'exerce-t-elle  enco- 
re dans  les  Feuilles  feches?  Je  me  fliis  aflure  du 
contraire  en  plongeant  par  leur  Pedicule  dans  des 
Tubes  pleins  d'Eau ,  differentes  efpeces  de  Feuil- 
les que  j'avois  fait  lecher  a  deflein.  L'Eau  de 
ces  Tubes  n'a  pas  Ibuffert  une  plus  grande  dimi- 
nution que  celle  de  femblables  Tubes  ou  je  n'a- 
vois  point  mis  de  Feuilles. 

LXXXIV.  On  croit  aflez  communement  que 
la  Seve  tend  a  s'elever  :  on  a  meme  cherche  dans 
cette  tendance,  la  cauie  de  la  perpendicularite  des 

Ff  Ti- 


226    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Tiges  y  &  j'avouerai  qu'avant  que  d'etre  mieux 
inftruit  de  la  Mechanique  du  retournement  des 
Feuilles  &  du  repliemerit  des  Tiges ,  j'avois  eu 
quelque  penchant  a  attribuer  ces  mouvemens  a 
rimpulfion  de  Ja  Seve  de  bas  en  haut.  ]e  me 
fuis  convaincu  par  une  Experience ,  de  la  fauflete 
de  cette  opinion  fur  la  tendance  de  la  Seve. 
Quatorze  grandes- Feuilles  (^ ylbrkotier  egales  & 
fen^blables,  ont  ete  plongees  par  leur  Pedicule 
dans  des  Tubes  pleins  d'Eau  &  d'un  egal  dia- 
metre  :  fept  de  ces  Feuilles  ont  ete  inclinees  en 
embas  ;  les  fept  autres  Feuilles  ont  ete  placee^ 
perpendiculairement  en  enhaut.  Les  unes  &  les 
autres  ont  tire  egalement  en  terns*  egal. 

]'ai  fait  une  femblable  Experience  fur  des  Ti- 
ges de  Jasmin.,  de  Alermriale  ,  &  (T  Or  tie:  le 
fucces  en  a  ete  a  peu  pres  le  meme  ;  s'il  y  a 
eu  quelque  difference  entre  les  Tiges  d'une  me- 
me Efpece ,  I'avantage  a  ete  plutot  pour  celles 
qui  etoient  inclinees  en  embas  que  pour  cel- 
les oui  etoient  dans  la  pofition  contraire ;  les 
premieres  ont  un  peu  plus  tire  que  les  fecon- 
des. 

LXXXV.L'Expe'rience  des  Feuilles  dont 
le  Pedicule  a  ete  plonge  dans  des  Liqueurs  fpi- 
ritueufes  (xiv. ),  meritoit  d'etre  repetee  &  variee. 
]'ai  fbuhaite  de  connoitre  plus  particulierement 
quelle  quantite  de  chaque  efpece  de  Liqueur , 
des  Feuilles  egales  &  femblables  tireroient  en 

terns 


DES  FEUILLES.   V.  Mim,      227 

tems  egal  ,  &  quelles  alterations  ces  difFerentes 
Liqueurs  y  produiroient. 

J  E  me  fuis  fervi ,  pour  cet  effet ,  des  Tubes 
de  verre,  dont  j'ai  donne  la  dimenfion  dans  les 
Articles  xiii.  &  xiv.  J'ai  rempli  ces  Tubes 
d'Eau  commune,  de  Vin  roOge  ,  d'Eau  de  Vie, 
d'Efprit  de  Vin  ,  d'Eau  des  Carmes.  J'ai  plon- 
ge  dans  chaque  Tube  le  Pedicule  d'une  Feuille 
d^  Ahrkotier  de  4  pouces  de  longueur  fur  3  pou- 
ces  de  largeur.  JLe  Pedicule  avoit  1 5'  lignes  de 
longueur,  De  femblables  Tubes  ont  ete  remplis 
des  memes  Liqueurs,  mais  dans  lesquelles  je  n'ai 
point  plonge  de  Feuilles.  Le  Thermometre  de 
Mr.  de  Reaumur  etoit  alors  a  \(i  degres  au 
deflus  de  la  Congelation. 

Au  bout  de  30  heures,  Tabbaidement  des  dif- 
ferentes  Liqueurs  dans  les  Tubes  011  il  n'y  avoit 
point  de  Feuilles ,  etoit  tel  qu'il  eft  exprime  dans 
la  Table  fuivante. 

Eau  commune.      .      .      .  Lignes   i.   '■ 

Vin  rouge -  -  -  '   1-  \ 

Eau  de  Vie -  -  -  -  6.  j 

Efprit  de  Vin.      .     .     .      .• ^2.  ; 

Eau  des  Carmes.     .    •.     ■.  "  7-  f 

L'abbaissememt  des  memes  Liqueurs 
dans  les  Tubes  oii  les  Feuilles  etoient  plongees , 
a  ete  dans  le  meme  tems  tel  que  ci-apfes. 

Ff  2     .  Eau 


228    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Eau  commune.     .     .     .  Lignes  12. 

Vin  rouge 3.  ;; 

Eau  de  Vie •-  i3- 

Efprit  de  Vin.     .      .      . 15.  i 

Eau  des  Carmes;     .     .     .  -  -  -  -  12. 

Si  I'on  retranche  les  quantites  exprimees  dans 
cette  Table  de  celles  de  la  Table  precedente  , 
on  aura  a  peu  de  chofe  pres,  ce  que  les  Feuilles 
ont  tire  en  terns  egal.  ]e  dis  a  peu  de  chofe 
pres,  parce  que  I'evaparation  des  Liquides  fe  fai- 
fant  en  raifbn  des  Surfaces  ,  elle  a  du  etre  un 
peu  plus  grande  dans  les  Tubes  ou  il  n'y  a  point 
eu  de  Feuilles,  que  dans  les  autres.  Le  diametre 
de  ces  derniers  efl:  devenu  plus  petit  que  celui 
des  premiers  de  toute  I'epaifleur  du  Pedicule  qui 
y  a  ete  plonge.  Mais  le  Pedicule  des  Feuilles 
<^^  jlbrkotier  etant  fort  effile  ,  la  difference  dont  il 
s'agit  doit  fe  reduire  a  fort  peu  de  chofe.  Ainfi  en 
negligeant  cette  difference,  on  aura  pour  la  fuc- 
cion  des  Feuilles  les  quantites  qui  fuivent. 

Eau  commune.     .     .     .  Lignes  10.  ^- 

Vin  rouge _  -  _  -     o.  ^ 

Eau  de  Vie 6.  \ 

Efprit  de  Vin 3. 

Eau  des  Carmes.     .     .    . 4.  ^ 

Les  Feuilles  qui  ont  pompe  les  Liqueurs  fpi- 
ritueufes,  etoient  presque  leches  au  bout  des  30 

heu- 


DES  FEUILLES.   V,  Mm.      229 

heures.  Obiervees  vis-a-vis  Je  grand  jour,  on 
decouvroit  dans  celles  qui  avoient  tire  les  trois 
dernieres  efpeces  de  Liqueurs,  des  Bandes  brunes 
qui  fuivoient  les  principales  Nervures  ,  &  mar- 
quoient  le  paflage  de  la  Liqueur  par  ces  diiFe- 
rens  endroits.  Ces  Feuilles  avoient  contrade 
I'odeur  des  Liqueurs  qu'elles  avoient  pompees  : 
c'efl;  ce  qu'on  remarquoit  fur-tout  dans  celles  qui 
avoient  ete  plongees  dans  TEfprit  de  Vin  ,  & 
dans  PEau  des  Carmes. 

LXXXVI.  Mr.  Hales  dans  fa  Statique  des 
Vegetaux^  rapporte  plufieurs  Experiences  qu'il  a 
tentees,  pour  ellayer  de  changer  le  gout  naturel 
des  Fruits  &  leur  communiquer  celui  de  quelques 
Liqueurs  fpiritueufes  &  de  diverfes  Infufions  o- 
doriferantes.     11  a  plonge  pour  cet  effet ,  dans 
ces  difFerentes  Liqueurs ,    des  Branches  ou  des 
Rameaux  charges  de   Fruits ;    il  les  y  a  laifles 
pendant  un  certain  terns  ,    fans  que  le  gout  des 
Fruits  en  ait  ete  le  moins  du  monde  altere,  fbit 
qu'ils  fuflent  miirs  ,   fbit  qu'ils  futlent  encore  e- 
loignes  de  leur  maturite ,  mais  cet  habile  Phyficien  a 
presque  toujours  retrouve  I'odeur  des  Liqueurs  ou 
des  infufions  dans  les  Que*ues  des  Feuilles  &  dans 
le  Bois.     II  conje6lure  avec  beaucoup  de  vraifem- 
blance,  que  les  Vaifleaux  deviennent  fi  fins  pres  du 
Fruit,  qu'ils  ne  fauroient  admettre  lesParticules  o- 
doriferantes  qu'on  cherche  a  y  introduire.  lis  chan- 
gent  5  ou  s'affimilent  les  matieres  qu'ils  resolvent. 

Ff  3  J'AI 


230    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

J'ai  fait  fur  les  Fleurs  des  Experiences  fem- 
blables  a  celles  que  Mr.  Hales  a  tentees  fur  les 
Fruits.  J'ai  choifi  par  preference  des  Fleurs  qui 
ont  naturellement  peu  de  parfum  ,  comme  cel- 
les de  V  Enthyfmum  ou  Gueule  de  Loup  ^  &  cel- 
les du.  Haricot  cPElpagm  ou  Haricot  incarnat. 
Des  Tiges  chargees  de  ces  Fleurs  ont  ete  plon- 
gees  dans  des  Tubes,  dont  les  uns  etoient  rem- 
plis  d'Efprit  de  Vin  ,  d'autres  d'Eau  des  Car- 
mes ,  d'autres  d'Eau  de  la  Reine  de  Hongrie  , 
d'autres  d'une  Eau  fans  pareille  d'une  odeur  tres 
relevee. 

.  A  u  bout  d'environ  24  heures ,  les  Fleurs  fe 
font  fannees ,  elles  avoient  deja  contrafte  allez 
fenfiblement  I'odeur  des  Liqueurs  qu'elles  avoient 
pompees.  Cette  odeur  eft  devenue  plus  fenfible 
dans  ces  Fleurs  les  jours  fliivans. 

Il  paroit  done  par  ces  Experiences,  qu'il  n'en 
efl  pas  des  Vaifleaux  des  Fleurs  comme  de  ceux 
des  Fruits  ,  &  que  les  premiers  admettent ,  du 
moins  jusqu'a  un  certain  point  ,  la  Partie  odori- 
ferante  'des  Liqueurs  dans  lesquelles  les  Tiges 
demeurent  plongees.  C'efl  ce  qui  paroitra  plus 
evident  ,  fi  j'ajoute  que  j'ai  bouche  avec  un 
Couvercle  de  Carton,  les  Tubes  dans  lesquels  les 
Tiges  ont  ete  plongees.  Un  IVou  pratique  dans 
le  milieu  de  ce  Couvercle,  laiilbit  paller  la  7'ige 
qui  le  rempliflbit  exadement.  Par  cette  precau- 
tion je  me  fuis^affure  que  les  Fleurs  n'ont  point 
^   i  ^  em- 


DES  FEUILLES.   V.Mem.      231 

emprunte  leur  nouveau  parfum  de  Vapeurs  ex- 
halees  des  Tubes. 

J'ai  dit  au  commencement  de  cet  Article,  que 
Mr.  Hales  avoit  remarqUe  que  des  Branches 
plongees  par  un  bout  dans  des  Liqueurs  fpiri- 
tueufes ,  ou  dans  des  Infufions  odoriferantes ,  a- 
voient  contra6le  I'odeur  de  ces  Liqueurs  ou  de 
ces  Infufions,  &  que  cette  odeur  s'etoit  encore 
manifeftee  dans  les  Queues  des  Feuilles.  Je  puis 
dire  quelque  chofe  de  plus  ;  je  puis  allurer  que 
non  feulement  les  Queues  des  Feuilles ,  mais  en- 
core toute  leur  fubftance ,  contraftent  aflez  forte- 
ment  i'odeur  des  Liqueurs  fpiritueufes  dans  les- 
quelles  les  Branches  font  plongees.  Je  m'en  fuis 
convaincu  en  faifant  flir  des  Rameaux  ^ Ahrko- 
tier ,  la  meme  Experience  que  j'ai  rapportee  fur  les 
Fleurs  de  V Enthyfinum  &  du  Haricot  incarnat. 
En  moins  de  3  jours  les  Feuilles  de  ces  Rameaux 
ont  contracle  une  odeUr  fpiritueufe  tres  fenfible. 

On  obfervoit,  fur  ces  Feuilles,  le  pallagede  la 
Liqueur  par  les  Lignes  noiratres  qu'elle  avoit 
tracees  fur  tomes  les  Nervures.  Cette  efpece  d'in- 
jedion  rendoit  Jes  plus  petites  ramifications  tres 
diflinftes.  On  voyoit  a  la  bafe  de  quelques- 
unes  de  ces  Feuilles,  une  t^che  jaun^tre,  qui  oc- 
cupoit  une  certaine  largeur  de  part  &  d'autre  de 
la  principale  Nervure. 

LXXXVII.  J'ai  compare  plus  exadement  que 
je  n'avois  encore  fait  (xv. ),  la  quantite  de  nour- 

ri- 


232     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

riture  que  tirent  en  terns  egal  par  leur  Pedicule 
les  Feuilles  des  Plantes  Ligneufes  &  celles  des 
Plantes  Herbacees.  J'ai  pris  pour  exemple  VA- 
bricotier  &  le  Haricot.  Les  Feuilles  ^ AbricO" 
tier  fe  rapprochent  beaucoup  par  leur  forme  & 
par  leur  grandeur,  des  Folioles  de  Haricot :  c'eft 
ce  qui  a  rendu  mon  Experience  plus  exade.  H 
ne  m'a  pas  ete  fort  difficile  de  trouver  des  Fo- 
lioles de  Haricot  precifement  egales  aux  Feuilles 
^ Ahricotier  que  j'avois  choifi.  J'ai  fait  encore 
enfbrte  que  toutes  ces  Feuilles  fe  reflemblaflent 
par  les  proportions  de  leur  Pedicule,  &  par  leur 
couleur,  J'ai  introduit  le  Pedicule  de  ces  Feuil- 
les dans  des  Tubes  de  3  lignes  &  ^  de  diame- 
tre  remplis  d'Eau  commune.  J'ai  mefure  tres 
exadement  Tabbaiflement  de  I'Eau  dans  chaque 
*  Ji-  "■  Tube  *  ;  &  voici  en  peu  de  mots  quels  ont  ete 
les  refultats  de  cette  Experience. 

Dans  un  lieu  dont  la  temperature  etoit  de 
15  degres  du  Thermometre  de  Mr.  de  Reau- 
M  UR,  des  Feuilles  d''Abricotier  de  3  pouces  de 
longueur  fur  2  pouces  &  I  de  largeur,  ont  tire 
en  2  heures  &  ;  ,  3  lignes.  Des  Folioles  de 
Haricot  de  meme  grandeur ,  ont  tire  dans  le  me- 
me  terns  ,  &  a  la  meme  temperature  ,  6  lignes. 

D' AUTREFOIS  la  quantite  de  Liqueur  qui 
a  ete  tiree  en  tems  egal  par  les  Feuilles  d'J^- 
bricoticr  \,  a  ete  a  celle  qui  a  ete  tiree  par  les  Fo- 
lioles de  Haricot  corame  4  a  6. 

Ces 


Fig.  3- 


DES  FEUILLES.  ^.  Mem,       233 

Ces  refultats  reviennent  pour  Tefientiel  a  ceux 
que  j'ai  donnes  dans  I'Article  xv.  lis  prouv^ent 
egalement  que  les  Feuilles  des  Plantes  tierbacies 
tirent  beaucoup  plus  dans  le  meme  tems  par  leur 
Pedicule  que  celles  des  Plantes  Ligmu/es.  II 
n'y  a  pas  lieu  de  douter  qu'il  n'en  fbit  de  me- 
me de  la  quantite  de  nourriture  que  les  unes  & 
les  autres  resolvent  par  les  Pores  de  leurs  Sur- 
faces. 

LXXXVIIf.    Pour   continuer  a  m'inflruire 
de  I'ufage  des  deux  Surfaces  des  Feuilles  ,  j*ai 
repete  differemmenc  mes  premieres  Experiences 
fur  cerujet(xvi,  xvii.).  Au  lieu  d'appliquer  une 
ou  plufieurs  Couches  d'Huile  fur  I'une  ou  I'autre 
Surface,  ou  fur  toutes  les  deux  enfemble,  j'ai  ima- 
gine d'appliquer  I'une  a  I'autre ,  deux  Feuilles  de  me- 
me Efpece  J  egales  &  fcmblables ,  &  de  les  retenir 
dans  cette  fituation  en  les  coufant  le  long  de  leurs 
bords.     Tantot  la  Surface  inferieure  a  ete  placee 
ci  I'Exterieur ,  tantot  a  I'lnterieur,     Dans  le  pre- 
mier cas  ,   les  deux   Feuilles  ont   ete  appliquees 
I'une  fur  I'autre  par  leur  Surface  fijperieure;  dans 
le  fecond  ,   elles  I'ont  ete  par  leur  Surface  infe- 
rieure.     QuelquefcJis  j'ai  plonge  dans  I'Eau  les 
deux  Pedicules  ;  d'autrefois  je  n'y  en  ai  plonge 
qu'un.     On  comprend  aflez  ,  fans  qu'il  fbit  be- 
(bin  que  je  le  repete  ,  que  dans  cette  Experience 
comme  dans  toutes  les  autres ,  j'ai  traite  unifor- 
mement  toutes  les  Feuilies  cntre  lesquelles  j'ai 

Gg  eu 


234    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

eu  deflein  d'etablir  des  comparaifons  identiques. 

]e  n'extrairai  de  mes  Journeaux  que  les  reful- 
tats  les  plus  frappans :  j'en  donnerai  deux  a  trois 
pour  chaque  Efpece ;  ils  fuffiront. 

A  u  refte  j'ai  presque  toujours  opere  fur  des 
Feuilles  qui  avoient  atteint ,  ou  a  peu  pres ,  leur 
parfait  accroiflement. 


Surface  inferieure 

d 

I'Extcrieur 
Lignes 


r- 


Surface  infdrieure 

a 

rint^rieur 

Lignes 


Merifier. 

5-  3. 

4.  2. 

6.  3. 


— ^ 


jlbricotier. 

3.  2. 

5.  2. 

10.  2. 


--^ 


r- 


Laurier  Cerife. 

5.  I. 

2.  \.  I. 

3.  I 


Si»- 


DES  FEUILLES.  K  Mem.      23^ 

Surface  infi^riture         I         Surface  inf^rieure 

i  a 

I'Ext^rieur  I  I'lnterieur 

Lignes  |  Lignes 


Pommier. 
3-      ■  2. 

3.;-.  2. 

5-  •       3- 


-^ 


Tremble 

3-  I- 

2.  \.  I. 

3.  I 


-^ 


Rofier  de  Gtieldres  (*) 
6.  4- 

7-  J- 


-- ^ 


Haricot, 
12.  9. 

16.  10. 

Je  me  fuis  borne  a  un  petit  nombre  d'Efpe- 
ces :  il  m'a  paru  que  des  que  le  precede  dont  il 
s'agit,  me  donnoit  des  refultats  femblables  a  ceux 

des 

(*)  OiieTi  Stireau  d'Eau. 

Gg  2        • 


n6    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

des  Experiences  precedentes  (xvi,  xvii.),  if 
etoit  aflez  inutile  d'etendre  ce  precede ,  d'ailleurs 
un  peu  long ,  a  un  plus  grand  nombre  d'Efpeces. 
Jl  refulte  done  de  cette  nouvelle  Experience, 
que  les  Feuilles  cui  ont  ete  appliquees  Tune  k 
Fautre  par  leur  Surface  fuperieure,  ont  beaucoup 
plus  tire ,  en  terns  egal ,  que  celles  qui  Font  ete 
par  la  Surface  oppofee.  '  La  quantite  de  nourri- 
ture  que  ces  dernieres  ont  tiree,  n'a  ete  quelquefois 
que  la  £- 5  le  },  la  '-,  &  meme  la  \  de  celle  que 
les  autres  ont  tiree  dans  le  meme  terns. 

J'ai  eu  recours  dans  la  meme  vue,  a  d'autres 
precedes ,  qui  m'ont  fourni  des  refultats  analogues. 
Far  exemple ,  j'ai  enduit  d'une  ou  de  plufieurs 
Couches  d'Huile  d'' Olives ,  mais  d'un  cote  feule- 
ment ,  une  Feuille  d'un  Papier  aflez  fort :  j'ai 
Epplique  cette  Feuille  de  Papier  par  le  cote  en- 
duit fur  la  Surface  dont  j'ai  voulu  intercepter  la 
tranf:iration  ;  je  I'ai  ccufu  fur  cette  Surface. 
D'autrefois ,  j'ai  employe  a  cet  ufage  un  Vernis 
de  Lacqiie  fait  avec  I'Efprit  de  Vin.  De  gran- 
des  Feuilles  d^Meurier  bianc^  enduites  de  ce  Ver- 
nis ,  ont  moins  tranlpire  lorsque  le  Vernis  a  ete- 
applique  fur  la  Surface  inferieure  ,  que  lorsqu'il 
fa  ete  flir  la  Surface  fiiperieure  (xvi,  xvii.). 
\V<i.  LXXXIX.  L'uSAGE  des  Lobes  ^  &  des 
\Jk.u  Fmilks  feminales  (lxxvi.)  n'efl  pas  encore  bien 
connu.  On  fait  en  general  qu'ils  fourniflent  a 
la  jeuae  Plante  une  nourriture  sppropriee  a  fbn 

€tat : 


L,  L 


DES  FEUILLES.  V.  Mini.      237 

etat :    mais  on  ne  fait  pas  aflez  comblen  i!s  font 
utiles  k  fon  accroiflement.     Une  Experience  que : 
je  vais  rapporter  le  fera  connoitre. 

J'a  I  feme  au  commencement  d'Aout  ,  dans 
une  Caifle  pleine  de  Terre  de  Jardin  ,  des  Ha' 
ricots  ,  &  du  Sarrazin  ou  BU  noir.  Des  qu'i's' 
ont  commence  a  lever,  j'ai  coupe  a  plufieurs 
Plantes  de  Haricot  les  Lobes ,  &  a  plufieurs 
PIr.ntes  de  Sarrazin  les  Feuilles  feminales  :  je 
me  fuis  fervi  pour  cet  effet  de  Cifeaux  k  pointes 
fines.  D'autres  Plantes  de  Tune  &  de  I'autre 
Efpece  cm  etelaifTees  dans  leur  entier,  pour  four- 
nir  a  des  comparaifbns  neceflaires. 

Environ  douze  jours  apres ,  aVant  mefure 
les  premieres  Feuilles  des  Haricots  pourvus  de 
Lobes  5  j'ai  trouve  que  ces  Feuilles  avoient  5 
pouces  &  \  de  lonrueur ,  fur  autant ,  ou  a  peu 
pres,  de  lurgeur;  au  lieu  que  les  premieres  Feuil- 
les des  Haricots  prives  de  Lobes ,  n'avoient  que 
2  pouces  de  longueur  fur  un  peu  moins  de  lar- 
ge ur. 

L  A  meme  difference ,  ou  une  difference  ana- 
logue, a  fubfifle  entre  ces  Plantes  pendant  toute 
la  duree  de  Taccroiflement.  11  a  toujours  etc 
facile  de  diflinguer  les  unes  des  autres.  Les 
Haricots  lailfes  dans  leur  entier,  ont  poufle  plus 
de  Fleurs,  plus  de  Siliques,  &  des  Siliques  plus 
grandes  ,  que  ceux  qui  ont  ete  prives  des  Lo- 
bes.    J'aurois  fouhaite  de  comparer  plus  exafte- 

'  Gg  3  ment 


238     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

ment  les  produiis  ;  mais  une  forte  bize  furvenue 
au  commencement  d'Jdobre,  k  g^te  ces  PJantes 
avant  que  j'aie  pu  les  en  mettre  a  convert. 

Le  retranchement  des  FeiiWes  feminaks  a  eu' 
de  beauGoup  plus  grandes  fuites  dans  le  Sarraziuy 
que  n'ena  eu  celui  des  Ljobes  dans  le  HaricoL 
Presque  toutes  les  Plantes  de  Sarraz'm  qui  ont 
fubi  cette  operation ,  ont  peri.  Celles  qui  Font 
Ibutenue  font  demeurees  fi  chetives ,  qu'elles  ont 
toujours  ete  a  I'egard  des  autres  ce  qu'efl  le 
plus- petit  Nain  a  I'egard  du  plus  grand  Geant , 
ou  ce  que-  font  les  Plantes  qui  ont  cru  dans  le 
terroir  le  plus  ingrat  ,  a  celles  qui  ont  cru  dans 
le  terroir  le  plus  fertile.  Trois  femaines  apres 
leur  naiflance ,  les  Plantes  de  Sarrazin  pourvues  de 
Fenilles  jemmaks^  avoient  6  pouces  de  hauteur  ; 
la  longueur.de  leurs  plus  grandes  Feuilles  etoit 
d'environ  27  lignes  ,  fur  une  largeur  a  pen  pres 
egale.  Les  Plantes  depourvues  de  Feuilles  fe- 
m.inales  n'avoient  que  i  pouce  de  hauteur  ;  la 
longueur  de  leurs  plus  grandes  Feuilles  n'etoit 
que  de  4  lignes,   &  leur  largeur  de  2\. 

Le  SarrazJn  laifTe  dans  fbn  entier  commen^oit 
a  fleurir  le  2.  de  Septembre  ;  Tautre  n'a  com- 
mence a  fleurir  que  le  12  du  meme  mois. 

Celui-la  ,  le  24.  d'Octobre  avoit  2  pies  ^ 
pouces  de  hauteur:  il  etoit  charge  de  Rameaux, 
de  Fleurs  &  de  Graines.  Celui -ci  n'avoit  que 
5  pouces  de  hauteur :   il  n'avoit  point  poufle  de 

Ra- 


DES  FEUILLES.  V.Mem.      239 

Rameaux  ,   6r   fes  Fleurs  tres  petites  &  en  tr^s 
petit  nombre  etoient  demeurees  fteriles. 

QuAND  on  partage  fuivant  fa  longueur  une 
Feve  de  Haricot ,  on  decouvre  entre  les  Lobes 
la  petite  Plante,  dont  on  diftingue  tres  nettement 
les  Feuilles,  Ja  Tige,  &  la  Racine.  Deux  Fais- 
ceaux  de  Fibres  qui  partent  de  la  Tige,  tiennent 
la  Plante  attachee  aux  deux  Lobes,  Ces  Fais- 
ceaux  jettent  dans  I'lnterieur  de  ces  derniers  un 
nombre  infini  de  Rameaux  d'une  finelTe  extre- 
me ,  qui  portent  au  Germe  une  nourriture  tres 
elaboree.  Le  fond  de  cette  nourriture  eft  fourni 
par  la  matiere  farineufe  &  oleagineufe  que  les 
Lobes  contiennent.  Cette  matiere  diminue  de 
jour  en  jour  a  meflire  que  la  jeune  Plante  ie  for- 
tifie  :  les  Lobes  fe  denechent  peu  a  peu  ,  & 
tombent  au  bout  de  quelques  femaines. 

J'ai  tente  de  priver  le  Germe  de  I'aliment 
delicat  que  renferment  les  Lobes  ,  &  de  fubfti- 
tuer  a  cet  aliment  les  Sues  groffiers  de  la  Terre. 
J'ai  done  enleve  le  Germe  d'entre  les  Lobes  : 
j'ai  coupe  avec  la  pointe  d'un  Scalpel ,  les  deux 
Faisceaux  de  Fibres  qui  le  lient  aux  Lobes.  Cet- 
te operation  ,  quoique  delicate  ,  ne  I'eft  pas  a 
beaucoup  prcs  autant  qu'on  s'imagine.  Elle 
reufiit  aflez  facilement ,  fur-tout  fi  Ton  a  fbin  de 
mettre  la  Feve  quelques  jours  auparavant  dans  u- 
ne  Eponge  imbibee  d'Eau :  I'humidite  dont  elle 
y  eft  penetree  la  fait  enfler  •  &  11  eft  alors  plus 

faci- 


240    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

facile  de  divifer  les  Lobes  ,  &  d'en  feparer  le 
Germe  fans  Toffenfer.  Ce  Germe  eft  un  petit 
Corps  de  334  lignes  de  longueur,  de  figure  Co- 
nique ,  &  d'un  Blan  aflez  vif  Ses  Feuilles  ar- 
rtiflement  ployees  les  unes  dans  les  autres,  font 
inclinees  vers  la  Racine. 

Le  10.  d'Aout,  j'ai  plante  un  certain  nombre 
de  ces  Germes  dans  un  Vale  plein  de  Terre  de 
Jardin.  J'ai  arrofe  cette  Terre  frequemment ;  & 
j'ai  eu  la  precaution  de  tenir  les  tres  petites  Pian- 
tes  a  I'abri  du  Soleil.  Elles  etoient  enfoncees  dans 
la  Terre  jusques  pres  de  I'origine  des  Feuilles. 

Cette  Experience  a  reufiTi  au  dela  de  mon 
attente.  Tous  ces  Germes.  ont  pris  Racine ; 
mais  il  a  fallu  environ  12  jours  a  leurs  Feuilles 
pour  fe  redreder  &  fe  deployer.  II  auroit  ete 
difiicile  alors  de  reconnoitre  ces  Plantes  pour  ce 
qu'elles  etoient  ;  &  un  Botanifte  qui  auroit  de- 
mele  qu'elles  etoient  des  Haricots ,  les  auroient 
pris  pour  une  nouvelle  efpece  de  Haricot  Nain^ 
remarquable  fur -tout  par  fbn  extreme  petitefJe. 

De's  qu'il  m'a  paru  que  ces  Piantes  en  mi- 
gnature  etoient  fuffifamment  enracinees,  je  les  ai 
expofees  au  Soleil  &  au  grand  Air  ,  &  je  les  ai 
arrofe   moins  frequemment. 

Le  19.  d'Odobre  elles  ont  commence  a  fleu- 
rir.  Je  les  ai  comparees  alors  avec  des  Haricots 
de  meme  Efpece  ,  &  de  meme  ^ge  ,  mais  qui 
n'avoient  fubi  aucune  operation.     La  hauteur  de 

ces 


•  DES  FEUILLES.  V.  Mim,     241 

ces  derniers  etoit  de  i, pie. £- 4;  leiij^si', plus. grander 
Folioles  avoient  7  pouces  de  longueur,  6f  5'  de 
largeur.  La  hauteur  de^  premiers  n'(iCoit  <^ue  de 
2  pouces ;  leurs  plus  grandes  Folioles  n'avoienc 
que  1 5  lignes  de  longueur  (ur  7  de  largeur.  Les 
Fleurs  etoient  d'une  grandeur  propprdonnee  ,  & 
en  fort  petit  nombre.  ,  Les  premiers  froids  ont 
arrete  leur  developperrient.  J'ai  eflaye  en  vain 
de  tenir  les  Plantes  dans  une  Chambre  chaude , 
elles  y  ont  peri.  ■:.-{\  c; 

C'eux  ete  afliirement  une  Experience  cu* 
rieufe  que  de  femer  les  Graines  que  ces  tres  pe- 
tits  Haricots  auroient  vraifemblablement  produit 
s'ils  euflent  ete  plantes  plutot.  L^s  Plantes  qui 
^roient  provenues  de  ces  Graines  auroient,  fans 
doute  ,  participe  a  la  peti.teil^  de  '  leurs  Meres  ; 
mais  dans  quelle  propordon  ?  &  s'il  eut  etQ 
poiTible  de  faire  fur  les  Germes  de  cette  feconde 
generation,  la  meme  Experience  qui  m'a  fi  bien 
reufli  fur  ceux  de  la  premiere,  quelle  degrada- 
tion n'auroit-on  pas  occafionne  par -la  dans  la 
taillede  quelques  individus  I  rnais  commeje  dou- 
te  qu'on  eut  pu  parvenir  a  faire  flir  de  tres  pe- 
tites  Feves  I'operation  dont  je  parle  ,  on  auroit 
pu  fe  borner  a  retrancher  les  Lobes  a  un  cer- 
tain nombre  d'individus  immediatement  apres 
leur  naiilance  ,  comme  je  i'ai  rapporte  au  com- 
mencement de  cet  Article. 

Ce  font  la  des  Experiences  qui  ne  font  point 

Hh  fim- 


242     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

fimplement  curieufes ;  elles  peuvent  repandre  da 
jour  fur  rimportante  matieie  de  la  generation  , 
&  c'eft  principalement  dans  cette  vue  que  je  me 
propole  de  les  reprendre. 

XC.  J'a  I  invite  les  Phyficiens  dans  mon  pre- 
mier Memoire  (xviii. ),  a  faire  tirer  aux  Plan- 
tes  des  Jnfufions  colorees.  J'ai  cite  a  cette  oc- 
cafion  des  Experiences  faites  fihr  ce  fujet  interes- 
lant  par  Mr.  de  k  Baisse,  &  couronnees  par 
une  illuflre  Compagnie.  Ces  injedions  naturelles 
font  tres  propres  k  nous  eclaircir  fur  \a  route  du 
Sue  nourricier  &  fur  fes  preparations.  Je  I'ai 
deja  remarque ;  (ibid.)  combien  de  particularites 
inftrudives  Mr.  du  Ham  el  n'a-t-il  pas  du  aux 
Experiences  qy'il  a  faites  en  ce  genre  fur  les  Ani- 
maux  avec  la  Teinture  de  Garance  !  J'ai  cher- 
che  a  rendre  cette  efpece  d'Jnje6tion  plus  fenfi- 
ble  dans  les  Plantes.  Le  Verd  de  la  plupart 
d'entre  elles  ne  tranche  pas  ailez  avec  le  Rouge 
de  la  Garance  :  j'ai  penfe  a  fake  hlanc^ir  celles 
que  j'ai  deflinees  a  tirer  cette  Teinture.  Je  n'ai 
eu  pour  cela  qu'a  les  elever  dans  un  lieu  ren- 
ferme  :  elles  s'y  font  ettiollees  comme  je  I'ai  de- 
crit  dans  I'Article  LXXix ;  elles  y  font  devenues 
d'un  Blanc  vif ,  tres  propre  a  relever  Fincarriat  de 
la  Garance.  C'efl  avec  des  Haricots  ,  des  Pois^ 
des  Feves  ainfi  ettiolUs  que  j'ai  fait  mes  premie- 
res Experiences  fur  la  coloration  des  Plantes. 
J'en  donnerai  ici  une  hiftoire  abregee. 

J'ai 


DES  FEUII.LES.  V.Mim.      243 

J"*AT  plonge  en  Ete  ,  dans  une  Infufion  de 
Garance  ,  des  Haricots  &  des  Pois  ettiolles.  Je 
les  en  ai  retire  au  bout  de  quelques  jours ,  je  les 
,ai  lave  pluficurs  fois  avec  de  I'Eau  claire,  &  je 
les  ai  cniuite  examine  avec  la  plus  grande  atten- 
tion. Voici  Jes  principales  particuiantes  qu'ils 
m'ont  ofTertes. 

Le5  Racines  &  I'Enveloppe  de  la  Graine 
dans  les  Pm  ,  m''ont  paru  teintes  d'un  Rouge 
afiez  vif  Cette  couleur  etoic  beaucoup  plus 
foncee  a  Textremite  des  Racines  ,  &  fur-tout  k 
i'extremite  des  plus  petites ,  que  par-tout  ailleurs: 
cette  extremite  etoit  d'un  Rouge  brun.  La  'lige 
des  Haricots  etoic  femee  9a  &  la  ,  de  t^ches  ir- 
regulieres ,  d'un  Kouge  moins  vif  que  celui  des 
Racines.  Ces  laches  ne  refidoient  que  fur  VE- 
piderme^  &  on  ne  les  obfervoit  que  fur  la  partie 
de  la  Tige  qui  avoit  ete  plongee  dans  I'lnfu- 
fjon:  le  rede  de  la  Pige,  ainfi  que  les  Feuilles, 
n'etoient  colorees  nulle  part.  Celles-ci  etoient 
un  peu  fannees. 

J' A I  repeie  plufieurs  fois  cette  Experience  a- 
vec  le  meme  fucces.  En  moins  de  24  heures , 
j'ai  obferve  dans  les  Racines  une  coloration  tr^s 
lenfible. 

J'ai  coupe  transverfalement  des  Racines  de 
Haricots  qui  etoient  plongees  dans  une  Infufion 
de  Garance  depuis  4  a  5  jours  :  j'ai  obferve  a- 
vec  unQ  bonne  Loupe  ,  la  coupe  de  ces  Racines, 

Hh  2  Leur 


244    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Leur  Interieur  m'a  paru  colore  en  entier ,  mais 
plus  vivement  dans  le  centre  que  vers  les  bords. 
J'ai  enleve  fur  Ja  Tige  des  portions  d'Ecorce ;. 
j'ai  mis  par-la  a  decouvert  des  lignes  rougeatres, 
paralleles  les  unes  aux  autres  &  a.  Ja  longueur  de 
la  Tige ,  &  qui  fembloient  defigner  les  Vaifleaux 
feveux. 

Des  Feves  laifTees  8  jours  dans  la  Garance 
s'y  font  fort  colorees.  Toutes  les  Racines  y 
ont  pris  une  teinte  de  Rouge  tres  foncee  ,  & 
principalement  a  leurs  extremites.  La  partie  fu- 
perieure  de  la  Tige,  celle  qui  n'a  point  trempe 
dans  rinfufion  ,  eft  devenue  d'un  aflez  beau 
Lilac.  Les  Feuilles  ofFroient  des  tkches  &  des 
veines  d'une  couleur  brune. 

J'ai  plonge  ces  Feves  dans  de  TEau  tres  pure^ 
je  les  y  ai  laillees  pendant  plufieurs  jours.  Mon 
deilein  etoit  de  favoir  fi  je  parviendrois  par -la 
k  les  decolorer ,  a  leur  faire  reprendre  leur  pre- 
miere couleur.  J'ar  obferve  que  la  partie  de  la 
Tige  qui  avoit  et^  plongee  dans  la  Teinture,  e- 
toit  fort  alteree  ,  &  pres  de  fe  corrompre.  Elle 
a  efFeftivement  corrompu  I'Eau  dans  laquelle  je 
I'ai  tenue  plongee :  j'ai  ete  oblige  de  la  renouvel- 
ler  plufieurs  fois.  Enfin  ,  I'alteration  n'ai'ant  fait 
qu'augmenter  5  j'ai  retranche  la  partie  corrompue: 
j'ai  coupe  jusqu'au  vif ;  le  re/le  de  la  Tige  & 
les  Feuilles  fe  font  delleches  fans  reprendre  leur 
couleur  primitive.     . , 


DES  FEUILLES.  V.  Mim,      245 

J'ai  plonge  dans  une  forte  Teinture  de  Ga- 
ranee  ^  un  certain  nombre  de  Haricots.  J'ai  fait 
aux  uns  d'aflez  grandes  plaies  ,  en  enlevant  ^k 
&  Jk  iur  la  Tige  des  portions  d'Ecorce.  J'ai 
fait  k  d'autres  des  piquures  profondes ,  avec  la 
pointe  d'une  Epingle.  J'ai  coupe  a  d'autres  la 
Racine  pres  du  Collet.  Deux  jours  aprcs  j'ai  re- 
tire ces  Plantes  de  la  Teinture  :  je  les  ai  lave  & 
relave  dans  de  I'Eau  tres  claire.  Les  plaies  & 
les  piquures  ont  ece  con/lamment  ce  qui  a  pris 
le  plus  de  couleur.  J'en  excepte  feulement  I'ex- 
tremite  des  Racines.  J'ai  obferve  en  quelques 
endroits  de  la  Tige  des  efpeces  de  Rides  qui  fc 
font  auffi  fort  colorees. 

Cexte  Experience  prouve  evidemmentque 
les  t^ches  irregulieres  dont  j'ai  parle  ci-deiTusa 
n'etoient  produites  que  par  des  inegalites  de  i'E- 
corce  dans  lesquelles  les  particules  colorantes  s'^- 
toient  engagees  &  dont  les  lotions  rejterees 
n'avoient  pu  les  chafler. 

J'ai  remarque  dans  cette  Experience,  com- 
•me  dans  la  precedente ,  que  la  partie  de  chaque 
Tige  qui  avoit  ete  plongee  dans  la  Teinture,  e- 
\o'\t  fort  alteree  &  presque  corrompue.  11  s'y 
etoit  forme  des  efpeces  d'Etranglemens.  Ces  E- 
iranglemens  etoient  fur -tout  fenfibles  a  I'extre- 
mite  inferieure  des  Plantes  auxquelles  j'avois  cou- 
pe la  Racine ;  cette  extremite  etoit  devenue  tres 
cfiilee.      Toutes  ces  Plantes    n'etoient  pourtant 

nil  3  de- 


246    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

demeurees  que  deux  jours  dans  la  Teinture, 

Lt-  meme  jour  auquel  je  les  en  ai  retire  ,  je 
les  ai  mis  dans  de  grands  Verres  pleins  d'l'^au  , 
pour  eflayer  de  les  decolorer.  Au  bout  d'une 
femaine  le  Rouge  des  Racines  &  des  Plaies 
s'efl  un  peu  affbibli ,  &  a  fait  place  a  une  teinte 
de  couleur  de  Rofe. 

QuATRE  jours  apres  il  eft  fbrti  de  quelques- 
unes  des  Tiges,  une  multitude  de  petites  Racines, 
dont  je  decrirai  ailleurs  rarrangement. 

J'ai  repete  ces  Experiences  fur  la  coloration 
des  Plantes  avec  une  Teinture  verte  qui  m'a 
ete  fournie  par  les  Galles  Chevehies  du  Cynor- 
rhodon  ou  Ro/ier  fauva^e  ,  &  qu'on  pourroit 
peut-etre  employer  utilement  dans  les  Arts.  Les 
Plantes  que  j'ai  tenu  plongees  dans  cette  Tein- 
ture, s'y  font  colorees  comme  celles  que  j'ai  tenu 
plongees  dans  la  Teinture  de  Garancc.  Les  Ra- 
cines ,  fur -tout  leur  extremite ,  ont  pris  une 
teinte  de  Verd.  J'ai  apper^^u  fous  I'Ecorce  de 
la  Tige ,  des  Traits  de  la  meme  couleur  ,  tres 
bien  termines ,  paralleles  les  uns  aux  autres ,  di- 
riges  fuivant  la  longueur  de  la  Plante  ,  &  que 
j'ai  reconnu  pour  les  Fibres  qu'on  nomme  J^ig- 
neufes.  Ces  Traits  devenoient  fi  fins  ,  &  leur 
couleur  s'afFoiblifloit  tellement  a  mefure  qu'ils 
s'eloignoient  des  Racines,  que  je  les  perdois  de 
vue  a  quelque  diftance  des  Lobes. 

De   petites   Tiges    de   Rofier  de  Damns  & 

d'£«- 


DES  FEUILLES.  J^.  Mim.      247 

^^Enthy/tmum,  chargees  de  Fleurs  blanches,  ai'ant 
ete  lailTees  pendant  8  jours  dans  une  forre  Tein- 
ture  de  Garance  ,  je  n'ai  pu  decouvrir  /ur  les 
Petales  le  raoindre  Trait  colore.  Les  Tiges  & 
les  Fieurs  fe  font  deOechees  au  bout  de  ce  tems-lk. 

J'ai  vu  la  meme  chofe  fur  une  Plante  d'^«- 
thyfimum  mile  en  Experience  pendant  le  meme 
efpacc  de  terns ,  dans  cette  Teinture.  Les  Ra- 
cines  s'y  font  un  peu  colordes  ;  mais  la  Tein- 
ture n'a  penetre  ni  dans  les  Feuilles  ,  ni  dans  les 
Fleurs. 

J'ai  eflaye  de  faire  naitre  dans  la  Teinture  de 
Garance ,  des  Feves  &  des  Haricots.  Pour  y  par- 
venir ,  j'ai  enfonce  une  grofle  Eponge  dans  une 
forte  infufion  de  cette  Racine.  Les  Graines  qui 
ont  ete  femees  dans  cette  Eponge  ont  germe ; 
les  Plantes  qui  en  font  provenues  ont  pris  beau- 
coup  d'accroiilement ,  mais  fans  fe  colorer  d'u- 
ne  maniere  fenfible.  L'Eponge  feroit-elle  une 
efpece  de  Filtre  qui  depouilleroit  I'lnfuflon  des 
particules  colorantes  qu'elle  renferme  ? 

Il  y  auioit  une  autre  fa^on  de  faire  cette  Ex- 
perience, qui  feroit,  je  penfe  ,  plus  convenable, 
&  que  je  n'ai  tentee  encore  qu"'imparfaitemcnt. 
Ce  feroit  de  remplir  un  Vafe  de  Terre  &  de 
Poudre  de  Garance  melees  cnfembles  par  egales 
portions,  oudifpofees  par  Lifts,  &  de  ffemer  dans 
ce  melange  (jifferentes  efpeces  de  Graines. 
Je  meditois  fur  ces  Experiences  >   lorsqu'au 

mi- 


*  PL 
XXIX. 


^8     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

milieu  d'O^lobre  il  m'efl:  venu  dans  Fefprit  de 
faire  tirer  une  Teinture  d'Kncie  a  des  Haricots 
ettioles.  Deux  jours  apres  confiderant  ces  Plan- 
tes  avec  beaucoup  d'attention ,  j'ai  ete  agreable- 
ment  furpris  d'appercevoir  a  travers  I'Ecorce ,  des 
Lignes  noirktres  *  qui  montoient  le  long  de  la 
y?'-  }•     Tige  parallelement  les  unes  aux  autres.     J'ai  en- 

*  £•       leve  aufTicot  TEcorce  * ;  j'ai  vu  au  dedbus ,  des 

*  ^' ^'    Lignes  *  du  plus  beau  Noir,    aulTi  nettes  ,   aufli 

bien  terminees,  aufli  droites,  que  fi  elles  eullent 
ete  tirees  avec  la  Plume  &  la  Regie.  Je  ne  le 
repeterai  point  aflez ;  la  ncttete  de  ces  Traits  6- 
toit  de  la  plus  grande  perfection.  Obferves  a  la 
Loupe ,  ils  n'en  paroillent  pas  moins  tranches  ; 
elle  n'a  pu  me  faire  decouvrir  entre  eux  de  Ra- 
meaux  colores. 

On  comprend  fans  que  je  le  dife,  que  les  Lig- 
nes dont  je  parle  ,  font  desPaquets  de  Fibres  Lig- 
jteu/es^de  Fibres  deftinees  a  conduire  le  Sucnourri- 
cier.  En  cofitinuant  d'enlever  I'Ecorce ,  j'ai  fiiivi 
ces  Vaifleaux  colores  jusques  a  I'extremite  de  la 
principale  Nervure  des  Feuilles ,  &  jusques  dans 
les  Nervures  laterales.  C'etoit  a  la  Surface  infe- 
rieure  qu'ils  alloient  fe  rendre.  Les  Faisceaux 
qu'ils  formoient ,  &  qui ,  comme  je  I'ai  dit ,  e- 
toient  reprefentes  par  des  Lignes  d'un  beau  Noir , 
diminuoient  de  nombre ,  de  grofleur ,  &  de  tein- 
te  a  mefure  qu'ils  s'eloignoient  de.la  bafe  de  la 
Tige.     J'ai  eu  la  curiofite  de  compter  le  nombre 

de 


DES  FEUILLES.  V,  Mini.       249 

de  ces  Faisceaux  un  peu  au  defTus  de  cefte  Bafe: 
j'en  ai  trouve  huit ,  di/pofes  par  paires  :  la  diflan- 
ce  qui  etoit  entre  chaque  paire  etoit  un  peu  plus 
grande  que  celle  qui  eroit  entre  ies  Faisceaux 
d'une  meme  paire. 

C'est  ce   que  j'ai  encore  obferve  ties  dis- 
tin6lement  en  coupant  la  ^lige  transverfalement 
un  peu  au  delFus  des  Racines  *.      j'ai  vu  fur  la  ^l}-- 
Coupe     huit  roints  noirs     ,  qui,  examines  aut'f^-.i-  R- 
Microicope ,  m'ont  paru  etre  Ies  Orifices  de  huit*  r^b\c'i. 
gros  Vailleaux.  '^'  ^^'' 

LoRSQ_UE  j'ai  partage  la  Tige  par  la  moi- 
tie  fuivant  fa  longueur,  &  que  j'ai  continue  cet- 
te  divifion  jusques  dans  Ies  Racines  ,  de  nouvel- 
les  particularites  fe  font  offer tes  a  mes  yeux.  j'ai 
vu  au  centre  de  toutes  Ies  Racines  un  Faisceau 
de  Fibres  parfaitement  bien  coJorees  *:  ce  Fais-! ''.^' 
ceau  alloit  fe  rendre  a  un  Faisceau  principal  *  lo-  *  ^• 
ge  au  Coeur  de  la  maitrefle  Racine:  celui-ci  fe 
divifbit  au  Collet   *  en  d'autres  Faisceaux   plus  *  «^- 
petits  ,  qui  montoient  le  long  de  la  Tige  ,  entre 
I'Ecorce  &  la  Moelle.     La  Coupe  longitudinale 
ne  prefentoit  que  deux  de  ces  Faisceaux  * ,   op-*  ^'  ^-■ 
pofes  I'un  a  I'autre  ,   &  au  milieu  desquels  etoit 
placee  la  Moelle  *  qui  n'avoit  point  change  de  *  ^^^  ^^■ 
couleur  J  non  plus  que  I'Ecorce  *.     J'ai  apper^u  *  £.  e. 
feulement  dans  I'une  &  dans  I'autre  pres  du  Col- 
let  *  ,     une   teinte    bleuatre  ,    qui   provenoit  , "  <?• 
fans  doute  ,    d'un    melange   de  la   couleur   de 

li  I'En- 


250    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

I'Encre  avec  la   couleur   blanche  de  la  Tlge. 
*Fig.i.^.      La  Surface  exterieure  des  Racines  *  m'a  pa- 
ru  afTez  coloree ;  mais  leur  extremite  I'etoit  en- 
core davantage  :    elle  fe  faifbit  remarquer  par  u- 
*•'">"  ne  petite  tache  d'un   beau  Noir  *.     La  Coupe 
transverfale  d'une  maitrelle  Racine  montroit  une 
*  F^'g-^4.  t^che  ronde   '^  de  menne   couleur  ,    environnee 
*\!c,c.  d'un  Cercle  blancMtre  *  ailez  epais ,  &  qui  dd- 
terminoit    la    place  qu'occupoit    FEcorce.      Ce 
Cercle  indiquoit  que  la  couleur  noire  ou  noirS.- 
tre  qu'on  obfervoit  a  I'exterieur  des  Racines,  n'e- 
toit  que  fuperficielle,     II  en  etoit  probablement 
de  cette  couleur  comme  de  ces  t^ches  irregulie- 
res  qui  paroiflent  ^^a  &  la  fur  I'Epiderme  de  la 
Tige ,    &  dont  j'ai  parle  ci-deflus   en   rendant 
compte  des  Experiences  que  j'ai  faites   a\^ec  la 
Teinture  de    Garmice.      Peut-etre  ndanmoins , 
que  I'exterieur  des  Racines  plus  poreux  que  ce- 
lui  de  la  Tige ,  s'imbibe  jusqu'k  un  certain  point 
de  la  matiere  colorante ,  &  la  transmet  en  partie 
a  I'interieur.     Une  teinte  bleu^tre  que  j'ai  ap- 
per^u  quelquefois  dans   I'Ecorce  des   principales 
Racines  fembleroit  Tinfinuer.     Quoiqu'il  en  fbit, 
la  quantite  de  nourriture  que  les   Racines  pom- 
pent  par  cette  voie  ,  eft  fiirement  tres  inferieure 
a  celle  qu'elles  pompent  par  les  pores  places  a 
leur  extremite.     La  forte  coloration  de  cette  ex- 
tremite &  du  Coeur  de  la   Racine  en  eft  une 
preuve. 

-  ]'AI 


\  DES  FEUILLES.   />-:  MM.      2?r 

•J?  J'ai  repete  un  grand  nofnbre  de  fois  les  Ob- 
;fervations-  precedences.      J'ai  vu  conftamment  k 
J'cxtremite  de  routes  les  Racines  ,  une  petite  ta- 
che  d'un  beau  Noir  *,  qui  m'a  paru  defigncr  les  *  pl. 
Orifices  du  Faisceau  *  de  Fibres  colorees ,  loge  i'!?- 1 \  +. 
au  Coeur  de  chaque  Racine.     Ce    Faisceau    va*'i"g.*3. 
-en  s'eJargiirant  a  mefure  qu'ii  s'eloigne  de  i 'ex- ■''"''' ^" 
tremite  de  la  Racine.    Heft,  commeelle,  de  Fi- 
gure conique.   Le  Faisceau  principal ,  celui  qui  efl: 
place  au  centre  de  la  maitrefle  Racine  ,  jette  dans 
Ja  Tige   8   ou   lO    Faisceaux  plus  petits  ,   efpaces 
regulierement,  qui  embraflent  la  Moelle ,  &  qui 
font   embrailes   eux  memes  par  PEcorce.      Ces 
Faisceaux  courent  en  ligne  droite  le  long  de  la 
Tige  fans  paroitre  fe  ramifier  fiir  leur  route.    On 
en  fiiit  quelques-uns  jusques  a   Textremit^    des 
Nervures  de  la  Surface  inferieure  des  Feuilles, 
Lh,  on  les  perd  de  vue.     L'Ecorce  &  la  Moelle 
obfervees  k  la  Loupe,  n'ofFrent  point  de  fembla- 
bles  Faisceaux ;  on  n'y  decouvre  pas  meme  le 
moindre  Filet  colore  ;    mais  on  appercoit  a  tra-* 
vers  I'Ecorce  de  la  Tige  *  &  des  Feuilles ,  les  J^^fj^ 
Faisceaux  colores   places  au    deflous ,    &  qu'on  J  ig- 1* 
pourroit  croire  appartenir  a  I'Ecorce  ,   fi  on  ne   '■''''''■ 
s'etoit   auparavant   aflure  du  contraire  e-n  I'enle- 
vant  avec  un  ScaJpel ,    &  en  I'obfervant  attenti- 
vement  des  deux  cotes. 

J'ai  parle  des  Faisceaux  de  la  Tige  comma 
etant  paralieles  le^  uns  aqx  autres:  lis  le  jparoiflenf 

li  2  ef-         ' 


2^2     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

efFe6livement  Jorsqu'on  ne  les  confidere  que  /iir 
•F^.  I.  uj^g  petite  partie  de  leur  longueur  "*;  mais  fi  on 
les  fuit  dans  leur  cours  ,  on  reconnoitra  bientot 
*/./>/>/•  qu'ils  tendent  a  fe  rapprocher  les  uns  des  autres  *, 
a  mefure  qu'ils  s'eloignent  de  la  Bafe  de  la  Tige. 
Ainfi  la  Plante  eft  compofee  de  deux  Cones  prin- 
cipaux ,  appuyes  I'un  centre  I'autre  par  leur  Bafe , 
&  cette  Bafe  eft  au  Collet.  C'eft  ce  que  Mr. 
SouBEYRAN  a  t^chc  d'exprimer  dans  la  Figure 
I.  de  la  Planche  30.  Les  Traits  foibles  /,  f-^f^ 
reprefentent  les  Falsceaux  les  plus  eloignes  de 
I'oeil  du  Spedateur.  L'endroit  C  ou  ils  font  in- 
terrompus,  defigne  le  Collet.  7i,  K^  font  des 
Ramifications  de  la  maitrefle  Racine.  Cette  Fi- 
gure ne  rend  I'Original  que  tres  imparfaitement ; 
elle  n'eft  deftinee  qu'a  aider  I'imagination  a  fe 
former  une  idee  de  I'arrangement  des  principales 
Fibres  qui  compofent  chaque  Cone. 

Ces  Obfervations  mettent  dans  un  grand  jour 
ce  que  j'ai  dit  ailleurs  (liii.  )  de  la  difference 
qu'on  obferve  entre  la  ftrudure  de  la  Racine  & 
celle  de  la  Tige ,  &  de  la  diverfite  de  mouve- 
mens  qui  en  refulte.  On  voit  par  ces  Obferva- 
tions, que  les  Fibres  qui  conduiient  le  Sue  nour- 
ticier,  occupent  le  Centre  dans  la  Racine  &  laCir- 
conference  dans  la  Tige.  L'Ecorce  de  celle -ci 
eft  moins  epaifle  que  I'Ecorce  de  celle -la. 

AvEC  un   Scalpel  j'ai   detache  d'une    Tige 
plongee  dans  I'Encre  depuis  3  jours,  une  Lame 

tres 


DES  FEUILLES.  /^M'»?.      253^ 

tres  mince  ,   fur  laquelle  etoient  trois  Faisceaux 
qui  paroiflbient  fort  colores :  j'ai  expofe  cette  Ls- 
me  au  Micro fcope  ,   &  nous   I'y  avons  obferve 
attentivement  Mr.  Soubeyran  &  moi.  Nous 
avons  remarque  que  les  trois  Faisceaux  *  n'^toient  *  I'r.. 
pas  egaiement  colores:    un  *  dc.ces   Faisceaux  Kig.V 
etoit  beaucoup  plus  noir  que  les  deux  autres  *.  ♦  t,  c. 
Nous  avons  fait  une  femblable  remarque  k  re- 
gard des   Fibres  qui  compofbient  chaque  Fais- 
ceau  ;    les  unes  nous  ont  paru  d'une  teinte  tres 
forte^  les  autres  d'une  teinte  plus  ou  moins  foi- 
ble.    Immediatement  a  cote  d'un  de  ces  Fais- 
ceaux, nous  en  avons  decouvert  un  quatrieme  *,  ♦  d. 
dont  les  Fibres  plus  exa6lement  paralleles  entre 
elles  que  celles  des  autres  Faisceaux,  mais  biea 
moins  colorees  ,    etoient  femblables  a  des  Fils 
foyeux.     L'intervalle  compris  entre  les  diiFerens 
Faisceaux,  etoit  rempli  par  des  Fibrilles  *  difpo-*?,/, 
fees  aflez  irregulierement,  &  comme  par  ondes  ^' *' 
luivant  la  longueur  de  la  Tige ,   dans  lesquelles 
nous  avons  apper^u  une  teinte  noir^tre. 

Nous  aurions  poufle  plus  loin  ces  Obferva- 
tions  microfcopiques ,  fi  les  occupations  de  Mr. 
SouBEYRAN,  &  les  menagemeus  que  mes 
yeux  exigent  ,  nous  I'avoient  permis.  Je  cite 
ici  le  temoignage  de  Mr.  Soubeyran  , 
parce  qu'il  ne  poffede  pas  feulement  I'art  de 
bien  reprefenter  ce  qu'il  voit,  mais  qu'il  fait  en- 
core voir  en  Obfervateur. 

li  3  J'ai 


254    RECHERCHES  SUK.  t'USAGE 

7;:;;J''Ai  dit  que  Jes  Faisceaux' cdlores  qui  s'ele- 
-vent  de  la  Racine  dans  la  Tige,  font  au  nombre 
jde  huit ,  cfpaces  reguliereraent  &  difpofes  par 
*^llj^  paires  *  On  fe  tromperoit  beaucoup  fi  I'on 
p'°-.»-  croyoit  fur  cet  expofe  ,  qu'il  n'y  a  pas  dans  ja 
&cf'  '  PJante  un  plus  .grand  nombre  de  Faisceaux  qui 
.;  ;,:  jfe  colorent.  Tout  ce  que  Ton  peut  inferer  de 
cette  Ob(ervation  ,  c'efl  que  les  huit  Faisceaux 
■dont  il  s'agit,  font  ceux  qui  fe  colorent  les  pre- 
miers, II  Y  a.  dans  la  coloration  des  FaisceauX), 
■line  gradation  que  Ton  fijit  a  I'oeil.  Pius  la 
Plante  fejourne  dans  la  Teinture  ,  plus  le  nom- 
bre des  Faisceaux  colores  augmente.  Enfbrte 
que  fi  Ton  .coupe  transverfalement  a  quelque  dir 
(ftance  du  Collet,  un  Haricot  qui  a  ete  plonge 
dans  TEncre  peridant  7  ou  8  jours,  on  verra  fur 
la  Coupe  ,  au  lieu  de  huit  Points  noirs ,  un  Cer- 
cle  de  meme  couleur,  qui ,  examine  a  la  Loupe 
paroitra  forme  d'une  multitude.. de  Points  noirs. 
Non  feulement  le  nombre  des  Faisceaux  colores 
augmente  de  jour  en' jour  ,  _mais  encore  leur 
grofleur  &  leur  teinte:  Les  Obfervations  qui 
luivent  aideront  a  juger  de  cette  gradation, 
cv  La  vitefle  avec  laquelle  Ja  matiere  colorante 
s'eleve  dans  les  Fibres  de  la  Tige  ,  eft  tres  re- 
marquable. ::  Dans  un  Haricot  long  de  6  pouces, 
dont  les  Racines  etaient  plongees  dans  la  Tein- 
ture depuis  2  heures  ,  a  une  temperature  d'en- 
viron  10  degres  du  Tbermometre.  de..Mr^.d0 
I/'  7  i^  Reau- 


DES  FEUILLES.  y.  Mm.      2$^ 

Reaumur,    j'ai  trouve   la  matiere  colorante     -j^^^  y 
elevee  dans  la  Tig€  k  plus  d^  4  pouces  de  hau-i     -V?'^ 
teur.     Les  Traits  qu'elle  y  formoit  etoient  tres 
foibles  &  tres  fins.     Ceux  des   Racines  etoient 
bien  plus  fenfibles.     On  voyoit  un  Point  noir  a 
I'extremite  de  chacune.  -  fc'"'i-> 

A  u  bout  d'une  heure ,  &  a  peu  pres  a  la  Hl(^^ 
me  temperature  ,  j'ai  vu  la  matiere  colorante  s'e- 
Jever  dans  la  Tige  a  environ  3  pouces  de  hau- 
teur. Les  Traits  ^u'elle  y  formoit  etoient  d'une 
grande  finefie  ,  &  plus  femblables  a  des  Traits, 
de  Crayon  qu'a  des  Traits  de  Plume. 

Enfin  5  j'ai  vu  cette  matiere  s'elever  en 
demi  heure  a   i  pouce  &  \  au  deilus  du  Collet. 

Il  faut  un  certain  terns  pour  que  la  quantite 
de  Particules  colorantes  qui  fe  depofe  a  ehaque 
inftant  dans  les  Mailles  des  Vaiileaux  feveux, 
devienne  fenfible  a  I'oeil.  A  me/Iire  que  ces 
Vaiileaux  re^oivent  du  nouveau  liquide,  il  fe  for- 
me dans  leurs  Mailles  un  nouveau  depot  ,  &  la 
teinte  fe  fortifie.  Mais  ,  comme  les  Fibres  quf 
compofent  le  meme  Faisceau,  n'ont  pas  toutes 
une  egale  difpofition  a  recevoir  ,  ou  a  retenir 
les  Particules  colorantes ,  elles  ne  fe  colorent  pas 
toutes  egalement  en  terns  egal  :  de  la  vient  que 
le  Faisceau  paroit  d'abord  (bus  I'afpetl:  d'un  Fi- 
let tres  delie,  qui  s'dpailTit  peu -a -peu  par  I'ad- 
dition  graduelle  de  nouvelles  Particules  colorantes 
dans  les  Mailles  des  Fibres  voifines. 


2^6    RECHERCHES  SUR  L'CSAGE 

XXIX      ■    y^^  doute  fi  les  Lobes  *  admertoient  la  ma- 

Fig-  r.'  ti^re  colorante  :  je  les  ai  regardes  d'abord  comme 
'  '  des  efpeces  de  Filtres  qui  ne  laiiTbient  pafler  que 
les  Sues  les  plus  fins.  Pour  decider  cette  ques- 
tion qui  m'a  paru  interellante  ,  j'ai  tenu  plonges 
dans  I'Encre  ,  pendant  2  jours  ,  des  Haricot 
dont  les  Lobes  etoient  encore  tres  verds.  J'ai 
enfuite  enleve  I'Ecorce  de  la  Tige  au  dellbus 
des  Lobes ,  &  aVant  trouve  les  VailTeaux  feveux 
tres  colores  ,  j'ai  continue  d'enlever  I'Ecorce 
jusques  a  Tinfertion  des  Lobes  dans  la  Tige :  j'ai 
decouvert  alors  a  I'origine  de  chaque  Lobe ,  fept 

*J:'ig.7r.  Vaifleaux  *,  reprefentes  par  fept  Traits  noirs 
tres  delies ,  qui  alloient  fe  plonger  dans  I'epais- 
(eur  du  Lobe ,  &  s'y  ran:iifier.  J'ai  apper^u  ces 
Ran:iifications  en  partageant  le  Lobe  fuivant  fa 
longueur;  j'ai  vu  fur  la  Coupe  de  chaque  moitie, 

*  F's-  8.  une  multitude  de  Traits  *  noirs ,  extremement 
fins ,  &  dilpofes  fort  irregulierement. 

La  matiere  colorante  penetre  done  dans  les 
Lobes  5  comme  nous  I'avons  vu  penetrer  dans  les 
Feuilles. 

J'ai  plonge  dans  I'Encre  par  leur  extremite 
fuperieure,  des  Haricots  dont  les  premieres  Feuil- 
les etoient  parfaitement  developpees.  J'ai  cou- 
pe ces  Feuilles  h  quelques-uns  pres  de  I'origine 
du  Pedicule.  J'ai  plonge  en  meme  terns ,  dans 
la  meme  Liqueur ,  par  leur  extremite  inferieu- 
rej  d'autres  Haricots  egaux  &  femblables,  aux- 

quels 


DES  FEUILLES.   /'.  Mem.      2^7 

quels  j*ai  retranche  Jes  Racines  pres  du  Collet. 
Au  bout  d'un  jour  ou  deux ,  ai'ant  enleve  I'E- 
corce  de  la  Tige ,  j'ai  vu  dans  les  Haricots  pri- 
ves  de  Feuilles,  des  Traits  noirs ,  tres  diftinifts, 
qui  tendoient  vers  les  Racines :  ils  etoient  beau- 
coup  plus  fins  &  moins  longs  que  ceux  qu'on  ob- 
fervoit  dans  les  Haricots  qui  avoient  tire  la  Tein- 
ture  par  leur  extremite  inferieure.  On  n'apper- 
cevoit  point  de  femblables  Traits  dans  les  Hari- 
cots dont  les  Feuilles  avoient  ete  plongees  dans 
cette  Teinture.  Ces  Feuilles  n'en  auroient-el- 
les  point  admis  la  Partie  colorante  ? 

Au  refle,  les  Vaifleaux  feveux  de  la  Tige  e- 
tant  de  petits  Cones  fort  allonges,  dont  la  Bafe  eft 
au  Collet  5  les  Traits  que  la  matiere  colorante  y 
produitj  doivent  etre  plus  fins  &  s'etendre  moins 
lorsque  cette  matiere  penetre  dans  la  Tige  par  le 
fbmmet  des  Cones  ,  que  lorsqu'elle  y  penetre 
par  leur  Bafe.  Dans  le  premier  cas  ,  les  Parti- 
cules  colorantes  font  en  bien  moindre  quantite  ; 
&  fe  divifant  de  plus  en  plus  a  mefure  qu'elles 
s'elevent ,  parce  qu'elles  ont  a  occuper  un  plus 
grand  efpace  ,  elles  deviennent  toujours  moins 
fenfibles. 

Nous  avons  vu  que  les  Fibres  qui  fe  colo- 
rent,  font  placees  immediatement  au  deflbus  de 
TEcorce  :  celle-ci  feroit-elle  incapable  de  colo- 
ration ?  ne  fauroit-elle  recevoir  ,  ou  transmettre 
\qs  Particules  colorantes  ?  je   crois  avoir  decide 

Kk  cet- 


258     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

cette  Queflion  par  une  Experience  analogue  k 
celle  que  j'ai  rapportee.  dans  1' Article  x.  J'ai 
choifi  des  Haricots  fort  ettiolles ,  qui  a'fant  ete 
inclines  perpendiculairement  en  embas,  s'etoient 
replies  ,  &  formoient  un  Coude  au  deflous  des 
Lobes.  C'eft  ce  Coude  que  j'ai  plonge  dans  la 
*  PL.  II.  Teinture  ,  en  fubftituant  a  la  Plaque  *  de  plomb 
*'f/t/t.percee  de  trous  *  ronds ,  une  Planchette  de  bois 
dans  laquelle  on  avoit  pratique  des  ouvertures  ob- 
longues  de  3  a  4  lignes  de  largeur,  fur  20  a  25* 
de  longueur.  Les  Haricots  ont  etd  introduits 
dans  le  Va(e  par  ces  ouvertures  ,  qui  les  ont 
maintenu  dans  la  fituation  qu'exigeoit  le  but  de 
I'Experience.  Si  j'ai  prefere  des  Haricots  cou- 
des  naturellement  ^'a  ete  pour  eviter  les  deran^ 
gemens  que  j'aurois  pu  y  occafionner  en  lescou- 
dant  n:ioi-meme.  i  ■^vlD:' 

DEUX  a  trois  jours  s'etant  ecoules,  j'ai  retire 
les  Haricots  de  la  Teinture;  je  les  ai  lave  plu- 
fieurs  fois  avec  de  I'Eau  claire  ,   &  j'ai  examin^ 
tres  attentivement  a  la  vue  fimple  &  a  la  Lou- 
pe ,    la  Surface  exterieure  de  I'Ecorce  :    elle  a- 
voit  contrade  au  Coude  une  couleur  noir^tre  ; 
par -tout   ailleurs   elle  avoit   conferve  fa  couleur 
naturelle.      J'ai  enleve  I'Ecorce  a  I'endroit  colo- 
re ;   j'ai  obferve  fa  Surface   interieure  ;    mais  fa 
grande  tranfparence  ne  m'a  pas  perm  is  de  m'aflu- 
rer  fi  la   couleur  avoit  penetre  jusques  a  cette 
Surface.     J'ai  vu  feulement  9a  &  la,  fur  la  Par- 
tie 


DES  FEUILLES.  V.Mem.      259 

tie  que  FEcorce  recouvroit  ,  une  tres  legere 
teinre  de  Noir  ,  qui  indiquoit  que  TEcorce  a\oit 
laille  pafler  un  peu  de  matiere  colorante.  Mais, 
ce  qui  n'etoit  point  du  tout  equivoque  ,  c'eft  que 
les  Vaifleaux  feveux  qui  fe  colorent  fi  parfaitement 
dans  les  Tiges  qui  pompent  la  Teinture  par  I'une 
ou  I'autre  de  leurs  extremites ,  formoient  ici  des 
Lignes  blanch^tres ,  tres  aifees  a  diftinguer.  La 
matiere  colorante  n'avoit  done  pas  ete  transmife 
a  ces  Vaifleaux  ? 

Pour  eiiayer  de  decolorer  des  Fibres  qui  a- 
voient  tire  une  infufion  d'Encre  pendant  24  heu- 
res  ,  j'ai  mis  les  Plantes  dans  de  I'Eau  pure  ,  a- 
pres  les  avoir  lave  avec  fbin  :  je  les  y  ai  laiflees 
environ  3  (emaines.  Au  bout  d'un  terns  fi  long, 
a'lant  enleve  I'Ecorce  ,  j'ai  ete  furpris  de  trouver 
les  Fibres  aufTi  colorees  que  le  premier  jour. 

L'AiR  paroit  plus  propre  que  I'Eau  a  decO' 
lorer  les  Fibres.  II  occafionne  dans  les  Sues  une 
evaporation  qui  detache  les  Particules  colorantes 
des  endroits  ou  elles  font  logees.  j'ai  remarque 
plus  d'une  fois  ,  &  Mr.  Soubeyran  I'a  re- 
marque comme  moi ,  que  des  Faisceaux  tres  bien 
colores,  mis  k  I'Air  par  I'enlevement  de  I'Ecor- 
ce,  fe  decoloroient  peu-a-peu  ;  enfbrte  qu'au 
bout  de  quelques  heures  ils  ne  confervoient  plus 
qu'une  teinte  ailez  foible. 

L'Encre  n'altere  pas  moins  que  la  Garance 
les  Plantes  qui  y  font  plongees ;  mais  c'ei):  une 

Kk  2  alie- 


26o    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

alteration  d'un  genre  oppofe.  Au  lieu  de  ramol- 
lir  5  de  corrompre ,  il  raffermit ,  il  reflerre  la 
partie  de  la  Tige  qu'on  y  tient  enfoncee ;  il  pro- 
duit  au  Centre  une  cavite  tres  fenfible.  Le  refte 
de  la  Tige  ,  la  partie  qui  demeure  a  I'Air ,  fe 
fletrit  en  peu  de  jours.  On  a  beau  mettre  la 
Plante  dans  de  I'Eau  fratche  ,  qu'on  a  fbin  de 
renouveller  de  tems  en  terns ,  elle  ne  s'y  retablit 
point.  Les  Conduits  une  fois  obftru^s  par  les 
Particules  colorantes ,  ne  fe  rouvrent  plus.  Ce- 
pendant ,  comme  je  n'ai  tente  cette  Experience 
que  dans  une  mauvaife  faifbn  ,  je  ne  voudrois 
pas  decider  qu'il  en  fut  de  meme  fi  on  la  repetoit 
au  Printems ,  ou  en  Ete  :  pent  -  etre  qu'alors  on 
verroit  fbrtir  de  la  partie  la  moins  alteree  de  la 
Tige,  de  petites  Racines,  comme  je  I'ai  dit  de 
quelques  Piantes  qui  avoient  ete  plongees  dans 
la  Teinture  de  Garance. 

XCI.  Il  ne  fuffifbit  pas  d'avoir  tente  fur  des 
Piantes  Herbace'es  les  Experiences  de  la  colora- 
tion ;  il  failoit  encore  les  tenter  fur  des  Piantes 
JJgneufes.  Si  j'avois  penfe  plutot  k  y  employer 
I'Encrc, j'aurois  fait,  fans  doute ,  des Obfervations 
plus  intcrefTantes ,  &  plus  inflrudives  que  celles 
qu'il  me  refle  a  rapporter. 

Ce  n'a  ete  qu'a  la  fin  de  Novembre,  &  a 
une  temperature  de  3  a  4  degres ,  que  j'ai  com- 
mence h.  faire  tirer  des  infufions  d'Encre  a  des 
Branches  de  difFerentes.  Efpeces»     UAbricotier  , 

le 


DES  FEUILLES.  V,  Mim.      261 

le  Chesne  ,  le  Coudrier ,  le  Laurier  Cerife  ,  le 
Pefcher  ,  le  Peuplier ,  le  Poirier  ,  le  Sureau , 
la  yigne  ,  ont  ete  mis  ainfi  en  Experience  pen- 
dant quelques  jours.  Les  Branches  aVant  ete  en- 
fuite  coupees  en  difFerens  fens  ,  toutes  m'ont 
offert  les  memes  particularites  que  le  Haricot :,  k 
quelques  varietes  pres. 

Sous  I'Ecorce  *,  abfblument  privee  de  Vais-*PL, 
feaux   colores  ,   j'ai  obferve  une  ,    ou  plufieurs  Fig.  9.'  & 
Couches  de  Fibres  Ligneufes ,  plus  ou  moins  noi-  ^'  ^' 
res.     Celle  *  qui  touchoit  immediatement  k  I'E- *  F''5-J>- 
corce  etoit  d'un  beau  Noir.     La  teinte  s'affoi- 
bliflbit  dans    la   Couche  *  la  plus  voifine  de  la  *  ^• 
Moelle.     Celle -ci  *,   avoit  conferve  (a  couleur  *  f'&  9- 
naturelle  (f);  on  n'y  appercevoit  pas  le  plus  j^.  ^"•■^• 
ger  changement. 

La  Coupe  transverfale  d'une  Branche  faite  un 
peuaudeflus,  ou  un  peu  au  deflbus  du  Point  qui 
repondoit  k  la  fuperficie  de  la  Liqueur  ,  repre- 
fentoit  trois  Cercles  tres  diftin6ts ,  concentriques 
les  uns  aux  autres.  Le  premier  Cercle  *,  ^^\^!fu 
Cercle  exterieur  form^  par  I'Ecorce ,  n'avoit  point 
change  de  couleur.  Le  fecond  *,  forme  parle**' 
Bois  3  etoit  d'un  Noir  plus  fonce  a  fa  partie  ex- 

t^- 

( -f )  Je  prends  ici  laMoeHe  ur  peu  au  dcfTus  du  Point  qui  r(«poiid  ^  la 
fuperficie  de  rEnere.  Comme  celle  qui  elt  plac^e  ^  rextr6mit6  inf6- 
rieure  elt  huraeft^e  immediatement  par  la  Teinture  ,  elle  s'en  imijibe 
^  quelques  lignes  ce  hauteur  de  la  mfime  manitre  qu'une  Epongc. 
Mr.  de  la  Baiss^e  I'a  remarque  avant  mok, 

Kk  3 


262     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

terieure  ,    qu'a  la  partie  interieure.     Le  troifie- 

*  "»•       riie  *,  qui  rq^refentoit  la  ^ioelle,  avoit  la'couleur 

propre  a  cette  partie  de  la  Plante. 

Dans  quelques  Branches  partagees  fuivant 
leur  longijeur  ,  la  matiere  colorante  eroit  encore 
fenfible  a  7  ou.  8  pouccs  au  defTus  de  Pendroit 
qui  determinoiL  la  fuperfoie  de  TEncre  :  mais, 
les  Traits  que  cette  matiere  y  produifbit ,  etoient 
extremement  foibles.  Les  plus  forts  ,  les  plus 
nets  etoient  un  peu  aU  deilous  de  cet  endroit. 

En  general,  les  Traits  colores  occupoient  u- 
ne  largeur  plus  ou  moins  grande  ,  fuivant  que  le 
Bois  etoit  plus  ou  moins  epais,  ou  que  la  Moelle 
^  prenoit  plus  ou  moins  de  place.  Ainfi  ces  Traits 
etoient  plus  nombreux  dans  le  Chesne  que  dans 
le  Sureau. 

*  PL.  En    enlevant    I'Ecorce    *     vers    I'extremite 

XXIX- 

Fig.  12.  e.  inferieure  d'une  Branche  ,  on  mettoit  a  decou- 
vert  ,  non  des  Faisceaux  tres  diftinds,  comme 
dans  le  Haricot ,  mais  un  nombre  infini  de  Fais- 

*^'^'.i  '  ceaux  ,  qui  compofoient  une  Couche  *"  noire, 
tres  uniforme. 

* '•  La  Surface  interieure  *  de  I'Ecorce,   celle 

qui  etoit  appliquee   immediatement  fur  la  Cou- 

*  ^'        the  *  coloree ,    n'offroit  pas  la  plus  legere  tein- 

te  de  Noir ,  ni  a  la  vue  fimple ,  ni  a  la  Lou- 
pe. La  couleur  de  cette  Surface  etoit  auffi  na- 
turelle  a  la  partie  de  la  Tige  qui  etoit  enfoncee 
dans  I'Encre  ,  qu'a  celle  ou  la  matiere  colorante 

n'e- 


DES  FEUILLES.   V.Mem.      263 

n'etoit  point  paryenue.  La  Surface  exterieure 
de  I'Ecorce  n'avoit  done  pas  transmis  cette  ma- 
tiere  a  la  Surface  interieure  ? 

Sou  VENT  j'ai  partage  des  Branches  fuivant 
leur .  longueur  ,  de  maniere  que  la  Coupe  a  pafle 
par  le  milieu  d'un  Bouton.     j'ai  obferve  alors  ce 
Bouton  tres  attentivement  avec  le  fecours  de  la 
Loupe :  je  n''ai  pu  decouvrir,  (bit  dans  le  Coeur  *,  *^'s-9e. 
(bit  dans  les  Enveloppes  *,  aucune  trace  de  la  Li-,*  '• 
queur  colorante.     Mais  ,   lorsque  j'ai  fait  la  fee-;- 
tion  par  un  Plan  parallele  k  Ja  Bafe  du  Bouton  ,. 
j'ai  vu  fur  la  Coupe  *  trois  Points  noirs ,  qui  m'ont  *  Fig'  lo- 
paru  etre  les  Orifices  de,  trois  Faisceaux  de  Fibres, 
colorees.  ^    ..ofi'jd  i>3i>'>;13g-aJ  ■ 

J'ai  ecorce  circulairement  des  Branches  ^ A- 
bricotier  &  de  Peuplier  ;  j'ai  enleve  ^a  &  la  fur 
ces  Branches  des  Tuyaux  d' Ecorce ,  qui  ont 
laifTe  le  Bois  a  decouvert.  Tantot  j'ai  enleve 
TEcorce  a  I'extremite  inferieure  de  la  Branche, 
a  celle  qui  devoit  etre  plongee  dans  I'Encre ; 
tantot  je  I'ai  enleve .  un  peu  au  deflus  ,  ou  usa 
peu  au  deflbus  du  Point  qui  devoit  repondre  a 
la  fuperficie  de  la  Liqueur:  dans  tous  ces  cas,  la 
matiere  colorante  s'eft  elevee  aufTi  haut  &  a  co- 
lore les  Fibres  du  Bois  aulli  forternent ,  que  fi 
je  n'eufle  point  enleve  I'Ecorce.  Ainfi  quand  je 
n'aurois  pas  fii  par  toutes  les  Experiences  pre- 
cedentes,  que  la  Liqueur  colorante  monte  par  les 
Fibres  du  Bois,  &  non  par  celles  de  J'Ecorce, 

I'Ex- 


264    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

1' Experience  que  je  rapporte  m'en  auroit  con- 
vaincu. 

Des  Branches  de  plufieurs  Efpeces  plongees 
dans  i'Encre  par  leur  extremite  fuperieure  , 
m'ont  fourni  les  memes  Obfervadons  que  le  Ha- 
ricot. 

J'ai  partage  longitudinalement  I'extremitd  in- 
ferieure  de  quelques  Branches  tres  colorees  :  j'ai 
lave  fbigneufement  la  Surface  exterieure  de  cette 
extremite  ,  afin  d'en  enlever  les  Particdes  colo- 
rantes  qui  y  dcoient  demeurees  attaciiees  :  j'ai 
^  enfuite  plonge  ces  Branches  dans  de  I'Eau  pure 
que  j'ai  renouvelle  aflez  frequemment :  je  les  y 
ai  laifle  en  Experience  pendant  plus  de  trois  fe- 
maines.  Durant  tout  cet  intervalle ,  Jes  Fibres 
Ligneufes  n'ont  point  celle  d'etre  humedlees  dans 
chaque  moitie  produite  par  la  fed'ion.  Cepen- 
dant  la  couleur  noire  qu'elles  avoient  contraftee, 
n'en  a  point  ete  affoiblie. 

Mais,  aVant  ecorce  d'autres  Branches  qui  n'e- 
toient  pas  moins  colorees  ,  aiant  mis  a  i'Air 
*  Pf-  cette  Couche  *  noire  dont  j'ai  parle;  en  moins 
Fig.  li.  t.  d'une  minute  j'ai  vu  les  Fibres  de  cette  Couche 
fe  decolorer  &  blanchir.  La  decoloration  a  con- 
tinue ;  mais  ,  elle  n'a  pas  ete  au  point  de  ren^ 
dre  aux  Fibres  leur  couleur  naturelle ;  elles  ont 
toujours  conferve  une  legere  teinte  de  Noir. 

A P re's  avoir  eflaye  de  colorer  les  Branches 
de  diverfes  E/peces  Ligneufes ,  en  les  plongeant 

par 


^  DES  FEUILLES.  V.  Mem.      265 

par  leur  extremity  dans  un  Vafe  plein  d'Encre , 
j'ai  cru  devoir  tenter  par  la  m^me  voie  d'en 
colorer  les  Racines.  Je  me  fliis  borne  ci  celles 
de  la  J^igm  ,  pour  eviter  des  details  qui  m'au- 
roient  mene  trop  loin ,  &  qui  auroient  pu  fati- 
guer  mes  yeux  dans  une  faifbn  fort  avancee. 

J'a  I  done  plonge  dans  un  Vafe  plein  d'Encre , 
des  Racines  de  P^igne  de   differente  grandeur  : 
je  les  y  ai  tenu  pendant  4  a  5  jours ,   au  bout 
desquels  je  les  ai  partage  fliivant  leur  longueur, 
ainfi  que  le  Sep  dont  elles  partoient.    J'ai  obferve 
tres  diftindlement  que  le  Coeur  *  de  toutes  les  \^[^ 
Racines  etoit  fort  colore,  &  que  I'Ecorce  "*  nef's-'^.F. 
Tetoit  pas.     J'ai   vu  le  Faisceau  Ligneux  place 
au  centre  de  chaque  Racine,  porter  dans  les  Vais- 
feaux  feveux  *  de  la  Tige  la  matiere  colorante*/. 
dont  il  etoit  impregne.     J'ai  vu  cette  matiere 
s'elever  dans  la  Tige  a  i  pouce  ou  2  au  delTus 
de  I'infertion  de  la  Racine. 

La  Coupe  trans verfale  d'une  Racine  de  V^igne 
ofFre  une  Etoile  a  9  ou  10  Rayons  parfait.ement 
biendefTinee  des  mains  de  la  Nature:  cette  Etoile 
a  paru  fort  coloree  dans  les  Racines  qui  avoient 
pompe  I'Encre  quelques  jours  ;  c'efl  qu'elle  etoit 
formee  par  ^arrangement  des  Fibres  Ligneufes 
de  la  Racine. 

J'ai  obferve  encore,  que  la  Liqueur  colorante 
s'eleve  plus  haut ,  en  tems  egal ,  &  a  la  meme 
temperature ,   dans  la  Racine  que  dans  la  Tige. 

LI  Le 


•  E. 


266    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Le  Guy  qui  ,  comme  nous  I'avons  vu  , 
( XXXIV,  LI.)  difFere  a  plufieurs  egards  des  au- 
tres  Plantes  ,  fe  colore  pounant  comme  elles  , 
lorsqu'on  le  tient  plonge  dans  I'Encre.  La  feule 
difference  que  j'y  ai  remarque ,  efl  qu'il  fe  co- 
XXIX  ^^^^  moins  *.  Son  Ecorce  *,  de  couleur  verte. 
Fig- 14-  efl  fort  epaifle.  Sa  fubflance  paroit  plus  charnue 
que  fibreufe.  On  a  de  la  peine  a  le  partager 
fuivant  fa  longueur.  Sa  Coupe  transverfaJe  ofFre , 
ainfi  que  celle  des  autres  Plantes  ,  trois  Cercles 
concentriques  dont  Fintermediaire  eft  ie  feul  co- 
lore. 

La  plupart  des  Experiences  que  je  viens  de 
rapporter  fur  les  Plantes  Ligneufes^  ont  eie  repe- 
tees  avec  la  Teinture  de  Garance.  Le  fucces 
en  a  ete  precifement  le  meme.  J'ai  feulement 
obferve  que  cette  Teinture  coloroit  moins  les 
Vaifleaux  feveux  que  ne  le  fait  I'Encre. 

QuELQ^UES  Phyficiens  ont  penfe  que  les  Li- 
queurs montent  dans  les  Canaux  des  Plantes  par 
la  meme  force  qui  les  eleve  dans  les  Tubes  Ca- 
pillaires.  Cette  conje6lure  qui  a  un  grand  air  de 
vraifemblance,  paroitra  faufle  fi  Ton  reflechit  fur 
TExperience  fuivante. 

J'ai  plonge  par  leur  extremite ,  dans  une  in- 
fufion  d'Encre,  des  Rofeaux  fees.  ]'y  ai  plonge 
en  meme  tems  des  Branches  ^Abrkotier , '  de 
Pejcher ,  de  Sureau  que  j'avois  fait  fecher  ex- 
pres.     ]e  les  ai  tenues  ainfi  en  Experience  738 

jours 


DES  FEUILLES.   V.  Mem.      26-j 

jours  dans  une  Chambre  dont  I'Air  etoit  fort 
tempere.  Des  Branches  vertes  fe  feroient  fort 
bien  colorees  en  beaucoup  moins  de  terns  ,  &  a 
un  Air  aflez  froid  :  cependant  aVant  coupe  en 
dijfFerens  fens  celles  dont  il  s'agit ,  de  meme  que 
les  Rofeaux ,  je  n'ai  pu  decouvrir  ni  dans  les  u- 
nes ,  ni  dans  les  autres,  Ja  plus  legere  nuance  de 
Noir.  On  fbupfonnera  peut-etre  ,  que  la  fe- 
cherefle  avoit  tellement  reflerre  les  Orifices  des 
Vailleaux  feveux  qu'ils  ne  pouvoient  plus  admet- 
tre  la  Liqueur  :  mais  ce  fbupfon  ne  fauroit  tom- 
ber  fur  les  Rofeaux ,  dont  les  Vaifleaux  feveux 
font  toujours  aflez  ouverts  pour  que  leurs  Orifi- 
ces fbient  tres  fenfibles  a  I'oeil  nud.  J'ai  rap- 
porte  ci-deffu3  (lxxxiii.)  ,  une  Experience  fai- 
te  fur  les  Feuilles  ,  qui  a  beaucoup  d'analogie 
avec  celle-ci,  &  qui  la  confirme. 

Il,  faut  done  chercher  une  autre  caufe  de  i'e- 
levation  de  la  Seve  dans  les  Plantes.  Cette  cau- 
fe refideroit-elle  dans  quelque  mouvement  ana- 
logue au  mouvement  peri/Ialtique  des  Intef]:ins  ? 
I'Aftion  d'un  Air  plus  ou  moins  chaud  fur  Ja 
Lame  elaflique  des  Trachees,  feroit-elle  le  prin- 
cipe  de  ce  mouvement?  la  roideur  que  le  defse- 
chement  produit  dans  les  parties  elafliques  &  W- 
gneufes ,  s'oppoferoit-elle  a  ce  mouvement  ? 

XCII.  QuoiQ^UE  les  Experiences  dont  je 
viens  de  fnire  le  recit,  ne  fbient  que  de  foibles 
eflais,  elles  nous  apprennent  neanmoins  ce  que 

LI  2    '      •       nous 


268    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

nous  pouvons  attendre  des  Injeclions  colorees 
pour  la  perfeftion  de  rios  connoifTances  fur  I'Oe- 
conomie  vegetale.  AlTurement  on  ne  fauroit  trop 
exhorter  les  Phyficiens  a  pouHer  ces  Experiences 
auOTi  loin  qa  elles  peuvent  I'etre ,  &  a  fouiller  fans 
relache  dans  cette  riche  Mine.  Je  n'en  ai  fuivi 
que  les  Veines  les  plus  fuperficieiles ;  des  Ou- 
vriers  plus  habiles  &  plus  intelligens  penetreront 
aux  Veines  les  plus  profondes  ,  &  y  puiferont 
des  Trefbrs  que  je  ne  fais  qu'entrevoir.     * 

Apres  avoic  acheve  I'ArticIe  precedent,  j'ai 

relu  la  DifTertation  de  Mr.  de  la  B  a  i  s  s  e ,  que  j'ai 

cite  dans  le  premier  Memoire  (xviii.)  &  dans 

celui-ci   (xc).      Je  ne  I'avois  que  parcourue , 

&  meme  afTez  rapidement ,  lorsque  j'ai  fait  mes 

Experiences.      Les   principaux  details  de   cette 

piece  avoient  eu  le  terns  de  s'efTacer  dans  ma 

memoire,  &  j'avois  evite  de  les  y  rappeller  pour 

n'etre  point  prevenu  fur  les  Faits  que  je  decou- 

vrirois.     j'ai  voulu  depuis  me  procurer  le  plaifir 

de  comparer  ma  marche  avec  celle  de  Mr.  de  h 

Baisse:  j'ai  vu  que  nous  nous  fbmmes  rencon- 

tres  quelquefois,  &que  d'autrefois  nous  nous  fbm- 

mes  ecartes  I'un  de  I'autre ,  conduits  par  diiFeren- 

tes  vues.     Celle  qui  occupoit  principalement  Mr. 

de  la  Baisse  ,  etoit  de  dccouvrir  s'il  y  a  une 

circulation  de  la  Seve  dans  les  Plantes.     Fonde 

fur  des  Obfervations  fpecieufes,  &  entraine  par 

I'analogie  qu'on  remarque  entre  les  Plantes  & 

les 


DES  FEUILLES.  V.  Mim,      269 

les  Anlmaux  ,  cet  ingenieux  Phj'ficien  a  penfe 
que  la  Seve  circuloit  comme  Je  Sang.  Pour 
moi ,  perfuade  de  la  faufiete  de  cette  opinion  par 
les  Experiences  de  Mr.  Hales  (*)  ,  j'ai  cher- 
che  fimplement  comment  le  Sue  colore  paile  de 
la  Racine  dans  la  Tige  ,  &  de  la  Tige  dans  les 
Feuilles  ,  &  comment  il  eft  transmis  des  Feuil- 
les  dans  la  Tige.  Non  (eulement  plufieurs  de 
mes  Experiences  ont  differe  de  celles  de  Mr. 
de  la  Baisse,  par  la  nature  de  leur  objet,  mais 
quelc]ues-unes  leur  ont  ete  encore  oppofees.  Je 
ne  ferai  point  ici  un  extrait  fuivi  de  la  Difler- 
tation  dont  je  parle,  il  me  meneroic  trop  loin: 
je  me  bornerai  principalement  a  en  rappeller  les 
deux  refultats  les  plus  eflemiels ,  que  j'ai  dejk 
rapportes  dans  I'Article  xviii.  lis  fuffiront  pour 
faire  juger  de  Taccord  &  de  Foppofition  de  nos 
Recherches.  Ceux  de  mes  Ledeurs  qui  vou- 
dront  poufler  plus  loin  cette  comparaifbn ,  &  ap- 
profondir  davantage  la  matiere,  liront  la  Diflerta- 
tion  meme.  lis  la  trouveront  remplie  de  Faits 
intereflans ,  de  vues  fines ,  de  conjedures  inge- 
nieufes,  qui  prouveront  la  fagacite  de  I'Auteur, 
&  juftifieront  pleinement  le  Jugement  avanta- 
geux  que  1'Acade'mie  de  Bourdeaux  a  port^ 
de  Ton  Ouvrage. 

Dans  le  premier  refultat,  Mr.  de  la  Baisse 

eta- 

(-♦_)  La  StatiQue  des  V^g^taux,  Chap.  iy. 

Li  3 


270    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

^tablit  que  PEcorce  eft  la  voie  principale  if  m- 
turelle  par  laquelle  les  Racines  tirent  les  Sacs  ex- 
fdrieurs  dont  les  Plant es  fe  nourri(fent  ( Page  8. ). 
II  tire  cette  conclufion  des  Experiences  qu'il  a 
faites  avec  le  Sue  de  la  Phytolacca  iur  les  Racines 
de  difFerentes  efpeces  de  Plantes.  II  a  obferve 
que  I'Ecorce  de  ces  Racines  contra6loit  extericu- 
rement  &  interieurement  une  teinte  de  Rouge 
plus  foncee  dans  les  menues  Racines  que  dans 
les  grofles.  11  confirme  cette  Experience  par  u- 
ne  autre  d'un  genre  different.  Des  Plantes  dont 
les  Racines  ecorcees  avoient  ete  plongees  dans 
I'Eau,  s'y  (bnt  fannees  plutot  que  de  femblabies 
Plantes  dont  les  Racines  y  avoient  ete  plongees 
rev^tues  de  leur  Ecorce.  D'un  autre  cote,  les 
Plantes  dont  les  Racines  avoient  ete  ecorcees , 
ont  conferve  leur  fratcheur  plus  longtems  que  cel- 
les  qui  avoient  ete  laiflees  fans  nourriture.  L'Au- 
teur  conclud  de  cette  derniere  Obfervation ,  que 
les  Racines  pompent  aulTi  le  Sue  alimentaire  par 
leur  partie  Ligneufe ,  mais  en  bien  moindre  quan- 
tite  que  par  TEcorce. 

J'ai  vu  comme  Mr.  de  la  Baisse,  I'Ecorce 
des  Racines  contra6ter  exterieurement  &  inte- 
rieurement la  couleur  des  Infufions  dans  lesquel- 
les  je  les  ai  tenu  plongees  (xc).  J'ai  remar- 
que  comme  lui ,  que  cette  couleur  etoit  plus 
lenfjble  dans  les  menues  Racines  que  dans  \q.s 
grofles.     Mais  j'ai  obferve  conflamment ,    que 

le 


DES  FEUILLES.  V,  Mim,      271 

le  Faisceau  de  Fibres  Ligneufes  Joge  au  Coeur 
de  chaque  Racine ,  contraftoit  une  teinte  incom- 
parablement  plus  foncee  que  celle  de  I'Ecorce. 
L'extremite  de  ce  Faisceau  ,  qui  eft  aufli  celle 
de  Ja  Racine  ,  m'en  a  toujours  paru  la  partie  la 
plus  coloree.  j'ai  vu  le  Faisceau  principal  fe 
prolonger  dans  la  Tige  ,  s'y  divifer  en  d'autres 
Faisceaux  plus  petits  impregnes  de  la  meme  cou- 
leur. 

D  E  ces  Ob/ervations  repetees  avec  loin  ,  je 
crois  etre  fonde  a  conclurre  ,  que  c'efl  fur -tout 
par  les  Fibres  Ligneufes  de  la  Racine  que  le  Sue 
nourricier  s'eleve  dans  la  Plante ;  &  que  cq.{S.  a 
leur  extr^mite  que  font  les  principals  Bouches 
qui  lui  donnent  entree  dans  Pfnterieur.  Une 
Experience  de  Mr.  de  la  Baisse  confir- 
rne  cette  derniere  conclufion.  Aiant  ajufte  des 
Plantes  de  maniere  que  les  unes  ont  pom- 
pe  I'Eau  par  le  corps  de  la  Racine  ,  les  autres 
par  l'extremite  ,  il  a  toujours  obferve  que  cel- 
ies-ci  ont  vecu  plus  longtems  que  celles-}^. 
On  fait  que  le  Chevelu  eft  la  partie  la  plus  eflen- 
tielle  des  Racines  :  ces  Obfervations  le  demon- 
trent  d'une  maniere  bien  fenfible.  En  multi- 
pliant  le  Chevelu  on  multiplie  les  Bouches  des 
IVIaitrelTes  Racines.  C'eft  la  le  principal  objet 
de  la  nouvelle  methode  de  cultiver  les  Grains, 
jnventee  en  Angleterre  par  Mr.  Tull,  in- 
troduite    en    France    avec   fucces    par   Mr.   du 

Ha- 


272     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Hamel  (*),  &  perfeftionnee  par  Mr.  LuL- 
LiN  DE  Chateauvieux  (f )  mon  Oncle, 
qui  a  occLipe  I'annee  derniere  le  premier  Pofle 
de  notre  Republique  {§).  Si  I'iionneur  que  j'ai 
de  lui  appartenir  de  fort  pres  me  permettoit  de 
faire  Con  eloge  ,  je  dirois  qu'il  joint  aux  qualites 
qui  font  le  Magiftrat ,  une  connoiflance  fort  e- 
tendue  des  Arts ,  &  des  Metiers.  J'ajouterois 
qu'il  n'en  pofTede  pas  feulement  la  Theorie  , 
cette  belle  partie  de  I'Hiftoire  de  I'Efprit  hu- 
main ,  mais  qu'il  en  polFede  encore  la  Pratique, 
&  qu'il  (ait  ,  quand  il  le  faut,  mettre  lui-meme 
la  main  a  I'oeuvre.  Nouveau  Cincinna- 
TUS,  on  I'a  vu  tenir  alternativement  les  Re- 
nes  du  Gouvernement  &  les  Comes  de  la  Char- 
rue  ;  mais  cette  Charrue  ,  il  I'avoit  inventee. 
Elle  etoit  conftruite  de  maniere  qu'elle  executoit 
•toutes  les  operations  du  Labourage  avec  moins 
de  forces  &  plus  de  perfedion  que  les  Charrues 
-ordinaires.  On  a  vu  encore  fbrtir  des  mains  de 
cet  illuftre  Magiftrat,  un  Semoir  fort  fuperieur 
dans  fa  conftrudion  &  dans  fes  effets  a  tout  ce 
qui  avoit  ete  imagine  jusques  ici  dans  ce  genre. 

Mais 

(*)  Trait^  de  la  Culture  desTerres,  fuivant  les  principes  de  Mr, 
TuLL,  Anglois. 

(t)  Lettre  de  Mr.  Lullin  de  Chateauvieux  ,   premier 
Sindic  de  la  Hep.  de  Gen.    Suite  des  Experiences  &  Reflexions  rela- 
tives au  Traite  de  la  Culture  dos  Terres,  public  eu  17JO.    Par  Mr. 
du  Hamel,  pag- 47.  &  fuivances. 
.   (§)  La  R^publique  de  Geneve. 


DES  FEUILLES.  V.Mem.      273 

Mais  la  De/cription  de  ces  Inftrumens  ,    qui  va 
bienrot  paroitre  ,  apprendra  mieux  au  Public  que 
je  ne  le   faurois   faire  ,    les  fervices  que  Mr.  de 
Chateauvieux  rend  au  genre  humain.      Par 
cette  nouvelle  methode  d'enfemencer  les  Terres , 
le   Ble    re^oit  ,    pendant  qu'ii    croit ,    une  cul- 
ture ,  qui  en  multiplie  prodigieufement  les  Raci- 
nes  ,    &   confequemment   les  Tuyaux.      Seme 
Grain  a  Grain  au  fond  de  trois  Sillons ,  traces  par 
le   Semoir  fur  des  Planches   d'une   certaine   lar- 
geur  ,    feparees  les  unes  des  autres  par  des  Plat- 
tes  bandes  ou  efpaces  intermediaires  qu'on  n'en- 
femence  point ,  il  etend  fes  Racines  en  liberte  \ 
elles  vont  puifer  dans  ces  efpaces  intermediaires 
une   abondante  nourriture.     Une  petite  Charrue 
qu'on  y  fait  pader  de  terns  en  terns  ,  taille  ces 
Racines.     L'effet  naturel  de  cette  Taille  eft  de 
procurer  le  developpement   d'un   grand  nombre 
de   Radicules  qui  ne  fe  feroient  point  develop- 
pees  fans  cette  operation  :    la  Seve  qui  n'auroit 
fervi  qu'a  prolonger  une  Racine  fimple  ,  s'arre- 
tant  a  la  Coupe ,  ou  dans  fes  environs ,  y  developpe 
les  Germes  des  Radicules  qui  s'y  trouvoient  lo- 
ges.     Ces  Radicules  font  autant  de  Bouches  tou- 
jours   ouvertes  ,    pour  recevoir  les  Sues  alimen- 
taires ,  &  les  transmettre  aux  maitrefles  Racines. 
Une  plus  grande  abondance  de  Sues  occafionne 
le   developpement  d**un   plus  grand  nombre    de 
Tuyaux.     Les  Plantes  de  Froment  cultivees  de 

M  m  cet- 


274    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

cette  maniere,  tallent  done  prodigieufement ,  & 
il  n'efl;  pas  rare  d'en  voir  qui  rendent  8  a  900 
pour  I ,  fans  le  fecours  d'aucun  Engrais.     Cette 
furprenante  multiplication  s'etend  encore  plus  loin 
dans  rOrge-i  &  y  produit  quelquefois  2000  pour 
I.     L'application  de  cette  Culture  aux  difFeren- 
res    efpeces   de    Plantes  qu'on  eleve   en    pleine 
Campagne  &  dans  les  Jardins ,  y  fera  fuivie  des 
memes  effets ,  ou  d'effets  analogues.     C^ed  ce 
que  Mr.  Tull  a  experimente  fur  le  Sainfoin, 
&  que  Mr.  de  Chaxeauvieux  a  commence 
de  tenter  avec  beaucoup  de  fucces  fur  quelques 
Plantes  Potageres. 

'  Ce  n'efl  pas  feulement  en  operant  le  deve- 
Ibppement  d'une  infinite  de  Radicules  ,  que  la 
Taille  des  principales  Racines  eft  avantageufe  k 
k  vegetation  ;  elle  le  devient  encore  en  aggran- 
diilant  &  en  multipliant  les  Pores  abfbrbans  qui 
Ibnt  a  I'extremite  de  ces  Racines.  Nous  avons 
vu  (xc.)  que  chaque  Racine  renferme  dans  fon 
Centre  un  Faisceau  de  Fibres  Ligneufes  ,  qui 
groffit  k  mefiare  qu'il  s'eleve ,  ou  qu'il  approche 
du  Collet  de  la  Plante.  Lors  done  qu"'on  coupe 
cette  Racine,  on  met  en  aftion  des  Pores  plus 
grands  &  plus  nombreux  que  ceux  qui  etoient 
places  "a  fbn  extremite. 

Si  I'Ecorce  des  menues  Racines  fe  colore 
mieux  que  celle  des  plus  grofles  ,  cVfl  appa- 
remment  que  celles-la  font  plus  ipongieufes  que 

eel- 


DES   FEUILLES.   V.Mem.      i']^ 

celles-ci  ;   elles  s'imbibent  davantage  de  la  Li- 
queur coloree. 

Le  fecond  Refultat  que  j'ai  extrait  de  la  Dis- 
fertation  de  Mr.  de  la  Baisse,  efl  fi  parfaite- 
ment  conforme  a  ce  que  j'ai  obferve  (xc,  xci.)  j 
qu'on  ne  peut  douter  que  nous  n'aVons  atteint  le 
vrai.  Ce  Savant  dit  expreflement ;  que  les  Ca^ 
naux  deftines  a  porter  la  nourritiire  dans  le  Corps 
de  la  Flante  ,  ne  font  ni  dans  la  Moelle  ,  ni  dans 
PEcorce  ,  ni  entre  PEcorce  8?  le  Bois  ;  mais  dans 
la  Juhjiance  I^igneuje  des  Pla?ites  ;  ou  pour  parler 
encore  avec  plus  d^ exactitude  ^  que  ces  Canauxfont 
de  veritables  Fibres  Ligneujes ,  renfermes  entre  la 
Moelle  8?  PEcorce  des  Plantes  ^  qui  tirent  leur  o- 
rigine  des  Kacines  ^  6^  s''etendent  en  montant  dans 
toutes  les  prodti6lions  de  la  Plante  (Pag.  20.  &  21.). 
II  etablit  ce  Refultat  fiir  les  Difle6lions  qu'jl  a 
fait  avec  fbin ,  de  Tiges  de  plufieurs  efpeces  de 
Plantes,  qu'il  avoit  tenues  plongees  pendant  quel- 
ques  jours  dans  la  Teinture  de  l^hytolacca.  W  a 
vu  ,  comme  moi ,  le  Sue  colore  monter  par  les 
Fibres  de  la  partie  Ligneufe  ,  &  atteindre  jus- 
ques  k  Textremite  des  Feuilles.  Mais  il  a  fuivi 
ce  Sue  plus  loin  que  je  n'ai  fait  :  il  I'a  vu  pafler 
des  Nervures  dans  le  Parenchyme  des  Feuilles. 
11  I'a  retrouve  dans  des  Fleurs  de  luhereufe  & 
6'' Entbyrinum ,  oxije  n'ai  pu  le  decouvrir  (xc). 
11  i'a  obferve  changer  jusqu'a  un  certain  point  la 
couleur  naturelle  du  Fijiille  &  des  Etamines,     II 

Mm  2  •a 


276    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

a  vu  le  meme  changement  s'operer  dans  le  Du- 
vet qui  tapifle  interieurement  les  Fleurs  <^E?i- 
ihyrinum.  II  a  remarque  que  ce  Sue  s'eleve 
d'abord  dans  les  Canaux  lateraux  plus  fins  &  re- 
plies. Enfin  J  il  I'a  vu  teindre  i''Ecorce  dans  la 
partie  fuperieure  de  la  Tige ,  &  la  teindre  en- 
fuite  dans  la  partie  inferieure.  il  a  fait  une  fem- 
blable  obfervation  fur  la  Moelle. 

De  ces  Obfervations  Mr.  de  la  Batsse 
conclud  ;  qu'il  y  a  dans  les  Plantes  un  Sue  {is- 
cendant  &  descendant  ;  un  Sue  qui  s'eleve  de  la 
Racine  a  I'extremite  fuperieure  de  la  Tige  par 
les  Fibres  du  Bois  ,  &  qui  descend  de  I'extre- 
mite fuperieure  de  la  Tige  vers  les  Racines  par 
les  Fibres  de  I'Ecorce.  11  veut  que  la  Moelle 
fe  nourrifle  du  Sue  defcendant  qui  lui  efl  fourni 
par  les  Fibres  Ligneufes  ,  &  qu'elle  fbit  princi- 
palement  deflinee  a  fervir  de  Poumons  ,  ou  de 
Refervoir  d'Air.  C'efl  principalement  aux  con- 
traftions  &  aux  dilatations  alternatives  de  cet  Air 
&  de  celui  des  Trachees,  que  Mr.  de  la  Baisse 
attribue  les  mouvemens  du  Sue  nourricier.  11 
efl  entre  I'Air  renferme  dans  I'interieur  des  Plan- 
tes &  I'Air  exterieur,  une  etroite  communica- 
tion ,  d'ou  refulte  une  efpece  de  bafancement , 
qui  en  produifant  fur  les  Vaifleaux  une  preflion 
inegale ,  modifie  difFeremraent  leur  jeu. 

Mr.  de  la  Baisse  confirme  par  plufieurs  Ex- 
periences I'exiftence  du  Sue  defcendant ;  je  n'en 

•  rap- 


DES  FEUILLES.  V.  Mm.      277 

rapporterai  que  deux  ou  trois.  Dans  les  Inci- 
flons  circulaires  qu'il  a  pratique  a  TEcorce  de  Ja 
Tige  &  des  Branches  de  quelques  Arbres ,  il  a 
toujours  vu  (e  former  a  la  partie  fiiperieure  de 
I'lncifion,  un  Bourlet  plus  ou  raoins  fenfible  , 
qu'il  n'a  point  apper^u  a  la  partie  inferieure.  11 
eft  manifefte  que  ce  Bourlet  eft  produit  par  un 
Sue  defcendant  que  fournit  I'Ecorce.  Ce  Sue 
arrete  par  i'lncifion ,  travaille  fur  les  Fibrilles  du 
bord  fuperieur^  il  les  developpe ,  il  les  etend  en 
tout  fens.  Si  on  enveloppe  le  Bourlet  de  Terre 
ou  de  Moufte  humedee ,  comme  Mr.  du  Ha- 
MEL  (*)  a  imagine  dele  faire  ,  il  en  fbrtira 
de  petites  Racines.  En  coupant  la  Tige,  ou  la 
Branche ,  a  I'endroit  de  I'lncifion  on  aura  une 
Bouture  prete  a  mettre  en  Terre  ,  &  qui  y  re- 
prendra  avec  beaucoup  de  facilite.  Ces  Raci- 
nes, pour  ainfi  dire,  artificielles  font  done  nour- 
ries  par  le  Sue  defcendant ;  &  il  eft  tres  vrai- 
femblable  qu'il  en  eft  de  meme  des  Racines  na- 
turelles. 

Il  y  a  des  Plantes  qui  ont  eftentiellement  un 
Sue  colore.  Telles  font  V  Eel  aire  ,  le  Tytimale^ 
le  Figuier  ,  &c.  Ce  Sue  refide  principalement 
dans  I'Ecorce.  Les  Vaifleaux  qui  le  contiennent 
font  longs  &  afTez  gros.     Malpighi  (f)  les 

a 


*)  M^m.  de  I'Acad. 
t)  Anatomia  Plantarum. 

Mm  3 


278     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

a  nomtnes  les  Vafes  propre%.  Mr.  de  la  Bais- 
SE  a  remarque  que  ce  Sue  eft  plus  abondant  k 
I'extremite  fuperieure  de  la  Tige  &  des  Feuiiles 
qu'a  Textremite  inferieure.  11  en  conclud  que 
ce  Sue  eft  un  Sue  defcendanr.  Une  Experience 
qu'ii  rapporte  acheve  de  le  demontrer.  Si  apres 
avoir  arrache :  un  Tytimale ,  on  le  coupe  trans verfa- 
Ien:ient  par  la  moitie ,  on  obfervera ,  au  bout  de 
quelques  heures  ,  que  les  J^afes  prnpres  de  la 
moitie  fuperieure  fe  feront  entierement  vuides  , 
tandis  que  ceux  de  la  moitie  inferieure  feront  en- 
core tres  pleins.  On  verra  la  meme  chofe  liir 
les  Feuiiles. 

Nous  remarquons  en  general  que  PEcorce 
renferme  des  Sues  tres  exaltes.  Combien  de  Li- 
queurs ,  de  Sels  ,  d'Huiles  ,  de  Gommes  ,  de 
Refines,  fournis  par  I'Ecorce  ,  &  que  la  Mede- 
cine  &  les  Arts  favent  employer  utilement ! 

Com  ME  NX  ces  Sues  font-ils  produits  ? 
Quel  eft  leur  principal  ufage  dans  la  vegeta- 
tion ?  Mr.  de  la  Baisse  ioup^onne  que  le  Sue 
laiteux  du  Tytimale  fert  prineipalement  a  nour- 
rir  les  Fibres  Ligneufes.  Apparemment  qu'il 
fubit  encore  de  nouvelles  preparations  avant  que 
de  s'incorporer  aux  Parties  dont  il  doit  augtnen- 
ter  la  made. 

■  '  I'a  I  entrevu  dans  mes  Experiences  ce  Sue 
defcendant.  Des  Fhes  qui  avoient  pompe  pen- 
dant quelques  jours  la  Teinture  de  Garance^  ont 

con- 


DES  FEUILLES.   V.  Mhn.      279 

contra6le  exterieurement  une  couleur  Lilac  (xc), 
qui  m'a  paru  plus  foncee  vers  Ja  fbmmite  de  la 
Tige  que  vers  fa  Bafe. 

En  FIN,  Mr.  de  la  Baisse  prouve  qu'il  y 
a  une  communication  entre  le  Sue  moniant  & 
le  Sue  defcendant.  II  a  vu  celui-ci  prendre  une 
couleur  V^iohtte  dans  des  Tytimaks  qui  avoient 
pompe  la  Teinture  de  Phytolacca. 

AvANT  que  d'aller  plus  loin,  je  dois  re- 
pondre  a  une  Objedion  que  j'ai  moi-  meme  e- 
}eve  centre  les  Experiences  de  Mr.de  la  Baisse 
dans  I'Article  xvili.  Si  je  laiflbis  cetfe  Objec- 
tion fans  reponfe  ,  elle  infirmeroit  toutes  les 
confequences  que  Mr.  de  la  Baisse  &  moi  a- 
vons  cru  pouvoir  tirer  de  nos  Obfervations.  J'a;i 
dit  dans  cet  Article  ,  que  lorsqu'on  fait  que  les 
Os  &  les  Cartilages  ont  ete  les  feules  parties 
qui  ont  contrafte  une  couleur  rouge  ,  dans  les 
Experiences  que  Mr.  du  Ham  el  a  fait  fur  les 
Animaux  avec  la  Teinture  de  Garnnce ,  celles 
de  Mr.de  la  Baisse  ne  prouvent  plus  ce  qu'el- 
les  lui  ont  paru  prouver.  Les  Fibres  Ligneufes 
font  aux  Plantes  ce  que  Fes  Fibres  Ofleufes  font' 
aux  Animaux.  Les  unes  &  les  autres  fe  colorent 
parce  que  leur  TifTu  ferre  retrent  les  Part'icules 
colorantes- ,  que  Ife  inifu  l^che  &  fpongieux  de 
FEcorce  &  des  Mem.branes  laille  pafier.  Les 
Experiences  de  Mr.  de  la  Baisse  &  les  mien- 
jnes  ne  demontrent  done  pas  que  Ifes'  Fibres  Lig- 

neu- 


28o    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

neufes  font  les  feules  par  lesquelles  s'eleve  le 
Sue  nourricier  :  elles  prouvent  fimplement  que 
ces  Fibres  ont  plus  de  dilpofition  que  les  autres 
k  retenir  la  matiere  colorante. 

Je  ne  penfe  pas  qu'il  /bit  maintenant  fort  dif- 
ficile de  detruire  cette  Objection.  S'il  en  etoit 
de  la  coloration  des  Piantes  comme  de  celle  des 
Animaux  ,  les  Haricots  ettioles  qui  ont  pompe 
difFerentes  efpeces  de  Teinture ,  n'auroient  point  du 
fe  colorer;  du  moins  auroient-ils  du  fe  colorer  tres 
foiblement.  Jndependamment  de  la  qualite  di'Her- 
bacee^  qui  les  rendoit  peu  propres  a  cette  colora- 
tion ,  I'ettiolement  augmentoit  encore  cette  inap- 
titude, par  le  degre  de  molefle  qu'il  entretenoit 
dans  les  Parties.  Cependant  ces  Haricots  fe  font 
aufTi  bien  colores  que  des  Branches  (^ Abricotier , 
de  Coudrier,  &  de  Chene  ^  qui  avoient  ete  plon- 
gees  en  meme  tems  dans  les  memes  Jnfufions. 

Les  Fleurs  ,  dont  le  Tiflu  efl  delicat ,  ont 
ofFert  a  Mr.  de  la  Baisse,  des  Veines  plus  co- 
lorees  que  celles  qu'on  obfervoit  dans  la  Tige. 
Je  reviens  aux  reflexions  que  ces  Experiences 
fourniflent, 

Assure'ment  on  ne  fauroit  douter  apres 
les  Experiences  de  Mr.  de  la  Baisse  &  celles 
que  i'ai  tentees ,  qu'il  n'y  ait  dans  les  Piantes  un 
Sue  qui  s'eleve  de  la  Racine  dans  la  Tige  par 
ks  Fibres  du  Bois  ,  &  un  Sue  qui  defcend  du 
fbmmet  de  la  Tige  vers  les  Racines  par  les  Fibres 

de 


DES  FEUILLES.  V.  Mim.      281 

de  I'Ecorce.  II  n'e/l:  pas  moins  certain  qu'il  y 
a  une  ^troite  communication  entre  J'un  &  I'au- 
tre.  Mais  comment  ,  &  dans  queJIes  parties 
cette  communication  s'opere-t-elle  ?  je  fbupcon- 
nerois  volontiers  que  c'eft  principalement  dans 
les  dernieres  ramifications  des  Feuiiles  &  des 
Fleurs.  Je  con^ois  que  les  extremites  les  plus 
deliees  des  Vaifleaux  du  Bois,  s'anajlomofmt  ou 
s'uniflent  a  cet  endroit  avec  les  extremites  les 
plus  deliees  des  Vaifleaux  de  I'Ecorce.  Voici 
les  raifbns  qui   me  portent  k  le  prefumer. 

En  premier  lieu,  dans  toutes  les  difledions 
que  j'ai  faites  des  Tiges  &  des  Branches  qui  a- 
voient  pompe  differentes  efpeces  d'lnfufions  , 
je  n'ai  jamais  obferve  de  communication  dire6le 
&  immediate  entre  la  Couche  coloree  &  la  Cou- 
che  d'Ecorce  qui  Tenveloppoit  immediatement 
(xc,  xci.). 

En  fecond  lieu,  quoique  I'Ecorce  des  Hari- 
cots ettioles ,  humedee  exterieurement  avec  une 
Infufion  d'Encre  ,  m'ait  paru  laifler  pafler  un  peu 
de  matiere  colorante  ,  les  principaux  Troncs  des 
Fibres  Ligneufes ,  places  immediatement  au  des- 
fbus ,  n'en  ont  jamais  ete  le  moins  du  monde 
colores  (xc). 

En  troifieme  Jieu  ,  j'ai  vu  les  Vaifleaux  fe- 

■  veux  tendre  en  ligne  droite  vers  les   Feuiiles  , 

&  y  porter  en  fort  peu  de  tems  le  Sue  colore 

dont  ils  etoient  remplis.     Je  les  ai  vu  fe  rendre 

Nn  de 


282     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

de  meme  dans  la  fubftance  des  Lobes ,  s'y  raml- 
fier  (xc). 

En  quatrleme  lieu,  les  Sues  de  I'Ecorce  ^- 
tant  ordinairement  plus  elabores  que  ceux  du  Bois 
(xciT. ),  fuppofent  une  preparation.  Suivant  le 
Principe  le  plus  re^u  de  laTheorie  des  Secretions, 
dans  quelles  parties  une  femblable  preparation 
peut-elle  mieux  s'operer  que  dans  celles  dont  les 
Vailleaux  tres  fins  &  tres  replies,  rallentiilant  le 
cours  du  liquide  ,  facilitent  aux  Molecules  qui 
doivent  s'en  feparer  ,  J'entree  dans  les  Vai/Ieaux 
deftines  a  les  pomper ,  &  dont  les  Calibres  leur 
font  proportionels  ?  mais  ce  ne  font  Ik  que  des 
conjedures  qui  ont  quelques  probabilites.  11  fau- 
droit  des  Obfervations  tres  fines  pour  les  veri- 
fier ou  les  detruire. 

Mr.  Hales  ,  dans  fbn  excellent  Ouvrage 
de  la  Statigue  des  Vegitaux  ,  combat  fortement 
I'opinion  des  Phyficiens  qui  veulent  que  la  Seve 
monte  par  les  Fibres  du  Bois,  &  qu'elle  defcen- 
de  par  celle  de  I'Ecorce.  II  rapporte  fiir  ce  fu- 
jet  diverfes  Experiences ,  dont  Je  fucces  lui  pa- 
roit  dementir  formellement  cette  opinion.  II 
dit  quVi'ant  fait  diif^rentes  fortes  d'Entailles  a 
PEcorce  de  plufieurs  Arbres  ,  il  a  toujours  trou- 
ve  le  bord  fuperieur  de  I'Entaille  ,  tres  fee  ; 
tandis  que  le  bord  inf^rieur  etoit  tres  humide. 
Le  contraire  auroit  du  arriver ,  fliivant  ce  celebre 
Auteur ,  fi  le  Sue  nourricier  ,  apres  s'etre  eJeve 

jus- 


DES  FEUILLES.  V.  Mim.      283 

jusqu'au  fbmraet  de  la  Tige  &  des  Branches  , 
par  les  Fibres  du  Bois  ,  retournoit  vers  la  Ra- 
cine par  celles  de  I'il^corce.  11  ajoute  ,  que  les 
Tiges  &  les  Branches  chargees  de  Feuilles,  fur 
lesquelles  il  a  pratique  ces  Entailles ,  ont  tire  & 
tranfpire  en  tres  peu  de  terns,  une  fort  grande 
quantite  d'Eau.  Mr.  Hales  infifte  beaucoup 
fur  cette  Experience,  qu'il  juge  tres  decifive. 

Elle  m'avoit  paru  telle  avant  que  j'eufie  eu 
connoifTance  des  Experiences  de  Mr.  de  la  BAIS- 
S  e  ,  &  que  j'eufie  fait  celles  que  j'ai  rapporte 
(xc,  xci.).  Aujourd'hui  elle  me  femble  tres 
equivoque.  Je  laide  neanmoins  a  mes  Le6teurs 
h  juger  entre  ces  deux  Phyficiens.  Mais  s'il 
m'eft  permis  de  m'expliquer  la-defTus  ,  je  ferois 
remarquer ,  que  le  Phyficien  ,  qui  a  vu  le  Sue 
nourricier  s'elever  ,  pour  ainfi  dire  ,  fbus  fes 
yeux,  par  les  Fibres  du  Bois,  jusques  a  I'extre- 
mite  des  Branches  &  des  Feuilles,  &r  qui  Pa  vu 
pafler  enfuite  dans  I'Ecorce,  a  beaucoup  d'avan- 
rage  fur  le  Phyficien  qui  a  trouve  fimplement 
{^c  le  bord  d'une  Plaie  qu'il  auroit  du  trouver 
humide,  &  humide  le  bord  qu'il  auroit  du  trou- 
ver fee.  Si  la  Seve  montoit  en  meme  temi- 
par  les  Fibres  de  I'Ecorce  &  par  celfes  du  Boisy 
comme  le  penfe  Mr.  Hales  ,  pourquoi  Mf.- 
de  la  Baisse  &  moi  n'avons-nous  jamais  vu 
I'Ecorce  fe  colorer  en  meme  tems  que  le  Bois? 
pourquoi    n'ai-je    point'  obferve  de   difference 

Nn  2  dans 


284    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

dans  la  coloration  entre  les  Branches  ecorcees 
&  celles  qui  ne  I'etoient  pas  ?  je  ne,  chercherai 
point  a  rendre  raifbn  de  J'Obfervation  de  Mr. 
Hales:  je  me  propofe  de  la  repeter.  Je  di- 
rai  fimplement  que  ce  Sue  defcendant,  que  le  fa- 
vant  Anglois  a  tache  de  decouvrir ,  fe  manifefte 
aflez  par  le  Bourlet  qu'il  produit  aux  bords  Hi- 
perieurs  des  Entailles. 

Mr.  Hales  rapporte  un  autre  Fait  qui  ne 
lui  paroit  pas  moins  contraire  que  le  precedent , 
a  I'Hypothefe  dont  iJ  s'agit.  11  aillire  que  fi  on 
examine  au  Printems  I'Ecorce  des  Arbres  ,  on 
trouvera  celle  du  Pied ,  humide  avant  celle  des  Bran- 
ches; au  lieu  que  ce  devroit  etre  Toppofe,  fi  la  Se- 
ve  montoit  par  le  Bois  &  defcendoit  par  I'Ecorce. 

Je  fuis  plein  de  refpeft  pour  un  Phyficien  de 
Tordre  de  Mr.  Hales  ;  je  fens  combien  on 
doit  etre  referve  a  decider  qu'il  s'efl  trompe  , 
fur- tout  quand  on  a  autant  de  raifbns  que  j'en 
ai ,  de  fe  defier  de  fes  propres  idees.  Je  ne- 
puis  cependant  m'empecher  de  dire,  que  ce  fe- 
cond  Argument  de  Mr.  Hales  me  paroit  en- 
core moins  decifif  que  le  premier.  Eft-il  facile 
de  faifir  precifement  le  tems  ou  la  Seve  com- 
mence a  s'elever  dans  Ics  Arbres  ?  ce  Flui'de 
monte  d'abord  en  fort  petite  quantite  ,  &  fa 
marche  efl  toujours  aflez  rapide :  il  atteint  bien- 
tot  les  fbmmites  des  Branches  ;  de  la  il  pafle 
bientot  vers  les  Racines.     Cette  marche  ne  dis- 

con- 


DES  FEUILLES.   l^.  Mem.       28^ 

continue  pas  meme  pendant  THiver;  Mr.  Ha- 
les Ta  demontre  ,  &  j'ai  vu  des  Plantes  ,  les 
unes  Herbacees ,  les  autres  "Ligneufes  ,  fe  colo- 
rer  tres  bien  en  Hiver.  JI  eft  nature!  que  I'E- 
corce  du  Pied  foit  trouvee  plus  humide  que  celle 
des  Branches;  elle  recoit  les  Sues  qui  deicendent 
de  toutes  les  extreraites  (uperieures.  11  y  a  plus; 
I'Ecorce  du  Pied  pent  paroitre  tres  humide  ,  fans 
que  Ton  fbit  en  droit  d'en  conclure  qu'elle  I'efl 
par  un  Sue  qu'elle  reyoit  des  Racines ,  &  qu'elle 
tranfinet  aux  parties  fuperieures.  La  raifon  en 
efl  fimple.  Les  Fibres  Ligneufes  font  gorgees 
au  Printenas  de  Sue  nourricier  ;  \\  tranfude  a 
travers  les  Parois  ,  &  fe  glille  entre  le  Bois 
&  I'Ecorce  :  on  I'y  trouve  alors  en  abon- 
dance.  L'Ecorce  pent  done  en  etre  abreuvee  , 
s'en  imbiber.  Enfin  ,  fi  la  Seve  montoit  egale- 
ment  par  I'Ecorce  &  par  le  Bois ,  pourquoi  les 
Boutons  places  a  I'extremite  fuperieure  des  Ti- 
ges  &  des  Branches,  s'epanouTroient-ils  avant 
ceux  qui  font  places  vers  I'extremite  inferieure  ? 
Mais  fi  les  Experiences  de  Mr.  Hales  ne 
me  paroiflent  point  prouver  que  le  Sue  nourri- 
cier ne  s'eleve  pas  par  le  Bois  &  ne  defcend  pas 
par  I'Ecorce ,  d'un  autre  cote ,  celles  de  Mr.  de 
la  Baisse  ne  d^montrent  point,  a  mon  avis, 
que  la  Seve  circule  dans  les  Plantes ,  comme  le  fang 
circule  dans  les  grands  Animaux.  Je  ne  puis 
done  a  cet  egard  que  me  ranger  au  fentiment  de 

Nn  3  Mr. 


286    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Mr.  Hales  qui  nie  cette  Circulation,  &  qui 
n'admet  dans  la  Seve  qu'une  forte  de  BaJance- 
ment  :  les  jiidicieufes  reflexions  fur  lesquelles  il 
etablit  fbn  Hypothefe,  meritent  d'etre  lues  dans 
rOuvrage  meme.  Je  ne  ferai  ici  que  Jes  indi- 
quer. 

Les  Plantes  recoivent  &  tranfpirent  en  terns 
egal ,  beaucoup  plus  que  les  grands  Animaux. 
Le  ^le'd ,  par  exemple ,  tire  8:  tranfpire  en  24 
heures  dix-iept  fois  plus  que  ^ Homme.  Les 
Plantes  font  dans  un  erat  de  perpetuelle  fuccion ; 
dies  prennent  fans  cefle  de  la  nourriture  ,  pen- 
dant le  jour  par  leurs  Racines  ,  pendant  la  nuit 
par  leurs  Feuilles  (xviii.).  Les  Animaux,  au 
contraire  ,  ne  prennent  de  la  nourriture  que  par 
intervalle.  La  digeflion  de  cette  nourriture  ne 
s'opereroit  point ,  ou  s'opereroit  mal ,  fi  de  nou- 
velles  nourritures  fe  fuccedoient  fans  interruption. 
La  Mechanique  qui  execute  la  nutrition  des  Plan- 
tes ,  paroit  done  devoir  differer  beaucoup  de  celle 
qui  execute  la  nutrition  des  Animaux  qui  nous 
font  les  plus  connus. 

La  nutrition  des  Plantes  femble  devoir  fe  fai- 
re  d'une  maniere  plus  fimple  ,  exiger  moins  de 
preparations  que  celle  des  grands  Animaux.  C'eft 
ce  qu'indique  encore  I'infpedion  des  Organes. 

Les  Plantes  n'ont  point  de  parties  qui  repon- 
dent,  par  leur  ftrufture  ou  par  leur  jeu,  k  celles 
qui  operent  la  circulation  du  iang  dans  les  grands 

Ani- 


DES  FEUILLES.   V.  Mm.      287 

Animaux.  Elles  n'ont  ni  Coeur ,  nl  Arteres ,  ni 
Veines.  Leur  flrudure  eft  tres  ftmpie  ,  &  tres 
uniforme.  Les  Fibres  Lagncujes  ^  les  Utricules, 
les  yafes  propres ,  les  Trachees  compofent  le  Sy- 
fleme  entier  de  leurs  Vifceres;  &  ces  Vifceres  font 
repandus  univerfellement  dans  tout  le  Corps  de  la 
Plante :  on  les  retrouve  jusques  dans  les  moin- 
dres  parties.  Les  Vaifleaux  feveux  n'ont  point 
de  P^ahtiles  deftinees  k  favorifer  raicenfion  de  la 
Seve  ,  &  a  en  empecher  la  retrogradation. 
Quand  ces  Valvules  echapperoient  au  Microscope, 
FExp^rience  en  demontreroit  la  faullete;  puisque 
les  Plantes  que  I'on  plonge  dans  I'Eau  ,  ou  que 
I'on  met  en  Terre  par  leur  extremite  fuperieure, 
ne  laiflent  pas  de  vegeter. 

Il  eft  ft  vrai  que  la  Seve  monte  &  defcend 
librement  par  les  memes  Vaifteaux ,  que  ft  apres 
avoir  coupe  dans  la  belle  laifbn,  une  des  grofles 
Branches  d'un  Arbre  ,  on  adapte  au  Tron^on 
un  Tube  de  Verre  qui  contienne  du  Mercure , 
on  verra  la  Seve  elever  le  Mercure  pendant  le 
jour  5  &  le  laifter  tomber  a  I'approche  de  la 
nuit.  On  parviendra  ainft  a  mefurer  la  force  de 
la  Seve  par  I'elevation  du  Mercure,  &  a  comparer 
cette  force  dans  differens  ftijets.  Toutes  chofes 
d'ailleurs  egales  ,  les  variations  du  Mercure  fe- 
ront  d'autant  plus  confiderables  que  le  jour  fera 
plus  chaud  &  la  nuit  plus  fraiche.  La  marche 
de  la  Seve  dans  la  belle  faifbn,  reftemble  done 

ailez 


288     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

aflez  a  celle  de  la  Liqueur  d'un  Thermometre  : 
Tune  &  I'autre  dependent  egalement  des  alterna- 
tives du  chaud  &  du  frais. 
-  Enfin  ,  les  divers  Phenomenes  Botaniques, 
qu'on  a  regarde  comme  de  fortes  preuves  de  la 
circulation  de  la  Seve,  ne  la  fuppofent  point  ne- 
ceilairement.  Tous  ces  Phenomenes  s'expli- 
quent  de  la  maniere  la  plus  heureufe  par  un 
Principe  fort  fimple  ,  fonde  fur  TObfervation. 
Ceil:  qu'il  y  a  une  etroite  communication  en- 
tre  touces  les  parties  d'une  Plante.  Elles  font 
toutes  les  unes  a  I'egard  des  autres,  dans  un  etat 
de  fuccion  :  la  nourriture  que  prend  une  de  ces 
parties  fe  tranfmet  aux  autres.  Les  Feuilles  fe 
nourriflent  reciproquement  (ix. ).  La  Racine 
pompe  le  Sue  de  la  Tige  ,  la  Tige  pompe  le 
Sue  de  la  Racine.  Ainfi ,  du  commerce  mu- 
tuel  qui  efl  entre  le  Snjei  &  la  Greffe ,  refulte 
cette  communication  reciproque  de  leurs  bonnes 
ou  de  leurs  mauvaifes  qualites,  qu'on  allegue  en 
preuve  de  la  circulation.  Le  Sue  nourricier  pafle 
alternativement  du  Sujet  dans  la  Greffe  ,  de  la 
GrefFe  dans  le  Sujet. 

Certainemenx  Mr.  de  la  Baisse  a 
ete  au  de  la  des  Faits  ,  quand  il  a  cru  voir  dans 
les  Plantes  un  Eftomac  ,  des  Inteftins  ,  des 
Veines  Ladees,  un  Coeur  avec  fes  Ventricules, 
des  Arteres,  des  Veines,  &c.  On  ne  pent  dis- 
convenir  qu'il  n'y  ait  des  rapports  entre  les  Plantes 

& 


DES  FEUILLES.  V,  Mim,      289 

&  les  grands  Animaux  \   mais    ces  rapports  ont 
leurs  limites  ,    &  on  ne  doit  ufer  de  I'Analogie 
qu'avec  une    extreme    fobriete  ,    lorsqu'il   s'agit 
d'efpeces  de  clafles  fort  eloignees.       Si  Ja  Na- 
ture a   prodigieufement  varie   les  Formes  exte- 
rieures  des  Corps  organifes  ,  elle  n'a  pas  moins 
varie  les  moyens  qu'elle  a  choifis  pour  les  faire 
vivre,  croitre  ,   multiplier.     Parmi  les  Animaux 
meme  ,    combien  en  eft-il  ou  la  circulation  ne 
fliit   pas  les   memes   Loix   qu'elle    obferve   dans 
rHomme!   N'y  a-t-il    pas   encore  des   Animaux 
dans  lesquels  on  ne  decouvre  point  de  circula- 
tion ?    N'en  eft-il  pas  011  les  Alimens  paroiflent 
(implement  balotes  de  haut  en  bas  &  de  bas  en 
haut  ?    Ces  nombreufes  families  de  Polypes  ,  qui 
ont  tant  exerce  la  fagacit€  &  Taddrefle  de   Mr. 
Trembley  5    n'en  fourniflent-elles   pas   des 
exemples  ?   On  fait  que  ces  Polypes  multiplient 
comme  les  Plantes ,  par  Boutuns  &  par  Rejet- 
tons.      lis  compofent  fbuvent   de  petits   Arbres 
fort  toufFus.     La  nourriture  que  prend  un  Ra- 
meau,  (e  communique  bientot  a  toutes  les  Bran^ 
ches  &  au  Tronc. 

Il  me  paroit  done  qu'il  y  a  un  milieu  a  gar- 
der  entre  le  -fentiment  de  Mr.  Hales,  qui  ne 
croit  pas  que  la  Seve  monte  par  Je  Bois  & 
defcende  par  I'Ecorce  ,  &  le  fentiment  de  Mr. 
de  la  Baisse,  qui  admet  dans  c€  FluVde  une 
veritable  circulation.     Une  partie   du  Sue  nour- 

O  o  ricier « 


290     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

ricier,  qui  s'tMeve  par  les  Fibres  Ligneufes,  pafle 
par  les  Feuilles  &  les  Fleurs  ,  dans  I'Ecorce , 
de  la  5  dans  la  Racine.  Une  autre  partie  de  ce 
Sue  retourne ,  par  les  memes  Vailleaux ,  vers  la 
Racine  ;  d'ou  elle  repafle  encore  dans  la  Tige. 
Par  ce  balancement  qui  fe  repete  plus  ou  moins, 
le  Sue  groffier  re^oit  deja  une  forte  de  prepa- 
ration :  il  fe  perfeftionne  dans  des  Vaifleaux  plus 
delies  &  dans  les  Utricules.  Le  fuperflu  s'e- 
chappe  par  les  Feuilles. 

De  la  DireBion  6?  du  Jen  des  Feuilles 
6?  des  Tiges. 

XCin.  ]'ai  continue  d'obferver  la  Dire6lion 
des  Feuilles  &  leurs  mouvemens  divers.  Mes 
Obfervations  m'ont  conduit  a  voir  bien  des  pe- 
tits  Faits  femblables,  ou  analogues,  a  ceux  que 
j'ai  decrit  dans  le  fecond  Memoire.  Tous  m'ont 
paru  prouver  egalement ,  que  les  Feuilles  dirigent 
leur  Surface  fuperieure  du  cote  ou  la  chaleur  fe 
fait  le  plus  fentir ,  &  qu'elles  prennent  en  con- 
fequence  toutes  les  pofitions  que  les  circonftan- 
ces  exigent.  Quelques-unes  de  ces  pofitions 
font  fi  remarquables  ,  qu'elles  ne  pourront  que 
frapper  beaucoup  ceux  qui  chercheront  a  verifier 
mes  Experiences. 

J'ai  vu  ,  par  exeraple  ,    des  Feuilles  ^ Auhi- 
'pine ,  qui  appartenoient  a  des  Branches  couchees 

hori- 


DES  FEUILLES.   V.Mem.      291 

horlzontalement  fbus  un  Berceau  de  Charmes , 
fe  difpoier  les  unes  k  I'egard  des  autres  en  for- 
me de  Goutiere,  comme  le  font  les  Folioles  de 
Vj^cacia  lorsque  le  Soleil  les  echaiilfe  (xxxvii.). 
La  concavite  de  Ja  Goutiere  formee  par  la  Sur- 
face fuperieure  des  Feuilles ,  etoit  tournee  vers 
I'entree  du  Berceau.  Mais ,  au  lieu  que  les  Fo- 
lioles de  V  Acacia  fe  difpofent  en  (ens  contrair^ 
a  I'approche  de  la  nuit,  les  Feuilles  d"* Aiibcpine; 
moins  fouples ,  ne  changeoient  point  de  pofition 

-(  XXXVI  ). 

Je  me  borne  ici  k  ce  feul  exemple  :  je  ne 
finirois  point  fi  je  voulois  parcourir  tous  les  Faits 
de  ce  genre  qui  ont  fixe  mon  attention. 

XCIV.  Dans  le  coeur  de  I'iLte,  j'ai  ajufte 
des  Branches  de  Prunier^  de  maniere  que  la  Sur- 
face inferieure  de  leurs  Feuilles  a  toujours  ete 
expofee  a  I'aftion  du  Soleil.  Ces  Feuilles  a- 
voient  atteint ,  ou  a  peu  pres ,  leur  parfait  ac- 
cruifiement ,  &  les  Branches  tenoient  a  TArbre. 
Infenfiblement  la  Surface  inferieure  des  Feuilles 
a  change  de  couleur ;  elle  a  pris  un  oeil  livide  , 
une  couleur  plombee  ,  &  elle  m'a  paru  le  defle- 
cher.  j'ai  vu  la  meme  chofe  fur  des  Feuilles 
de  Poirkr  qui  n'avoient  pu  parvenir  a  fe  retour- 
ner. 

Il  eft  done  bien  importan  t  pour  les  Feuilles , 
que  leur  Surface  inferieure  ne  demeure  pas  ex- 
pofee k  f  imprelTion  du  Soleil ,  &  qu'elles  puis- 

Oo  2  fent 


292     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

(ent  reprendre  leur  dire6lion  naturelle,  quandquel- 
que  accident  la  leur  a  fait  perdre.  Cette  Expe- 
rience confirme  celles  que  j'ai  rapportees  dans 
I'Article  xxxiii ,  &  ce  que  j'ai  avance  £ir  le 
principal  ufage   de  la  Surface  fuperieure  ( xvi , 

XVII  ,    LXXXVIII.). 

XC V.  L  E  Soleil  n'aitere  pas  le  Tiflu  ferre  & 
luflr^  de  la  Surface  fuperieure  des  Feuilles;  mais 
il  creule  cette  Surface  ,  il  la  rend  concave 
( XXXVII.).  Un  exces  ,  ou  une  continuation 
d'humidite,  produit  le  meme  effet  fur  la  Surface 
inferieure.  C'efl  ce  que  j'ai  fbuvent  obferve  fur  les 
Feuilles  de  la  f-^igne  apres  des  Rofees  tres  froi- 
des  &  tres  abondantes  (xxxviii.).  J'ai  fait 
une  femblable  Obfervation  fur  les  Feuilles  de  la 
Mercitriale.  Cette  Plante  efl  extremement  com- 
mune en  Automne  ;  les  Terres  en  jacheres  en 
font  presque  couvertes.  Lorsque  les  matinees 
ont  commence  a  devenir  froides  &  humides,  & 
que  la  gelee  blanche  a  paru ,  j'ai  vu  les  Feuil- 
les de  toutes  ces  Merciiriaks  fe  recourber  de 
deflus  en  deflbus ,  &  devenir  concaves  dans  leur 
Surface  inferieure.  ]e  les  ai  vu  fe  rapprocher 
de  la  Tige  ,  s'y  appliquer.  On  auroit  pu  croire 
au  premier  coup  d'oeil  ,  que  le  froid  les  avoit 
altere  ,  qu'elies  etoient  devenues  flasques.  Mais 
independamment  de  la  vivacite  de  leur  couleur, 
qui  annon^oit  le  contraire  ,  fi  en  paflant  le  doigt 
ious  ces  Feuilles  on  tendoit  a  les  Eloigner  de  la 

Ti- 


DES  FEUILLES.  V.  Mim.      293 

Tige  ,  on  fentoit  de  Ja  refinance;  &  quand  on 
les  abandonnoit  a  elles-memes  ,  elles  faifoient 
reflbrt ,  &  reprenoient  brusquement  leur  pre- 
miere fituation.  Les  Vaifleaux  de  la  Surface 
inferieure  fe  trouvoient  dans  un  etat  de  forte 
contraftion  par  I'humidite  qui  les  penetroit. 

XCVI.  A  la  fin  de  Septembre ,  par  un  terns 
fort  chaud ,  j'ai  applique  fiir  des  Feuilles  de  J^i- 
gne  J  deux  Couches  d'un  Vernis  de  Lacqiie  fait  a- 
vec  I'E^rit  de  Vin,  Tantot  j'ai  applique  le  Ver- 
nis /ur  la  Surface  fup^rieure  3  tantot  je  I'ai  ap- 
plique fur  la  Surface  oppofee.  Dans  Tun  &  I'au- 
tre  cas ,  le  Pedicule  en  a  toujours  ete  enduit  tres 
exaftoment. 

TouTES  ces  Feuilles  /e  font  parfaitement 
retournees ,  mais  quelques-unes  ont  fouiFert  une 
alteration  fenfible  (xii,  xliv.), 

XCVII.  Dans  mes  premieres  Experiences 
j'ai  eu  recours  a  un  moyen  bien  different  de  celui 
des  Enduits  ,  pour  empecher  le  Ketournement 
des  Feuilles.  Le  moyen  dontje  veux  parler,  efl 
d^crit  dans  I'Article  l.  &  reprefente  dans  la  Fi- 
gure 3.  de  la  Planche  xvii.  J'ai  dit  que  les 
P'euilles  de  la  petite  Mauve  ^  mifes  ainfi  en  Expe- 
rience dans  wn  terns  froid ,  ne  s'etoient  point 
retournees.  Depuis,  aVant  obferve  le  contraire, 
dans  un  tems  chaud  ,  fur  des  Tiges  de  Mercu- 
riale  (lh.)  ,  j'ai  conjedure  qu'il  en  feroit  de 
meme  des  Feuilles  de  la  petite  Mauve  y  fi  je  re- 

Oo  3  p^- 


294    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

^)etois  fur  elles  cette  Experience  dans  un  terns 
plus  favorable.  Je  I'ai  fait  Tannee  derniere  ,  a 
un  Soleii  ardent :  le  fucces  a  ete  tel  que  je  fa- 
vois  prefume.  J''ai  remarque  que  le  Retourne- 
tnerit  s'eft  execute  du  cot^  ou  Je  Soleii  agiiloic 
avec  Ic  plus  de  force. 

'"'''  XCVJIf.  La  plupart  des  Tiges  que  j'al  vu 
fe  replier  dans  T Air ,  ont  execute  ce  mouvement 
de  fa^'on  que  la  partie  qui  s'eft  repliee ,  s'eft  pla- 
cee  a  I'exterieur  de  ccUe  qui  eft  demeuree  iri- 
cliriee  (xxxiv,'  Xjti.).  En  fe  repliant  elles  ont 
femble  fuir  le  Verre  dans  lequel  leur  extremite 
inferieure  etoit  plongee. 

J'ai  ete  d'abord  allez  embarafle  a  rendre  rai- 
fbn  de  cette  efpece  d'afFedation.  Enfin  ,  j'ai 
penfe  que  le  Verre  refroidillant  I'Air  qui  I'en- 
vironnoit  immediatement ,  le  cote  interieur  de 
la  Tige,  celui  qui  regardoit  le  Vafe,  fe  trouvoit 
par-la  moins  difpofe  a  la  contraftion  que  le  cote 
exterieur  (liit.)  :  mais  comme  la  fraicheur  que 
le  Verre  communique  a  I'Air  qui  I'environne', 
efl  toujours  fort  peu  confiderable ,  j'ai  juge  que 
fi  j'expofbis  le  cote  interieur  de  la  Tige  a  la 
chaleur  direfte  du  Soleii  ,  je  verrois  le  Replie- 
ment  s'operer  fur  ce  cote,  comme  je  I'ai  vu  tant 
de  fois  s'operer  fur  le  cote  exterieur. 
**'  J'ai  fait  cette  Experience  dans  le  mois  de 
'Juin  ,  &  au  lieu  de  n'ajufler  a  chaque  Vafe  qu'u- 
ne  feule  Tige,  j'en  ai  ajufle  deux- a  Toppofite 
•  '  i.  i   '     '  I'une 


DES  FEUILLES.  V.  Mem.       295 

Tune  de  I'autre  *.      J'ai  place  le  Vafe  *  fur  une/  p^-- 
efpece  de  fupport  ^,  couvert  d'un  petit  Dais  *,  h?-  i- 
&  expofe  au  Levant.     J'ai  dilpofe  Jes  Tiges  dans  *  s. 
un  Plan  qui  coupoit  le  Merldien  a  Angles  droits^  *  ^* 
enfbrte  que  le  cote  exterieur  de  Tune  *  des  Ti-  *  £. 
ges  regardoit  .le  Levant ,    &  que  le  cote  exte- 
rieur de  I'autre  *  Tige  regardoit  le  Couchant.      *  ^• 

BiENTox  ces  Tiges  fe  font  mifes  en  Jeu. 
Celle  dont  le  cote  exterieur  regardoit  le  Cou- 
chant,  s'efl  repliee  fur  le  cote  interieur  *•  elle*»' 
s'efl  rapprochee  du  Vafe  ,  pour  ofFrir  au  Soleil 
la  Surface  fuperieure  de  fes  Feuilles,  L'autre 
Tige  s'eft  repliee ,  comme  a  I'ordinaire ,  fur  le 
cote  exterieur  *.  *  a. 

]'ai  repete  cette  Experience,  avec  le  meme 
fucces  5  flir  des  Tiges  de  Mcrcuriak.   ,^ 

Des  Tiges  de  Haricots  ettioUs^  mifes  de  la 
meme  maniere  en  Experience  fur  la  Fenetre  de  mon 
Cabinet ,  m'ont  ofFert  les  memes  particularites. 
Celles  dont  le  cote  exterieur  regardoit  la  Fene- 
tre ,  fe  font  repliees  fur  le  cote  interieur ,  & 
ont  prefente  au  plein  Air  la  Surface  fuperieure 
de  leurs  Feuilles.  Celles  dont  le  cote  exterieur 
regardoit  ,  au  contraire ,  le  plein  Air  ,  fe  font 
repliees  fur  ce  meme  cote. 

Mais  les  Tiges  de  Haricots  ettioles  ,  plus 
fouples  5  ou  plus  fenfibles  que  celles  de  la  Mer- 
curiale  &  du  jasmin ,  m'ont  fait  voir  quelque  cho- 
fe  de  plus.     J'ai  remarque  que  celles  qui  s'etoient 

re- 


296    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

repliees  le  jour  fur  le  cote  interieur  ,  fe  replioient 
a  I'approche  de  la  nuit ,  fur  le  cote  oppole  :  el- 
les  tendoient  alors  a  fe  rapprocher  de  la  Fene- 
tre  ',  mais  ce  raouvement  etoit  toujours  plus  foi- 
ble que  le  premier.  Pendant  le  jour  I'Air  exte- 
rieur,  beaucoup  plus  chaud  que  ceiui  du  dedans, 
agiflbic  fur  les  Tiges  avec  plus  de  force  ,  &  les 
determinoit  a  fe  replier  de  fon  cote.  A  I'appro- 
che de  la  nuit,  I'Air  du  dedans  devenant  un  peu 
plus  chaud ,  ou  un  peu  plus  Cec  que  celui  du 
dehors,  imprimoit  aux  liges  un  mouvement  en 
fens  contraire. 

XCIX.  J'ai  dit  (lii.  )  qu''aTant  introduit  des 
^Jfj-  Tiges  de  Mercuriale  dans  de  petites  Caifles  * 
tjs-i'&2.  d'un  Bois  mince,  ouvertes  d'un  cote,  les  mou- 
vemens  de  ces  Tiges  avoient  ete  fi  varies  ,  que 
je  n"'avois  pu  tirer  aucune  conclufion  de  cette 
Experience.  J'ai  conjedure  depuis ,  que  cette  in- 
determination  de  mouvemens  etcit  provenue  de 
I'indetermination  de  la  chaleur.  j'ai  done  cher- 
che  a  la  determiner  d'une  maniere  fi  precife  , 
que  les  effets  n'en  fuflent  plus  equivoques. 

Pour  y  parvenir  ,    j'ai    fait  conflruire   des 

Caifles  de  Sapin  de  i  o  pouces  en  quarre ,    dont 

*  i"^"      trois  cotes  *  ,   ainfi  que  le  fond  *  &  le  Couver- 

Fig.' 2.     cle  avoient  chacun  envn-on  2  pouces  d'epaifleur. 

Celle  du  quatrieme  cote  *  n'etoit  que  de  3  k  4 

*■       "lignes.     Sur  ce  cote  ,    j'ai  pratique  une  Fene- 

tre  *  de  3  pouces  de  hauteur  ,  &  de  2  pouces 

de 


2>: 


DES  FEUILLES.   V.  Mem.      ic^i 

de  largcur.     J'ai  renferme  au  milieu   de  chaque. 
Caiiie  un  Verre  *,  plein'd'Eau,  dans  lequel  e-*"- 
toient  plongees  deux  Plantes  *  de  Haricots  ettio-  *  a,],. 
les  ,    oppoiees  Tune  a  J'autre  ,    &   dont  Textrc- 
mite  fuperieure  *  etoit  inclinee  en  embas.     J'ai*^,*. 
difpofe  ces  Plantes   de  fa^on  que  le  cote  exte- 
rieur  de  i'une  *  regardoit  la  Fenetre ,  &  le  cote  *  »- 
exterieur  de '  Tautre  *  ,  la   Parois  oppofee.     J'ai  *  "• 
place  les  Cailles  dans  un  Jardin  ,  &  j'ai  afFecle 
de  les  mettre  routes  dans  des  pofitions  differen- 
tes  ;  je  veux  dire ,  que  dans  Jes  unes  la  Fenetre 
a  ete  tournee  vers  le  Midi,  dans  d'autres  vers 
le  Nerd,   dans  d'autres  vers  le  Couchant,    &c. 
L'Air  etoit  chaud  &  ferein. 

Au  bout  de  <]uelques  heures  ,  toutes  les  Ti- 
ges  fe  font  repliees  *,  &  toutes  ont  dirige  leur*'-.f- 
mouvement  vers  la  Fenetre.     Ainfi  les  unes  *  *  ^• 
fe  font  repliees  fur  le  cote  exterieur;  les  autres  %*  "• 
fur  le  cote  interieur.     A  Tapproche  de  la  nuit , 
celles-ci  ont  commence  a  fe  replier  fur  le  cote 
exterieur  *;  elles  fe  font  eloignees  de  la  Fene-*«. 
tre ,    pour  s'approcher  de  la  Parois  qui  lui  etoit 
oppofee.       La   caufe  de  ces  deux  mouvemens 
contraires  ,    efl  la  meme  que  celle  dont  j'ai  fait 
mention  a  la  fin  de  I'Article  precedent. 

J'ai  mis  d^autres  Haricots  en  Experience  dans 
les  memes  Caifles ,  apres  en  avoir  ferme  la  Fe- 
netre tres  exaftement  avec  un  Volet  *  de  Bois ,  *  f- 
de  3  lignes  d'epaifleur.     Tous  ces  Haricots  n'ont 

Pp  pas 


298     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

pas  laifle  de  fe  replier  ;  &  ce  qui  m'a  paru  tres 
digne  d'attention ,  c'eft  que  tous  I'ont  fait  comme 
les  precedens:  tous  ont  dirige  leurs  mouvemens 
vers  la  Fenetre ,  ou  vers  la  Parois  dans  laquelle 
elle  etoit  pratiquee.  Ceux  dont  le  cote  exte- 
rieur  regardoit  la  Parois  oppofee  ,  fe  font  un 
peu  d^tournees  vers  cette  Parois  a  I'entree  de  la 
nuit. 

C.  La  fenfibilite  des  Fibres  qui  operent  le 
Retournement  des  Feuilles  ,  &  le  Repliement 
des  Tiges ,  eft  lurprenante.  J'en  ai  ddjk  rapport^ 
plufieurs  traits  dans  le  fecond  Mdmoire  &  dans 
celui-ci  :  on  me  pardonnera  fi  j'en  rapporte  en- 
core un. 

Apres  avoir  fufpendu  des  Tiges  de  Menu- 
ride  dans  des  Poudriers  pleins  d'Eau  ,  de  ma- 
niere  que  I'extremitd  fuperieure  de  ces  Tiges  a 
ete  tournee  en  embas ,  j'ai  place  les  Poudriers 
au  fond  du  Baffin  d'une  Fontaine.  Ce  Baffin  a- 
voit  14  pouces  de  profondeur  ,  &  k  Fontaine 
qui  s'y  dechargeoit,  formoit  un  Jet  de  demi  pou- 
ce  de  diametre  :  9'a  ^i€  pr^cifement  fbus  le 
Jet  que  j'ai  mis  les  Poudriers.  J'ai  enfonce  en 
meme  terns  un  Thermometre  dans  I'Eau  du  Bas- 
fm  :  j'en  ai  expofe  un  autre  k  I'Air  exterieur , 
&  a  I'Ombre.  J'ai  fait  cette  Experience  le  23. 
de  Septembre,  fur  les  10.  heures  du  matin.  Le 
tems  etoit  beau  ,  &  le  Soleii  a  donn^  fiir  le 
Baffin  pendant  une  partie  du  jour. 

Le 


DES  FEUILLES.  >F:M>».      299 

Le  lendemain  matin ,  j'ai  trouve  routes  les 
Tiges  repliees ;  &  ce  qui  etoit  tres  decifif,  rou- 
tes retoient  dans  le  meme  fens ,  je  veux  dire  , 
du  cote  ou  la  chaleur  du  Soleil  s'etoit  fait  Je 
plus  fentir.  Le  Thermometre  place  au  fond  de 
I'Eau  ,  etoit  k  12  degres.  Celui  qui  etoit  k  I'Air 
exterieur,  le  tenoit  k  18. 

Il  ell:  allurement  tres  remarquable  que  le  So- 
leil ait  agi  avec  autant  d'efEcace  fur  ces  Tiges  k 
travers  una  malle  d'Eau  de  14  pouces  de  hau- 
teur ,  &  qui  le  renouvelloit  a  chac^ue  inflant. 
Je  ne  doute  pas  que  cet  Aftre  ne  fit  fentir  Ion 
impreflion  k  ces  Tiges  a  de  beaucoup  plus  gran- 
des  profondeurs.  J'ai  deja  invite  les  Phyficiens 
k  I'eprouver  (lii.). 

CI.  Les  Experiences  que  je  viens  de  rappor- 
ter ,  me  paroiUent  prouver  de  la  maniere  la  plus 
evidente  ,  que  la  chaleur ,  &  fur  -  tout  la  cha- 
leur direde  du  Soleil ,  efl  la  principale  caufe  du 
Retournement  des  Feuilles  &  du  Repliement  des 
Tiges  &  des  Branches  (ltii.).  C'efl  ,  fans 
doute ,  aux  contractions  qu'elle  excite  dans  la 
Lame  elaftique  des  Trachees ,  qu'il  faut  attribuer 
ces  mouvemens.  Ainfi  lorsque  la  chaleur  du 
lieu  ou  Ton  fait  ces  Experiences,  efl  a  peu  pres 
la  meme  en  differens  endroits  ,  les  Feuilles ,  ou 
les  Tiges  ne  jouent  pas  toutes  dans  le  meme 
fens;  mais  les  unes  fe  retournent,  ou  fc  replient 
dans  un  lens  ,  les  autres  dans  un  autre ,  fuivant 

Pp  2  le 


3CO    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

le  plus  ou  le  moins  de  difpofition  des  Fibres  a 
fe  contrafter  d'un  cote  plutot  que  de  tout  autre. 
C'eft  te  que  j'ai  fbuvent  obferve  fur  des  Hari- 
cots  qui  avoient  cru  dans  une  petite  Etuve  ,   & 
qui  s'y  etoient  ettioles.      Ces   Haricots  avoient 
ete    femes  dans    des    Vafes    pleins    de    Moiiffe. 
Lorsqu'ils  ont  atteint  la  hauteur  de  7  a  8  pou- 
ces ,   &   que  leurs  premieres  Feuilles  ont  com- 
mence a  fe  deployer ,  j'ai  mis  les  Vafes  dans  une 
fituation  renverfee  ,  j'ai  prefente  leur  ouverture 
au  Sol  de  I'Etuve.      En  le  faifant ,    je  n'ai  pas 
eu  a  craindre  que  la  Moujje  fe  detach&:t  des  Va- 
fes ,  outre  qu'elle  y  etoit  tres   prefTee  ,  fes  Fi- 
lamens  fe  lient  mieux  les  uns  aux  autres  que  ne 
le   feroient    des   Molecules    purement    terreufes. 
D'ailleurs  la  Monffe  efl  beaucoup  plus  legere  que 
la  Terre  qui  I'efl  le  plus.     J'ai  retenu  les  Vafes 
dans  cette  fituation  par  deux  Cordons  ,    dont  les 
extremites  etoient  attachees  a  un  B^ton  qui  tra- 
verfbit  le  milieu  de  I'Etuve.      Nous  avons  ici  j 
pour  le  dire  en  paflant,  une  maniere  tres  fure  & 
tres  fimple  de  repeter  une  partie  de  ces  Expe- 
riences.    Par  la  on  ne  risque  point  d'of^enfer  les 
Tiges  en  les  coudant ;   on  change  leur  diredion 
naturelle  fans  les   toucher  ,    &   on  ne  les  place 
point  dans  le  voifinage  d'un  Corps  froid  (xcviii.)*. 
J'ai  tourne  &  retourne  ainfi  en  plein  Air,  le  me- 
me  Haricot  dix-huit  fois  confecutives  dans  Fe- 
Ijpace  d'un  mois  &  demi.     ]\  n'a  paru  en  fbuf- 


DES  FEUILLES.  V.  M^n.      301 

frir  que  dans  fa  forme  exterieure  :  il  eft  devenu 
tres  contrefait.  Sa  Tige  ,  &  routes  fes  Branches 
fe  font  contournees  en  maniere  de  Vis.  W  a 
fleuri ,  &  porte  de  tres  belles  Siliques.  Je  lui 
aurois  fait  fubir  bien  d'*autres  inverfions  ,  fi  un 
coup  de  Bize  ne  favoit  g^te.  Mon  but  etoit 
de  lavoir  fi  ces  inverfions  reiterees  nuiroient  aux 
Fleurs  ou  aux  Fruits.  Mais  je  reviens  aux  Ha- 
ricots de  I'Etuve. 

Ils  n'ont  pas  tarde  a  fe  replier ,  &  comma  ils 
ne  Pont  pas  fait  dans  Je  meme  fens, j 'en  ai  cherche 
la  raifbn.  Four  la  decouvrir ,  j'ai  fufpendu  des 
Thermometres  autour  des  Vafes ,  &  les  aVant  ob- 
ierve  i  heure  apres ,  je  les  ai  tous  trouves  k 
peu  pres  au  meme  degre.  J'ai  connu  alors  que 
cette  diverfite  de  mouvemens  provenoit  de  la  di- 
verfite  des  Tifllis.  J'ai  mis  aufTi-tot  d'autres 
Haricots  en  Experience  dans  I'endroit  le  plus 
chaud  de  I'Etuve.  Ils  ie  font  tous  mus  vers  cet 
endroit.  La  fuperiorite  de  la  chateur  a  (ijrmon- 
te  I'obftacle  que  I'inegalite  des  Tidus  pouvoit 
apporter  a  I'uniformite  des  mouvemens. 

Selon  que  la  chaleur  eft  plus  ou  moins  for- 
te ,  le  Repliement  s'opere  fur  une  portion  de  la 
Tige   plus  *  ou  moins  longue.      A  une  chaleur  *PL.vn, 
tres  foible ,  il  n'y  a  que  la  fbmmite  *  qui  fe  replie :  *  ^^' 
c'eft  la   que  les  Fibres  ont  le  plus  de  fb uplefle  Fig.  V 
ou  de  fenfibilite. 

SuR  ces  principes   on  expliquera  facilement 

Pp  3  quel- 


302     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

quelques  Experiences  du  fecond  Memoire  dont 
je  n'ai  pas  rendu  raifbn  (xlii  ,  Lii  ,  Liii.}. 
Par  exemple  celle  de  V Atriplcx  couchee  hori- 
Zontaleraent  fur  le  Soupirail  d'un  Four  k  Poulets, 
&  qui  au  lieu  de  s'incliner  vers  I'interieur  du 
Four  ,  s'efl  portee  vers  I'Air  libre  ,  s'explique 
d'une  nnaniere  fort  fimple,  des  qu'on  (ait  que  I'in- 
terieur  du  Four,  quoique  beaucoup  plus  chaud 
que  I'Air  exterieur  ,    eft   ordinairement   moins 

De  P  Arrangement  de  diver fes  Parties 
des  Planus, 

ClI.  ]e  n'ai  rien  dit  dans  le  troifieme  Me- 
moire ,  de  I'arrangement  des  Feuilles  &  des  Bran- 
ches du  Guy.  Je  devois  etre  curieux  de  favoir 
auquel  des  cinq  Ordres  que  j'ai  decrit  (lvi.) 
cette  Plante  finguliere  pouvoit  fe  rapporter.  Voi- 
ci  ce  que  j'ai  obferv^  Cur  ce  fiijet. 

AuTOUR  de  I'extremite  fuperieure  du  Tronc 
naiflent  plufieurs  Branches  cilyndriques  ,  fort 
droites  &  fort  unies  ,  inegales  en  longueur  & 
en  epaifleur ,  qui  vont  en  s'ecartant  les  unes  des 
autres  a  mefure  qu'elles  s'elevent.  Chacune  de 
ces  Branches  jette  de  meme  a  fbn  fbmmet  d'au* 
tres  Branches  plus  petites ,  furmontees  a  I'ordi- 
naire  de  deux  Feuilles,  oppofees  I'une  a  I'autre, 
&  quelquefois  de  trois,  placees  fur  les  Angles 

d'un 


DES  FEUILLES.  V.  Mim.      303 

d'un  Triangle  Equilateral.  Souvent  le  Tronc  fe 
prolonge ,  &  du  centre  des  Branches  qui  le  cou- 
ronnent ,  fort  une  Tige  qui  fe  ramine  connme 
le  Tronc  k  Con  extremite  fuperieure.  Cet  aflem- 
blage  forme  une  Touffe  a  peu  pres  fpherique, 
aflez  epaifle  pour  que  de  pet  its  Oileaux  puillent 
y  nicher. 

Il  refulte  de  ce  court  ExpofH ,  que  le  Guy  ap- 
partient  au  troifieme  Ordre  ,  k  celui  des  f^er- 
ticill^es, 

Clir  En  parlant  dans  1' Article  lix.  de  la  dif- 
ficulte  qu'on  a  quelquefois  k  reconnoitre  I'Or- 
dre  auquel  une  Plante  doit  etre  rapportee  ,  je 
n'ai  point  fait  mention  de  celles  dont  la  Tige  fe 
contournant  en  Spirale,  cache  la  veritable  diftribti- 
tion  de  fes  Feuilles.  Tel  efl  ,  par  exemple ,  le 
cas  de  la  Feve.  La  premiere  fois  que  j'ai  jett^ 
les  yeux  fur  cctte  Plante  ,  fes  Feuilles  m'ont 
paru  diftribuees  en  Quinquonce,  ou  fuivant  le  qua- 
trieme  Ordre  (lvi.  ).  Mais  I'aTant  obferv^ 
avec  plus  d'attention,  j'ai  reconnu  qu'elle  appar- 
tenoit  au  premier  Ordre  ,  k  celui  des  themes 
(lvi.).  Le  contournement  de  la  Tige  en  va-- 
riant  la  pofition  apparente  des  Feuilles  ,  laiflbit 
croire  qu'elles  etoient  diflribuEes  d'une  maniere 
plus  compofee  qu'elles  ne  I'etoient  en  effet. 

CIV.  QuoiQ^UE  la  Tige  &  les  Branches 
de  la  plupart  des  Plantes  (^oient  cylindriques , 
&  que  leur  Coupe  transverfale  fbit  par  confequent 

cir- 


304     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

circulaire ,  il  n'en  eft  pas  toujours  de  meme  de 
ieurs  extremites  ,  &  fur -tout  de  celles  qui  font 
les  plus  deliees.  Leur  Coupe  transver^Ie  eft 
^flez  fbuvent  une  Figure  a  plufieurs  cotes ,  dont 
le  nombre  m'a  paru  invariable  dans  chaque  Efpe- 
ce.  Ces  Extremites  font  canellees ,  &  ce  font 
CCS  Canellures  qui  determinent  les  Angles  de 
chaque  Figure.  J'ai  deja  parle  (Ibid.)  des  Can- 
nelures de  la  Konce  ,  &  de  fa  Coupe  transverfale. 
J'ai  fait  depuis  de  femblables  Obfervations  fur 
plufieurs  efpeces  de  Plantes ,  fbit  Herbacees  fbit 
Ligneufes.  J'ai  vu  des  fbmmites  a  3  ,  34, 
a  5',  a  6,  a  8  cotes.  U^uine,  V Granger ^  le 
Peuplier  m'ont  fourni  des  Exemples  de  fbmmites 
a  3  Pans  ,  ou  dont  la  Coupe  eft  triangulaire. 
Celle  de  la  Feve  ,  du  Bonis ,  du  Fufain ,  eft  un 
Quarre.  Celle  de  VAtripkx ,  du  Jasmin  jaune 
des  Indes ,  du  Pefcher^  eft  un  Pentagone.  Celle 
de  la  Clematis  ,  de  VErable,  du  Jasmin  commun, 
ei\  un  Exagone.  Celle  du  Cbanvre  eft  un  OSto- 
gone.  Enfin  j'ai  vu  des  fbmmites  parfaitement 
circulaires  ;  telles  fbnt  celles  de  la  Julienne  blan- 
che ^  de  VAmandier^  du  Prunier  ^  de  VOJier. 

A  mefure  que  les  extremites  groiTiflent ,  elles 
prennent  de  la  rondeur ,  &  les  Canellures  s'efFa- 
cent.  II  eft  cependant  des  Efpeces  qui  retien- 
nent  ces  Canellures  :  le  Fufain  &  la  Ronce  en 
font  des  Exemples. 

CV.  Il  n'eft  point  de  Plantes  ou  la  diftribu- 

tion 


DES  FEUILLES.  V.  Mim.      30^ 

tion   des   Graines  fbit  plus  fenfible  que  dans  le 
Mays  ou  Bled  de  Turquie.     Je  me  fuis  plu  a  I'y 
obferver.     Les  Epis  de  cette  PJante  fi  feconde 
&  fi  utile ,  forment  des  Mafles  coniques  qui  ont 
quelquefois  plus  de  9  k  10  pouces  de  longueur 
fur  2  k  3  pouces  de  diametre  a  leur  Bale.     Les 
Grains ,   de  Figure  ^llyptique ,    &  un  peu.  plus 
gros  que  des  Pois ,  font  ranges  a  la  file  fur  plu- 
fieurs  Lignes  ,    tantot  droites  ,   ou  paralleles   a 
I'Axe  de  I'Epi ,    tantot  courbes  ou  qui  montent 
en  Spirales  autour  de  cec  Axe.      Les  Grains  font 
places   fur  ces  Lignes  de  fa^on  que  leur  grand 
Diametre  coupe  a  Angles  droits  I'Axe  de  i'Epi. 
M'e'tant  avife  de  compter  le  nombre  des 
Lignes ,  ou  des  Rangees  de  difFerens  Epis ,  j'ai 
ete  furpris  d'en  voir  fur  la  plupart  12  ou  14.  Les 
Grains  de  ces  Epis    etoient   ainfi  diflribues  fur 
des  Poligones  de  12  ou  de  14  cotes.      J'ai  ete 
curieux  d'approfondir  ce  Fait,  &  de  m'afTurer  fi 
I'AuTEUR  de  la  Nature  avoit  prefere  ces  Po- 
ligones a  toute  autre  Figure  pour  la  diflribution 
des  Grains  du  Bled  de  1\irqide.    Dans  cette  vue, 
j'ai  examine  avec  fbin  724  Epis  de  cette  Plante. 
Sur  ce  grand  nombre  j'en  ai  trouve  i<:)^.  oil  la 
diftribution  des  Grains  etoit  irreguiiere,  je  veux 
dire,  ou  les  Rangees  etoient  tellement  confondues 
les  unes  dans  les  autres  ,   que  je  ne  pouvois  les 
fuivre  diflin6lement  d'un  bout  a  I'autre  de  I'Epi. 
J'ai   remarque   que   cette    confufion    etoit    plus 

Qq  gran- 


3o6     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

rrande  a  la  Bafe  de  I'Epi ,   que  vers  fon  Extre- 
mite  fuperieure.      J'ai  meme  vu  bien  des  Epis 
du  nombre  de  ceux  dont  je  parle  ,   ou  les  Ran- 
gcefs  etoient  tres  diftin6tes  vers  TExtremite  fu- 
perieure.   Je  n'ai  cependant  pas  laifle  de  mettre 
ces  Epis  au  rang  des  irreguliers.     Je  n'ai  eftime 
regijliers  que  ceux  dont  Jes  Rangees  etoient  par- 
tout  diflinftes.     Parmi  ces  derniers  j'en  ai  comp- 
te  trois   ou  la  diflribution  des  Grains    etoit   fur 
8   Lignes  ;     i6    ou   cette   diflribution   etoit  fur 
1 8  Lignes  j   32  fur  TO  Lignes  ;  78  fur  16  Lig- 
lies  ;   144.  fur  14  Lignes;  252.  fur  12  Lignes. 
On  voit  par  cet  examen  ,  que  les   Poligones 
de   12  &  de   14  cotes  font  ceux  qui  dominent 
dans  les  Epis  du  Bled  de  Turqiiie. 

J'ai  dit  que  les  Grains  de  cette  Plante  font 
ellyptiques  :  cela  efi:  tres  vrai  de  ceux  qui  font 
places  vers  le  milieu  de  TEpi ;  mais  il  m'a  paru 
que  ces  Grains  s'arrondiflbient  a  mefure  qu'ils 
approchoient  de  la  Bafe  de  FEpi  ou  de  fa  Pointe. 
Quelle  efi  la  raifbn  pbyfique  (*)  de  ce  change- 
ment  de  forme  ?  Quelle  en  eft  la  caufe  finale  ? 
CVI.  J'ai  repete  mes  premieres  Obfervations 
(lxix.)  fur  I'arrangement  des  Racines  du  Hari- 
£0t.     Je  lai  trouve  le  meme  dans  tous  les  Indivi- 

dus 

(*)  Les  Grains  placds  dans  le  milieu  de  I'Epi ,  plus  prefll's  par  les 
Grains  qui  Tone  au  deffus  &  au  deflbus  d'cux ,  que  par  ceux  qui  font 
places  fur  les  c6t6s  ,  trouveroient-ils  plus  de  facility  a  s'^cendre 
dans  ce  deruier  fens  que  dans  le  preraiei? 


DES  FEUILLES.   F.  Mm.      307 

dus  que  j'ai  obferve.  ^  Je  I'ai  encore  retrouve 
tel  ,  a  quelques  varietes  pres  ,  dans  les  Racines 
du  Pois  5  de  la  Five  ,  du  Sarrazin. 

J'ai  aufTi  obfen^e  les  Racines  des  ^mandiers 
naillans ,  elles  ne  m'ont  rien  ofFert  jusques  ici 
de  regulier. 

J'ai  annonce  dans  1' Article  xc.  une  Obferva- 
tion  qui  merite  de  trouver  place  ici.  11  s'agit  de 
quelques  Tiges  de  Haricots ,  qui  aVant  ete  plon-' 
ge'es  pendant  4  jours  dans  une  Infufion  de  Ga- 
ranee,  avoient  commence  h.  poufler  de  petites 
Racines,,  dont  j'ai  renvoye  a  decrire  I'arrange- 
ment. 

Ces  Radicules  "*  femblables  a  de  tres  petites  *  pl. 
Epines ,   etoient  di/lribuees  comme  les  divifions  fig.3.'&4, 
de  la  maitrefle  Racine ,  fur  4  Lignes  exadement 
paralleles  &  a  egales  diflances  les  unes  des  autres. 
Quelquefois  ces  Lignes  montoient  en  Spirales  **F'g-4' 
autour  de   I'Axe  de  la   Tige.      Les   intervalles 
compris  entre  les  Radicules  d'une  memeRangee, 
n'etoient  pas  par-tout  les  memes ,  &  ces  varietes 
ne  m'ont  paru  fbumifes  a  'aucun  ordre  conftant. 
On  obfervoit  9a  &  \k  jflir  les  Rangees,  de  tres 
petites  Femes  oblongues ,  qui  defignoient  la  place 
ou  devoit    bientot  paroitre  des  Radicules.     En 
efFet ,  les  Radicules  "*  obfervees  a  la  Loupe  pa-  *  f's-  5  '•• 
roifloient  fbrtir  d'une  femblable  Fente  *.  */. 

Ce  n'etoit  pas  feulement  par  leur  arrangemenc 
que  ces  Radicules  fe  faifbient  remarquer :  elles 
•.i^jL  Qq  2  at- 


3o8     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

attiroient  encore  I'attention  par  leur  couleur :  el- 
les  etoient  d'un  rouge  tres  vif ,  que  la  blan- 
cheur  naturelle  de  la  "J  ige  ne  cpntribuoit  pas  peu 
a  relever, 

J'ai  vu  des  Feuilles  de  Haricot  plongees  dans 
I'Eau  ,  pouller  le  long  de  leur  Pedicule  de  peti- 
tes  Racines ,  dont  I'arrangement  imitoit  celui  que 
je  viens  de  decrire. 

De  quelqncs  fingidaritis  des  Plantes. 

'    CVIT.   On  a  vu  dans  le  quatri^me  Memoire 

(lxxi.  )  5    que  les  Folioles  des  Feuilles  compofees 

fe  grej^ent  aflez  fbuvent  les  unes  aux  autres,  en- 

fbrte  que  deux  ou  trois  Folioles  n'en  compofent 

plus  qu'une  feule  ,  fur  un  Pedicule  commun. 

"L^-  J'ai  obferve  plus  d^une  fois  deux   Folioles  * 

Fig-  r-     de  Haricot  greffees  I'une  a  I'autre  par  leurs  bords, 

*'i),'p.    ians  que  les  Pedicules  propres  *  participaflent  a 

cette  union :  ils  etoient  demeures  tres  diflinds  & 

fepares  Tun  de  i'autre  par  un   aflez  grand  inter- 

valle. 

]'ai  vu  de  femblables  GreiFes  operees  de  deux 
fa^ons  difFerentes  entre  des  Feuilles  J tmples.  Tarftot 
^xxi  J'^^  ^^  deux  Feuilles  *  reunies  par  leurs  Bords  , 
depuis  Porigine  du  Pedicule  jusques  vers  les  deux 
tiers  de  leur  longueur.  On  appercevoit  fur  le 
Pedicule  une  petite  Rainure  *  ,  qui  fe  prolon- 
geoit  dans  ia  principale  Nervure ,  &  qui  indiquoit 

fen- 


FiS.  2. 
»,  b. 


DES  FEUILLES.   V.'Mim:     309 

J'endroit  de  la  jonftion  des  deux  Feuilles.  Le 
Grenadier  m'a  fourni  un  Exemple  de  cette  forte 
de  Greife. 

Tanxot  j'ai  vu  deux  Feuilles  colees  I'une 
a  I'autre  par  leur  Surface  inferieure.  Les  deux 
Nervures  principales  s'etoient  unies  pres  de  leur 
Bafe.     J'ai  obferve  cette  Greffe  dans  Ja  Laitue. 

TouTES  ces  GrefFes  ne  concourrent - elles 
pas  a  prouver  qu'il  y  a  dans  les  Feuilles  deux  Tub- 
fiances  analogues  a  Ja  fubftance  Corticale  &  a  ia 
fubflance  Ligneufe  qu'on  obferve  dans  les  Bran- 
ches &  dans  la  Tige  ?  On  fait  que  c'efl  de  I'ex- 
panfion  en  tout  fens  de  la  fubflance  Corticale  fur 
la  fubflance  Ligneufe ,  que  depend  I'Union  de  la 
Grejfe  avec  le  Sujef.  Un  leger  dechirement  pro- 
duit  dans  les  VaifTeaux  de  deux  Feuilles  encore  ten- 
dres  &  qui  fe  touchent,  peut  fuflire  k  les  unir. 
Peut-etre  meme  que  la  fimple  application  de  ces 
deux  Feuilles  I'une  fur  Tautre  ,  continuee  pendant 
quelque  terns,  eft  capable  d'operer  le  meme  efFet. 

CVIII.  Le  Cboti-Fletir  abonde  en  produftions 
monftrueufes  du  genre  de  celles  que  j'ai  decrit 
dans  I'Article  LXXii.  Elles  m'ont  offert  I'ar^ 
nee  derniere  de  nouvelles  varietes.  Je  ne  ferai 
qu'indiquer  les  principales. 

C,a  &  la  fur  Ja  principale  Nervure  de  la  Sur- 
face fuperieure ,  on  voit  s'elever  de  petites  Feuil- 
les, les  unes  en  formes  d'Oreilles  de  Chat,  dont 
la  concavite  regarde  Textremite  fuperieure  de  Ja 

Qq  3  Feuil- 


3IO    RECttERCHES  SUR  L'USAGE 

Feuille;  les  autres  en  maniere  de  Langues,  dont 
h  Bafe.fuit  ordinairement  la  direction  de  la  Ner- 
vure.  Dans  quelques-uncs  cette  Bafe  lui  efl  in- 
clinee ;  dans  d'autres  elle  lui  efl:  perpendiculaire. 
Qaelquefois  .on  n'apper^oit  fur  la  Nervure  qu'un^ 
Arrete  vive  dirigee  iuivant  fa  longueur ,  du  mi- 
lieu de  laquelle  fort  un  Bouton  conique ,  gros 
comme  la  Tete  d'une  Epingle.  Ce  Bouton  efl 
une  Feuille  naiflante.  D'autres  fois  ces  Feuilles 
fingulieres  au  lieu  de  s'elever  perpendiculaire- 
ment  fur,  la  Nervure  j,  rarHpent  fur  la  Surface  fu- 
perieure'de  la  Feuille.  '  ^Enfin  j'ai  vu  des  Feuilr 
les  en  Entonnoir  partir  de  la  principale  Nervure 
de'la  Surface  inferieure;  mais  ce  cas  m'a  paru 
tres  rare.  L'Interieur  de  ces  Entonnoirs  etoit 
comme  a  Pordinaire  d'un  Tiflu  femblable  a  celui 
de  la  Surface  fuperieure;  le  Tiflu  de  I'Exterieur 
reflembloit  a  celui  de  la  Surface  oppofee. 

CIX.  L  A  Plante  mi  -  parti  Bled  &  Tvroys  que 
j'ai  fait  connoitre  dans  I'Article  lxxv,  efl  une 
de  ces  Productions  extraordinaires ,  dont  on  ne 
fauroit  trop  conflater  I'exiflence.  Si  le  temoi- 
gnage  d'un  aufli  excellent  Obfervateur  que  I'efl 
Sir.  Calandrini,  ne  fufiifbit  pas  pour  diffiper 
tous  les  doutes  qu'on  pourroit  fe  former  la-desr 
fus  5  j'ajouterois  qu'il  diflequa  cette  Plante  en 
1733.  devant  une  Societe  de  Gens  de  Lettres, 
qui  fe  rendirent  tres  attentifs  a  toutes  les  parti- 
cularites .  qu'elle  xenfermoLt. .   .On   ob/erva  tres 


^  DES  FEUI1.LES.  V.Mem.      311 

diflin6lement,  que  les  dSu^Tuyaiix  Tun  *  AeBIed^  *  ^^■ 
Fautre  *  d'^Vvroye,  partoient  d'un  Tuyau  *  &  d'uriiig-  3' -8. 
Noeud  communs.     On  ouvrit  ce  Tuyau  com-*  f. 
mun  fuivant  fa  longueur  ;   on  I'examina  avec  la 
plus  grande  attention ,  &  on  n'y  deeouvrit  q'u'u- 
ne  feule  cavite,     L'Epi  de  Bled  paroillbit  afl^^ 
chetif;    mais  I'Epi  (TTvroye  Qtok   tres  beau  ^ 
bien  fourni  de  Grains.  - 

On  a  cherche  a  rendre.  raifbn  de  ce  Pheno- 
mene  en  fuppofant  que  deux  Plarttes,  Tune  de 
£/ed ,  I'autre  d'T'uro}'^  ,' aTant  cru' fort  pres  Turre 
de  I'autre  ,  s'etoient  grefFees  en  approche.  Mr. 
du  Ha  MEL  a  qui  j'ai  communique  le  Fait,  a 
regarde  cette  conjedure  comme  faufle ;  il  a  pre- 
fere  de  reeourir  k  la  confii/ion  des  PdufTieres  des 
Etamines.  Je  the  range  volontiers  a  fori'fenti- 
ment^,  comme  a  celui  qui  me  paroit  le  plus  pro- 
bable. Je  voudrois  neanmoins  qu'on  edayat  de- 
produire  des  GrefFes  femblables  a  celle  qu'on  fup- 
pofe  ici  ,  fbit  en  liant  enfemble  des  Plantes  de 
Bled  &  des  Plantes  d''Tvroye  encore  tendres  j 
fbit  en  pratiquant  dans  quelques-unes  de  legeres 
Jncifions  a  I'endroit  du  contaft  ,  &  principale- 
ment  aux  plus  gros  Noeuds. 

ex.  LoRSQ^ij'oN  reflechit  fur  les  cara6le- 
res  qui  diftinguent  \e  Bkd^  de  VTvroye  ;  lors- 
qu'on  fait  fur-tout  attention  a  la  grande  difference 
qu'on  remarque  dans  la  forn  e  de  I'tpi  ,  &  dans 
I'arrangement  des  Grains  3  on  ne  fauroit  fe  per- 

fua- 


313    RECHl^RCHES  SUR  L'USAGE 

fuader  que  le  plus,  ou  le  moins  d'humidite ,  que 
certaines  diverfites  dans  le  Terrain  ,  dans  le  Cli- 
mat  ,  dans  la  Culture  ,  fbient  capables  de  me- 
tamorphofer  le  Bled  en  Tvroye.  S'il  ne  falloit 
pour  operer  cett&metamorpho/e ,  que  changer  fim-. 
plement  les  proportions  d'un  Tout  ,  qu'allonger 
excefTiveijient  des  Parties  qui,  dans  I'etat  naturel 
ieroient  demeurees  raccourcies ;  s'il  ne  s'agiflbit 
que  de  produire  quelques  varietes  dans  les  Tiflus 
&  dans  les  Couleurs ,  afllirement  les  caufes  qu"'on 
vient  d'indicjuer  /croient  tres  fijffifantes  pour  ope- 
rer de  tels  effets.  Le  Regne  Vegetal  &  le  Regne 
Animal  nous  fourniflent  mille  exemples  de  fem- 
blables  changemens  operes  par  ces  differentes 
caufes.  Et  fans  fbrtir  de  notre  fujet  ,  quelle 
difference  la  nouvelle  Culture  ne  met-elle  point 
entre  les  Grains  d'une  meme  Efpece  (xcii.)  ! 
Mais  la  Transformation  dont  il  efl  ici  quefTion  , 
fuppofe  encore  de  beaucoup  plus  grands  change- 
mens J  des  changemens  qui  afre6tent  la  flrufture 
m^me  des  Parties  eflentielles ,  &  leur  arrange- 
ment refpectif.  Or  ce  font  ces  changemens , 
que  les  caufes  qu'on  a  indique  ne  paroiHent  pointy 
du  tout  capables  d'effe6tuer.  En  vain  alleguera- 
ton  en  preuve  de  la  pretendue  metamorphofe ,  la 
Plante  dont  il  a  ete  parle  dans  I'Article  prece- 
dent ;  en  vain  produira-t-on  des  Grains  pris  fur 
le  meme  Epi ,  &  qui  fembloieni  tenir  le  milieu 
entre  des  Grains  de  Bled^  &  des  Grains  d'' Tvroye  -^ 
-  en 


DES  FEUILLES.  V.  Mem.      313 

en  vain  citera-t-on  des  Champs  enfemences  avec 
du  Bled  tres  pur  ,  &  t|ui  ont  paru  cou verts  d'2^- 
vroyc  au  terns  de  la  MoilTbn  :  tous  ces  Faits  , 
&  beaucoup  d'autres  de  meme  genre  ,  ne  font 
que  des  preuves  tres  equivoques  de  la  Degene- 
ration qu'on  voudroit  etablir. 

L  A  Plante  mi  -  parti  Bled  &  Tvroys  eft  un 
Phenomene  extremement  rare ,  qu'on  ne  fauroit 
alleguer  en  preuve  dans  un  cas  fort  coramun. 
On  a  d'ailleurs  une  explication  de  ce  Phenome- 
ne ,  qui  peut  concentei'  les  Phyficiens  (ciX.). 
Les  Grains  qui  ont  femble  tenir  Je  milieu  entre 
les  Grains  du  Bkd  &  ceux  de  VTuroye ,  etoient 
des  Grains  qui  offi-oient  de  legeres  varietes  dans 
leur  exterieur.  Ces  varietes  ont  ete  mal  obfer- 
vees ,  ou  obfervees  par  des  Yeux  qui  cherchoient 
a  y  voir  la  Degeneration.  Les  Champs  que  Ton 
a  cru  avoir  enfemences  avec  du  Bled  tres  pur , 
I'avoient  ete  avec  du  Bkd  mt\6d''Tvroye:  I'An- 
nee  ou  le  Terrain  aVant  ete  plus  favorable  a  VT- 
vroye  qu'au  Bled,  les  Grains  de  VTvroye  ont  pro- 
fpere ,  &  ceux  du  Bled  ont  manque  en  partie  : 
de  la  ,  la  Degeneration  apparente.  On  fait 
aflez  que  le  Bled  qui  au  premier  coup  d'oeil 
paroit  le  plus  pur  ,  fe  trouve  fbuvent  tres  charge 
d'^Tvroye  quand  on  vient  k  I'exarainer  Grain  a 
Grain.     On  fait  aufTi  que  VTvroye  de  la  derniere  /^ 

Recolte  peut  fe  conferver  faine  en  Terre  ,  au 
moins  jusques  aux   femailles   fuivantes.      Enfin  \^ 

Rr  par 


A' 


3 14    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

par  combien  de  moyens  auxquels  on  ne  prete 
aucune  attention  ,  VTvroye  peut-elle  fe  glider 
dans  les  Champs  ?  Les  Engrais  feuls  peuvent  y 
en  introduire  beaucoup  plus  qu'on  ne  I'imagine. 

Je  ne  fais  qu'effleurer  ce  fujet.  11  a  ete  trai- 
te  avec  autant  de  fagacite  que  d'agremens ,  dans 
un  Discours  Latin ,  prononce  a  une  de  nos  der- 
nieres  fblemnites  academiques  ,  par  feu  Mr. 
Cramer,  mon  illuflre  Compatriote ,  dont  la 
Republique  des  Lettres  ,  &  notre  Etat  en  par- 
ticulier,  pleurcront  longtems  la  mort  prematuree. 
Ce  Discours  ,  qui  par  I'^legance  &  la  purete 
du  flile,  feroit  honneur  aux  meilleures  Plumes 
de  I'Antiquite ,  eft  une  efpece  de  Dialogue  entre 
deux  Amis ,  dont  Tun  defend  par  les  Argumens 
les  plus  fpecieux ,  la  pretendue  Degeneration  du 
Bled  en  Tvroye ,  &  dont  I'autre  la  combat  par 
toutes  les  raifons  que  fourniflent  la  faine  Phyfi- 
que  &  les  Experiences  de  divers  Savans.  L'Au- 
teur  fe  declare  en  faveur  des  Phyficiens  qui  nient 
cette  Degeneration ;  &  fbn  Jugement  paroitroit 
encore  d'un  plus  grand  poids,  fi  Ton  favoit  com- 
me  moi  ,  combien  il  etoit  habile  dans  Part  de 
pefer  les  Raifbns ,  &  d'apprecier  les  Probabilites. 
Le  Discours  de  ce  favant  Profefleur  a  ete  imprime 
il  y  a  environ  un  an ,  dans  le  Mufemn  Heheticum. 

J'ai  commence  des  Experiences  qui  me  pa- 
roiHent  tres  propres  a  demontrer  la  verite  ou  la 
fauflete  de  la  Converfion  du  Bled  en  Tvroye. 

Le 


DES  FEUILLES.  V.Mem.      315 

Le  3.  d'06lobre  175 1.  j'ai  fait  fouiller  dans  une 
Terre  qui ,  de  memoire  d'homme ,  n'avoic  point 
porte  de  Grains,      j'ai  rempli  de  cette  Terre  , 
pour  ainfi  dire ,   Vierge ,   une  grande  Caifle  di- 
vifee  en  fix  Compartimens  egaux  ,   de    i  Pied 
en  quarre  ,   dont  les  cotes  exaftement  joints  les 
uns  aux  autres  ,    avoient  plus  de   i  pouce  d'e- 
paiileur.     J'ai  feme  dans  les  deux  Compartimens 
des  Extremitds ,  48  Grains  de  Bkd^  je  veux  dire , 
12    Grains   dans   chaque    Compartiment.      Ces 
Grains  avoient  ete  choi/is  &  examines  avec  un 
(bin  &  une  attention  vraiment  fcrupuleux.     J'ai 
feme  dans  les  deux  Compartimens  du  milieu,  24 
Grains  ^Tvroye  ,    examines  avec  la  meme  at- 
tention.    Pour  ecarter  tout  fbupcon  &  prevenir 
les  equivoques  &  les  accidens  qui   auroient  pu 
repandre  quelque  nuage  fur  cette  Experience ,  je 
pouvois  me  contenter  de  femer  les  Grains  dans 
un  ordre  qui  fut   propre  a  faire  reconnoitre  les 
Plantes  qui  en  naitroient.     Je  ne  me  fiiis  pourtant 
pas  borne  a  cette  precaution.     J'ait  fait  faire  72 
Tuyaux  de  Bois  de  2  a  3  pouces  de  longueur, 
&  de   5  a  6  lignes  de  diametre.     J'ai  enfonce 
ces    Tuyaux  en   Terre  jusques  a  3   a  4  lignes 
de  leur  Ouverture   fuperieure.      Au  Centre  de 
chacun  d'eux  a  ete  depofe  le  Grain,  fbit  de  Bled 
fbit  ^Tvro'je^  que  j'avois  choifi.     J'ai  recouvert 
ce  Grain  de  la  meme  Terre  dans  laquelle  I'Ou- 
verture  inferieure  du  Tuyau  etoit  enfoncee.    A 

Rr  2  ces 


3  i6    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

ces  difFerentes  precautions,  j'al  joint  encore  celfe 
de  tenir  la  Caifle  dans  un  Jardin  renferrae  de 
Murs.  Et  comme  les  Partifans  de  la  Degenera- 
tion du  Bled  en  Tvroye  veulent  qu'elle  s'opere 
par  un  exces  d'humidite,  j'ai  fait  arrofer  plufieurs 
fois  la  femaine  &  jusqu'au  terns  de  la  Moiilbn , 
la  Terre  de  deux  des  Compartimens  ou  j'avois  fe- 
me du  Bled.  L'Eau  a  furnage  chaque  fois ,  &  a 
couvert  entierement  les  Tuyaux.  La  Terre  de 
ces  Compartimens  a  ete  confervee  ainfi  dans  un 
degre  d'humidite  /ijperieur  ^  celui  des  Champs 
qui  abondent  le  plus  en  Tvroye.  Je  ferai  cepen- 
dant  obferver  que  j'ai  interrompu  les  arrofemens 
dans  les  grands  froids. 

Le  Refultat  de  cette  premiere  Experience 
faite  avec  tant  de  (bins  &  de  precautions ,  a  ete 
tel  que  je  Tavois  prevu  :  j'ai  recueilli  du  Bled 
ou  j'avois  feme  du  Bled  ;  de  VTvroye  ou  j'avois 
feme  de  V Tvroye.  Mais  ce  qui  m'a  paru  tres 
digne  d'attention  ,  j'ai  eu  de  la  Nielle  ou  du 
Cbarbon  dans  le  Bled  qui  n'avoit  ete  humecle 
que  par  I'Eau  du  Ciel  ,  comme  dans  celui  qui 
I'avoit  ete  &  par  cette  Eau  &  par  celle  des  ar- 
rofemens.  Cette  maladie  du  Bled  ne  paroit 
done  pas  provenir  d'un  exces  d'humidite ,  com- 
me le  penfent  quelques  Auteurs  ,  &  en  particu- 
lier  Mr.  TuLL  (*).  Le 

(*)  Trait6  de  la  Culture  des  Terrc's  fuivant  les  Principes  defefc. 
TuLL,  par  Mr.  UuHameu 


DES  FEUILLES-^/^".  Mim.      317 

Le  25'.  d'Aout  i75'2.  j'ai  repete  cette  Expe- 
rience dans  la  nneme  Terre ,  &  avec  Jes  memes 
precautions.  Je  me  fuis  fervi  ,  pour  cet  efFet , 
des  femences  que  j'y  avois  recueillies  Je  mois 
precedent.  Mais  cette  gnnee  Jes  arrofemens 
ont  ete  beaucoup  plus  multipJies.  Tous  Jes  jours, 
&  fort  fbuvent  plufieurs  fois  par  jour ,  on  a  ar- 
rofe  excefTivement  Ja  Terre  de  deux  des  Compar- 
timens  011  j'ai  feme  du  Bled.  Par  la ,  on  a  en- 
tretenu  cette  Terre  dans  un  etat  qui  a  difFere 
peu  de  ceJui  des  Terres  marecageufes.  Cepen- 
dant  le  Bled  qui  a  cru  dans  un  Terrain  fi  abreu- 
ve  5  ne  m'a  pas  offert  un  feul  Epi  attaque  de  la 
Nlelk^  ou  du  Charbon.  Je  n'en  ai  point  vu  non 
plus  dans  le  Bled  qui  n'a  pas  ete  arrofe,  Le 
Bled  arrofe  a  ete  conflamment  d'un  Verd  beau- 
coup  plus  fonce  que  le  Bled  non  arrofe.  Jl  efl 
aulTi  devenu  plus  grand  ,  il  a  plus  tale  ,  &  fes 
Epis  ont  ere  plus  fournis  de  Grains.  Confide- 
rant  ce  Bled  vers  la  mi-Juin  ,  je  n'ai  pas  ete  me- 
diocrement  furpris  d'y  decouvrir  une  belle  Plante 
^Tvroye.  Elle  paroifloit  partir  du  Pied  d'une 
Plante  de  Bled.  J'ai  examine  aufTitot  le  Tuyau 
dans  lequeJ  cette  derniere  avoit  pris  fbn  accrois- 
fement.  J'ai  reconnu  a  ne  pouvoir  s'y  mepren- 
dre  ,  que  Ja  Plante  6^Tvroye  avoit  cru  hors  de 
ce  Tuyau.  Mais  pour  qu'il  ne  reflat  aucun  doute 
la-defllis,  j'ai  arrache  avec  precaution  les  deux 
Flames,   &  j'ai  obferve  tres  attentivement  leurs 

Rr  3  Ra- 


3i8     RECHER-CHES  SUR  L'USAGE 

Racines.  Celles  de  VVvroye  etoient  appliquees 
immediatement  a  I'exterieur  du  Tuyau ,  dans  I'in- 
terieur  duquel  celles  du  Bled  etoient  renfermees. 
J'ignore  par  quel  accident  un  Grain  d^Tvroye  s'e- 
toit  glifTe  dans  cet  endroit ;  mais  ce  Fait  nous 
apprend  combien  on  doit  fe  defier  des  Experien- 
ces qu'on  a  tentees  fur  ce  fujet,  &  a  quel  point 
la  precaution  de  femer  cfans  des  Tuyaux  etoit  ne- 
ceflaire.  Je  me  propofe  de  continuer  cette  Ex- 
perience pendant  quelques  annees :  je  la  repeterai 
meme  plus  en  grand  ,  Sc  dans  un  Terrain  plus  a- 
breuve  encore.  Les  Refultats  en  deviendront  ainfi 
plus  decififs ,  (bit  a  I'egard  de  la  Degeneration 
pretendue  du  Bkd  en  Tvroye  ,  fbit  a  I'egard  de 
la  Nielk  &  des  diiFerentes  efpeces  d'alterations 
qu'une  trop  grande  humidite  peut  occafionner  dans 
ce  Grain. 

CXI.  La  petite  particularite  que  les  Racines 
de  rTvroye  m'ont  ofFert ,  &  dont  j'ai  parle  dans 
I'Article  lxxv.  m'a  paru  demander  un  nouvel 
examen.  J'ai  voulu  fliivre  des  fa  naiflance ,  la 
Vegetation  de  ces  Racines  que  j'ai  nomme  Su- 
periciires  ^  &  m'aflurer  s'il  n'en  paroit  jamais  de 
femblables  dans  le  Bled.  La  maniere  d'y  parvenir 
etoit  tres  fimple  :  tout  confiftoit  k  femer  a  part 
de  V  Tvroye  &  du  Bled  dans  une  Terre  qui  n'eut 
jamais  porte  de  Grains ,  &  a  arracher  avec  pre- 
caution un  certain  nombre  de  Pieds  de  I'une  & 
de  I'autre  Efpece  ,   pour  en  obferyer  attentive- 

ment 


DES  FEUILLES.  V.Mem.       319 

ment  I'Extremite  inferieure.  Je  I'ai  fait  I'annee 
derniere  ;  &  je  vais  rapporter  ce  que  mes  Ob- 
fervations  m'ont  fourni  de  plus  remarquable. 

Le  4.  d'06tobre  j'ai  feme  ,  comme  je  viens 
de  le  dire  ,  du  BIed&  de  VTvroye^  dont  j'ai  exa- 
mine chaque  Grain  avant  que  de  le  mettre  en 
Terre.  Le  19  les  Plantes  aVant  commence  a  le- 
ver ,  j'en  ai  arrache  quelques-unes  avec  beau- 
coup  de  precaution  ,  &  apres  les  avoir  lave  je 
les  ai  mifes  dans  un  Verre  plein  d'une  Eau  tres 
claire. 

La'  j'ai   apper^u    dans  les  Plantes  d^Tvroye ^ 
14  ou  1 5  lignes  au  deflus  des  Racines ,   un  pe- 
tit Noeud  *  ,  un  peu  faillant ,  de  m6me  couleur  *  pl. 
que  la  Tige ,  c'eft-a-dire  ,  d'un  Blanc  tres  vif.  lig.  4*«, 
La  Partie  *  de  la  Tige  comprife  entre  ce  Noeud  *  J. 
&  les  Racines ,  etoit  plus  effilee  que  la  Partie  *  *  ■5- 
comprife  entre  ce  meme  Noeud  &  I'Origine  des 
Feuilles  *  *  o- 

J  E  n'ai  rien  obferve  de  femblable  dans  les  Plan- 
tes de  Bled :  je  n'ai  pu  y  decouvrir  de  Noeud  ', 
&  la  Tige  loin  de  diminuer  de  grofleur  dans  fbn 
Extremite  inferieure,  paroiflbit,  au  contraire,  en 
augmenter  ,  comme  je  I'ai  deja  remarque  dans 
I'Article  lxxv. 

Il  etoit  facile  de  conjedurer  que  le  Noeud  que 
j'avois  apper^u  dans  VTvroye,  feroit  I'endroit  d'ou 
fbrtiroient les y^^o/;//^5  Racines,  ou  les Racinesyf//)^'- 
rieures.  Pour  en  hkterle  developement,  j'ai  porte  3 

a4 


320     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

a  4  Plantes  cCTvroye  dans  une  Chambre  echaufFee 
par  Lin  Fourneau  ,  &  ou  le  Thermometre  de  Mr. 
de  Reaumur  fe  tenoit  ,  a  Tordinaire ,  aux 
environs  de  12  degres.  J'ai  mis  dans  la  meme 
Chambre  3  a  4  Plantes  de  Bled,  J'ai  expofe  en 
meme  tems  a  I'Air  ,  fur  la  Fen^tre  de  mon  Ca- 
binet ,  le  meme  nombre  de  Plantes  de  Bled  & 
^''Tvroye  pour  juger  de  la  difference  des  progres. 
Le  Thermometre  fiifpendu  a  cette  Fenetre  fe  te- 
noit alors  aux  environs  du  6'  degre. 

Deux  jours  apres  ,  /avoir  J e  2  1.  Jes  PJantes 
!^Tvroye  ,  qui  etoient  dans  la  Chambre  ,  com- 
men^oient  a  poufler  les  Racines  fuperieiires.  Fi- 
les ne  paroillbient  encore  que  comme  deux  petites 
Excroiflances  placees  aux  deux  cotes  du  Noeud 
dont  j'ai  parle  :  ces  Excroiflances  fe  font  allon- 
gees,  &  le  lendemain  j'ai  vu  deux  petites  Ra- 
*  F's-  5-  cines  *  s'offrir  k  mes  yeux.  J'ai  confidere  alors 
les  Plantes  de  Bled ,  mais  je  n'y  ai  rien  decou- 
vert  qui  ait  fixe  mon  attention. 

Le  24.  j'ai  commence  a  voir  les  Racines /Fif- 
pe'rieures  dans  VVvroye  expofee  fur  la  Fenetre  de 
mon  Cabinet,  &  dans  celle  que  j'ai  tire  de  Terrele 
meme  jour.  J'ai  apper^u  fur  rVvroye  de  la  Cham- 
bre, une  troifieme  Radicule  qui  fbrtoit  d'entre  les 
deux  premieres  fnperieures  ,  a  la  maniere  des 
Feuilles  l^erticilUes  (lvi.).  Ces  Racines  fupe- 
rieures  qui  avoient  commence  a  paroitre  le  2r. 
avoient  deja  7  a   8  lignes  de  longueur.     Eiles 

e- 


6.  c. 


DES  FEUILLES.  r.  Mem.       321 

^toient  tres-  efEJees  ,   &  cpuvertes  de  Filamens 
fort  courts. 

Le  10.  deNovembre,  j'ai  arrache  de  nouveau 
quelques  Plaiites  de  Bled :  je  Jes  ai  mifes  dans 
un  V'erre  plein  d'Eau  ,  &  je  les  y  ai  obferve 
tres  attentivement.  j'ai  remarque  que  la  Tige 
etoit  devenue  tranfparente.  On  obfervoit  inte- 
rieurement  un  Corps  *  cylindrique ,  un  peu  moins  xlxr, 
tranfparent  que  I'Enveloppe  *  exterieure ,  &  qui  ^'^• 
n'occupoit  qu'une  partie  de  la  capacite  de  cette 
Enveloppe.  Entre  cdle-ci  &  le  bord  de  ce  Corps, 
il  y  avoit  un  vuide  qu'on  diflinguoit  nettement. 

Dix  a  douze  jours  apres  ,   le  Corps  cylindri- 
que  a  paru  diminuer  de  grolleur  ,    &  perdre  de 
fa  tranfparence.     On  voyoit  aflez  manifeftement 
qu'il  n'etoit  autre  chofe  que  le  Corps  menie  de 
la  Tige  renferme  dans  une  Enveloppe    fort  dia- 
phane.     Sous  cette  Enveloppe  ,  a  2  pouces  des 
Racines ,  j'ai  apper^^u  un  Noeud  *  fort  opaque  ,  *  pr. 
beaucoup  plus  gros  que   dans  rTv7'oye  ,    &  qui  fig.  7."  r*. 
rempliflbit  presque  toute  la  capacite  de  I'Enve- 
loppe.     C'etoit  immediatement  au  deflbus  de  ce 
Noeud  que  le  Corps  interieur  de  la  Tige  dimi- 
nuoit  de  grofleur  *,    &  cette  diminution  fe  fai- *  *• 
ibit  d'une  maniere  fort  brusque.     Depuis  cet  en- 
droit  jusqu'aux  Racines  ,  ce  Corps  confervoit  le 
meme  diametre ,  ou  a  peu  pres :  j'ai  vu  une  Plan- 
te  dans  laquelle  il  etoit  contourne  en  vis  un  peu 
au  defFus  du  Collet. 

Ss  La 


322     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

/'  La  decduverte  du 'Noeud  dont  je  viens  de 
parler ,  annon^oit  qu'il  en  feroit  du  Bled  comme 
de  VTvroye^  qu'il  poulleroit  comme  ceiui-ci  des 
Vi^c'mes  fnperitures.  ■  Ne  les  voyant  point  paroi- 
tre,  rii  Hir  les  Plantes  que'je  tenois  dans  des  Ver- 
r6s ,-  rii' fur  celles  que 'j'ele-vois  dans  line  Cai(Ie, 
je   me  fuis   lafle '  d'atteridre.       j'ai   ete  arracher 
dans  uri  Champ  plufieurs  Pjahtes  de  Bled  femees 
■'    depuis  quelques  mois  :   j'ai  Vu  au{rit6t  un  grand 
'^^'^•^•■'•hombre   de   Racines  /* .  qui  partoient  du  Noeud 
que  j'ai  decrit.      EJies  etoient  affez"  Jongues  ,   & 
beaucoup  plus  fortes  que  dans  VVvroye.     Au  des- 
**•        flis  de  ces  Racines  la  Tige  *  etoit  extremement 
effilee.'    Elle  avoit  perdu  fbn  Enveloppe.    'Quel- 
ques iFeuilles  feches  qu'on  remar'quoit  autourdu 
IXoeud ,  indiquoient  qu'elles  tenoient  aiiparavant  a 
cette  Enveloppe  ,    qu'elles  n'en  etoient  qu'une 
prolongation  5  comme  celle- ci  n'etoit  elle-meme 
qu'une  prolongation  des  premieres  Racines. 

A  la  fbrtie  de  I'Hiver  ,   les  fecondes  Racines 

o'nt  deja  -fait  de  grands  progres!      Leur  nombrc 

determine  celui  des  Tuyaux  que  la  Plante  pous- 

■  iera.^    Ce  font  les  extremites  de  ces  Racines  que 

I'oh  coupe  par  la  nouvelle  Cultufe  (xcn.).  Lors- 

que  les  Tuyaux  s'elevent ,  il  fort  du  Noeud  place 

irnmedi'atement  au  deflus  de  celui  dont  j'ai  parle, 

-*Fig■9.^(3e  troifiemes  Racines  *  deflinees  apparenimenr  k 

fburnir  a  la  Plante  une  abondance  de  Sues  neces- 

iaife  a  la  nourriture  ^es  nouvdlles  Prddudions  qui 

^'-  ■  doi- 


^T'DES  FEUILLES.  V.Mim.      ^n 

daivent  s'y^-devJeIopper.  ,pn  pourroit  .nommer 
ces  troifiemes- Racines  Jes  .Racines //^  ^'-^^  ^i- 
r,iL  Les  fecondes  *  Racines  feront  cellesde  VA- " 
dolefcence  ;  les  prerai,eres  *  ^  celles  de  V  En  fame. ' 
T- C;&jS^;trois  Ordres  ^fi' Racines  font  repre/entes 
(de  la  maniere  la  plus  parfaite  dans  fa  Figure  9.  de 
Ja  Planche  xxxi.  Cetce  Figure  efl:  celle  de  PExt 
tremice  inferieure  d'^ne  Plante  de  Bled  arracliee 
apres  la  Moiflbn.  On  voit  encore  en  g  I'Enve- 
Joppe  du  Gr^in  dont  cet^e  Plante  etoit  fortie  un 
an  auparavapt.  Cette  ^iqveloppe  n'a  pu  etre  con^ 
lumee  pendant  un  terns  fi  long;  &  je  I'a'i  retrou- 
ve  dans  presque  tous  les  Pieds  que  j'ai  exaniines, 
Au  deflbus  de  cette  Enveloppe  paroiflent  les  pre- 
inieres  Racines,  les  Racines  de  VEnfance  p.  Fi- 
les font  fort  menues  &.peu  nomSreufes.  Du 
milieu  de  ces  Racines  s'eleve  Fancienpe-  Xige 
7^5  longue  d'environ  i  pouce  ,  &  qui  n'a  gue- 
res  que  I'epaifleur  d'un  Fil.  Souvent  cette  Tige 
efl  2  a  3  fois  plus  longue  :  d'autres  fois  elle  eft  fi 
cpurte  que  I'Enveloppe  du  Grain  paroit  attachee 
jmmediatement  au  premier,  Noeud.  Ces  varietes 
•dependent  fans  doute ,  du  plus  ou  du  moins  de 
profondeur  auquel  le  Grain  a  ete  enfbnce.  A 
I'Extremite  fuperieure  de  cette  Tige  efl,  le  pre- 
mier Noeud  n ,  d'ou  partent  les  fecondes  Raci- 
.nes  de  V  Adokjcence  s ,  aflez  grofles  proportion- 
nellement  a  la  Plante  ,  &  qui  n'ont  ici  qu'une 
tres  petite  partie  de  leur  longueur.     A   i  pouce 

Ss  2  du;.. 


324    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

du  premier  Noeud  on  en  voit  un  fecond  iV,  qui 
donne  naiflance  aux  troifiemes  Racines,  ou  k  cel- 
ks  de  l^^ge  J^iril  t :  ces  Racines  ne  different 
pas  fenfiblement  de  eelles  de  VAdokJcence. 

TouxES  ies  particularites  que  les  Figures  7, 
8  &  9.  de  la  Pfanche  xxxi.  font  deflinees  a  met- 
tre  fous  Ies  yeux,  je  les  ai  obferve  dans  VTvroye. 
Ainfi  le  Caradere  que  j'ai  indique  dans  PArticle 
Lxxv.  pour  diflinguer  cette  Plante  ,  du  Bkd^  fe 
reduit  principalement  a  ceci ;  que  VTvroye  poufle 
les  fecondes  Racines  beaucoup  plutot  que  le  Bled ; 
&  que  le  Noeud  d'ou  ces  Racines  fbrtent  (e  di- 
ftingue  auITi  plutot  dans  celie-la  que  dans  celui-ci. 
Ce  ne  font  pas  la  de  grandes  differences;  mais  peut- 
etre  que  les  Phyficiens  qui  s'appliquent  a  caraderi" 
fer  lesEfpeces,  ne  lesjugeront  pas  indignes  de  leur 
attention.  Plus  les  Efpeces  d'une  meme  Clafle 
fe  rapprochent ,  &  plus  on  doit  fe  rendre  attentif 
^  tons  les  Traits  qui  peuvent  les  differencier. 

Quo  I  QUE  j'aie  vu  dans  les  Pieds  de  Bled  & 
^Tvroye  que  j'ai   arrache  apres  la  Moiflbn ,  les 
•  trois  Ordres  de  Racines  exprimees  dans  la  Figure 
9.  Planche  xxxr.  on  n'en  doit  pas  conclurre  qu'ils 
fe  trouvent  conflamment  dans  tous  les  Individus. 
II  pent  Y  avoir  a  cet  egard  des  varietes  analogues 
a  eelles  qu'on  remarque  par  rapport  a  la  longueur 
de  I'ancienne  Tige  ,  &  qui  procedent  de  la  me- 
me Caufe.     Par  exemple  ,  j'ai  vu  des  Plantes  de 
xxxi.    Bkd  cu  le  fecond  Noeud  ^  etoit  fi  rapproche  du 
lig.  9.  K  pre- 


DES  FEUILLES.   V.  Mim.      32jr 

premier  *  ,    que  les  Racines  qui  en  partoient  fe* 
Gonfondoient  les  unes  dans  les  autres.     D'un  au- 
tre Gote   on  trouvera  des  Plantes  on    les  deux 
Noeuds  feront  beaucoup  plus  diflans  Tun  de  I'au- 
tre  qu'ils  ne  le  font  ici. 

Ces  Obfervations  pourront  conduire  a  quel- 
que  Regie  de  Pratique  fur  la  profondeur  a  la- 
quelle  on  doit  enterrer  le  Grain  pour  procurer  le 
diEveloppement  d'un  plus  grand  nombre  de  Raci- 
nes. On  remarque  en  general,  que  les  Noeuds 
font  les  parties  de  la  Plante  ou  la  vegetation  des 
Racines  &  des  Boutons  s'opere  avec  le  plus  d'e- 
nergie  ;  foit  que  les  frequens  repliemens  que  les 
Vaifleaux  y  foufFrent ,  rallentiflants  le  cours  du  Sue 
nourricier,  facilitent  fbn  entree  dans  les  Germes 
que  renferment  ces  Noeuds ;  fbit  que  ce  Sue  y 
resolve  une  preparation  qui  le  rend  plus  propre 
au  developpement  de  ces  Germes. 

C'est  done  des  Noeuds  places  a  ieurs  Pieds, 
que  le  Bled^  rTvroye,  ?Orge  &  les  autres  Plan- 
tes de  ce  genre  pouflent  ces  nombreux  Tuyaux 
qui  font  leur  fecondite,  De  jour  en  jour  il  fort 
d'entre  ces  Tuyaux  de  nouvelles  Racines  *.  11* 
en  fort  pareillement  de  Ieurs  Noeuds  inferieurs.. 
La  Plante  de  Wed  reprefentee  dans  la  Figure  9, 
Planche  xxxi.  n'avoit  poufTe  qu'un  feul  Tuyau. 
Mais  celle  qui  efl  reprefentee  dans  la  Figure  8.  en 
avoit  deja  poufTe  4  a  5.  F,  F,  F,  F. 

J'ai  fait  part  a  Mr.  du  Hamejl  de  ces  par- 
Ss  3  to- 


^■26   RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

licularites.  II  m'a  appris  que  les  R Seines  qui 
-pouflent  aux  Noeuds  desPlantes  Graminacees,  lui 
jetoient  connues  depuis  longcems..  11  m'a  ofFert 
-obligearament  de  m'enenvoyer  un  Dellein;  mais 
j'ai  cm  que  ceux  que  je  donne  ici  ,  de  la  main 
•ieMr.  SouBEYRAN,ne  laiflbient  rien  a  defirer. 
-  LoRSQ^u'oN  examine  au  Printems  les  Raci- 
ng, rjjgs  du  Bled,  on  .remarque  que  celles  *  qui  fe 
Fig.  8.  p.  font  developpees  les  premieres,  paroiflent  comme 

*  ^'       -dellechees  ;  il  en  eft  de  meme  de  la  Tige  *  tres 

efElee  qui  s'eleve  du  milieu  de  ces  Hacines.  Ce 
-dellecheraent  eft-il  aulli  reel  qu'il  le  paroit  ? 
Ces  Racines  &  cette  Tige  fbnt-eiles  devenues 
incapables  des  fonclions  qui  leur  font  propres?Je 
fuis  en  etat  de  iatisfaii^  a  cette  Queftion.  Des 
vPlantes  de  jS/jijfjagees  .de  day  mois,  que  j'ai  te- 

*  ^^{    :;tiues  plongees  par  ieurs  jpremieres. Racines  *  &  une 
Fig-  8.  p.  partie  de  I'ancienne  Tige  /*  ,    dans  des   Verres 

pleins  d'Eau,  fe  font  fechees  en  aufTi  peu  de  terns 
-que  de  femblables  Plantes  qui  ont  ete  laiflees  ab- 

folument  fans  nourritune.      D'autres   Plantes  de 

:  Bled  qui  ont  ete  plongees  dans  I'Eau  ,    les  unes 

•  *  ^•'■^     avec  toutes  Ieurs  Racines  fuperieures  *  ,   les  au- 

tres  avec  une  partie  de  ces  memes  Racines,  ont 
.continue  a  vegeter.  II. en  eft  done  des  Racines 
.:&  de  la  Tige  que  le  Bhd  poufle  a  fa  naifTance, 
iieomrae  des  Lobes  &.des  Feuilles  feminales ,  qui 

fe  deflechent  apres  avoir  rendu  a  la  jeune  Plante 

des  fervices  neceilaires. 

L  CXII. 


CDES  FEUILLES.  V.  Mm.      ii-j 

'--^CXIIv  Com  ME  le  5/^^  ordinaire  &  plufieurs 
autres  efpeces  de  Grains  ,  le  Bled  de  Turquie 
eft  fujet  a  la  Nielle  ou  au  Charbon.  Cette  ma- 
ladie  y  produit  des  alterations  extremement  fin- 
gulieres  ,  &  que  je  ne  fache  pas  qui  aient  enco- 
re ete  decrkes.  Je  dois  dire  cependant,  que  Mr. 
du  Ha  MEL  m''a  ^crit  le  mois  de  Decembre  der- 
nier, qu'il  les  avoit  obierve;  mais  fans  doute  que 
^'a  ete  depuis  la  publication  de.fon  dernier  (*) 
Ouvrage  /f/r  la  Cidture  Acs  Terres  ,  puisque  dans 
ie  Chapitre  ou  cet  hatile  Academicien  traite  de 
ia  Nielle  ,  &  oil  il  fait  I'enumeration  des  diffe- 
rent es  efpeces  de  Grains  qui  en  font  attaques  5 
"il  n'y  comprend  point  le  Bled  de  Turqnie.  JLes 
Phyficiens  qui  cherchent  a  penetrer  la  caufe  de 
h Nielle.,  ne  devront  pas  negliger  de  I'etudier  dans 
cette  Plante.  Tout  y  eft  incomparablement  .pjus 
fenfible  que  dans  le  Bled  ordinaire. 

Au  commencement  de  TAutomne  ,  on  m'a 
apporte  un  Epi  de  Bled  de  Tiirquie  d'une  gros- 
feur  furprenante.  II  avoit  9  pouces  de  longueur 
&  15  pouces  de  circonference.  II  pefbit  36  on- 
ces.  Jl  etoit  garni  de  Grains  d'une  groileur  & 
d'une  figure  monflrueufes.  Les  plus  petits  etoienc 
de  la  groffeur  d'une  Noifette;  les  plus  gros  ega- 
loient  le  plus  gros  'Oeuf  de  Poule.  \\  y  en  a- 
voit  de  toute  grandeur  entre  ces  deux  termes. 

(*)  Suite  des  Experiences,  &c.  1752. 


•     328     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

C^lui  qui  eft  reprefente  dans  la  Figure  lo.  de 
la  Planche  xxxi.  etoit  au  deflbus  de  la  grandeur 
mediocre.  Le  Grain  de  la  Figure  12.  avoit  con- 
{erve  &  fa  forme  &  fa  grandeur  naturelle.  On 
en  voyoit  de  femblables  fiir  cet  Epi  en  deux  en- 
droits  diiferens ,  pres  de  la  Bafe  &  vers  le  fbm- 
met ;  mais  ces  endroits  n'occupoient  qu'une  fort 
petite  etendue.  La  plupart  des  Grains  mon- 
ftrueux  etoient  de  figure  oblongue  ,  un  peu  ap- 
platis  fur  les  cotes,  &  termines  par  le  haut  aflez 
irregulieremerit.  lis  etoient  formes  d'une  Mem- 
brane d'un  blanc  argente ,  mince  &  facile  a  s'ou- 
vrir.  lis  etoient  compofes  interieurement  de  plu- 
JJJ}  fieurs  Feuillets  *  pofes  les  uns  fur  les  autres,  & 
F's-ii-  qui  laiflbient  entre  eux  des  vuides.  Ces  vuides 
etoient  remplis  par  une  PoufTiere  d'un  brun  noirk- 
tre ,  d'une  odeur  tres  fetide  ,  &  femblable  a  la 
Poufiiere  du  Froment  charbonne.  Une  Eau 
noiratre  &  puante  decouloit  de  cet  Epi. 

On  voit  par  ce  que  je  viens  d'expofer  ,  que 
cette  Akeration  du  Bled  ae  Turquie  eft  de  I'Es- 
pece  de  celle  que  Mr,  du  Hamel  a  nomme  la 
Bojje  ,  par  oppofition  a  la  Nielle  proprement  dite, 
qui  detruit  entierement  le  Grain. 

Je  n'ai  pas  obferve  au  Microfcope  la  Pouftiere 
de  ces  Grains  monftrueuxj  mais  je  ne  doute  pas 
qu'elle  ne  renferme  de  ces  tres  petites  Anguilks 
que  Mr.  Needham(*)  a  obferve  dans  laPous- 

fiere 

^*)  Nouvelles  Dicouvertes  failes  au  Microfcope,  &c. 


DES  FEUILLES.  V.Mem.      329 

fiere  du  Froment  charbonne.  Ces  Anguilles  fbnt- 
elles  la  caufe  de  la  pourriture  du  Grain;  ou  n'en 
font-elles  qu'une  fuite  ?  C'eft  ce  qu'il  s'agiroit 
de  decider-  Dans  un  de  mes  Memoiresy^^r  la 
Vegetation  des  Plantes  dans  d'^autres  Matieres  que 
la  1  erre^  ^  principalement  dans  la  Moufje  ^  publics 
en    1750.    parmi   ceux    des    Correfpondans    de 

I'ACADEMIE    ROYALE    DES     SCIENCES, 

j'ai  dit  quelque  chofe  fur  la  Nielle  ou  la  pour' 
ritiire  du  Bied  J 'en  ai  attribue  la  principale 
caufe  a  des  Rofees  froides.  Mais  des  Epis 
^Orge  que  j'ai  trouve  depuis  entierement  con- 
liimes  par  la  Nielle  proprement  dite ,  lors  me- 
me  qu'ils  etoient  encore  renfermcs  dans  leurs 
Enveloppes,  m'ont  demontre  la  fauilete  de  cet- 
te  conjefture.  Mr.  du  Ham  el.  panche  a  at- 
tribuer  a  des  Tn(e6les,  la  caufe  de  cette  altera- 
tion. Un  Fait  paroit  favorifer  cette  idee;  c'ed 
la  prodigieufe  augmentation  de  volume  que  la 
Nielle  occafionne  dans  les  Grains  du  Bled  de 
Turq'die:  Augmentation  qui  a  beaucoup  d'ana- 
logie  avec  celle  que  les  piquures  reiterees  de  di- 
vers Infeftes  produifent  dans  les  Feuilles,  dans 
les  Fleurs  &  dans  les  Fruits  d'un  grand  nombre 
de  Plantes.  Remarquez  encore  que  i'effet  de 
ces  piquures  ne  fe  borne  point  a  augmenter 
confiderablement  le  volume  de  la  Partie  fur  la- 
quelle  elles  agiilent;  elles  en  changent  jufqu'a 
un  certain  point  le  TifTu;  &  c'efl  auffi  ce  que 

Tt  la 


330    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

la  Bo(jc  produit  dans  les  Grains  du  Bled  de  Tur^ 
quie.  Ces  deux  efpeces  d'alrerations ,  je  veux 
dire  ,  I'augmentation  de  volume,  &  Je  change- 
ment  de  Tillli,  s'oblervent  dans  les  Grains  du 
Froment  ,  mais  d'une  maniere  incomparable- 
ment  moins  fenfible  que  dans  ceux  du  Bled  de 
Tiirqiiie. 

A  u  refle ,  la  Nielle  n'efl  pas  a  beaucoup  pres 
aufTi  commune  dans  le  Bled  de  Turquie  que  dans 
le  Bled  ordinaire. 

CXIII.  J'at  donne  dans  TArticIe  LXXIX. 
quelques  Experiences  fur  V Ettiollement ,  qui  ont 
paru  prouver  que  cette  alteration  fi  remarquable 
procedoit  de  la  privation  de  la  Lumiere.  J'ai 
fait  I'Ete  dernier  de  nouvelles  Experiences  qui 
nous  ramenent  toutes  a  la  meme  Caufe. 

J'ai  fait  croitre  a  la  meme  expofition ,   des 

Pois  d'une  meme  Efpece,  les  uns  fbus  des  Tu- 

*  PL-     bes  de  Verre  *,  les  autres  fbus  des  Etuis  *  d'un 

lig  2.  Bois  mince,    d'autres  fbus  des   Etuis  de  Carton 

^^'^^'blanc,    d'autres   fbus   des  Etuis  de  Papier  bleu, 

d'autres    a  decouvert.      j'ai  laiile   aux    uns  une 

libre  communication  avec  I'Air  exterieur;  j'ai  te- 

nu  les  autres  renfermes,  en  bouchant  I'ouverture 

fuperieure  des   Tubes  &  des  Etuis.     Enfin  j'ai 

pratique  fur  le  cote  de  quelques -uns  de  ces  E- 

tuis,  de  petites  Fenetres,  que  j'ouvrois  ou  que 

je  fermois  a  volonte. 

Le  Refultat  de  loutes  ces  Experiences  a  ete, 

que 


DES  FEUILLES.  V.Mem,       331 

que  plus  Tobfcurite  ou  les  'Poh  ont  cm, a  ete  par- 
faite,plus  leur  Ettiolkment  a  paru  complet.  Aiiifi 
les  Vois  qui  ont  cm  dans  ]es  Etuis  de  Bois  & 
dans  ceux  de  Papier  bleu,  ont  etc  les  plus  ettiolles. 
Ceux  qui  ont  pris  leur  accroiilement  dans  les  E- 
tuis  de  Carton  blanc  ,ontete  bcaucoup  moins  ettiol- 
les que  ceux-la;  auffi  ces  Etuis  n'interceptoient- 
ils  pas  abfblument  la  Lumiere.  Les  FoU  qui  ont 
ete  eleves  dans  les  Tubes  de  Verre ,  font  demeu- 
res  femblables  a  ceux  qui  ont  ete  eleves  a  decou- 
vert.  Enfin,  les  rois  <jui  ont  cm  dans  les  E- 
tuis  auxquels  j'avois  pratique  de  petites  Fene- 
tres,  ont  pris  une  couleur  plus  foncee  vis-a-vis  de 
ces  Fenetres  que  dans  le  refte  de  I'etendue. 

Dans  ces  Experiences,  comme  dans  les  pre- 
mieres, ni  le  defaut  d'Air,  ni  le  plus  ou  le  moins 
de  Chaleur  ne  m'ont  paru  influer  fur  VEttiollc' 
ment. 

Des  Haricots  irhs  ettiolles  aVant  ete  expofes 
en  Ete  au  grand  Air ,  ont  pris  en  24  heures 
une  Teinte  de  Verd  tres  fenfible.  De  fembla- 
bles Haricots  expofes  de  meme  au  grand  Air 
dans  dcs  jours  d'Automne  tres  fbmbres,  ne  fe 
font  point  colores.  lis  confervoient  encore  au 
bout  de  pluf]eurs  femaines ,  la  couleur  blanchcitre 
que  I'Ettiollement  avoit  produit. 

]'ai  efTaye  de  changer  la  couleur  naturelle 
des  Feuilles  des  Arbres ,  "en  les  renfermant  dans 
des  Etuis  treS  opaques.     J'ai  choifi,  pour  cette 

Tt  2  Ex- 


332    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

Experience,  des  Feuifles  d'un  Verd  tres  fonce, 
ou  tres  luftre.  Telles  font  celles  du  Cerijier  & 
de  ? Abrkotier.  J'ai  done  introduit  le  i.  Aout, 
dans  des  Etuis  d'un  Bois  mince  ,  des  Bran- 
ches de  ces  deux  Efpeces ,  mais  fans  Jes  detacher 
de  PArbre.  J'ai  ferme  I'Etui  fi  exadement ,  qu'il 
n'a  pu  admettre  le  moindre  Rayon  de  Lumiere. 

Le  24.  j'ai  ouvert  les  Etuis.  Les  Feuilles 
s'etoient  detachees  de  la  Branche,  <^uoique  tres 
vertes.  J'ai  apper^u  le  long  des  Nervures,  des 
Bandes  bianchatres,  qui  indiquoient  que  Fobicu- 
rite  avoit  commence  a  agir. 

Des  Raifms  violets  que  j'ai  renfermes  dans 
un  Etui  opaque ,  avant  qu'ils  euflent  commence 
a  changer  de  couleur,  n'y  ont  pris  qu'une  Tein- 
te  d'Oeil  de  Perdrix.  D'autres  Raifins  de  la 
meme  Efpece,  renfermes  en  meme  terns  dans 
un  Etui  vitre,  s'y  font  colores  comme  a  I'or- 
dinaire. 

On  enterre  les  Plantes  Potageres  que  I'on 
veut  faire  blanchir.  Ce  procede  en  opere  fbu- 
vent  la  corruption.  Ne  feroit-il  point  mieux  de 
les  renfermer  dans  de  longues  Caiiles ,  qu'on  ou- 
vriroit  de  terns  en  tems  pour  renouveller  I'Air, 
&  chalTer  les   Vapeurs  nuifibles? 

J  E  n'entreprendrai  point  d'expliquer  comment 
la  Lumiere  influe  fur  les  Proportions  &  les  Cou- 
leurs  des  Plantes.  Ce  que  je  pourrois  dire  Jk- 
deffus  ne   feroit  que  conje6turel ,   &  fatisferoit 

pen 


DES  FEUILLES.  V.  Mm.      ■^z'^ 

peu  les  vrais  Phyficiens.  Amaflbns  flir  chaque 
fujet  de  Phyfique,  le  plus  de  Faits  qu'il  nous  fe- 
ra  pod'ible:  comparons  ces  Faits:  rendons  nous 
attentifs  aux  Confequences  qui  en  decoulent  le 
plus  immediatement;  c'eft  la  feule  voie  par  la- 
quelie  nous  puifiTions  efperer  de  parvenir  a  la  De- 
couverte  des  Caules. 


EXPLICATION  BES  FIGURES 

DU    CINQJUIEME    ME  MO  I  RE. 
P   L   A   N   C   H    E       XXIX. 

TOUTES  les  Figures  de  cette  Planche ,  a 
Texception  des  Figures  2,  5  &  6.  font  re- 
prelentees  de  grandeur  naturelle.  Elles  font  tou- 
tes  des  Plantes ,  ou  des  Parties  de  Plantes ,  qui 
aVant  ete  plongees  pendant  quelque  terns  dans  u- 
ne  Infufion  d'Encre ,  s'y  font  colorees  d'une  ma- 
niere  tres  remarquable. 

La  Figure  i.  eft  celle  d''une  Plante  de  Ha- 
ricot  ettiok.,  dont  on  a  retranche  I'extremit^  fu- 
perieure.  Z/,  />,  font  les  Lobes  encore  tres 
verds,  niais  qui  ont  pourtant  perdu  un  peu  de 
leur  embonpoint.  F,  F,  font  deux  Faifceaux 
de  Fibres  tres  bien  colores ,  que  I'on  a  mis  k 
decouvert  en  enlevant  I'Ecorce.     E^  efl  la  por- 

Tt  3  tion 


334     RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

tion  de  cette  Ecorce  qu'on  a  enlevee  ,  &  qui  n'of- 
fre  pas  le  plus  petit  Filet  colore.  /",  /",/",  / ,  font 
les  deux  Faifceaux  dent  on  vient  de  parler,  vus 
a  travers  PEcorce.  R,  font  les  Racines  dont 
I'Exterieur  a  pris  une  Teinte  de  Noir.  Cette 
Teinte  efl  incomparablement  plus  forte  dans  les 
Extremites  0,0,0,0. 

La  Figure  2,  eft  celle  de  la  Coupe  trans- 
verfale  d'un  Haricot  femblable  au  precedent. 
Cette  Coupe  eft  reprefeniee  groOTie  au  Micros- 
cope, ab,  cd,  ^y",  gh:,  defignent  ies  Orifices 
colores  de  8  Faifceaux  de  Fibres. 

La  Figure  3.  montre  un  Haricot  parfage  fui- 
vant  fa  longueur.  L,  L^  font  deux  Faifceaux 
de  Fibres  du  plus  beau  Noir.  E,  E,  efl  I'E- 
corce  nullement  coloree.  M,  M,  efl  la  Moel- 
le  qui  n'a  point  non  plus  contrafte  de  couleur, 
excepte  en  e,  oil  elle  ofFre  une  Teinte  bleiiatre. 
F,  efl  le  principal  F'aifceau  de  la  Racine,  dont 
le  Centre  eil  tres  bien  colore,  ainfi  que  celui  des 
Faifceaux  fecondaires  /",  f,f.  Le  Faifceau  prin- 
cipal commence  a  entrer  dans  la  Tige  en  c. 

La  Figure  4.  efl  une  Racine  de  Haricot  dont 
le  Tronc  &  les  Rameaux  font  coupes  transverfa- 
lement,  pour  laifler  voir  le  Coeur  qui  efl  colore. 
t,t,t,  montrent  une  tache  noire  &  circulaire  qui 
efl  ce  Coeur.  c ,  c,  c ,  efl  I'Ecorce  qui  n'a  con- 
trade  que  peu  ou  point  de  couleur.  0,0,0, font  les 
Extremites  des  Racines  ou  des  Faifceaux  colores. 

La. 


DES  FEUILLES.   V.  Mm.      33J 

La  Figure  5.  reprefenfe  au  Microfcope  Und 
Lame  detachee  d'un  Haricot  avec  un  Scalpc! ,  & 
fur  laquelle  font  trois  Faifceaux  de  T  ibres  colo- 
rees  a^  b^  c.  Le  Faifceau  a^  eft  !e  plus  colo- 
re. On  peut  obferver  que  fes  Fibres  ne  font  pas 
toutes  d'une  egale  Teinte.  On  voit  en  d^  un 
quatrieme  Faifceau  femblable  a  un  paquet  de  Fils 
fbyeux,  exaftement  parallelles  entre  eux  ,  & 
dont  la  Teinte  eft  moins  forte  que  celle  des 
trois  autres  Faifceaux.  Les  Fibrilles  c^f^g^h^ 
placees  entre  ces  Faifceaux  ,  font  dilpofces  aflez 
irregulierement ,  &  n'ofFrent  qu'une  tres  legere 
Teinte  de  Noir. 

La  Figure  6.  aide  imagination  a  fe  repre- 
fenter  Parrangement  des  difFerens  Faifceaux  qui 
compofent  les  deux  Cones  dont  font  formees  la 
Racine  &  la  Tige  d'un  Haricot.  Ces  deux  Co- 
nes font  appliques  I'un  contre  I'autre  par  ieur 
Bafe.  Cette  Bafe  eft  au  Collet  fitue  en  C  On 
a  eflaye  de  reprefenter  en  /i,  /i,  des  Ramifi- 
cations de  la  maitrefle  Racine.  Z',  f .,  f,  /",  font 
]es  quatre  Faifceaux  les  plus  eloignes  de  I'osii 
du  Speclateur,  &  dont  on  a  afFoibli  la  Teinte 
pour  aider  a  la  Perfpedive.  Tous  ces  Faifceaux  3 
fbit  ceux  de  la  Tige ,  fbit  ceux  de  la  Racine ,  ne 
forment  qu'un  Tout  continu.  lis  font  reprefen- 
tes  ici  plus  grands  que  le  narurel. 

La  Figure  7.  Eft  un  L(>be  de  Haricot  qui  a 
^te  fepare   de   la  Tige  quelques  jours  apres  Ja 

naif^ 


336    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

naiiTance  de  la  Plante.  :;,  font  7  Vailleaux  co- 
lores  qui  vont  fe  plonger  dans  le  Lobe  &  s'y 
ramifier. 

La  Figure  8.  e(l  celle  du  Lobe  precedent, 
partage  par  la  moitie  fuivant  fa  longueur.  On 
voit  flir  la  Coupe,  des  Traits  irreguliers,  qui  font 
les  Ramifications  des  Vaiileaux  dont  je  viens  de 
parler. 

La  Figure  9.  reprefente  une  portion  d'une 
Tige  de  Fe/cber,  coupee  fuivant  fa  longueur. 
£),  eft  I'Ecorce  qui  n'a  pris  aucune  couleur. 
By  efl  la  Couche  Ligneufe  qui  fuit  immediate- 
ment  I'Ecorce,  &  qui  s'efl  parfaitement  bien  co- 
loree.  F,  ed  une  autre  Couche  Ligneufe  que 
recouvre  la  premiere,  &  qui  efl  bien  moins  co- 
loree.  La  Moelle  A/,  a  conferve  fa  couleur  na- 
turelle.  c,  efl  le  Cceur  d'un  Bouton  coupe  aulTi 
fuivant  fa  longueur,  dans  lequel  on  ne  pent  de- 
couvrir  de  Vaifleaux  colores ,  non  plus  que  dans 
I'Enveloppe  L  Le  haut  de  la  Figure  reprefen- 
te une  moitie  de  la  Coupe  transverfale  de  cette 
portion  de  Tige.  On  y  voit  trois  Cercles  prin- 
cipaux  ,  concentriques  les  uns  aux  autres.  Le 
Cercle  exterieur  ^jfourni  par  I'Ecorce  ,n'efl;  point 
colore.  II  en  eft  de  meme  du  Cercle  le  plus  in- 
terieur  m  ,  forme  par  la  Moelle.  Le  Cercle  inter- 
rnediaire  b,  reprefente  le  Bois  qui  a  pris  une  for- 
te Teinte  de  Noir. 

La  Figure  10.  eft  un  Bouton  femblable  a  ce- 

lui 


,-DES  FEUILLES.  V.  Mim.      337 

1-ui  dela  Figure  precedente,  mais  coupe  transver- 
falement.  On  voit  fur  la  Coupe,  trois  Points 
noirs  qui  expriment  les  Orifices  de  trois  Faifceaux 
de  Fibres  colores. 

La  Figure  11.  efl  une  portion  de  TIge  de 
Sureau  partagee  en  deux  longitudinalement ,  & 
qui  ofFre  les  nniemes  particularites  eflentielles 
que  la  Figure  9.  E,  I'Ecorce  fans  couleur. 
JB,  le  Bois  tres  colore.  M,  la  Moelle  qui  a 
conferve  fa  couleur  naturelle.  La  Coupe  trans- 
verfale  reprefente  trois  Cercles  concentriques  qui 
repondent  aux  trois  Couches  que  je  viens  d'in- 
diquer.  £,  I'Ecorce.  b^  le  Bois.  m^  la  Moelle. 

La  Figure  12.  efl  celle  d'une  portion  de  Ti- 
ge  femblable  a  la  precedente.  On  a  enleve  a  un 
des  bouts  I'Ecorce  e,  pour  mettre  a  decouvert  la 
Couche  Ligneufe  b  ,  devenue  d"'un  beau  Noir. 
£,  efl  la  Surface  interieure  de  I'Ecorce  qui  ne 
s'efl  point  coloree. 

La  Figure  13.  efl  la  Coupe  longitudinale 
d'un  petit  Sep  de  J^igne  &  d'une  Racine  qui 
en  fort.  F,  montre  un  Faifceau  de  Fibres  Li- 
gneules  tres  bien  colore,  loge  au  Coiur  de  cette 
Racine :  fbn  Ecorce  E  a  conferve  fa  couleur  na- 
turelle. /",  efl  un  Faifceau  de  la  Tige  qui  com- 
muniquant  immediatement  avec  celui  de  la  Raci- 
ne,  en  a  re^u  une  Teinte  de  Noir  tres  foncee.  Cette 
Teinte  ne  s'eft  ^tendue  ni  dans  I'Ecorce  ^,  ni  dans 
la  Moelle  ;;/,  ni  dans  les  Faifceaux  les  plus  voifins. 

Vv  La 


338    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

La  Figure  14.  reprefente  une  portion  d'une 
Tige  de  Guy  ^  oh  I'on  voit  les  merTies  chofes 
que  dans  les  Figures  9  &  11.  E^  I'Ecorce  tort 
epaifle  &  de  couleur  verte.  B^  le  Bois  devenu 
noir.     M,  la  Moelle  de  couleur  naturelle. 

P   L  A  N   C   H  E       XXX. 

LA  Figure  I.  eft  une  efpece  de  Support  S^ 
couvert  d'un  Dais  D.  Sur  ce  Support  po- 
fe  a  J^rre  dans  un  Jardin ,  e/l  un  Vafe  de  Ver- 
re  /^,  plein  d'Eau,  dans  lequel  font  deux  Tiges 
de  Jasmin  E^  /,  inclinees  perpendiculairement  en 
embas ,  &  retenues  dans  cette  fituation  par  un 
Fil.  e ,  indique  le  fens  fuivant  lequel  la  Tige  E 
s'eft  repliee.  i  indique  celui  fuivant  lequel  la  Ti- 
ge /,  a  execute  le  meme  mouvement.  On  con- 
^oit  aflez  que  cette  Figure  efl  beaucoup  plus  pe- 
tite que  le  Nature!. 

La  Figure  2.  eft  une  Caifle  quarrde  ,  dont  on 
a  enleve  un  des  Cotes  pour  mettre  a  decouvert 
rinterieur.  /? ,  eft  un  des  Cotes  epais  de  2  pou- 
ces.  ^5  eft  le  fecond  Cote  qui  a  la  meme  epais- 
feur.  ^,  eft  le  quatrieme  Cote  qui  n'eft  epais 
que  de  3  a  4  lignes.  Dans  le  milieu  de  ce  Co- 
te eft  pratiquee  une  Fenetre  0 ,  qu'on  peut  Ter- 
mer exa6lement  au  moyen  du  Volet  f.  Au  Cen- 
tre de  la  Caille  eft  un  Verre  v  plein  d'Eau, dans 
lequel  font  plc'^''''>s  par  leurs  Racines  deux  PJan- 
■    '    •  tes 


DES  FEUILLE^.  V.  Mini,      n^ 

tes  de  Haricots  ettiolles  a ,  b,  L'Extremite  fu- 
perieure  e^  e^  de  ces  Plantes  aVant  ete  tournee  en 
embas,  s'efl  repliee  vers  la  Fenetre..  r,  r,  mon- 
trent  ce  repliement.  n^  eft  un  repliement  en  fens, 
contraire  qui  s'eft  fait  a  Tapproche  de  la  nuit 
dans  la  Plante  a.  /,  eft  le  fond  de  la  Caille.  Lie 
Couvercle  a  ete  fupprime  pour  mettre  les  Plan-, 
tes  &  les  Cotes  plus  en  vue.  Cette  Figure  eft 
comme  Ton  voit,  beaucoup  plus  petite  que  le 
Naturel. 

•  La.  Figure  3.  eft  une  Tige  de  Haricot  ettiol- 
U  vue  de  grandeur  naturelle,  &  qui  a  poufle 
des  Radicules  femblables  a  de  tres  petites  Epines. 
Ces  Radicules  font  pofees  fur  quatre  Lignes  pa- 
ralleles  entre  elles  &  a  I'Axe  de  la  Tige.  Les 
Intervalles  qui  feparent  les  Radicules  d'une  me- 
me  Ligne ,  ne  font  pas  par-tout  les  memes.  Ceux 
qui  font  entre  les  Lignes  m'ont  paru  egaux.  On 
ne  voit  ici  que  trois  de  ces  Lignes,  la  quatrieme 
eft  cachee  derriere  la  Tige.  . 

La  Figure  4.  eft  celle  d'une  Tige  femblable  k 
la  precedente ,  dans  laquelle  les  Rangees  de  Ra- 
dicules montent  en  Spirales  autour  de  I'Axe  de 
la  Tige. 

La  Figure  5.  eft  une  portion  d'une  de  ces 
Tiges  obfervee  a  la  Loupe,  r,  eft  une  Radicu- 
le ,  qui  fort  d'une  Fente  oblongue  dirigee  paral- 
lelement  a  la  longueur  de  la  Tige. 

J'ai  fait  en  plein  air  fur  une  Tuber ettfe^  plan- 

Vv  2  tee 


340    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

tee  dans  un  Vafe  rempH  de  Monde ,  une  Expe- 
rience femblable  a  celle  que  j'ai  rapportee  fur  Je3 
Plantes  de  Haricot  de  la  Figure  2.  J'ai  fait  fubir 
a  cette  Tuberetife  1 1  Inverfions  ,  dans  I'efpaee 
d'environ  5  femaines  d'Lte.  L'extremite  fupd- 
rieure  de  la  Tige^  eelle  ou  font  les  Fleurs,  n'a 
point  eeffe  de  (e  replier.  Comme  certe  Expe- 
rience n'a  ete  faite  qu'apres  I'imprefTion  de  la 
Feuille  ou  il  efl  parle  de  ce  repliement ,  je  n'ai 
pas  pu  I'y  inferer. 

La  Figure  6.  reprefente  par  fes  differens  Nu- 
meros  les  diverfes  Inflexions  que  les  Inverfions 
cnt  produit  fur  la  Tige  de  cette  7ubereiife.  Le 
N°.  I.  la  fait  voir  telle  qu'eile  etoit  le  17.  d'^Aout, 
Le  N°.  2.  k  reprefente  telle  qu'elle  a  paru  le  23. 
Le  N°.  3.  comme  elle  etoit  le  27.  Le  29.  elle 
^toit  comme  au  K^.  4.  Le  i.  de  Septembre  com- 
me  au  N°  5.  Le  5.  comme  au  N°.  6.  Le  8. 
Gomme  au  N°.  7.  Le  12.  comme  au  N°.  8.  Le 
14.  commie  au  N°.  9.  Le  18.  comme  au  N°..  iOa 
Le  22.  comme  au.N°.  1 1., 

P   L  A  N    C   H   E       XXXL 

LA  Figure  r.  reprefente  plus  petite  que  le 
Naturel ,  une  Feuille  de  Haricot ,  dont  deux 
Folioles  a^  b^  fe  font  greffees  I'une  a  I'autre  par 
leurs  bords ,  fans  que  les  Pedicules  j5> ,  py  aient 
participe  a  cette  union. 


DES  FEUILLES.  V.  Mim,      341^ 

LrA  Figure  2.  eft  celle  de  deux  Feuilles  de 
Grenadier  a,  h ^  qui  fe  font  aufli  unies  par  leurs 
bords-  mais  cette  union  s'eft  etendue  depuis  To- 
rigine  du  Pedicule  jufques  aux  deux  tiers  de  la 
longueur  des  Feuilles.  r,  eft  une  Rainure  qui 
marque  I'endroit  de  la  jon(5lion. 

La  Figure  3.  reprefente  plus  petite  que  le 
Naturel  ,  une  Plante  mi- parti  Bled  &  Tvroye, 
L'Epi  B,  eft  un  Epi  de  Bled  ^  mais  aftez  clie- 
tif.  T:>  eft  un  Epi  (\''7''vroye  qui  eft  tres  beau. 
Les  deux  Tuyaux  qui  portent  ces  Epis,  par- 
tent  d'un  Tuyau  eommun  T.  Cette  Plante 
n'a  et^  qu'efquiflee  par  Mr.  Calandrini. 

La  Figure  4.  eft  une  Plante  d"" Tvroye  qui  ne 
faifbit  que  de  fbrtir  de  Terre.  «;,  petit  Noeudd'ou 
doivent  partir  des  Racines.  /,  Partie  inferieure 
de  la  Tige  plus  effilee  que  la  Partie  fuperieur 
re  5,     On  voit  en  0  Torigine  des  Feuilles. 

La  Figure  5.  eft  la  Plante  precedente  vue  a 
-Pendroit  du  Noeud.  II  fort  de  ce  Noeud  deux. 
Eadicules  ?r,  r. 

L  A  Figure  6.  eft  une  Plante  de  Bled  qui  a  ua 
certain  degre  de  transparence,  qui  permet  d'ob- 
ierver  dans  ion  laterieur  une  efpece  de  Corps  cy- 
lindrique  c.     II  eft  renferme  dans  TEnveloppe  ^..; 

La  Figure  7.  reprefente  une  portion  de.  cet- 
te meme  Plante ,  obfervee  quelque  terns  aprcs. 
iV,  gros  Noeud  opaque.  ^ ,  Corps  cylindrique 
vu  au-deftlis  de  ce  ISloeud.   d,  ce  meme  Corps 


341    RECHERCHES  SUR  L'USAGE 

dans  fa  Partie  inferieure  qui  eft  tres  efHlee.  «, 
tres  petite  Feuille. 

~'  La  Figure  8.  reprefente -une  Plante  de  Bled 
tiree  de  Terre  quelques  mois  apres  fa  naiilance. 
y,.  fecondes  Racines  oU  Racines  fuperieures  qui 
font  forties  du  Noeud  dont  j'ai  parle  dans  le  Pa- 
iragraphe  precedent,  t ,  la  Tige  extremement  efS- 
Jee.  F,  F,  F,  F,  Feuilles,  dont  on  n'a  re- 
prefente qu'une  partie,  &  qui  appartiennent  a  4 
Tuyaux.  Quelques -unes  font  seches.  r,  efl 
une  Racine  qui  a  pris  naiflance  entre  deux  Tu- 
yaux. /),  premieres  Racines. 

La  Figure  9.  efl  celle  d'une  Plante  de  Bled 
arrachee  apres  la  Moiflbn.  On  y  voit  tres  di- 
flinftement  trois  ordres  de  Racines  placees  les 
unes  au  deflus  des  autres.  />,  montre  les  Racines 
qui  ont  poufle  les  premieres.  Elles  font  tres 
effilees  &  en  petit  nombre.  Elles  fe  reconnoif^ 
fent  encore  a  I'Enveloppe  du  Grain  g,  qui  ne 
les  a  point  abandonne.  i",  font  les  fecondes  Ra- 
cines. /,  font  les  troifiemes,  Les  unes  &  les 
autres  partent  d'un  Noeud  n^  N,  aflez  faillant. 
Cr,  eft  la  Tige  de  FEnfance  qui  eft  tres  re- 
connoiflable  parce  qu'elle  eft  extremement  me- 
nder ;C;c:,?Vi!.: 

La  Figure  10.  eft  celle  d'un  Grain  de  Bled 
de  T^iirquie  devenu  monftrueux,  &  reprefente 
de  grandeur  naturelle. 

La  Figure  11.   eft  ce  meme  Grain  partage 

fui- 


DES   FEUILLES.   V.  Mm.      343 

fuivant  fa  longueur.  On  voit  qu'il  eft  compo- 
fe  de  Feuillets,  pofes  les  uns  fur  les  autres.  Ces 
Feuillets  font  rempjis  d'une  Poudre  fetide  fem- 
blable  a  celle  du  Bled  Charhonne. 

La  Figure  12.  reprefente  un  Grain  de  Bled 
de  Turquie  vu  de  grandeur  naturelle ,  &  qui  n's 
fbuifert  aucUne 'alteration.  \ 


F     I     K 


AVIS 


'^  AVIS    Ai;    RELIEUR, 

Ztc  Relieur  placera  les  Planches  I  &  H.  i  la  /hi, 
du  premier  Memoire  ; 

Ltcs  Planches  irr,  rv,  v ,  ^c.  jufqiies  a  la  Plan* 
che  XIX.  hiclujlvement  ^  a  la  fin  du  Jecond  Mi- 
moire  i 

Les  Planches  xx,  XXI,  xxir,  xxiii,  a  la  Jm 

du  troijleme  Memoire', 

Les  Planches  xXiv,  XXV,  jufqms  a  la  XXVIH. 
a  la  fin  du  quatrieme  Memoire. 

Les  Planches  xxix,  XXX, .  E#  XKXL  h  U  fin 

du  cinquihne  Memoire. .  ^     * 


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oJlcm  : z. 


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Ci/.-  "y^an^eltt^r'cS^ui^. 


Cy.-  Ifand^a^f  tJ^W^. 


Pt.  xir.  '\ 


0/    7/'.mA/ja,  J>„^. 


#        ll 


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Pf.  JCIV. 

Qjlfjn    X.. 


tS'.  il-anJtJaa^  ^ctr 


Pf.  XV. 


•  (/■  X',,,,.  M^MirSaui-fr. 


l^.'WanJ.rla^'-^iJf. 


C/'  V\>ndctiUti-Jiii/f. 


ry.  m,nJ.tU.x,-  ti'clf. 


C5^     U'anJr/^li'il'fu/^. 


PlXX.    ^Atcm  3 


J"'     IllJOrclre 
Coudrier 


Lilac  (Grenadier 


^  Ordre 

Qjitncirncc 
Pru  liter 


S   Ordme 
Pin 


,^.^. 


tj/.-  yfa  n^^la^f^cAvt^  • 


<^.-  M'^nJ^/a^  T-  0\-uifr . 


CS?.-  U>an^elM^r-  Cj/2w^  . 


/  X^w---"- 


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Cy.-  Wun<Ula.ar^  <Scul/, . 


Cy.-  M-a  nJeiaa,-  ^cutf, . 


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